CHAPITRE XXV
Croyance au surnaturel, clef de voûte de tout système de réaction. — Sa fragilité. — Absurdité de l’hypothèse Dieu. — Cette absurdité peut être prouvée.
— C’est une hypothèse que rien ne prouve, qui n’explique rien, qui est ou contradictoire en soi ou totalement dépourvue de signification. — Histoire de cette hypothèse. — Fétichisme. — Nature des perceptions de l’homme primitif. — La fausse analogie. — Évolution du fétiche vers l’anthropomorphisme. — Effet du culte et de l’éloge. — Effet d’un changement de langue. — Comment de l’anthropomorphisme se dégage l’idée du dieu absolu. — Effet de la philosophie en Grèce. — Processus religieux dans l’Inde; courte durée de l'évolution depuis les Védas jusqu'à Çakya-mouni. — L’œuvre négative de la philosophie n’est jamais définitive. — Progrès de l’esprit scientifique, gage de l’extinction du surnaturel. — État actuel des quatre grandes religions, décadence du prosélytisme. — Il ne renaîtra pas.
— Action de la démocratie sur le prosélytisme. — Décadence de la religiosité; sa décomposition en sensibilité poétique et curiosité scientifique. — Conclusion.
La croyance au surnaturel étant aujourd’hui le principal obstacle à l’esprit démocratique et la clef de voûte de tout système de réaction, il est indispensable de faire voir que ce n’est pas à elle qu’appartient l’avenir.
Dans l’humanité tout entière le terrain s’effondre sous les religions, elles périssent tout à la fois faute de sujet et faute d’objet. D’une part, le prosélytisme tarit ou bien est réfréné par la conquête, la religiosité décroît ou se décompose. D’autre part, l’hypothèse Dieu est une hypothèse, d’abord que rien ne prouve, ensuite qui n’explique rien; en troisième
lieu, qui est ou contradictoire en soi ou totalement dépourvue de signification; enfin c’est une hypothèse dont on connaît désormais l’histoire et qui n’a point été faite dans l’origine pour résoudre le problème à la solution duquel on le fait servir aujourd’hui. On va répéLant, à la suite des positivistes, que s’il n’y a pas de preuves de l’existence de Dieu, il n’y en a pas non plus de sa non-existence, et la question semble devoir rester en suspens éternellement. Mais pour peu qu’on soit assez indépendant pour l’examiner sans préjugé, on arrive aisément à se convaincre que s’il est impossible de prouver qu’il existe un Dieu, il est au contraire très facile de prouver l’absurdité de cette supposition.
En deux mille ans d’efforts, les théologiens et les philosophes n’ont trouvé pour toute preuve de l’existence de Dieu que trois ou quatre pitoyables sophismes qu’ils ont délayés en des milliers de pages. Devant la critique de Kant, la philosophie universitaire, quelque conservatrice qu’elle soit, a été obligée de les abandonner. Elle ne maintient plus l’existence de Dieu que comme une affirmation qu’elle-mème reconnaît indémontrable. Nous nous garderons bien d’entrer dans un débat aussi long qu’inutile. 11 existe un raisonnement court et radical qui a l’avantage de conclure à la fois contre ceux qui tiendraient encore aux anciennes preuves et contre ceux qui espéreraient qu’on puisse jamais en trouver de nouvelles.
Ce raisonnement le voici. Nos moyens de connaître sont bornés à trois : le témoignage des sens, l’induction et la déduction. Les psychologues y ajoutent, il estvrai, la perception intérieure; mais outre qu’elle est trompeuse et sujette à nous faire voir en nous tout ce qu’il nous plaît d’y imaginer, il est clair qu’elle ne peut nous révéler que nous-mêmes et qu’elle ne peut être d’aucun secours pour nous taire percevoir une personne autre que la nôtre. La perception exté-
rieure ne peut davantage être appelée à notre aide pour constater Dieu, puisqu’il est, par définition, un être immatériel, un pur esprit qui ne tombe point sous les sens.
L’induction ne peut non plus nous conduire à aucun résultat. Dieu étant par définition un être sans analogue, ne peut être prouvé par analogie. D’ailleurs, l’induction n’étant qu’une déduction renversée, imparfaite et provisoire, tout raisonnement de cette nature se ramènerait à un syllogisme.
Mais le syllogisme lui aussi est incompétent en pareille matière. D’après l’idée que l’on se fait de Dieu, au moins chez les monothéistes, rien ne le surpasse en grandeur. Aucun terme n’est plus général ; or, un syllogisme ne conclut pas s’il ne contient un terme plus général que celui sur lequel doit porter la conclusion.
De ces quelques lignes on peut hardiment inférer que jamais on n’a trouvé de preuves de l’existence de Dieu et que, quelque effort que l’on puisse tenter, l’avenir n’en trouvera pas.
il est aisé d’établir que l’hypothèse Dieu n’explique rien.
