A UN CRITIQUE
Le livre que tu viens de louer est stupide.
Le fond en est baroque et la forme insipide.
Et c'est toi, le critique acerbe et militant,
Qui vantes ce fatras ! Je t'excuse pourtant.
Le livre n'est pas beau, — mais elle est si jolie!
Elle, ta joie et ta souffrance, ta folie
Et ta sagesse, celle entre les mains de qui
Ton cœur est prisonnier. Ce n'est pas sans ennui
Que tu t'es fait garant d'une telle ineptie;
Tu ne voulais pas; mais tout ce qu'on balbutie
Contre la volonté d'une femme est chanson;
Puis, celle qui te tient avait une raison :
L'auteur est le parrain du fils de sa modiste!
Ton devoir de critique et ton honneur d'artiste,
La honte de tromper ton public, l'acheteur
Furieux te trouvant plus bête que l'auteur,
Qu'est pour elle cela près d'une robe à traîne
Qu'on ne lui promettait que pour l'autre semaine
Et qui doit éblouir le bal de samedi?
Que pouvais-tu devant son regard refroidi
Et son : « C'est bien, Monsieur! » sinon demander grâce
De ta révolte et vite en effacer la trace
Par un bon feuilleton bravement idiot?
Elle t'en a payé d'un baiser chaque mot.
Et sois certain que ceux qui te blâment t'envient.
0 femmes! c'est par vous que les plus droits dévient!
Et c'est une joyeuse et triste vérité
Que la force est faiblesse auprès de la beauté,
Et que la neige fond moins rapide à la flamme
D'un ciel ardent que l'homme au regard de la femme.