‹ Dépopulation et puéricultureChapitre 9 sur 16 · SECOURUS · texte numérisé non relu

SECOURUS

Les dames déléguées des Enfants-Assistés, qui exercent cette mission à Paris et dans la banlieue au nombre de vingt-deux, sont presque toutes et presque toujours des fonctionnaires irréprochables; elles ne peuvent pas remplir un rôle médical et diriger avec autorité l’alimentation des jeunes enfants.

Légalement, réglementairement, les mères secourues ont droit, en cas de maladie de leur enfant, aux visites des médecins du bureau de bienfaisance et à la gratuité des médicaments; toutes les femmes ne connaissent pas leur droit et ne bénéficient pas de l’assistance médicale et pharmaceutique gratuite.

Mais ce n’est pas uniquement en cas de maladie que l’intervention du médecin est nécessaire pour les enfants du premier âge, surtout pour ceux qui sont placés dans des conditions défavorables de milieu. Les enfants de familles nécessiteuses ou indigentes courent plus de dangers que ceux d’une condition sociale plus favorisée; le fait est d’observation courante. Le logement est trop souvent insalubre et surpeuplé. Ni confort ni bien-être; c’est l’entassement avec ses promiscuités périlleuses. L’hiver, il fait trop froid, et l’été les pièces d’habitation sont mal défendues contre la chaleur. Et, danger suprême, un lait sophis-

tiqué est la nourriture la plus répandue de milliers d'enfants.

Plus encore que dans la clientèle riche ou aisée, l’œil du médecin est indispensable à titre préventif; pourtant de médecin n’est appelé pour ces catégories si éprouvées de nourrissons pauvres, qu’en cas de maladie ou d’accidents, c’est-à-dire trop tard pour la prophylaxie des maladies évitables.

La condition première, et pour ainsi dire sine qua non de tout secours d’allaitement, devrait être l’obligation pour la mère de présenter son enfant, une fois par semaine au moins pendant les six premiers mois, trois fois par mois jusqu’à la fin de la première année, à la consultation du dispensaire.

Tout enfant secouru est placé de plein droit sous la protection de la municipalité ou du département, en attendant qu’un service unique d’assistance à l’enfance soit institué, afin de mettre un terme à l’inégalité de traitement entre les enfants légitimes et les enfants naturels, que M. Brieux a si âprement et avec tant de justesse critiquée sur la scène, dans sa belle pièce des Bienfaiteurs.

Cette condition de fréquenter hebdomadairement ou décadairement le dispensaire, est d’autant plus légitime qu’elle est le meilleur

moyen de protection et de sauvetage des enfants du premier âge.

Plus une femme est pauvre et ignorante, et plus elle a droit à une protection active, qui, dans l’état de l’hygiène sociale, est tout entière à organiser.

Tant mieux si l’initiative privée fait partout l’effort nécessaire; les municipalités ne seront pas embarrassées pour trouver l’emploi de leurs ressources. Seulement, si aucune organisation de ce genre n’existe dans une localité, surtout dans les villes et dans les agglomérations industrielles, c’est à l’administration municipale à susciter, sous la forme qui lui conviendra le mieux, la création du dispensaire public.

En somme, que faut-il? M. Jonnart, le gouverneur général de l’Algérie actuel, a très heureusement donné la formule constitutive d’une consultation de nourrissons. Trois choses suffisent, a-t-il dit avec justesse : une balance, un appareil à stériliserle lait et le dévouement d’un médecin. Ces conditions sont faciles à remplir et la plus modeste commune peut faire face à la dépense.

A supposer que, pour les plus petites communes, la dépense soit plus lourde et que la mise en œuvre soit trop lente,-les Conseils généraux feront pour la surveillance médicale des

nourrissons ce que-beaucoup ont fait sponla-'-^ 'nément avant le vote de la loi sur la médecine | gratuite. M. Jonnart pense avec raison que les, I Conseils généraux pourront utilement prélever surleur budget d’assistance un crédit affecté àla création et à l’entretien des consultations de nourrissons dans les communes les plus pauvres.

Tôt ou tard, la loi rendra obligatoire la surveillance médicale de tous les enfants jorotép'éi, à plus forte raison de tous les enfants secourus. L’intérêt national le plus pressant ordonne au plus tôt cette extension de prévoyante et bienfaisante tutelle.

