A UNE JEUNE MORTE
A dix-neuf ans! Amis, la vie est un roseau,
L'esprit et la grâce!
Ah! nous n'entendrons plus rire sur la terrasse
Son babil d'oiseau!
Chère petite sœur! nous te voyons encore
Entrer le matin, Si blanche que ton front dans notre noir destin
Faisait une aurore.
Tu parlais notre langue, et c'était déjà doux
A notre souffrance, Et quand tu paraissais, c'était un peu de France
Qui venait chez nous.
L'hiver, par un soleil clair comme un œil de vierge,
Nous qu'aime la mort, Nous t'avons tristement portée au champ qui dort
Auprès d'une auberge.
Le sépulcre est l'auberge ! et sur son oreiller
On s'endort à peine One le bruit des chevaux de la poste prochaine
Vient vous réveiller.
Je regardais, pendant que sur toi le sol tombe,
La fosse et la mer, Et je voyais la France après le flot amer,
Le ciel dans la tombe.
Et je me consolais, et je blâmais bien fort
Mes pleurs égoïstes.
Ton dévouement à ceux dont les âmes sont tristes
Méritait la mort.
Va, puisque l'inconnu t'emporte dans ses voiles,
Où Dieu te conduit.
Va d'astres en soleils, car la tombe et la nuit
Sont pleines d'étoiles.
Janvier 1855.