A tout phénomène qui frappe nos sens et, par suite, au grand phénomène qui embrasse les autres dans sa généralité, notre instinct nous pousse à chercher une cause qui en rende raison. Les hommes se sont dit : Tout fait a une cause, l’univers comme les faits particuliers; et comme ils ne pouvaient la constater, ils en ont imaginé une. C’est à cette cause inconnue, placée par eux en dehors de leur portée, qu’ils ont donné le nom de Dieu. Mais si ce raisonnement était légitime, il faudrait continuer : Dieu est un fait, donc il a une cause; celle cause aussi est un fait, donc elle en a une autre, et ainsi de suite sans fin. Il faut bien finir par s’arrêter, sous peine d’être absurde. Mais le bon sens veut que ce soit dès le début, au terme positif, au seul dont l’existence soit constatée, c’està-dire à l’univers lui-même.
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Ainsi l’explicatif universel une fois imaginé, on s’aperçoit qu’il n’explique rien.
Si, en opposition avec le monde des êtres relatifs contingents et finis on suppose un être absolu, nécessaire et infini, cet être sera, par le seul fait de cette opposition radicale de nature, un être sans analogue, identique à soi seul. Or, entre le monde que nous connaissons et cet être sans analogue, il ne peut y avoir qu’un rapport sans analogue. Peut-on exprimer un tel rapport? Non; on serait obligé d’employer des métaphores, c’est-à-dire deparler par analogie. Peut-on seulement le concevoir d’une façon si vague que ce soit? Non encore : nous n’imaginons, nous ne concevons rien que par analogie. Ainsi en est-il du rapport de cause à effet, de père à fils, de créateur à créature. Pour avoir une idée quelconque, si fugitive soit-elle, d’un rapport tout nouveau, il faudrait l’avoir perçu directement.
Ainsi cet explicatif, qui n’avait d’autre raison d’être supposé que le besoin d’expliquer le monde, voici qu’il n’explique rien, qu’il ne remplit pas sa fonction. L’hypothèse Dieu est donc une hypothèse oiseuse, toute gratuite, sans utilité logique, c’est-à-dire une hypothèse qu’on n’a pas le droit de faire à moins qu’on ne soit résolu à sacrifier le bon sens à scs préjugés. Si elle n’existait pas, il faudrait se garder de l’inventer.
La psychologie, qui a scindé l’homme en deux substances radicalement distinctes, esprit et matière, âme et corps, s’est vue par la suite fort empêchée d’expliquer, l'action de l’une sur l’autre; elle a dû imaginer les hypothèses bizarres d’harmonie préétablie, d’influx physique, de médiateur plastique, pour rendre possible l’existence de rapports entre l’étendu et l’inétendu. Mais cette difficulté qu’elle n’a jamais pu surmonter n’est qu’une faible image de la difficulté bien plus considérable que la métaphysique spiritualiste a trouvée à
faire agir son Dieu sur le monde, sans dégrader cette prétendue cause première au rang de cause seconde.
L’hypothèse Dieu est ou contradictoire en soi ou totalement dépourvue de signification.
La métaphysique convient qu’elle ne peut définir son Dieu ni rien en dire qui ait quelque précision. Cependant aux yeux des philosophes déistes comme pour les théologiens, il faut qu’il soit absolu et néanmoins qu’il soutienne avec l’univers divers rapports tels que celui de cause à effet, qu’il soit éternel et dans tous les temps, inétendu et partoutprésent, infini et laissant le monde en dehors de lui, parfait, tout-puissant et laissant subsister le mal, parfaitement heureux et impassible, impassible et très irritable. De la sorte on oscille sans fin entre le parfait non-sens et la parfaite contradiction.
C’est une assertion dont il faut faire saillir l’évidence.
La métaphysique nomme catégories un certain nombre de qualités fondamentales dont aucun objet quelconque appartenant à l’univers n’est jamais dépourvu. Ainsi tous les êtres durent plus ou moins, sont plus ou moins étendus, ont entre eux des rapports de cause à effet. De là les catégories de temps, d’espace, de causalité. On en ajoute d’autres encore telles que le nombre, le mouvement, la limitation, etc. Mais on peut se borner aux trois premières, que tous admettent.
