‹ Depuis le règne de Phillippe-Auguste, jusqu'au commencement du dix-septième (volume 2)Chapitre 11 sur 20 · FAICTE PAR M. DE VILLEROY · texte numérisé non relu

FAICTE PAR M. DE VILLEROY

pour estre prononcée en l'assemblée des prétendus Estais de Paris , iSgS.

Messieurs , si jamais il a deub estre permis et fut oncques nécessaire de parler librement en une délibération, c'est en celle qui se présente, en laquelle il s'agit de la defTence de nostre religion et de la disposition du royaume et de nos personnes; croyant fermement que si en la recherche et eslection du remède à nos maux nous nous oublions tant que de prendre le nom de Dieu en vain, et abuser de celuy de la religion en nous flattant nous mesmes, ou voulant plaire à autruy, il confondra nos desseins et nous fera périr honteusement. C'est pourquoy je supplie la divine Majesté me faire la grâce que je ne die ne propose rien en ceste compagnie, s'il est possible, qu'il ne soit à sa gloire et au salut du royaume, comme je proteste estre mon seul but. Mais je vous supplie, messieurs, de prendre en bonne part que pour ce faire j'use de la liberté et franchise d'un homme de bien, laquelle j'ay accoustumé, du gré de nos roys, tant que je les ay servis, comme celuy qui veut plustost manquer à soy mesme qu'à son devoir en ceste 44- 27

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occasion, espérant que Dieu, qui cognoist mon cœur, et vous, messieurs, qui m'avez veu autresfois en besongne , excuserez mes fautes. Je proteste aussi de ne vouloir estre opiniastre, et que je cederay tousjours au jugement et conseil des plus sages. Vray est qu'il me semble que ce tiltre est deub principalement à ceux qui ont la crainte de Dieu , la cognoissance et expérience des choses du monde, pour sçavoir discerner l'ombre d'avec le corps , et ne se laisser emporter à des désirs et desseins imaginaires et impossibles, qui ne sont ordinairement suivis que de honte et dommage.

Messieurs, personne ne peut nier que la cause que nous deflendons ne soit juste, ayant pour fondement l'honneur de Dieu et le soulagement du peuple. Neantmoins, pour avoir esté entreprise et commencée avec plus d'ardeur que de prudence , et depuis poursuivie avec plus d'espérance que d'ordre, non seulement nous y avons plus perdu que gaigné, mais aussi nous avons donné matière à nos adversaires de la blasmer : dont ils n'ont tiré peu de profit à nostre dommage, dedans et dehors le royaume, tant a de force et de puissance sur les hommes ce qui est juste, mais aussi ce qu'ils estiment l'estre. A quoy il me semble qu'il nous importe grandement de pourvoir pour l'advenir : ce que nous ferons quand nous donnerons ordre que nostre conduite et nos actions respondent vrayement, et d'un commun accord, au défaut susdit : chose (|ue nous devons espérer de la résolution qui se prendra en ceste assemblée , la(|uellc pour ceste cause a esté il y a un long temps recherchée et désirée des gens de l)ien. Et toutesfois je veux croire que si elle n'a eu lieu plustosf, que Dieu l'a ainsi j)ermis, afin que le

temps et nos maux servissent d'enseignement à ceux qui en avoient besoin.

Pour bien délibérer de nos affaires, et du remède d'icelles, iJ me semble qu'il faut commencer par nous représenter deux choses : la première , ce que nous avons gaigné à la guerre pour le party catholique, depuis que nous avons pris les armes ; et la deuxiesmé , en quel estât et disposition le royaume se trouve maintenant : afin que nous ne nous abusions en nostre poursuite, et ne bastissions nostre resolution, s'il est possible, sur un faux fondement; car il s'en faut beaucoup, je ne diray, que ne soyons si ardens et affectionnez à la guerre, mais si forts et puissans pour la soustenir que nous estions au commencement d'icelle. Nous avons faict comme ceux lesquels courent si viste au partir de la carrière, qu'ils perdent l'haleine avant f|u'ils soient arrivez au mitan d'icelle. De manière qu'il faut recognoistre que c'est maintenant la nécessité et non la raison qui nous rend plus circonspects et considérez que nous n'estions : dont, s'il advient que nous facions nostre profit, l'allégement rjue nous en recevrons aydera à nous faire oublier et porter plus doucement nos fautes et pertes passées. Mais n'attendons, je vous supplie, que ceste nécessité, qui ne nous presse desja que trop, opère d'advantage en nous et en nos affaires ce que la prudence y doit apporter ; car vous sçavez que ses effects sont ordinairement très-violens et périlleux, spécialement quand ils agissent es cœur d'un peuple.