ENFANTS ASSISTÉS

Pour la France entière, à la date du 31 décembre 1897, le nombre des enfants secourus dépassait 44.000. On voit ainsi le vaste champ d’activité tutélaire qui s’ouvre devant les Conseils généraux, devant les pouvoirs publics.

Et cette population infantile n’est pas la seule qui relève directement de l’autorité administrative. Il est d’autres enfants qui sont placés d’une manière plus intime et plus durable sous la protection de l’Etat : ce sont les enfants assistés proprement dits, dont le nombre s’élève à plus de cent dix mille. Le contingent comprend, il est vrai, des pupilles, d’un jour à vingt et un ans.

Une fois déposés à l’hospice dépositaire, immédiatement après leur abandon, qui a lieu habituellement dans les premières semaines après la. naissance, les enfants assistés sont

210 DÉPOPULATION ET PUÉRICULTURE confiés à une nourrice de la campagne, choisie avec des précautions minutieuses en vue de l’allaitement au sein. Il ne s’agit plus, comme pour les enfants mis en nourrice, d’un placement à court terme ; la famille nourricière conserve en pension le petit nourrisson jusqu’à treize ans. Dès lors, intervient un autre élément que l’intérêt: les liens d’affection se nouent, une nouvelle famille se forme, et cette adoption éventuelle est le fruit du système traditionnel du placement familial, qui est la règle du service des enfants assistés de France.

Ce merveilleux service a été trop souvent l'objet de critiques injustes et passionnées, et, dans une enquête récente, M. Henri Monod n’a pas eu de peine à faire justice d’attaques immérritées. Le brillant directeur de l’Assistance publique de France serait le premier à protester contre une apologie aveugle, et il ne méconnaît aucune des réformes à entreprendre dans l’intérêt de ces pupilles de la nation.

Chaque département a la gérance de son service d’enfants trouvés et abandonnés ; les règles générales, en ce moment soumises à révision, sont communes, et l’Etat surveille par des inspecteurs ces légions d’enfants adoptifs delà patrie.

Paris, par sa situation même, par les facilités

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qu’il offre aux mères clandestines, par l’hospitalité généreuse qu’il accorde aux nouveaunés de toute provenancé, Paris a naturellement une part ériorme et disproportionnée dans ces charges d’assistance infantile. Le nombre d’enfants assistés du département de la Seine, élevés en province, est de plus de quarante-deux mille.

Ainsi, pour toute la France, 110.000 pupilles de cette catégorie, et pour la Seine, 42.000. Plus d’un tiers des enfants assistés sont des Parisiens d’origine ou adoptés. La proportion est à l'honneur de Paris, dont la participation volontaire à ces dépenses nationales ne saurait être trop vantée.

Chaque année, deux mille enfants, deux mille nourrissons abandonnés, sont remis à des nourrices recrutées avec le plus grand soin dans les agences de l’Assistance publique de Paris, c’est-à-dire sur des territoires spécialement surveillés par des fonctionnaires à poste fixe. Ces agences d’enfants assistés de la Seine se trouvent dans les départements suivants : Pas-de-Calais, Nord, Somme,- Orne, llle-et-Vilaine, Sarthe, Loir-et-cher, Cher, Yonne, Nièvre, Côte-d’Or, Saône-et-Loire, Allier, Puy-de-Dôme.

D’après un roulement établi, 39 agences di-

2!2 DÉPOPULATION ET PUÉRIGULTÜIIE rigent sur Paris, chaque jour, 2, 3, 4, 5, 6 nour-’ J rices. Ces hraves femmes viennent sous la con- I duite d’une surveillante, à l’hospice de la rue 1 Denfert-Rochereau, et après un séjour do vingt-quatre ou quarante-huit heures, après un nouvel examen médical, elles emportent le petit être qui sera désormais, et sauf retrait pour motifs graves, leur nourrisson et leur en- v fant adoptif.