Le Dieu du monothéisme étant constitué par la négation de toutes les qualités caractéristiques du monde relatif est par conséquent a- catégorique, c’est-à-dire étranger au temps, à l’espace, à la causalité. Le langage vulgaire nous le présente comme cause de toute chose. Mais en bonne métaphysique et rigoureusement parlant, le seul langage exact consiste à dire, comme nous l’avons fait plus haut, qu’étant lui-même par hypothèse un être sans analogue, il ne peut avoir avec le monde qu’un rapport également sans analogue, un rapport ne ressemblant en rien aux rapports de causalité existant
A. DUMONT. -vit, on
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entre les eties finis. Le langage vulgaire affirme qu’il est éternel, et on explique ce mot en disant qu’il a toujours été dans le passé et qu’il sera toujours dans l’avenir. Le langage rigoureux et technique consiste à dire qu’il est en dehors du temps, que cette notion lui est étrangère, qu’on n’en peut parler ni penser à aucun temps du verbe, le présent lui étant aussi étranger que l’avenir ou le passé. Pareillement pour l’espace, cette catégorie ne s’appliquant pas à l’hypothèse Dieu, on ne doit pas dire qu’il est partout, comme les théologiens et les philosophes le répètent sans cesse, mais qu’il n’est nulle part, et ce dernier langage est le seul conforme à leur vraie doctrine. A la vérité, dire que Dieu n’a jamais été et ne sera jamais, qu’il n’est nulle part et qu’il ne peut être cause de quoi que ce soit, semble aussi choquant pour le dévot que les affirmations contraires lui paraissent orthodoxes. Mais cela tient uniquement au résidu d’anthropomorphisme qui demeure* au fond du monothéisme. Un tel langage est le seul rigoureusement conforme à l’hypothèse du Dieu absolu a-catégorique.
Si l’être hypothétique affirmé par les déistes était à la fois absolu et relatif, catégorique et a-catégorique, il serait contradictoire comme l’affirmation et la négation prononcées simultanément à propos de la même qualité. Mais s’il est purement a-catégorique, comme on ne peut ni penser, ni parler, ni comprendre en dehors des catégories, il en résulte que les métaphysiciens ont imaginé un pur inintelligible, c’està-dire qu’ils n’ont imaginé rien du tout. L’esprit n’éprouve pas seulement ici l’impression de l’informe (tjkoç zov â^p^ov), il se trouve en présence d’un pur néant. Ce qui n’a pas de sens est non avenu, et ce qui est contradictoire est absurde.
A la vérité, ils dissimulent habituellement l’inanité de l’hypothèse derrière une nébuleusede galimatias. Mais ce langage est un mystère égal pour les savants et pour les ignorants,
pour ceux qui le parlent sans le comprendre et pour ceux qui le lisent dans les mêmes conditions. Une tache d’encre au milieu de la page signifierait autant, et elle aurait l’avantage de n’en imposer à personne.
On trouve une nouvelle preuve de la non-existence de Dieu dans l’histoire aujourd’hui suffisamment connue des transformations successives qu’a subies cette hypothèse.
Autant qu’on en peut juger dans l’état actuel de la science des religions, chez tous les peuples, les premières divinités ont été des objets naturels dans lesquels l’imagination des hommes primitifs a fait passer les facultés, les sentiments, l’intelligence et la volonté qu’ils sentaient en eux-mômes.
Il nous semble tout naturel aujourd’hui de considérer un fait sans rien y ajouter de notre cru et de le prendre simplement pour ce qu’il est. En réalité cette indifférence et ce sang-froid datent d’hier. L’humanité n’y est parvenue qu’à force de temps, grâce à l’habitude de voir qui finit par rendre tout familier.
Tout phénomène qui nous est nouveau excite en même temps, sans que nous nous rendions compte de ce que nous éprouvons, les sens qui le perçoivent, l’intelligence qui cherche à comprendreses rapports avec le monde environnant et avec nous-mêmes, enfin et surtout l’imagination, qui suppose et invente d’autant plus que notre ignorance est plus grande.
i Représentez-vous un paysan absolument ignorant, mais intelligent et sensible, près de qui vient de tomber un aérolithe. Ce qui d’abord travaille en lui, ce n’est pas son intelligence, c’est son imagination, émue jusqu’à l’épouvante. A peine revenu de son effroi, il essaye de se rendre compte du phénomène; et comme sa mémoire ne lui rappelle rien d’analogue, il forge les explications les plus bizarres. Dans l’état actuel de nos idées, sa première pensée sera probablement que c’est Dieu qui a lancé cette masse pour le punir de quelque faute,
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] avertir de ne pas recommencer ou exiger quelque sacrifice qu il hésitait a faire. Mais c’est là une explication suggérée par l’enseignement ecclésiastique. En l’absence de toute croyance reçue, il est plus que probable qu’il se fût figuré le bolide lui-même comme doué de volonté. Il eût conjecturé une intention mystérieuse dans sa chute, une menace dans son immobilité. Il lui eût prêté la connaissance possible de ses pensées ou de ses actions, le pouvoir de lui nuire ou de le favoriser. Il eût tremblé, il eût adoré. En un mot, d’une manière inconsciente et instantanée, il eût prêté ses propres facultés à l’objet terrible qui avait frappé ses yeux pour la première fois.