Mais comme pouvons-nous (je veux dire ceux qui se sont embarquez en ce party pour le respect seul de la religion) desduire au vray et par le menu les chan-

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gemens advenus en ce royaume, au desadvantage d'iceluy depuis la guerre, sans souspirer, voire désespérer de sa conservation , s'il est ainsi que l'on doive juger des choses advenir par les passe'es? Certainement si les gens de bien n'avoient plus d'espérance en la bonté et protection de Dieu qu'en la conduitte des hommes et en leurs forces, leur desespoir pour ce regard seroit quasi arrivé à son période ; mais je ne puis croire que son courroux, esmeu par la gravité et multitude de nos peschez, s'estende si avant que de nous vouloir priver du tout de la religion avec laquelle nos pères et nous l'avons adoré et servy jusques à présent, sinon avec telle intégrité qu'il convient, au moins avec la foy de l'Eglise universelle , de laquelle nous devons plustost mourir que nous départir : et toutesfois il est certain que nos armes ont plus servy jusques à présent à l'afToiblir qu'autrement, combien que nous protestions les avoir prises et employées seulement pour la deffence d'icelle, tant sont les jugemens de Dieu incompréhensibles, et les projets des hommes vains et abusifs.

Quand nos mouvemens ont commencé, l'ordre ecclésiastique en ce royaume estoit très - florissant et puissant : il estoit révéré et supporté et bien uny ; nos églises estoient garnies de prélats autant dignes de leurs charges qu'elles avoient esté cinquante ans auparavant, où Dieu estoit servy honorablement, comme en plusieurs bonnes al)bayes et monastères d'hommes et de femmes, et spécialement des religieux, où la charité et hospitalité estoit exercée exemplairement; les curez administroient leurs cures aux villes, aux champs en toute seureté, et lescjucls conlentoient

leurs parroissiens en la foy de l'Eglise. Mais depuis la guerre, la misère et la pauvreté ont tellement persécute' lesdits pasteurs, que les uns ont esté contraincts d'abandonner leurs troupeaux ; les autres n'en peuvent quasi plus vivre. La mort en a aussi banny plusieurs : de sorte que maintenant il y a autant ou plus d'églises en ce royaume vacantes et privées d'iceux que d'autres ; et ne sont les maisons de religion en meilleur estât, car les religieux et religieuses les ont laissées et laissent tous les jours, errans par tout avec grand mespris et scandaleuses olïenses , cherchans à vivre et vivans très-licencieusement. Les curez aux champs sont encores pis, tant ils sont outragez et mal traictez des uns et des autres. Il y a aussi infinies paroisses où le peuple est pi ivé tout à faict de l'exercice de religion et de la consolation des saincts sacremens. D'avantage, combien d'églises ont esté saccagées et despouillées de leurs reliques et joyaux, mesmes abbatuës depuis la guerre! et, à l'occasion d'icelle, qui n'a mis la main dedans leurs biens pour s'en accommoder? Que devons-nous attendre de la disposition que font nos adversaires des arclieveschez et evescliez , abbayes et uatres bénéfices qui vacquent ou sont tenus par ceux de nostre party , sans distinction d'ordre ny de religion, qu'un renversement entier de ceste hiérarchie et Église gallicane que nos majeurs ont , avec tant de pieté, honneur et loiiange, fondée, augmentée et conservée? Pouvons -nous faire mention aussi de la séparation et division de ceux dudit ordre, et de l'assistance qu'en reçoivent les ennemis de l'Eglise, et du schisme qui est prest à esclatter, sans horreur et frayeur? Messieurs, si ceux de nostre party

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sont du tout innocens de ces desordres, vous le sçavez mieux que moy. Il me suffira de vous requérir qu'il y soit pourveu comme il est nécessaire, si nous voulons que Dieu nous ayde, et que la postérité' ne nous reproche la ruine et subversion de son Eglise, aussi bien qu'à nos adversaires.

Après considérons nos villes, lesquelles estoient devant la guerre très-riches et opulentes. Nos adversaires en ont pris plusieurs, dont les gens estoient très-afiectionnez au party, qui en est maintenant affoibly d'autant ; et celles qui nous sont demeurées , combien qu'elles soient les principalles,sont toutesfois remplies de tant de partialitez et affections, et si charge'es d'impositions et corvées extraordinaires mises sus, autant par nous mesmes comme par ceux qui nous font la guerre, qu'elles sont très-misera])les et nécessiteuses. Les habitans y sont sans commerce, privez du payement de leurs rentes, de la jouissance de leurs héritages, et sans justice de leurs debtes, ayant mangé et consommé leurs reserves et biens de leurs magasins. La justice qui souloit y présider n'y est pas quasi recognoissable, tant elle y a esté mal-traittée, et encores outrée de regret ; les ministres et officiers d'icelles y sont sans authorité et sans gaiges, y vivans en grande crainte et pauvreté avec leurs familles, après avoir tout vendu et sQuffert pour y durer comme ils ont fait justpies à présent. Bref, tout y regorge de confusion, de divisions, nécessité , frayeur et mescontentement , principalement en ceste noble ville de Paris, la constance de laquelloest certainement admirable, et doitservir de consolation et d'exemple à toutes les autres. Elle est, messieurs, la capitale du royaume, le vray throsne de