Jadis ce transport était effectué par les soins j des meneurs, dans de lamentables charrettes; i plus tard, l’administration des hospices fit construire des voilures suspendues et couvertes, ' ; pourvues de bancs pour les nourrices et de -j hamacs pour les nourrissons. Aucune voiture ne devait contenir plus de 12 nourrices avec j leurs nourrissons. I

Le voyage par chemin de fer a été un progrès notable. Il est certain que le mode défectueux de transport des nourrissons a la plus haute importance pour la vitalité. Si l’on se ; ■■ reporte aux anciennes statistiques des enfants d'hospices de Paris, de 1815 à 1817, sur 100 de ces enfants, 75 mouraient. Ces chiffres ne sont qu’approximatifs, ils portent sur les enfants de tout âge, ils n’en ont pas moins une valeur relative du plus haut intérêt.

L’exposition sur la voie publique et le fonc-

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tionnement des tours n’étaient pas sans influer sur cette mortalité infantile, et tout porte à croire que les déplorables conditions de transport étaient loin d’être étrangères à de telles hécatombes.

On en est réduit aux hypothèses sur la part de ces ditférents éléments; des travaux récents, des observations sûres donnent le droit de penser que les maladies de l’appareil respiratoire provoquées par le froid, ont largement contribué à ces accidents, horriblement fréquents. Les recherches de MM. Hervieux, Guéniot, Tarnier, Auvard, Berthod, et en dernier lieu celles de M. Pierre Budin, ont montré que les nouveau-nés. et plus particulièrement les 'prématurés^ les débiles, se refroidissent très facilement. Un grand nombre d’affections évitables proviennent de ce refroidissement dangereux.

Entre les enfants robustes qï les enfants débiles, il n’est pas rare de rencontrer des nouveau-nés chétifs, surtout lorsque la mère a été surmenée dans les derniers jours de grossesse ou bien qu’elle a souffert moralement. Comment ces petits êtres fragiles supporteraientils sans dommage un voyage à longue distance par les nuits d’hiver et comment s’étonner de la fréquence d’accidents qu’on est plutôt sur-

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pris de ne pas voir encore plus nombreux et plus meurtriers?

A cette période de la vie, le moindre courant d’air est fatal, une sortie prématurée risque d’être une condamnation à mort. Les statistiques de MM. Balestre et Giletta de Saint- Joseph accusent une mortalité de 147 p. 1000 pour affections pulmonaires.

Les enfants à terme ne résistent pas plus que les prématurés à un abaissement brusque de température en hiver; ils se refroidissent avec la plus grande facilité. Des précautions minutieuses, des soins extrêmes s’imposent, si l’on veut éviter pendant la mauvaise saison les acci- ' dents occasionnés par le froid.

Il y a quelques années seulement, les nourrices appelées à l’hospice dépositaire de certaines régions éloignées, de la Nièvre par, exemple, arrivaient exténuées. Pour certaines agences, elles devaient effectuer, tant en voi- ture qu’en chemin de fer, des parcours considérables, interrompre pendant vingt-sept oü vingt-huit heures leur fonction nourri- • cière.

La création de nouvelles agences, en rapprochant les communes du chef-lieu où se passe la contre-visite du médecin, l’emploi de moyens de transport plus rapides par trains express, ont

ENFANTS ASSISTÉS

quelque peu abrégé la durée du trajet pour les nourrices.

A plus for le raison un long et fatigant déplacement, s’il est dur pour une nourrice, est-il dangereux pour un nouveau-né qui doit être, dans son intérêt, confié le plus tôt possible à sa nourrice définitive, à.sa seconde mère. Une prolongation de séjour à l’hospice-hôpital des Enfants Assistés ne va pas sans inconvénient, et la mise en nourrice immédiate est la règle du service, sauf les cas de faiblesse congénitale et d’athrepsie, qui nécessitent l’envoi dans une station suburbaine, l’asile de Châtillon, spécialement construit et aménagé pour ménager la transition entre l’hospice parisien et le placement rural.

Le professeur Parrot avait porté ce jugement que l’envoi immédiat en nourrice était la précaution suprême,, souvent la seule chance de salut des plus délicats parmi les abandonnés. En ce temps-là, l’hospice de la rue Denfert-Rocherean était décimé par une mortalité épouvantable; les cas de contagion intérieure étaient fréquents; il fallait abréger autant que possible un séjour périlleux. Souvent, hélas! le péril n’était qu’ajourné et le départ prématuré ne faisait pas courir de moindres dangers à la santé des enfants assistés. Le

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nombre des enfants envoyés en mauvais état à | la campagne influait dans une proportion no- | table sur la mortalité des enfants d’un jour à | un an. Un rapport officiel signalait que, sur 56 enfants à lait envoyés dans une seule agence dans le courant de l’année 1882, 27 avaient été reconnus en mauvais état et 17 étaient morts dans le mois qui avait suivi leur arrivée. «

Peu à peu, le double danger a été atténué.

