‹ Dépopulation et civilisationChapitre 7 sur 98 · L ’ 0 L 1 G A N T H R 0 P I E FRANÇAISE · texte numérisé non relu

L ’ 0 L 1 G A N T H R 0 P I E FRANÇAISE

semblable aux décisions votées par les assemblées législatives. Il faut donc chercher si la seconde définition est plus convenable; maisiln’en est rien. Des rapports comme ceux qu’elle envisage sont sujets à être sans cesse troublés par tous les caprices de la volonté humaine, qui elle-même ne se détermine que par des raisons indéterminées. Ils se produisent quand ils se produisent, et quand on veut s’y soustraire, il arrive fort bien qu’ils n’aient plus lieu ou qu’ils soient complètement faussés par l’intervention d’autres facteurs qui empêchent toute formule de correspondre exactement à la réalité. En un mot ces rapports sont généraux; mais ils manquent du caractère de nécessité qui seul leur donnerait valeur de lois. Il ne suit pas de là sans doute que le monde moral n’ait pas de lois; il s’ensuiL seulement que l’économie politique ne les a pas trouvées.

Un autre caractère commun à toutes les sciences, c’est de progresser par l’adjonction de faits nouveaux à ceux qui sont déjà reconnus. Or, depuis cent cinquante ans que l’économie politique existe, elle piétine, sans avancer, sur le même terrain, recommençant sans cesse l’exposition des mêmes principes, reprenant les mêmes controverses avec plus ou moins de clarté selon le talent littéraire des auteurs; mais n’ajoutant rien à son fond primitif. Elle peut encore se faire illusion, parce qu’elle est relativement jeune et que les ouvrages continuent à s’accumuler. Mais cela même n’est pas un signe certain de progrès.

En réalité, elle ressemble à son antique antithèse, la morale, qui a fait l’objet de tant et tant de traités et n’a point l'ait un pas depuis des milliers d’années. Des Yedas à Tromvallower et du scribe Phlahotep jusqu’aux professeurs de nos jours, les mêmes redites ont sans cesse été répétées, et elles l’avaient été pendant bien des siècles sans doute, si l’on en juge par l’air vieillot qu’elles ont déjà chez le sage égyptien.

NATALITÉ ET CIVILISATION

C’est ainsi que les craintes des économistes relativement à la population avaient été ressenties plus de deux mille ans auparavant par Aristote. Lui aussi appréhende une trop grande fécondité : cela trouble l’ordre, amène des révolutions, détruit l’égalité. En conséquence, il recule jusqu’à trente-sept ans l’époque du mariage pour les hommes et leur interdit d’engendrer après cinquante-quatre ou cinquante-cinq ans. Plus conséquent que Malthus, il réclame hardiment des lois qui forcent à détruire les enfants difformes et une limite légale imposée par l’Etat à l’accroissement de la population. Quand la ruche est au complet, il faut pratiquer l’avortement. Et lui aussi écrivait à une époque où déjà l’oliganthropie minait Lacédémone.

L’état stationnaire comme l'absence de lois chasse donc également la morale et l’économie politique du nombre des sciences et les relèguent parmi les autres branches du savoir qui en sont encore à la période métaphysique. Sans doute il y a toujours une partie notable des traités d’économie politique qui n’est point de la métaphysique. La description des opérations de banque ou de commerce n’en est pas plus que la description d’une machine ou de l’organisation d’un régiment. Mais les affirmations qui suivent la description, le raisonnement partout exprimé ou sous-entendu : cela se passe ainsi, donc cela doit se passer ainsi, constituent une sorte de fatalisme conservateur qui en font bon gré malgré une dépendance très étroite des systèmes de métaphysique rétrograde.

Il faut ajouter que l’économie politique concentrant toute son attention sur la production et la répartition des richesses, elle n’embrasse jamais la sociologie que d’un point de vue étroit. Ceux-là seuls qui partent de l’exégèse juridique peuvent le trouver relativement large; tous ceux au contraire qui se sont auparavant familiarisés avec les

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