nosroys, le premier et principal siège de leur justice, la résidence de ceste fameuse eschole et faculté de théologie, la garde de nos reliques plus sainctes et précieuses, et des thresors de la couronne ; oii j'ose dire que la charité a eu autant de vogue, et la pieté a esté de tous temps aussi ardemment embrassée et continuellement exercée qu'en nul autre endroict du monde; celle qui a tousjours servy de fanal et de reigle à toutes les autres du royaume. Pouvons- nous considérer son changement sans douleur, et souffrirons nous qu'il eu mes - advienne , elle qui importe tant à la cause de Dieu et au party pour lequel elle a joiié de son reste? Toutesfois, messieurs, il est impossible qu'elle persiste si elle n'est délivrée des charges et incommoditez qui la pressent, eslargie et remise en estât qu'elle puisse se substanter, maintenir et conserver d'elle mesme et par elle mesme, comme elle souloit faire, et non par convois et à force de garnisons et d'argent, ainsi qu'elle a esté gouvernée et nourrie depuis le siège. Autrement il ne nous en demeurera que les corps bien débiles et exténuez, si encores nous les pouvons retenir.

Si nos villes sont désolées, que dirons nous du plat pais, en tout et par tout en proye à l'abandon? Il semble que de part et d'autre nous en ayons entrepris et conjuré par envié l'entière ruine et vastation. Ces pauvres peuples payent double et triple taille par tout* sans compter les autres subsides, contributions et corvées que l'on exige de luy à discrétion, qui excède de trop toutes lesdittes tailles , outre infinies autres sortes d'outrages, excez et violences que l'on luy faict souffrir, dont rien ne le peut garentir que la seule mort : car tout espèce de refuge, ayde, consolation et

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justice luy est desnië; c'est quasi honte que d'en avoir compassion , c'est peine perdue que d'intercéder et parler pour luy, et crime que d'en demander et poursuivre le soulagement. Nos villages en sont déserts, et la face de la terre hideuse , et en friche en plusieurs endroicls. Et toutesfois, messieurs, c'estoient les vrais trésors de la France, nos minières et nos Indes, que ces bonnes gens lorsqu'ils cultivoient nos terres en toute liberté et seureté, avec le bestial dont ils souloientestre garnis. Estant détruits, ori trouverons nous dequoy vivre? qui nourrira nos armées et entretiendra nos garnisons, la guerre durant? Tout nous manquera tout au coup. Messieurs, il me semble que nous en devrions craindre et appréhender la ruine plus que nous ne faisons, autant et plus pour l'advenir que pour le présent ; car, soit que Dieu nous donne la paix ou la victoire, ce défaut et manquement des peuples, de labeur et bestiaux', nous incommodera grandement, et sera sans remède, sinon avec un long-temps.

Mais quelle mention ferons nous de nostre noblesse catholi(jue qui souloit estre devant la guerre très unie à ladeffence de nostre religion, la voyant maintenant,, séparée comme elle est, combattre l'une contre l'autre aussi furieusement qu'elle faisoit ensemble du temps de nos roys contre les ennemis d'icelle ? Pouvoit-il advenir au party catholique par la guerre un afibiblissement plus grand que cestuy-cy, comme ainsi soit que l'union des catholiques soit la vraye terreur des hérétiques, lesquels aussi ne sont forts aujourd'huy, et ne nous résistent, que de l'assistance qu'ils tirent d'eux? Quel creve-cœur en devons nous avoir? Que ne devons nous tenter et employer pour les 1 étirer et nous

reiinir ensemble? Messieurs, il est certain que si nous avions gaigné cepoinct,nous aurions acquis à la cause un très -grand advantage : le nom de roy, duquel nosdits adversaires s'appuient, les fortifie grandement, mesmes autant, à mon advis, que faict la division de la noblesse catholique, et le secours qu'ils en tirent. Davantage, combien de princes, et quels princes! chefs d'armées , seigneurs et gentils-hommes catholiques avons nous perdus depuis ces mouvemens ! Je comprens et regrette en ce nombre ceux qui sont morts avec nosdits adversaires, comme les autres : car s'ils eussent vescu, peut-estre que le temps et les occasions nous eussent r'alliez ensemble plus que devant, comme encores je ne puis désespérer que ne facent quelque jour ceux qui restent, lors que Dieu aura compassion de nos misères. Bref, nosdits adversaires estoient devant la guerre combattus de l'authorité royale et de l'union desdits catholiques, pauvres, nécessiteux, et réduits comme abandonnez, en trois provinces du royaume, où encores ils estoient très-foibles. A. présentais nous opposent la mesme authorité , nous combattent de nos armes par nostre division, disposent mieux que nous des deniers royaux et moyens publics , ausquels ils ne souloient avoir aucune part; et sont cependant logez et establis par tout le royaume, allant du moins de pair avec nous en tous lieux.