Le séjour à l’hospice a été de moins en moins dangereux, et des précautions ont été prises, encore insuffisantes peut-être, pour éviter les départs prématurés et réduire au minimum les risques du déplacement.

Une contre-visite médicale a lieu à l’hospice quelques heures avant le départ, afin de pouvoir au dernier moment ajourner le voyage des nouveau-nés chétifs.

L’organisation des convois a été l’objet des préoccupations les plus vives du Conseil général de la Seine et de l’administration. N’est-ce pas de l’organisation même des convois, ainsi que nous le disions il y a plusieurs années dans un de nos rapports sur le service des enfants assistés, que dépend le bon fonctionnement de tout le service dans ses moindres rouages:

recrutement plus ou moins facile des nour-

rices; conditions plus ou moins favorables dans lesquelles elles vont quitter leur foyer, voyager et y revenir avec l’allaité dont elles auront désormais la charge et la responsabilité; état d’encombrement ou de non-encombrément de la crèche à l’hospice dépositaire, selon que les convois sont bien ou mal organisés; aménagement confortable des wagons et pour les nourrices et surtout pour les nourrissons; précautions à prendre pour protéger contre les refroidissements les nourrissons aux gares de bifurcation; alimentation par le lait stérilisé des allaités au biberon ou des très jeunes sevrés pendant le trajet; matériel nécessaire pour le chauffage de ce lait, sans danger d’incendie; soins à l’arrivée dans l’agence, etc., etc.

Ce sont détails de haute importance, parce que chacun d’eux est susceptible d’influer sur une santé, sur une vie d’enfant.

Quelques-unes de ces améliorations ont été introduites dans le fonctionnèment des convois de nourrices. Lés convois ont lieu par trains express. Les nourrâces voya gent au retour dans des compartiments réservés. Les surveillantes sont munies d’une boîte contenant un réchaud à alcool destiné à faire tiédir le lait stérilisé qui sert à la nourriture des sevrés; elles sont en outre pourvues de deux petites

fioles contenant de l’eau de mélisse et de l’eau • ^ de fleur d’orangers.

Il ne semble pas que le nécessaire ait été fait pour préserver les petits voyageurs des atteintes du froid. Chaque nourrice, il est vrai, est nantie d’un large manteau de drap sous lequel elle peut abriter son nourrisson. Mais ces manteaux sont encombrants, les femmes de la campagne sont parfois malhabiles et les nourrissons, bien que soigneusement emmaillotés dans leurs langes, se trouvent parfois brusquement exposés à l’air froid. •:

Le D' Pierre Budin avait suggéré l’emploi de ;•.

sacs de caoutchouc avec poches d’.eau chaude ; ce procédé n’a pas été accepté à cause de la difficulté de renouveler l’eau. La difficulté n’est pourtant pas insurmontable, surtout avec , le réchaud à alcool. L’emploi d’une, couverture dans laquelle sont enveloppés les bambins a ses avantages; l’absence de capuchons enlève à cette précaution toute sa valeur.

Ces demi-mesures ne rendent que plus nécessaire la création de ces wagons d’un type spécial, réclamés par le comité supérieur de la protection des enfants du premier âge comme par un précédent Conseil général de la, Seine» Nourrices et nourrissons ne voyageraient pas seulement en compartiments réservés, les sur-

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veillantes auraient sous la main tout ce qui peut être nécessaire aux soins de leurs nourrissons : eau chaude, lait stérilisé tiédi au bainmarie, lavabo, water-closet, etc. L’idée subsiste et des arguments d’opportunité, des objections de dépense ne l’ont point afifaiblie.