C’est ainsi qu’est né le fétichisme, le fétiche étant un objet naturel plus ou moins richement doué par le caprice de l’imagination de tout ou partie de la détermination mentale de l’homme.
Cette tendance à tout personnifier est inhérente à l’ignorance et se retrouve partout en linguistique. Langage et fétichisme sont les deux résultats primordiaux, très étroitement unis dans leur origine, de l’effort vers le savoir. Si toute religion est un essai d’explication des phénomènes qui nous frappent au moyen de volontés plus ou moins analogues à la nôtre, d’un autre côté le langage et la poésie prêtent une âme à tout ce dont ils parlent. La source murmure et se plaint, l’arbre est heureux d’étendre ses rameaux, il gémit sous les coups de hache, le soleil et la lune acquièrent un sexe, ils se lèvent, ils se couchent, ils sourient, leurs rayons sont des flèches ou des cheveux. De tout temps, sans doute, l’homme a dû imposer aux idées abstraites des appellations matérielles, appeler par exemple, la faculté de comprendre, un esprit ou une âme, c’est-à-dire un souffle d’air; c’est ainsi qu’il a toujours parlé et parlera toujours. Mais en revanche il a toujours aussi, dans les
objets matériels, placé même à son insu une volonté, une intelligence, un amour-propre semblables aux siens. Il ne peut exprimer aucune idée morale que par métaphore et, pour les objets matériels qu’il nomme directement, il ne peut en parler sans leur attribuer la vie morale. L’animisme a présidé à la formation du langage.
Engendrée par la prédominance de l’imagination sur l’intelligence dans l’homme primitif, cette tendance à voir partout de fausses analogies a constitué le grand fourvoiement de l’esprit humain. En le détournant de l’observation froide et purement intellectuelle des objets de perception, elle l’a lancé dans la recherche des explicatifs imaginaires et du surnaturel, où il a perdu peut-être dix mille ans d’efforts.
Un objet matériel quelconque, arbre, rocher, source, soleil ou nuage, étant personnifié par l’analogie, par l’analogie aussi on est porté à lui parler, à le supposer comme nous sensible à l’éloge. De là la prosopopée, fiction du poète et de l’orateur; mais de là le culte, la prière, les hymnes, de là les titres éclatants et les légendes glorieuses. Plus les flatteries sont hyperboliques et répétées, plus elles sont supposées par le fidèle devoir plaire à son idole. Voilà le moteur, le ressort caché de l’évolution du fétiche qui s’élève d’abord à la dignité de dieu anthropomorphe et enfin à celle de dieu absolu.
L’adorateur se demande : Lequel est le plus flatteur pour tel dieu d’avoir telle qualité ou de ne pas l’avoir? Et du moment où il est animé de sentiments pieux, la réponse n’est pasdouteuse. Le dieu finira toujours par avoir la détermination la plus haute, il aura accompli les exploits les plus merveilleux que l’imagination ait jamais pu inventer. L’essentiel, c’est que la dévotion qu’il inspire ne faiblisse pas : car ce n’est pas la grandeur du dieu qui cause la dévotion
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qu on a pour lui, mais l’intensilé de la dévotion qui détermine sa grandeur. Plus on l’aime et plus on l’élève. L’histoire du dogme de la divinité de Jésus-Christ et plus récemment les progrès de la mariolâtrie en fournissent des exemples frappants.
A mesure que, par des louanges répétées, le prêtre et le lidèle élèvenL davantage l’idée du fétiche, celui-ci prend dans leur imagination une forme de plus en plus différente de
l’impression produite spontanément par l’objet matériel. L’élément artificiel tend à se séparer et à constituer un être surnaturel distinct de son support sensible. Cette séparation est grandement favorisée par tout changement de langage. Ainsi dans le Rég-Veda, le prêtre-poète nomme agni, soma, les maruts, tour à tour comme des êtres doués de volonté, d’intelligence et de courage. Il en fait les héros d’un drame, chante leurs hauts faits, leurs combats, par flatterie, les personnalise autant qu’il peut. Tout cela ne sort pas du fétichisme. Mais survienne une altération de la langue, que le nom usuel du phénomène naturel vienne à s’oublier, cet ancien nom, conservé dans les seules prières des prêtres, reste seul chargé de la détermination personnelle et imaginaire. Il devient par le fait un héros anthropomorphe, un dieu, et le combat métaphorique qu’il avait coutume d’accomplir, devient, pris au sens propre, une action merveilleuse réalisée une fois pour toutes aune époque indéterminée. Ainsi, chez les Aryas primitifs, Dyans, le ciel brillant étendu sur nos têtes, n’est encore qu’un fétiche. Comme on n’a pas cessé en le nommant de se figurer l’objet naturel qu’il représente, la personnification reste inconsistante. 11 en va tout autrement chez les Latins et les Grecs, là Zevç’Tca-^p ou Ju-piter, identique à
Dyans-pitar, le père céleste, ne sera plus qu’un dieu formellement anthropomorphe. Le changement de langue a rompu le cordon ombilical reliant sa personne à son fétiche. Bientôt
on le représentera avec un corps humain et on en fera un être principalement moral, un agent rémunérateur et vengeur chargé de fournir une sanction à notre appétit de justice idéale.