Voilà, messieurs, ce que nous avons profite' à la guerre pour le party catholique, et Testât présent du royaume que je vous ay représenté le plus sommairement et simplement qu'il m'a esté possible (pour ce que vous en sçavez plus que moy), et que la chose parle

assez d'elle mesme. Je vous supplie de n'eslimer qu'en ce faisant j'aye voulu blasmer personne, car ce n'a este' mon intention , et moins m'adresser à nos chefs et supérieurs qu'à tout autre, spécialement à vous, monseigneur, duquel je sçay, comme celuy qui a eu cest honneur que de vous suivre et accompagner longtemps, que la violence de la tourmente qui nous a agitez a souvent forcé vos conseils et volontez, et que vous avez autant ou plus travaille' et enduré que feit jamais prince de vostre qualité, pour soustenir les affaires. En quoy je puis dire, sans flatterie, que j'ay souvent admiré vostre patience et constance, l'une à supporter vertueusement, conime vous avez faict, les grandes incommoditez, nécessitez et delfauts qui vous ont esté ordinaires, principalement depuis les batailles de Senhs et d'Ivry; et l'autre à mespriser et rejetter toutes sortes de recherches et ouvertures qui vous ont esté faictes de divers endroicts, pour tirer de vous quelque consentement ou promesse en ce qui concerne le genei al de la religion et de l'Estat devant ceste assemblée : ayant très-religieusement et fidèlement gardé et conservé le sainct depost de l'une et de l'autre qui vous avoit esté confié, comme il vous pleut nous déclarer et faire entendre dernièrement à l'ouverture d'icelle, dont certainement nous vous sommes toustrès-obligez, et vous rends grâces très -humbles, en mon particulier, comme bon catholique et vray François.

Messieurs, après ceste déduction, par laquelle le niahide vous a esté représenté avec une partie de ses playes, il convient traicter des remèdes : c'est où gist nostre labeur, et la difficulté en laquelle «lous avons besoin sur toutes choses de l'ayde de Dieu, et de n'user

de flatterie, dissimulation ny connivence. J'implore donc sa grâce et vostre permission pour m'en acquitter dignement et fidèlement: en quoy je seray plus brief et plus modeste qu'il me sera possible, pour ne vous ennuyer ny desplaire à personne si je puisj car ce n'est mon but, mais seulement de servir la cause à vostre gré et à ma descharge.

Or il est certain, messieurs, que nous ne pouvons conserver nostre religion que par trois moyens, par la singulière et spéciale grâce de Dieu, de nous mesmes, et avec l'ayde et assistance de nos amis.

Je ne m'estendray sur le premier, car c'est matière plus propre et mieux séante à la bouche de messieurs du cierge' qu'en nulle autre. Seulement je me dispenseray de dire deux choses ; l'une, que si nous vouions que Dieu aye soin de nous, il faut que nous devenions plus charitables et équitables, moins vicieux, et en effect meilleurs chrestiens que nous ne sommes; et l'autre, qu'il se faut bien garder de tenter Dieu, et abuser de l'espérance que nous pouvons avoir en luy, par témérité, présomption ou autrement, comme à l'adventure nous ferions si nous choisissions des remèdes impossibles, nous fondans et confians du tout sur nos bonnes intentions, et sur la justice de nostre cause, sans davantage esplucherny conférer les choses. Car souvent Dieu permet qu'une mauvaise cause prospère avec ceux qui la deffendent, pour matter et cliastier les autres qui combattent au contraire : comme nous n'avons que par trop esprouvé en ce royaume depuis trente cinq ans contre les mesmes adversaires, et en la mesme cause de laquelle il s'agist maintenant, sans qu'il soit besoin pour nous enseigner que nous

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jettionsles yeux sur nos voisins, ny sur la Terre Sainte, tombée, par nos dissentions et pour nos vices et péchez, au pouvoir des Infidelles.

Le moyen qui dépend de nous gist aux forces qui nous restent, et en nostre conduitte.

