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Herbert Spencer, Introduction à la sociologie, p

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au-dessus de la nation et l’émanation ne peut manquer d’avoir lieu.

Peut-être aussi, si l’on consentait à ne point se payer de mots, devrait-on dire qu’une démocratie représentative, comme celles qui sont seules possibles aujourd’hui dans les États étendus, est en effet moins une démocratie qu’une aristocratie dont les membres sont électifs pour un temps. Or, le peuple n’élit pas nécessairement des hommes qui participent de son ignorance et de ses défauts. Des citoyens fort incapables de conduire une armée ou déjuger un procès se sont parfois, comme à Rome, montrés fort capables de choisir de bonsgénéraux et debons magistrats, lise peut donc fort bien que, même avec un régime électif, le gouvernement soit supérieur aux gouvernés.

Mais lorsqu’une nation, par son ignorance ou son défaut d’esprit public, est tout à fait incapable de se gouverner ellemême, comme c’était, par exemple, le cas de la Russie sous Pierre le Grand, la disproportion grandit à raison de cette incapacité. Elle est très considérable encore lorsque le souverain s’appuie pour gouverner sur l’opinion d’une classe dirigeante plus éclairée que la masse, comme en France sous les Rourbons. 11 ne faut donc pas dire qu’un gouvernement est fait à l’image de ceux qu’il gouverne ; mais tout au plus qu’il est fait à l’image de ceux sur qui il s’appuie pour gouverner.

La supériorité des gouvernants à la moyenne des gouvernés étant sous tous les régimes, au moins depuis le moyen âge, le fait habituel pour ne pas dire universel, il y a toujours dans un Étatà un degré quelconque émanation, centralisation, excitation violente du désir de s’élever. Une démocratie parfaite, au contraire, nie radicalement ces trois choses et elle les atténue d’autant plus qu’elle prend en fait une extension plus considérable. Cette extension se mesure par le progrès des citoyens en instruction, en indépendance de caractère

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et en activité politique. Le mal présente donc une tendance à se guérir de lui-même.

11 faut aider la guérison en détruisant, c’est-à-dire en rendant inutile, autant que les circonstances le permettent, la centralisation qui existe actuellement au profit de certains hommes et de certains lieux.

D’abord, en ce qui concerne Paris disons avec Louis Diane : « Ce qui serait désirable, ce serait au lieu d’enfermer la France dans Paris, d’étendre sans l’affaiblir Paris sur toute la surface de la France. » Obtenir sur toute l’étendue du territoire l’activité qui n’existe que sur un seul point, voilà le but. Il faut arriver à ce que toute mesure concernant uniquement l’intérêt d’une région soit prise sur le territoire même de cette région par l’intelligence et la volonté des habitants eux-mêmes. Par là les hommes trouveront sur le sol où ils sont nés un aliment à leur activité, à leur esprit de domination, et ils y resteront. Il faut que l’homme devenu adulte d’esprit et de corps puisse vivre, se reproduire et mourir sur le sol où il est né, qu’il trouve en y restant la possibilité d’un plein développement personnel. Les moyens de culture sont aujourd’hui scandaleusement insuffisants; eh bien, à force de millions il faut les créer. En cela se résume le programme positif de la démocratie.

Mais ceci constitue un idéal fort lointain. Pour marcher dans cette direction, il faudrait diminuer la manie des emplois en détournant les ambitions vers la marine, le commerce, l’industrie ou l’agriculture. L’initiative individuelle, qui rend l’homme content parloutoù il a une entreprise prospère et lui fait voir dans le lieu qu’il habite le centre du monde, est le contrepoison de la centralisation excessive. Malheureusement, partout où la centralisation est depuis longtemps en excès, elle a précisément pour effet de détruire l’initiative individuelle. C’est ce qui s’est produit en Espagne, ou

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l’attraction vers les places est encore plus grande qu’en France, tandis que la terre y est pitoyablement cultivée et que les richesses minières ne trouvent personne qui veuille s’en occuper. En Angleterre, inversement, on préfère en général chercher la fortune dans les entreprises privées plutôt que dans les emplois publics. Cette disposition rappelle sans cesse l’activité vers les extrémités du royaume et permet à la force centrifuge de contre-balancer amplement la tendance opposée.

On sent l’avantage de cette disposition d’esprit pour la population. Les places de l’État sont toujours en nombre limité, même quand on en crée plus qu’il n’en faut. En outre, le plus haut degré ne peut jamais être occupé que par un seul homme, et toute la hiérarchie ressemble fatalement à une pyramide d’autant plus étroite qu’on monte davantage. Au contraire, dans l’industrie, le commerce et l’agriculture l’initiative de l’un n’entrave point celle de l’autre. Si j’ai inventé un procédé de fabrication qui me donne la fortune, cela n’enlève pas à mon voisin la possibilité de faire un nouveau progrès. Il faut donc encourager les jeunes gens riches et ambitieux à se porter vers les professions lucratives par elles-mêmes, et d’un autre côté désespérer autant que possible leurs aspirations vers le fonctionnarisme.