Nous passons ainsi à l’anthropomorphisme polythéique qui établit entre les personnages divins des relations de parenté, confectionne des listes généalogiques, imagine une chronologie et une hiérarchie fictive entre ces agents naturels, qui s’y prêtent d’autant plus aisément que leur origine véritable est plus oubliée et que la transparence des mythes s’est davantage obscurcie. Cependant, même alors, le dieu anthropomorphe conserve sa fonction d’explicatif par rapport au phénomène auquel il préside et dont il est envisagécomme la cause.
Plus lard, quand la philosophie intervient, comme ce fut lecasen Grèce, elleramèneàun seul les problèmes multiples de l’univers et n’a plus besoin pour en rendre compte que d’un seul explicatif. Alors les dieux anthropomorphes pâlissent, se discréditent, et Socrate, Aristote, devançant de quatre siècles le mouvement de l’esprit humain chez les Aryas d’Occident, arrivent au monothéisme.
Avec le fétichisme, les phénomènes contiennent en eux leur explication, puisqu’ils ont tous une âme et une vie; avec le polythéisme et le monothéisme, ils sont également envisagés comme inertes. La seule différence consiste en ce que, dans le second, l’univers et sa cause sont l’un et l’autre ramenés à l’unité. La généralité de la solution se proportionne à celle du problème.
Les louanges adressées par le fidèle à son dieu n’aboutissent pas nécessairement au monothéisme. Dans l’Inde, par exemple, elles ont laissé subsister le polythéisme brahmanique. Mais alors elles ont élevé la conception de chacun des dieux particuliers à une hauteur où il n’y en a plus qu’une de possible
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pour tous. Sous ce rapport, les nombreuses prières contenues dans le Mahabharaia sont curieuses. Chaque dieu y est d’abord honoré par son nom, envisagé avec ses attributs particuliers; mais bientôt le poète s’échauffe et le chante comme toutpuissant, éternel et immuable, en termes qu’emploieraient parfaitement les prêtres d’une religion monothéique. Quand on a une fois trouvé l’idée la plus haute qu’on ait pu se former de la divinité, ce serait manquer de piété que de ne point en faire honneur à l’agent surnaturel, quel qu’il soit, dont on implore la protection. Les mêmes hyperboles, la même détermination métaphysique, sont donc appliqués uniformément à tous. C’est un manteau tout fait, brodé d’ornements éclatants, que le fidèle met sur les épaules de chaque idole dans l’instant où il s’en occupe. En vertu de cette tendance pieuse à gratifier les objets de son adoration de tout ce qu’il a jamais pu inventer de plus glorieux, des légendes formées primitivement pour exalter la gloire dusoleil ont été attribuées successivement à Yichnou, à Brahma, et finalement à un homme, à un personnage réel et historique comme le Bouddha.
Lorsque l’action combinée de la prière et de la métaphysique a élevé et sublimé l’idée de l’agent surnaturel jusqu’à le rendre sans similitude et sans contact possible avec le monde, il est virtuellement éliminé. Du fétichisme à l’anthropomorphisme polythéique, puis à l’hypothèse du Dieu absolu et à l’athéisme, l’évolution de l’esprit humain s’est ainsi accomplie régulièrement dans le sens d’une négation de plus en plus complète du surnaturel et de l’inconditionné. A mesure que l’on avance, chacune de ces phases est déplus en plus courte. Tandis que l’homme a tremblé durant des milliers d’années devant ses fétiches, c’est faire bonne mesure que d’accorder deux mille ans à la durée du polythéisme depuis son apparition jusqu’au moment où fut conçue
l’idée du Dieu absolu. Et de ce moment à l’apparition de l’athéisme, il n’y a qu’un pas. Ainsi envisagée, la durée de l’évolution religieuse n’est pas très longue. Dans les Védas règne encore presque partout le pur fétichisme, et six cents ans avant notre ère, grâce à la puissance d’incomparables aptitudes métaphysiques, Çakya-mouni jette déjà les hases d’une religion athée.
