UNE LIMACE
Es-tu pris de vertige, Homme? ou si c'est qu'un acte est différent, mauvais Ouand il est fait par nous et bon quand tu le fais? Tu ne manges donc plus? Je ronge une ou deux feuilles ; Toi, tu n'as pas assez des herbes que tu cueilles Et tu n'as pas assez des raisins que tu bois ;
Un seul de tes dîners assassine à la fois
Sur la terre le bœuf qui te sert et qui t'aime,
Le poisson dans la mer, l'oiseau dans l'azur même,
Et tu trouves vraiment l'animal bien cruel,
Toi dont l'horrible faim ensanglante le ciel!
Xous obéissons tous à la loi violente.
L'homme mange la bête, et la bête la plante,
Et la plante le sol. C'est la fatalité.
Toute vie est un meurtre à perpétuité.
Et je voudrais bien voir ta fureur si les anges
En passant t'arrachaient les moutons que tu manges
Et si, pour secourir le blé dont vous vivez,
Leur bonté te broyait le front sur les pavés !