Nos forces consistent en la vertu de nos chefs, en la richesse et bonté de nos villes, au nombre et en la valeur de nos gens de guerre, et en nos deniers communs et publics. Nosdits chefs sont généreux et expérimentez, et très-affectionnez, et croy certainement que nos affaires ne demeureront par eux; je souliaitte seulement qu'ils soient mieux rêverez , obeys et unis, comme il est nécessaire pour nous bien faire. Nous avons encores nos principales villes, mais elles sont fort decheuës et appauvries depuis la guerre, comme je vous ay représenté; de sorte que si du commencement elles se gardoient d'elles mesmes, voire regentoient autour d'elles, fortes de zèle, de nombre d'habitans, de commoditez et d'espérance, maintenant il faut que nous les gardions du dehors et par le dedans avec forces et moyens : d'ailleurs non sans peine et solicitude très-grande, tant elles sont divisées, desnuées de peuples, plaines de nécessité, de crainte, et de defliancede l'advenir. Quoy estant, il sera difficile qu'elles contribuent d'oresnavant aux affaires publiques autre chose que le nom et la réputation de leur ancienne grandeur avec la rctraitte et seureté de ceux du parly : ce qui procède du mal qu'on leur a faict par le dehors, et qu'elles mesmes se sont faict par le dedans, dont chacun sçait et ressent les particularitez ; mais, comme elles ne peuvent estrc remises ny restaurées qu'avec le lenq)S, il convieni pour ces! e heuie adviser

plustost au moyen de les soulager et secourir pour les conserver, que de faire estât (si on ne me trompe) d'en tirer de l'ay de , et principalement en deniers , pour soustenir la guerre. Quant aux gens de guerre du party, le nombre en est grand, mais mal réglé et discipliné} l'ambition et l'avarice les dominent par trop : car tous quasi pensent plus à s'agrandir et enrichir qu'à l'utilité publique, vice ordinaire des guerres civiles, ores très-perilleux et contagieux, qui se prend par exemple non seulement entre esgaux, mais aussi du petit au grand. Cecy engendre toutes sortes de maux, entre autres une licence effrénée, et une desobeyssance générale, et une jalousie et combustion extrême qui corrompt, esnerve, et affoiblit tellement la bonté desdits gens de guerre, que nous ne devons faire estât d'en estre bien servis pour le public tant que cela durera. Le secours que nous pouvons tirer des deniers publics est encores plus incertain, d'autant que lesdits gens de guerre le prennent et consomment tout par tout , sans ordre ny reigle : encores n'en ont ils pas à demy. Davantage il faudroit faire revivre le peuple qui est mort depuis la guerre, et remettre le plat pays en culture pour en tirer commodité: chose très-difficile, voire impossible de faire, sinon avec le temps. Toutesfois, si nous pouvions reprendre l'ordre et les reiglemens anciens en l'administration des finances, comme font sagement nosdits adversaires, peutestre que nous en tirerions quelque chose pour subvenir aux despens de nos armées, tout ainsi qu'ils font de leur costé, lesquels n'ont quasi autres deniers pour faire la guerre; mais il faudroit y. mettre la main bientost et vivement, et ne se laisser vaincre aux impor-

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tunitez et mescontentemens de ceux qui s'en accommodent particulièrement, comme l'on a fait jusques à présent, de façon que le public n'en a eu aucun secours. Donc(jues estans nos villes pauvres et troublées comme elles sont, nos gens de guerre mal créés et disciplinés , et nos deniers publiqs mal mesnagez et incertains , il faut que nous recognoissions et advoûyons estre très-difficille que nous résistions à nosdits adversaires, et nous maintenions de nous mesmes.

Nous voyons ce que nous pouvons espérer de nostre conduitte, messieurs. Si nous voulons la rendre bonne, et faire qu'elle prospère, il faut que nous la justifions tellement que Dieu et les hommes en demeurent satisfaicts. Nous la justifierons quand vrayement et sincèrement nous chercherons la gloire de Dieu et l'utilité publique, comme nous ferons quand nous prendrons le chemin par lequel nous pourrons plus seurement et promptement délivrer le royaume de l'heresie et de la guerre; car, tant qu'il sera battu de ces deux fléaux, il ne faut espérer que nous restaurions la religion ny le public, comme nous avons esprouvé aux despens de l'une et de l'autre depuis nos mouvemens : au moyen dequoy, tout ainsi que ceux qui se veulent prévaloir de la ruine de nostre religion et du royaume s'accordent en ce poinct , sçavoir est de fomenter et nourrir la guerre et nos divisions par tous moyens et artifices qu'ils peuvent inventer, si nous voulons sauver l'un et l'autre, il faut au contraire nous efforcer de les assoupir et terminer le plustost qu'il nous sera possible. C'est le vray moyen aussi de faire cesser les envies, partialitez et passions qui troublent

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et destruisent nostre union, s'il en faut espérer quelque cliose : car il n'y a rien qui puisse plus ayder à ranger à la raison, et ramener les particuliers à leur devoir envers le public, que l'exemple et la bonne conduitte d'iceluy.