Il est vrai que l’œuvre purement négative de la métaphysique n’est jamais durable. A peine a-t-elle fait parvenir l’esprit humain à la notion du dieu absolu, que le théologisme sent l’abîme où il va sombrer; alors il imagine un médiateur, un verbe, un démiurge, et le dieu absolu s’adjoint des hypostases, ce qui signifie que, par un subterfuge, il redevient relatif, catégorique, alin de continuer d’être quelque chose. Avec le bouddhisme, un phénomène équivalent s’est produit dans l’Inde où, sur le tronc môme de l’athéisme systématique, on a vu renaître une abondante et vivace floraison de superstitions. C’est que, dans les deux cas, le même instinct qui a fait imaginer le surnaturel, fait incessamment rebourgeonner, près du dieu desséché ou détruit par l’abstraction, de nouveaux fétiches et de nouveaux mythes.
La curiosité humaine est éternelle et heureusement incompressible; on ne la fait taire qu’en la satisfaisant. Il est vrai que l’imagination ne peut rien répondre de valable aux questions posées et que la critique philosophique suffità faire justice de ses solutions. Mais ce résultat négatif une fois obtenu, la curiosité primitive persiste, et le peuple, l’ignorant, l’homme de foi persiste, lui aussi, à demander à son imagination une réponse quelconque.
L’humanité ne parviendra-t-elle donc pointa se débarrasser du surnaturel? La chose serait certainement impossible sans l’apparition d’un genre nouveau d’explications : les explications positives, qui rendent superflues celles des religions. Il
NATALITÉ ET CIVILISATION, n y a nul besoin d’un dieu du tonnerre depuis que l’on connaît l’électricité; nul besoin d’un créateur de l’homme et des animaux depuis que l’on connaît la théorie de l’évolution, nul besoin d'un créateur de la lumière depuis que l’on sait qu’elle vient uniquement du soleil et des étoiles (au lieu d’avoir été créée trois jours auparavant). A chaque découverte de la science, une explication naturelle et compréhensible se substitue à l’explication miraculeuse. Puis l’esprit positif croît en audace et s’affirme chaque jour avec plus de force. 11 se pose enfin résolument comme le légitime héritier des religions et de la métaphysique et réclame pour lui seul le champ entier du savoir. Au commencement, tout était dieu; avec le polythéisme, le nombre des dieux décroît ; plus tard, il n’en subsiste qu’un seul, et, même pendant la durée relativement courte de son règne, son intervention dans les choses humaines ou naturelles diminue de jour en jour. L’idée de la nécessité naturelle va constamment gagnant du terrain sur celle d’une volonté arbitraire. Depuis la Réforme, les théologiens eux-mêmes sont amenés à considérer leur dieu plutôt comme un roi constitutionnel gouvernant conformément aux lois que comme un despote capricieux.
L’évolution de l’esprit humain s’est ainsi accomplie régulièrement dans le sens d’une élimination de plus en plus complète du merveilleux et de l’inconditionné. Or, quand dans la nature ou dans l’histoire un type, une tendance de l’esprit humain, vont toujours décroissant d’une manière constante, ce phénomène tant de fois séculaire ne peut être regardé comme accidentel ; la décadence ne comporte d’autre terme que l’extinction.
Cette conclusion est du reste corroborée par l’état actuel des grandes religions qui se partagent l’humanité et dont aucune n’est en état de s’imposer au monde.
Le brahmanisme, qui compte encore aujourd’hui quatre-
vingt millions d’adhérents après en avoir perdu un nombre considérable au profit du bouddhisme et quarante millions environ au profit de l’islamisme, ne possède plus aucune force d’expansion.
Le bouddhisme, né dans l’Inde, où il se propagea rapidement et fleurit pendant mille ou douze cents ans à côté du brahmanisme, en fut expulsé à la suite de guerres sanglantes aux ve et vie siècles de notre ère. Il compte encore deux cents millions de sectateurs au Tibet, en Chine, au Japon, en Jndo-Chine et à Ceylan ; mais son prosélytisme a perdu toute ardeur.
L’islamisme, beaucoup plus jeune, continue à faire des progrès assez sensibles aux dépens des populations fétichistes de l’intérieur de l’Afrique. Mais, dans tout le reste de son aire géographique, la subalternisation actuelle ou prochaine des peuples qui le professent leur interdit la propagande armée, leur infériorité en fait de culture intellectuelle leur rend impossible la propagande par persuasion.
Enfin, pour le christianisme, sa période d’expansion a pris fin il y a au moins huit siècles. Malgré ses nombreux missionnaires, il n’a pu convertir un seul musulman, et ses efforts bien que favorisés par le prestige des armes européennes, ne servent qu’à faire éclater son impuissance contre le bouddhisme et le brahmanisme. En Europe, il ne cesse de reculer depuis des siècles. Dans les pays catholiques comme dans les pays protestants, il lutte pour ne pas perdre et, malgré sa redoutable puissance matérielle, il est partout sur la défensive.
