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PROFILS FÉMININS

Leur costume étonne les rues De couleurs crues

Dont on entend distinctement Le grincement.

L'élégance où leur goût s'égare

Est la bagarre De bardes prises à tâtons

Dans Ions les tons.

Leur chapeau dit à leur bottine :

— Es-tu crétine!

Et leur robe à leur mantelet

Donne un soufflet.

Leur luxe effréné se régale

De chrysocale Et de dentelles en coton.

Broche au menton,

Brillants dont leur front se surcharge,

Bague si large Que le doigt disparait dessous,

Total : cent sous.

Je prendrais ailleurs ma future.

C'est leur nature D'être vieilles comme le temps

Avant vingt ans.

Leur long corps se tient — veuve ou vierge Droit comme un cierge,

Et ce sont toutes des garçons Par leurs façons,

MES ANNEES DE JERSEY. 6i

Par toute la roideur saxonne

De leur personne, Par leur marche de fantassin

— Et par leur sein.

Ce sexe est plus qu'ailleurs inculte.

Ce qui résulte Des informations qu'on prit

Sur leur esprit,

C'est que Cancale est là tout proche

Et leur reproche D'avoir osé se détacher

De son rocher.

Oh ! nos chères Parisiennes,

Que l'art fait siennes Si vite, et qui donnent le la

Au falbala!

En qui se touchent les extrêmes,

Rubans, poèmes!

Faiseuses de la mode et sœurs

Des grands penseurs!

Bonnes aux rêves comme aux fièvres

Et dont les lèvres, Si bien faites pour le baiser,

Savent causer!

Coupes où toutes nos ivresses

Boivent! Maîtresses Qui, quand les sens sont endormis,

Sont des amis !

Gai babil! raison exemplaire!

C'est pour leur plaire Que nous cherchons dans nos cerveaux

Des vers nouveaux.

Mais ici, quand le remords presse

Notre paresse Et nous dit : A l'œuvre! l'ennui

Répond : Pour qui?

On renonce, on bâille, on s'énerve;

Adieu la verve; Le front ne se sent plus saisir

Du grand désir.

On s'abrutit sur cette rive;

On en arrive A regarder de temps en temps

Les habitants.

Bientôt, à force d'être ensemble,

On leur ressemble.

On se dit que, si ça durait,

On leur plairait!

Il vous vient des oreilles d'Ane.

Et Dieu me damne Si je n'ai pas été trouvé

Bien élevé!

Qui donc fait ou défait notre âme,

Sinon la femme?

Elle est tout dans notre sillon,

Pluie et rayon.

Tout homme, quand la femme pleure.

Est bon sur l'heure; Tout homme, quand la femme rit,

A de l'esprit.

0 femme! ce qui nous attire

Jusqu'au martyre, C'est de voir luire en nos chemins

Tes blanches mains.

Tu fais l'enfant — et tu fais l'homme!

Le joli morne Et le grand homme aux fiers défis

Sont tes deux fils.

C'est par l'astre que les marées

Sont aspirées :

Les cœurs des hommes sous tes yeux

Vont vers les cieux.

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