A quoy j'adjousteray l'opinion de ceux qui disent (jue nous devons promptement eslire et créer un roy sur nous, comme un moyen très-propre, voire qui seul nous reste, pour relever nos affaires et les garder de naufrage, attribuant à ce deffaut non seulement toutes nos infortunes passées et nos divisions, partialitez et mauvaises procédures, mais aussi les advantages que nosdits adversaires ont gaigné sur nous dedans et dehors le royaume, pour la révérence et affection que les François, nourris et accoustumez de tout temps à la royauté, portent naturellement à leurs roys, et par le crédit et pouvoir qu'a ce nom envers les princes et potentats estrangers, lesquels, desirans pour leur interest la conservation entière de la couronne, favoriseront tousjours plus volontiers celuy qui en portera le tiltre qu'ils ne feront toute autre sorte d'administration, laquelle ne peut qu'elle ne leur soit d'autant plus suspecte et odieuse, et moins agréable aux subjects d'icelle, qu'elle semble aucunement aspirer et tendre à une altération ou mutation d'Estat : cliose que j'estime estre à considérer avec beaucoup de raison par ceux qui affectionnent ce conseil j partant je ne veux estre des derniers à y joindre mes vœux. Toutesfois je désire que nous poisions et considérions bien et meurement la nouveauté et importance du faict devant que nous y engager; car, messieurs, ce n'est pas, comme vouss.çavez trop mieux,

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le nom ny le tiltre, la couronne et sceptre qui donne authorité, force et puissance aux roys , et les faict révérer et aymer : c'est le droict d'une légitime succession que la nature leur donne par la grâce et permission de Dieu, suivant les loix et constitutions des pays, et leurs vertus et bonne conduitte; et si quelquesfois l'on s'est dispensé de desroger et contrevenir ausdittes loix en faveur de quelqu'un, c'a esté avec l'acclamation, approbation et du consentement universel de tous les estais et peuples d'iceluy, pour une utilité et paix publique, et non pour se jelter et plonger en une guerre immortelle, très-perilleuse et douteuse , comme certainement sera celle que nous espouserons pour toutes nos vies, faisant ladite eslection. Parquoy je dis qu'il est nécessaire au préalable d'adviser à deux choses : la première, s'il n'y a point de moyen ny d'espoir de conserver nostre religion sans user de ce remède; l'autre, s'il y a prince auquel nous puissions nous donner qui soit fort et puissant assez pour nous sauver et délivrer de la guerre et des vexations d'icelle, afin que l'on n'attribué à passion ce que la nécessité seule de conserver nostre religion nous doit contraindre et doit excuser de faire, et qu'au lieu mesme d'y profiter et à nous mesmes, nous n'advancions la ruine d'icelle et la nostre. Mais d'autant que ce poinct est le principal de nostre délibération, dont je dois attendre à dire mon advis, et m'expliquer d'avantage à la fin et conclusion de mon discours, je me contenteray d'en avoir touché ce mot en traictant des moyens et remèdes qui dépendent de nous, afin que l'on n'estime que je le vueille obmettre.

Mais en fin il faut confesser (juo nos forces donies-

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tiques sont trop foibles, avec toute nostre conduitte, pour sortir d'affaires par les armes sans l'ayde de nos amis; partant il ne nous reste plus qu'à examiner si c'est chose à laquelle nous devions espérer de parvenir par leurs moyens ou non, pour sur ce bastir nostre resolution.

Messieurs, nous tenons à bon droit pour nos principaux, plus asseurez et spéciaux amis nostre sainct père Le Pape, le roy d'Espagne , et avec eux messieurs les ducs de Lorraine et de Savoye , lesquels n'ont rien espargné jusques à présent pour nous secourir et fortifier; de sorte qu'il faut recognoistre véritablement que sans eux nous eussions esté contraints de composer avec nos adversaires, ou de souffrir beaucoup plus que nous n'avons fait. Nosdils saints pères y ont employé les uns après les autres leur authorité et leurs thresors spirituels et temporels très-largement, comme nous voyons qu'ils continuent encores sans espargné : enquoy ils ont esté très-bien secondez dudit roy d'Espagne, lequel a eu tant de soin de nous qu'il faut que nous advoLiyons, si nous ne voulons estre très-mescognoissans, que nous luy devons la gloire et la recognoissance entière de nostre estre : car sans luy les villes de Paris et de Roiien, qui sont les deux principales colomnes de nostre cause, ne seroient plus nostres; et n'avons soustenu la guerre depuis le commencement jusques à présent que de ses deniers et avec ses forces, ayant souvent délaissé ses propres affaires pour mieux nous secourir : ce que nous pouvons dire semblablement que lesdits ducs ont faict aussi de leur part, tant que leurs moyens se sont estendus; dont nous voyons que leurs affaires sont 44. 28

