‹ Dépopulation et civilisationChapitre 87 sur 98 · ameie, i indignation et les furAnr · texte numérisé non relu

ameie, i indignation et les furAnr

épileptiques de la moralité agonisante dont , es

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peuvent briser le inonde. Il est une substance explosible plus puissante que la dynamite, c’est la moralité comprimée; on l’oublie peut-être trop.

Le système individualiste qui règne et triomphe se vante de reposer surune base naturelle, ses lois régissant jusqu’aux animaux. Mais certaines passions contraires, pour être des faits purement humains n’en sont pas moins, elles aussi, des forces naturelles. Ce qui communique au législateur la puissance d’intervenir de temps en temps en faveur de l’égalité, c’est précisément la pression continue exercée par des passions niveleuses ancrées au plus profond du cœur de l’homme, passions dont le rôle est nécessaire dans l’histoire et qui n’abdiqueront pas pour les mauvaises qualifications qu’elles peuvent recevoir de l’intérêt opposé.

Tant qu’elles ne sont point dirigées par l’intelligence, elles sont destinées à être vaincues. Mais leur défaite a encore plus de conséquence que leur victoire pour le sujet qui nous occupe, car c’est la source de douleur la plus profonde qui existe. Quand l’homme a du même côté son intérêt, sa conscience et son ambition, sa force est décuplée; mais si, malgré cela, il est vaincu, il faut qu’il meure de ses révoltes réprimées, de ses fureurs transformées en tristesse, ou du moins le désespoir tue en lui cet appétit d’immortalité qui veut la persistance de la race.

L’esprit de dénigrement sait trouver aux phénomènes les plus heureux des noms défavorables. C’est ainsi qu’on voit chaque jour incriminer les tendances révolutionnaires du peuple. Ce qui est vrai cependant, c’est que le péril social commencerait réellement d’exister le jour où ces tendances n’existeraient plus. Il faut que dans une nation personne ne soit assez malheureux pour avoir perdu l’espoir d’améliorer son sort, sinon comme individu au moins comme classe. Il importe au salut de la société que la classe la plus nombreuse

et la plus pauvre croie à son avenir et se dise que bon droit a besoin d’aide. Qu’arriverait-il si l’ascension du peuple vers la fortune et l’égalité pouvait être non seulement entravée, mais absolument désespérée? Un résultat pire encore que celui d’un excessif désir de s’élever : car le peuple diminuerait à la fois en richesse, en valeur personnelle et en nombre. Quand le désir d’ascension personnelle est excessif, il diminue la natalité; quand il est peu considérable, il engendre une fécondité exubérante; au contraire, s’il est désespéré jusqu’à la prostration, il aboutit à la stérilité.

L’empire romain fournit un exemple du dernier phénomène. Quand, le monde définitivement conquis, les guerres serviles terminées par l’écrasement des rebelles, la terre n’offrit plus de refuge à l’espérance de l’homme, on le vit dépouiller l’orgueil, l’amour-propre, la dignité virile et la confiance en soi-même. Il s’affaissa dans son abjection devenue irrémédiable, conçut le renoncement, s’éprit d’amour pour la pauvreté, la saleté, l’ignorance, la paresse et la mort, tenta de s’immobiliser dans son néant. Ce qui signifie que, trouvant la route vers son développement légitime barrée par un obstacle disproportionné à ses forces, il voulut renoncer de cœur au progrès et faire voile en sens inverse.

Il est impossible à l’humanité de tourner pour jamais le d os à son but. Mais il n’en est pas moins vrai que de la victoire de l’oligarchie romaine et du despotisme césarien sortirent la ruine de la culture antique, l’affaissement du caractère aryen et, pour une période déplus de dix siècles, le triomphe du sémitisme et de la barbarie.

Pareille défaite ne pourrait avoir chez nous que des suites analogues. Les théoriciens de la concurrence vitale à outrance et sans merci ne se doutentpas que son dernier terme serait la torpeur et l’inertie, l’oliganthropie des sauvages océaniens et le nirvâna des bouddhistes.

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Lors donc que nous aurions la puissance de modifier les tendances des hommes et de diriger à notre grc le développement de la nation, il faudrait nous garder d’entraver le mouvement ascensionnel du peuple. Si le prolétaire ne peut plus espérer de s’élever individuellement par le travail et l’économie, il faut tout au moins que, formant caste, trouvant dans son nombre un refuge contre l’humiliation, fier de la force que lui donne son union avec ses pareils, il conserve l’espoir de se relever comme classe par la violence. Pour une race comme pour un individu ou pour une plante, vivre c’est croître ; arrêter l’ascension de la sève, c’est supprimer la vie.

En un mot, la lutte pour la vie n’est juste que dans la limite de son utilité. Elle n’est utile que dans la limite où elle stimule et développe les énergies. Dès qu’elle devient trop âpre, elle produit un effet contraire à celui qui seul la justifie, et le devoir du législateur est tout tracé : il doit sans balancer s’efforcer de restreindre ses effets.

Le gouvernement a une fonction d’égalisation ; au lieu d’y répondre, il s’est chargé d’assurer le fonctionnement sans entrave des facteurs d’inégalité. « Soyez riches, soyez les plus forts, semble-t-il dire, et nous serons avec vous. » A l’activité incessante des facteurs d’inégalité, il faudrait opposer l’activité infatigable des facteurs d’égalité. Par malheur, ceuxci ne fonctionnent pas spontanément, ils sont artificiels comme la justice, comme l’art, comme la science, et ne se réveillent que d’une manière intermittente. Si parfois l’indignation soulève le peuple, alors le gouvernement a recours à l’armée. Il se donne pour but de rétablir l’ordre, entendez d’écarter avec sollicitude tout obstacle gênant le mécanisme qui a pour effet d’écraser de plus en plus les opprimés.

