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A L'AUTEUR D'UNE PIÈCE TOMBÉE

A-t-elle sifflé, la couleuvre!

— Certes, ce n'est pas doux qu'une œuvre

Qu'on a si longtemps Portée, élevée, attifée, Cru parer des dons de la fée

Qui rit aux vingt ans,

Soit insultée et méprisée, Subisse l'infâme risée

Et, dernier soufflet,

La condoléance hypocrite;

— Mais, glorifiée ou proscrite,

L'œuvre est ce qu'elle est.

Que, d'humeur clémente ou farouche, Le public siffle à pleine bouche

Ou batte des mains, Qu'est-ce que ça change à la chose?

Puis, la chute — ou l'apothéose —

Ont leurs lendemains.

Combien de pièces qui, nouvelles, Avaient enfiévré les cervelles,

Avaient fait rugir D'enthousiasme épileptique Les connaisseurs et la critique,

Les ont fait rougir!

Ce n'est pas ce bruit éphémère Que se propose ta chimère;

Tu cherches plus haut; Tu dédaignes la gloriole Qui vient vite et vite s'envole:

Toi, ce qu'il te faut,

Ce qui tourmente ta démence, C'est la gloire, l'étoile immense.

Le nom éternel <Jui dans le firmament flamboie, Et ce serait encor ta joie

De tomber du ciel!

Avais-tu l'idée imbécile Que la route serait facile?

Et ne vas- tu pas T'effarer si le vent s'élève Et si tu n'atteins pas ton rêve

A ton premier pas?

L'instant est dur? roidis ton àme!

Comme il est loin, ton pauvre drame,

Du but qu'il visait!

La fureur après lui s'obstine; On le renverse, on le piétine, Il est mort... — Qui sait?

C'est une cbose qu'on a vue Un intrépide qui se rue

A l'assaut d'un fort

A. travers boulets et mitraille, Qui roule au bas de la muraille, Que tous croient mort,

Et qui, sans que l'affreux baptême De fer, de plomb, d'acier ait même

Eraflé sa peau, Forçant l'ennemi qu'il méprise, Remonte, et sur la ville prise

Plante le drapeau.

26 juillet 1848.

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