En somme, les quatre grandes religions, l’une polythéiste, l’autre athée, la troisième déiste et la quatrième trinitaire, ont cela de commun qu’elles sont, chacune à sa manière, une encyclopédie, un résumé des connaissances humaines telles qu’elles étaient à l’époque et dans le milieu où leur credo
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s’est élaboré. Toutes, en un mot, sont principalement un effort vers le savoir. Or, les enfantements de l’imagination sont bien puérils et ridicules en présence de l’immensité réelle de la nature révélée par la science. Les sciences naturelles mettent une à une leurs solutions au lieu et place des cosmogonies et des genèses contenues dans les livres sacrés, et ces fables elles-mêmes, toutes plus ou moins analogues entre elles, vont prendre dans la collection des mythologies, la place qui leur est assignée par la linguistique et la science des religions.
Les progrès de la science nous rendent également incapables de subir et d’exercer le prosélytisme religieux; mais, de plus, elle le remplace par le prosélytisme scientifique. Celui-ci ne demandant presque rien à l’imagination, à l’éloquence ou à la passion, ne comportant aucune violence, n’en possède pas moins une puissance de persuasion qu’aucune religion n’eut jamais. L’évidence contraint plus fortement que la foi, précisément parce qu’elle ne fait appel qu’à l’intelligence dans le domaine des choses intellectuelles, tandis que la foi fait appel à la volonté, qui n’est qu’une intruse en pareille matière.
Partout donc où il y a des hommes suffisamment instruits et indépendants d’esprit, chez les musulmans ou les bouddhistes comme chez les chrétiens, il se formera des libres penseurs; et la science fera ce qu’aucune religion n’a pu faire, l’unification intellectuelle du monde.
Dès à présent, en face de la vérité scientifique, les diverses erreurs religieuses se reconnaissent solidaires. Impuissantes à empiéter sur le domaine les unes des autres, elles se sentent pareillement en butte aux attaques d’un ennemi commun. Il y a encore un siècle, chaque fidèle opposait à son credo, qu’il regardait comme seul vrai, toutes les autres doctrines qu’il envisageait comme des impostures monstrueuses ou crimi-
ÉLIMINATION DE LA CROYANCE AU SURNATUREL. 477 nelles ; aujourd’hui il n’aime point à voir déverser le ridicule sur des croyances qu’il reconnaît trop semblables aux siennes. Entre les dogmes qu’il doit réputer divins et ceux qu’il doit tenir pour diaboliques, c’est l’analogie qui le frappe principalement, et de cette sorte il se met lui-même insensiblement au point de vue de la mythologie comparée.
D’ailleurs, l’esprit de prosélytisme, qui d’ordinaire s’éveille ou s’endort sans qu’on sache pourquoi, trouve en démocratie des dérivatifs qui l’épuisent. Tandis que la liberté donne l’essor à toutes les passions de l’homme, elle modère et énerve celles-ci.
C’est que l’esprit de prosélytisme n’est en réalité que l’esprit de domination transporté du domaine politique dans le domaine religieux. Le peuple juif, qui fut l’incarnation la plus complète de cette tendance, était le peuple le plus dominateur de la terre. Seulement, comme son organisation politique et militaire n’était pas en rapport avec son ambition d’empire universel, la tendance contrariée dans le domaine matériel se réfugia dans le domaine mystique. Il voulut au moins le royaume du ciel et, à défaut de généraux, il eut des apôtres. Plus guerriers et placés en face d’un empire aussi faible que celui de Byzance, les juifs auraient fait six siècles plus tôt ce que les Arabes, leurs frères, firent avec Mahomet et Omar. Si leur Messie ne fut pas un conquérant, ce ne fut pas leur faute, car telle était bien la conception primitive.
11 en est des individus comme des peuples, les naturels dominateurs dont la personnalité ne sait pas se resserrer dans' de justes limites, s’ils ne peuvent imposer leur volonté par la force se font au moins' orateurs, docteurs et marchands d’avis : car il faut que les caractères tyranniques empiètent d’une façon quelconque sur autrui. Mais quand la liberté politique existe, c’est de ce côté que se tourne leur ambition; c’est seulement quand la voie la plus naturelle et la plus
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courte leur est fermée que leur activité se reporte vers le domaine religieux. La liberté et la démocratie détournent donc de cette dernière direction une grande partie des passions qui s’y précipitent en temps de despotisme. Elles agissent en somme sur le fanatisme sinon comme un narcotique, au moins comme un puissant anesthésique.
Parallèlement au prosélytisme, décroît et s’éteint un autre sentiment de l’âme humaine plus nécessaire encore au maintien des croyances surnaturalistes, puisqu’il en est le générateur, la religiosité.
