‹ DepuisChapitre 26 sur 37 · LE SUICIDE DU SOLEIL · texte numérisé non relu

LE SUICIDE DU SOLEIL

C'est l'hiver. Il s'ajoute à l'exil. L'horizon Se resserre sur nous comme un mur de prison. La tristesse du ciel attriste la pensée; L'espérance n'est plus qu'une pauvre insensée Qu'on plaint. Je m'en vais, seul, sur la plage. Les Ilots Parlent des transportés et semblent leurs sanglots. Paris laisse l'appel des tués sans réponse. On dirait par instants que l'avenir renonce L'aigre bise me mord au visage et, rêvant, J'entremêle les coups d'état aux coups de vent. Et la vague sautant sur la roche farouche, Et le canon du fort quand le soleil se couche,

LES HEURES NOIRES. i:,7

Et le jour qui s'éteint pendant que les laquais Allument en riant les lustres des banquets, Et le faubourg qui chante, et la grève qui pleure. Tout est sombre et fait froid au cœur. Et tout à l'heure. Lorsque l'astre, vaincu, s'enfonçait dans la mer, Voyant à l'est la nuit emplir le ciel amer Et le couchant jeter des rougeurs violentes, Ici ce grand drap noir, là ces taches sanglantes, Partout la mort, j'ai cru, quand le canon grondait, Que c'était le soleil qui se suicidait.

Page 1