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en arrière, et leurs pays grandement incommodez. Et neantmoins. je ne vois pas qu'avec tout cela, joinct ce que nous avons peu y contribuer de nostre part, lors que nous estions encores plus frais et mieux pourveus de toutes choses que nous ne sommes et ne pouvons estre cy après, nous ayons gaigné tel advantage sur nosdits adversaires, que nous ayons grande occasion de nous resjouyr, ny espérer qu'en continuant nous voyons de long temps la fin d'eux par les armes. Les fulminations de nosdits saincts pères ont plustost aigry leurs cœurs : et leurs exhortations et admonitions souvent réitérées envers les catholiques qui les assistent ne les ont pas encore esbranlez. Les gens de guerre, qu'ils nous ont aussi par force et à grands frais envoyez, ne nous ont gueres plus profité; et jaçoit que ledit roy d'Espagne nous ait envoyé plusieurs ai mées l'une après l'autre , qu'il ait aussi secouru à part la Bretaigne et le Languedoc d'hommes et d'argent, et qu'il n'ait lien obmis à faire pour nous, toutesfois le fruict de sa bonne volonté et des frais qu'il y a faits très- grands n'a respondu à nos espérances ny à nostre besoin. Si ce malheur nous est advenu par nostre faute ou celle d'autruy, pour n'avoiiesté les choses conduittes, administrées ou employées comme elles dévoient estre , ou par impuissance et foiblesse procédant de nostre part, ou de ceux (]ui nous secourent, je m'en rapporte à ce qui en est; tant y a qu'il est véritable et notoire à tous que nostre condition est plustost empirée qu'amendée, combien que celle de nosdits ennemis soit quasi aussi languissante que la nostre, n'estans moins incommodez et mattez de la guerre. Toutesfois, d'autant que leur force prin-

cipalement gist en eux, qu'ils sont mieux unis que nous, qu'ils tendent et travaillent tous à un mesme but, qu'ils observent et suivent en leurs affaires, tant en la conduite des armées qu'en l'administration de la justice et police et au maniement des finances, l'ordre ancien du royaume, par lequel chacun est auctorisé et.soustenu en sa charge et fonction, comme il doit estre ; qu'ils font argent de tout, comme nos roys souloient faire en temps de paix ; que les villes sont riches des despoiiilles et desordres des nostres, et que le party huguenot va tousjours se fortifiant autant que celuy des catholiques s'affoihlit par la continuation de leurs divisions, ils se maintiennent mieux que nous. Nous ne faisons rien qu'à force d'hommes et d'argent, et qu'avec toutes les longueurs, peines et difficultez du monde: au lieu que nosdits adversaires s'entretiennent de peu de chose et font tous les jours quelque effect, comme gens qui disposent de leurs forces et moyens ainsi qu'il leur plaist, et qui servent leur party, ou pour mieux dire leur maistre, de cœur et d'affection, attendans la recompense de leurs services de sa prospérité. Davantage, ils ont gaigné ce poinct sur nous, que chacun croit dedans et dehors le royaume qu'ils cherchent le combat et que nous le fuyons : chose qui faict craindre leurs armes et mespriser les nostres, et principalement parmy nous autres François accoustumez à respecter ceux qui sont non seulement généreux et vaillans, mais aussi hazardeux; joinct que nous estimons que c'est le vray moyen d'abréger nos misères, desquelles nostre langueur et nécessité nous rend tous les jours plus impatiens , mesmement voyant les exceds et desordres que font sur nous sans distinc-

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lion <le party lesdites forces estrangeres , et pareillement les diverses pratiques et menées qu'aucuns font par toutes nos villes, qui tendent plus à nous précipiter qu'à nous sauver.

Quoy estant, quelle raison avons nous d'espérer que nos aifaires succèdent mieux cy-après qu'elles n'ont faict depuis quatre ans? Mais peut-estre que le roy que nous parlons d'eslire , comme un souverain remède à toutes nos playes, y apportera le changement que nous desirons. Quoy ! rendra il nostre cause plus juste, et nostre union plus parfaite qu'elle n'est? RechaufTera-il nostre ardeur esteinle par la nécessité; ou s'il restaurera nos villes , et fera cesser les partialitez qui achèvent de les despeupler et destruire? Remettrail nos champs en culture , et s'il fera revivre nos laboureurs que la guerre a ravis, afin que nous puissions recueillir nos fruicts pour vivre, et en tirer les deniers publics pour continuer la guerre? Ou bien s'il nous emplira de tant de commoditez , et nous apportera en peu de temps un tel advantage que rien ne nous manquera, ny sera difficile à exécuter contre nosdits adversaires, pour nous eslargir et contenter? Messieurs, si le zèle que nous portons à nostie religion, et si nostre perplexité nous faict désirer et volontiers espeier ce secours d'une telle resolution, font-il pourtant s\'isseurer cpie les elfects s'en ensuivent sans en estre mieux esclaircis? Croyons nous que le roy, qui sera peuteslrc composé et créé de nature estrangere, estant adjouslé et receu au corps de nostre parly autant patavantiu'e , par contraincte que par raison, ayt ses functions aussi vigoureuses et utiles que si la nature nous l'avoit donné? Messieurs, ouvions les yeux, et

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lecognoissons que nous sommes hommes, que l'on peut bien iuiiter la nature, mais non atteindre à sa perfection.

