‹ Dépopulation et civilisationChapitre 79 sur 98 · A. DUMONT. VIT, Ç>A · texte numérisé non relu

A. DUMONT. VIT, Ç>A

370 NATALITÉ EN CIVILISATION

non seulement a abouti à se détruire au lieu de se rendre heureux, mais il a rebuté jusqu’à la tendance presque invincible de l’inconscient vers son expansion, il est devenu stérile. Dans les pays d’aisance générale où la dépression de la natalité est considérable, j’ai souvent rencontré un nombre surprenant de familles riches qui, malgré leur désir très vif d’obtenir une postérité, sans qu’aucune modification perceptible de leur organisme soit intervenue, demeurent cependant stériles. Ces tristes familles font songer à ces animaux sauvages jouissant d’une liberté relative dans un parc ou dans une volière et qui ne s’y reproduisent point. En vain ils continuent à jouir de leur climat naturel, d’une nourriture abondante, d’une santé parfaite, en vain l’accouplement a lieu, l’œuf de l’oiseau est produit; il manque quelque chose d’inconnu, un coefficient d’entrain et d’espérance illimitée, nécessaire sans doute pour constituer « cet appétit d’immortalité », comme s’exprime Leibniz, qui est au fond de la génération.

En résumé, l’attraction capillaire, grand moteur de tout progrès social, ayant reçu de circonstances particulières à la France actuelle une activité démesurée, a déterminé une prédominance excessive des tendances individuelles ou, ce qui revient au même, un déficit des tendances sociales. Telle est la maladie générale dont nous sommes atteints et dont l’oliganthropie n’est qu’un cas particulier, bien qu’il soit le plus grave de tous.

Parvenus à ce degré de généralisation et d’abstraction, nous sommes en possession du terme synthétique ramenant à l’unité des phénomènes historiques aussi divers que la ruine des civilisations antiques, la faible natalité de la France contemporaine, l’isolement croissant des citoyens, la tendance à dépouiller le militarisme et à nier la solidarité sous toutes ses formes. Nous avons signalé dans les chapitres qui

L’IDÉALISME INDIVIDUEL EN FRANCE. 371

précèdent un ressort nouveau d’une incalculable puissance et exposé les divers ordres de conséquences dus à son action. La nature vraie et la profondeur du mal ainsi mises en lumière, nous aurons quelque chance de lui trouver, dans la suite de cet ouvrage, des remèdes qui soient autre chose que des palliatifs.

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