Un service comme celui des Enfants-Assistés de la Seine doit être un service modèle, et tant que des imperfections demeurent, l’activité réformatrice des élus parisiens doit se donner carrière, au risque des plus gros sacrifices financiers. Le jour où les anciens Conseils généraux ont pratiqué l’admission à bureau secret de tous les nouveau-nés sans distinction d’origine et de nationalité, sans l’obligation du certificat de naissance, ils furent peut-être téméraires en assumant volontairement un surcroît de charges et de dépenses, mais leur témérité les honore. Sans leur abnégation courageuse, et s’ils n’avaient pas ainsi répondu aux sentiments les pins généreux de Paris luimême, le législateur ne serait pas aujourd’hui sollicité par le gouvernement et par une com mission du Sénat d’étendre à toute la France cette large mesure d’hospitalité prévoyante.

Certaines assemblées ont le redoutable honneur d’ouvrir la voie aux réformes ; les représentants de Paris ont ce mandat, sous peine de

faillir aux plus nobles Iraditions. La notion d’altruisme, le sentiment du devoir social d’assistance subiraient la plus grave atteinte si l'heure sonnait jamais d’un recul philanthropique du Conseil municipal de Paris et du Conseil général de la Seine. L’œuvre de bienfaisance et de progrès ne doit jamais se ralentir et le devoir public n’est pas reimpli tant qu’il reste une misère à soulager, une existence à protéger.

Une administration d’Etat ou de département qui se substitue à la famille pour l’élevage de nouveau-nés, est tenue d’être animée de l’esprit le plus vigilant ; elle n’est pas seulement comptable envers les parents défaillants, mais envers la patrie, de ces dépôts vivants dont elle a reçu la garde. Un service public a plus d’un défaut, si on le compare à la famille; il échouerait lamentablement s’il s’abstenait de ' faire appel à une famille adoptive, si l’organisation du service ne reposait pas sur le placement individuel à la campagne. Mais, une fois le recrutement de la nourrice opéré, le service public, départemental ou national, des Enfants- Assistés n’est pas affranchi de sa responsabilité, il conserve la tutelle, et, par co-nséquent, des obligations de surveillance et de contrôle dont il ne doit en aucun cas se départir, sauf

ENFANJS ASSISTÉS

retrait des enfants par les parents eux-mêmes.

Non seulement les enfants trouvés et assistés ne doivent pas être traités en parias, mais encore ils ont tout ce qu’il faut pour être l’objet d’un traitement de faveur. Leur infortune familiale, leur état d’orphelins de parents vivants est assez triste pour leur valoir un peu de sympathie et beaucoup de protection. Puisqu’il existe aux termes de la loi des enfants du premier âge protégés, les petits abandonnés, pupilles du département, ont double titre à cette surveillance médicale.

Par leur service d’enfants assistés, les conseils généraux ont le moyen de faire œuvre d’éducation publique et privée, de provoquer le zèle des municipalités et l’émulation des familles. Leur premier devoir est, à mon avis, d’organiser fortement, sur les bases les plus solides, les visités de médecins à leurs intéressants clients. Le moins qu’on puisse exiger, à l’exemple de ce qui a lieu pour les enfants assistés de la Seine, est une visite décadaire pendant les quatre premiers mois et une visite mensuelle pendant les huit autres mois. C’est un minimum au-dessous duquel il n’est pas prudent de se tenir.

Pesés à leur départ de l’hospice dépositaire, les petits nourrissons devraient être également

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placés sur la balance à leur arrivée dans les agences, par les soins du médecin contre-visiteur et sous les yeux du directeur de l’agence, et cette constatation mathématique, effectuée au moyen d’un pèse-bébés, ne serait pas moins utile durant toute la période lactée.

Toutes les fois que l’allaitement artificiel aura été prescrit par le médecin, les nourrices seront approvisionnées d’un biberon sans tube et de tétines ; elles ne devront faire usage que de lait stérilisé.

Elevés au sein ou au biberon — et ce mode d’élevage n’est ici comme partout ailleurs qu’un pis-aller — les nourrissons de l’Assistance seront un modèle de propreté, un exemple et un témoignage d’élevage rationnel et scientifique..

Ainsi, par un surcroît de vigilance, seront épargnées de chétives existences, en môme temps que sera donné, par toute la France et jusque dans les plus humbles hameaux, une leçon permanente d’hygiène infantile et d’éducation maternelle. Des enfants abandonnés, des enfants malheureux, viendra l’enseignement de la puériculture après la naissance au profit des moins déshérités, au profit de la Patrie elle-même.

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