Les poètes néo-catholiques ont célébré la sensation d’infini causée par le ciel étoilé ou les flots de l’Océan, la mélancolie qu’inspirent les ruines et les tombes, l’horreur mystérieuse des grands bois, le recueillement et la paix qui tombent des voûtes des sombres cathédrales, etc. Le libre penseur estsensible à ces impressions comme il l’est à toutes celles quel’esprit de l’homme peut percevoir ; mais où le philosophe romantique se plaît à voir des impressions religieuses, lui voit simplement des impressions poétiques.
Mais, dira le déiste, la religiosité est universelle! — Oui, comme l’ignorance; mais elle n’est pas plus nécessaire qu’elle. Pour l’homme cultivé qui a conscience des phénomènes psychiques qui se passent en lui, loin d’ètre un sentiment irréductible elle se décompose en deux dispositions toutes différentes, la sensibilité poétique etla curiosité scientifique. Ce caractère distinctif du prétendu règne humain n’est tout simplement qu’un sentiment confus et complexe qui se volatilise spontanément à la lumière d’une civilisation suffisamment avancée.
La sensibilité poétique, la faculté de rêver et d’imaginer, de palpiter d’espérance ou de crainte est éternelle et d’autant plus développée que l’homme est mieux doué. Le génie qui consiste à manifester au dehors et faire partager à scs sein-
blables les sentiments éprouvés est également de tous les temps, bien qu’il se manifeste surtout aux époques où la foi est en décroissance. Mais en aucun cas l’homme sensé n’est dupe de ses songes et ne court risque de prendre pour réels les produits de son imagination. Il est de moins en moins sujet aux émotions non raisonnées, et quand il les éprouve il en découvre bientôt la cause. S’il ressent une répugnance instinctive pour les reptiles, il se rend compte que c’est parce que certains d’entre eux ont un venin mortel; s’il est, dans la jeunesse, bouleversé par tout ce qui a rapport à la mort ou à l’amour, il en trouve le motif dans l’importance énorme de ces deux facteurs du renouvellement de la race. Tandis que les campagnes les plus arriérées en sont encore à la sorcellerie, c’est-à-dire au fétichisme, il va voir les lieux hantés et leur trouve à tous un caractère commun qui les distingue des champs environnants : soit que la solitude et le silence y régnent davantage, soit qu’un bouquet de vieux arbres y ait crû en liberté, qu’une source en .jaillisse d’une façon imprévue ou qu’un rocher y perce l’humus uniforme et se dresse, ils tranchent sur la banalité ambiante et ils émeuvent par là. Mais où le peuple éprouve une émotion superstitieuse, l’esprit conscient et capable d’analyse n’a qu’une émotion poétique plus ou moins intense.
La division croissante du travail intellectuel, conséquence du progrès de la civilisation, amène l’homme moderne à distinguer sans effort et presque sans s’en apercevoir les opérations du sensible et celles de l’intelligible, à se défier de son imagination en matière de savoir. A tous les âges de l’humanité, la religiosité fut le fait général et spontané, aujourd’hui c’est le besoin de preuve qui naît avec la vie intellectuelle. Douter jusqu’à ce qu’on ait des raisons de croire, n’accepter ses propres hypothèses ou celles d’autrui que comme provisoires, aimer à se rendre compte, à voir de près
NATALITÉ ET CIVILISATION
et à loisir avant de se prononcer sur rien, voilà des dispositions de plus en plus communes à notre époque. Silencieusement, mais avec une force irrésistible, l’esprit positif se substitue à l’esprit théologique, l’observation avisée et sagace remplace la vue trouble et émue des phénomènes, résultat de la vibration simultanée de facultés non encore dressées à n’opérer que par ordre et chacune à son tour. C’est vraiment dans une phase toute nouvelle qu’est entré de nos jours le génie de l’homme.
L’ardente préoccupation de rechercher les causes estpeutêtre la mesure la plus exacte de l’intelligence. C’est en ce sens que l’on peut admettre une opinion souvent émise par les écrivains allemands, d’après laquelle l’instinct religieuxou superstitieux dans l’enfance des peuples et des individus serait la promesse d’un grand développement mental dans leur maturité. L’ardente curiosité qui sollicitait l’imagination et lui faisait enfanter des explicatifs chimériques stimulera le zèle des esprits chercheurs et ne servira plus qu’à produire de la science.
En résumé, que l’on considère les religions dans leur objet ou dans leur sujet, elles sont également condamnées. L’hypothèse Dieu est insoutenable et d’elle-même s’élimine par la seule action des causes qui l’ont produite. Le sujet religieux se dérobe, la religiosité se résolvant à une époque d’analyse en curiosité qui profite au progrès scientifique et en poésie qui féconde l’activité esthétique. La croyance au surnaturel doit disparaître, et, faute du sentiment qui lui a donné naissance, elle ne renaîtra pas.
Des deux termes de la contradiction entre la démocratie et la religion, c’est bien ce dernier qui doit être éliminé.