Il est aujourd’hui superflu de discuter l’hypothèse d’un état de nature où l’individu aurait tous les droits parce qu’il serait seul et sans contact avec ses semblables. Là, en effet, il

y aurait puissance plus ou moins grande, il n’y aurait point de place pour la notion de droit. En réalité, l’individu fait toujours partie d’une société, alors il n’est plus simplement individu, il est sujet ou citoyen. Il a les droits que la société lui accorde, droits déterminés en général par l’état actuel de la raison moyenne dans cette société. Les plus éclairés rêvent un droit plus pur, un droit idéal; les plus brutaux ne pensent qu’à la force; la loi est l’expression de l’appréciation dominante.

D’autre part, l’homme, à la différence des bêtes, accumule des richesses qui ne sont jamais que sa force transformée. 11 les laisse après lui dans la société, et celle-ci en ordonne et dispose selon sa conception du juste et son intelligence de l’utile.

Le capital et le droit qui en régit l’attribution constituent un milieu où le citoyen plonge tout entier comme le globule dans le sang. De même que le sang forme pour l’animal un milieu interne qui le met à l’abri des variations de température et lui assure une activité constante, le capital accumulé et le droit forment un milieu qui coordonne les efforts de l’individu devenu citoyen et le met à l’abri de la lutte pour la vie. Tandis qu’une concurrence vitale sans merci gouverne tout le monde organique, l’existence de ce milieu artificiel permet à l’homme de s’y soustraire ou du moins de n’en laisser subsister que ce qu’il juge bon qui en subsiste. Généraliser la concurrence, qui ne peut gouverner qu’une fraction des actes humains, et vouloir en faire laloi unique des sociétés, c’est vouloir les réduire à la législation des animaux, c’està-dire à l’absence même de toute loi.

Il est naturel que notre époque ait abondé dans ce sens. Le xvme siècle finissant, préoccupé surtout par le souci de faire vivre le peuple et d’augmenter son bien-être en augmentant la production des subsistances, nous avait

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légué cette tâche. Or, si l’action gouvernementale et les mesures égalitaires ont surtout pour effet d’accroître la dignité des individus en les amenant à des sentiments de solidarité et d’estime réciproque, la liberté de la concurrence est le plus énergique stimulant du progrès économique. Mais il est à prévoir que, dans le courant du xxe siècle, la question de répartition va, dans toute l’Europe occidentale, prendre le pas sur celle de production. Ce n’est pas à dire que l’augmentation de la richesse doive cesser. Mais il se trouve par bonheur qu’une répartition moins anti-égalitaire des fruits du travail peut précisément avoir l’influence la plus favorable sur leur accroissement.

On dit : les lois ne peuvent ni multiplier ni diminuer la quantité de richesse existant dans un pays à une époque donnée. C’est trop vrai si l’on veut signifier qu’on ne peut doubler la terre ou le capital par décret; il ne suffît pas de commander à un homme d’être riche pour qu’il le devienne. Mais ce qui est tout aussi vrai, c’est que les mesures égalitaires de la Révolution ont amené un accroissement énorme de la fortune publique, parce qu’il suffit souvent de donner un petit bien à celui qui n’a rien pour qu’il le fasse fructifier. Trois cent mille francs de revenus en plus dans les mains d’un millionnaire seront presque infailliblement dépensés en futilités et perdus sans ressource. Répandus sur trois cents familles qui n’avaient rien, ils rendront possibles une multitude de travaux que la pauvreté empêchait, et se trouveront, sous forme d’améliorations, dans les hommes et dans les choses, entièrement capitalisés chaque année. Concluons donc que des résultats analogues à ceux qu’a produits la Révolution pourraient encore dans l’avenir être obtenus par des mesures analogues à celles qu’elle eut l’intelligence et la décision de prendre.

Un remède de cette nature aurait en somme pour effet

d’abord l’augmentation de la richesse, ensuite le développement delà valeur individuelle; mais le but que nous poursuivons, le relèvement de la natalité, serait-il atteint? Directement, non. Tout au contraire, les unités sociales aujourd’hui rivées dans leur abjection, les prolétaires, venant à être entraînés par le mouvement de l’ascension universelle, perdraient avec leur immobilité la cause de leur fécondité actuelle.

Mais en résolvant la contradiction, contenue dans notre état social, en diminuant l’inégalité des niveaux, en rendant impossible les emportements d’un luxe désordonné, elle ferait prédominer dans toute la nation l’estime d’un état modeste et forcerait à demander la considération à la science, à la vertu, à la valeur esthétique et au courage militaire. Dans cette voie, l’ambition de l’un favorise celle de l’autre et lui facilite le succès au lieu de le lui rendre impossible, comme lorsqu’il s’agissait de l’opulence. L’homme parvenu à l’aisance préférera laisser trois ou quatre fils en possession d’acquérir la plénitude de leur développement personnel, que de n’en laisser qu’un seul qui ne pourrait obtenir davantage. Si l’atténuation de l’inégalité supprime le prolétariat, la diminution de sa fécondité exubérante trouvera une heureuse compensation dans le relèvement de la natalité générale chez la classe aisée ou riche devenue la majorité de la nation. Ainsi, diminuer l’élan vers les richesses et le reporter vers la valeur individuelle, modérer le désir de s’élever et lui donner un but meilleur, voilà la panacée contre la dépression de notre natalité.

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