11 faut avoir pour principe de considérer comme nuisible tout fonctionnaire qui n’est pas indispensable, non seulement parce qu’il est payé pour ne rien faire, mais parce qu’il détermine le courant ascensionnel dans une direction mauvaise.

Les employés de l’État sont trop nombreux et leur nombre va toujours croissant, en raison de la complaisance des chefs d’administration, de la manie qui les possède de compliquer les formalités, et surtout du secret désir de tous les gouvernements d’avoir beaucoup d’hommes sous leur dépendance immédiate et le plus possible d’ambitieux à satisfaire. Le mal

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est difficile à guérir, car il ne peut l’être que par un membre de chaque administration qu’il s’agirait de réformer; et il en est bien peu qui soient assez dépourvus de préjugés et d’esprit de corps. Mais on pourrait tout d’abord, sans plus ample informé, supprimer le personnel manifestement inutile des sous-préfectures et d’un grand nombre de tribunaux de première instance, abolir les recettes générales, mettre en adjudication le recouvrement des impôts directs et les bureaux de tabac. Ce qui viendrait encore mieux à notre objet, ce serait la diminution des traitements et surtout la réduction des pensions de retraite qui pèsent si lourdement sur le budget. Cette réforme imposerait aux agents du pouvoir le souci de l’avenir et l’économie, qui sont la loi commune; elle diminuerait en même temps la séduction excessive qu’exercent les places sur l’imagination du public. Dans le même but, il faudrait supprimer les frais de représentation. La République ne doit point charger ses représentants d’entraîner la nation vers les mœurs aristocratiques. Une telle pratique, -funeste souslerégime censitaire, estde plus souverainement illogique sous un régime démocratique qui refuse de reconnaître les classes dirigeantes et nie en principe l’influence prépondérante de l’opulence.

Plus une civilisation est avancée, plus son administration est complexe. Ainsi ne peut-il être question de diminuer beaucoup le nombre des fonctions publiques; mais on a la ressource d’en rendre un très grand nombre électives en les mettant non plus sous la dépendance de l’Etat, mais sous la dépendance immédiate des intéressés.

On ne saurait dire si elles en seraient mieux ou plus mal remplies. Mais cette réforme présenterait en tout cas un grand avantage, celui de fixer les citoyens chez eux au lieu de les faire vivre les yeux tournés vers le centre. De la sorte, ils verraient mieux que la fonction est faite pour eux-mêmes,

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que la chose publique est leur propre chose. Ils seraient forcés de la mieux connaître et plus obligés envers ceux qui s’v dévouent, ils se sentiraient solidaires, seraienL plus por-

tés à faire leur devoir et à exiger que chacun fasse le sien. Ils seraient en un mot moins sujets et plus citoyens.

De même que la nomination des fonctionnaires par l’Etat est d’ordre monarchique ou césarien, leur nomination directe par le suffrage du peuple est essentiellement d’ordre républicain et démocratique.

Si l’on réfléchit que l’attraction vers les places repose en grande partie sur une illusion due à l’éloignement, cette réforme, en rapprochant l’objet, fera voir ce qu’il vaut réellement et détruira le mirage. Cela supprimera dans la sphère administrative une cause d’attraction centripète, dont nous avons dit ailleurs les mauvais effets sur la race.

Le fonctionnarisme ainsi condamné en principe, une raison se présente de suspendre ou d’adoucir l’exécution de l’arrêt.

Les forces de la démocratie en face de l’organisation cléricale ressemblent à des bandes de partisans en lutte contre une armée régulière. Que les révolutionnaires aient pour eux le talent, le courage, la sincérité, le savoir et la raison, ils n’en ont pas moins le défaut d’agir sans ensemble et sans suite, ce qui les condamne sinon à être définitivement vaincus, du moins à être tenus longtemps en échec parla formidable organisation de l’Église et la supériorité de sa politique.

La nécessité d’un contrepoids peut excuser provisoirement le maintien d’une organisation rivale, c’est-à-dire de la hiérarchie bureaucratique, jusqu’à ce que la démocratie ait acquis plus de force et plus d’indépendance. Dans son émancipation graduelle, elle doit d’abord se servir du fonctionnarisme comme d’un instrument de plus en plus docile jusqu’à

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ce qu’elle puisse le supprimer lui-même d’une manière définitive. Ce qu’il faut désirer pour le progrès de la démocratie libérale, c’est que ces deux émanations de l’antique système césarien, la hiérarchie ecclésiastique et la hiérarchie fonctionnariste, s’emploient à s’attaquer et à s’user mutuellement jusqu’à destruction complète.

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