Parlons plus clairement. S'il faut que nous prenions un prince dedans nostre party pour esire nostre roy, il faut nécessairement que nous le choisissions au gré du roy d'Espagne et de son désir; car nul des autres ne peut estre assez puissant pour se maintenir en ce degré et nous sauver sans son ayde, quelque réputation, parens, amis et moyens qu'il puisse avoir. C'est chose recogneuë de tous. Au moyen dequoy si ledit Roy veut avoir ceste couronne pour luy ou pour l'Infante sa fille aisnée, comme nous font entendre ses ministres, et qu'il n'y ait moyen de l'en divertir, l'obligation que nous luy avons, et le besoin que nous avons de luy s'il faut que nous continuions la guerre, requièrent que nous passions plustost par dessus nos loix et toutes autres considérations pour le contenter, que de l'offenser en nous addressant à un autre : car tout ainsi que nosdites loix n'ont esté faictes que pour bien faire au public , l'observation nous en doit esLie chère et recommandée, sinon autant qu'elle peut estre utile à iceluy, et sur tout à la défense et conservation de nostre religion, que nous devons préférera toutes autres choses. Quoy estant, il ne nous reste plus qu'à sçavoir si en eslisant ledit roy d'Espagne ou ladite Infante sa fille nous y trouverons les bénédictions et advantagesqui nous seront nécessaires, comme aucuns se promettent, afin que nous ne soyons si téméraires et mal advisez de franchir ce saut, qui est sujet à infinis périls et inconveniens difficiles à prévoir, mais encores plus à éviter après le coup, devant que d'avoir

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bien considéré et pesé comme il appartient les evenemens d'iceluy pour éviter le dommage, le blasme et le regret d'un tardif repentir qui suit de près ordinairement une resolution précipitée, sans souffrir que nos passions, ou attendre que nos nécessitez soient si grandes qu'elles nous violentent en ce faict.

Pour mon regard, je suis d'advis, s'il faut que nous contentions ledit Roy, que nous nous donnions à luy plustost qu'à sa fille, sans nous arresler qu'elle est issue d'une fille de France ; car s'il est nécessaire que nous violions nos loix, ce doit estre pour le party plus utile, et non pour celuy qui en approche le plus. Sans doute nous tiouverons tousjours plus de seureté au tronc qu'aux branches, car les moyens de ladite Infante dépendent de la volonté dudit Roy son père, et après luy du prince son fils, qui doit estre héritier universel. Mais (|ui peut respondre et asseurer que ledit prince succédant aux Estats de son père succède aussi à l'affection qu'il porte à sa fille : de sorte qu'il veuille obmettre SCS propres affaires pour assister sa sœur, comme fait à pressent le père sa chère fille? C'est chose rare qu'un fils suive en tel cas les intentions de son père, et encores plus qu'un prince délaisse et abandonne ce qui le concerne pour bien faire à autruy, quelque proximité qu'il y ait : ce que nous devons encores moins nous promeltre-de ce changement que de nul autre; car il n'y a desja que trop de serviteurs et subjects dudit Roy qui regrettent les despences qu'il a employées à ce royaume. De sorte (jue si Dieu en disposoit devant que sa fille fust establie, et que ledit prince ne fust conseillé, ou ne peusi, à cause de ses affaires, nous continuer le mesme secours que nous recevons du père.

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comment pourrions nous secourir sa cause et la nostie, les choses de ce royaume et de la chrestienté estant en Testât qu'elles sont? Davantage, je ne puis croire que le nom et party de laditte Infante n'engendre par tout les mesmes jalousies et eft'ects que fera celuy du Roy j car c'est tousjours se donner à la maison, la grandeur et puissance de laquelle, et non celle de la personnedu Roy, tient en crainte le reste de la chrestienté': à quby ne sert de rien de dire qu'elle espousera un prince de langue françoise, d'autant que c'est à elle, et non à son mary , que ledit Roy entend que nous donnions la couronne. Partant, si elle decedoit sans enfâns après nostre élection , son droit seroit prétendu et débattu par ses plus proches. Du commencement, et jusques à la venue de M. le duc de Feria, les ministres dudit Roy nous ont dit ouvertement qu'il ne vouloit que laditte Infante fust mariée à un de nos princes, pour ne mettre la succession de tous ses Estais au hasard de tomber entre les mains d'un prince d'une autre famille que de la sienne, comme il adviendroit si le prince son fils mouroit sans enfans. De sorte que l'espérance que soubs main l'on nous donne maintenant de la bailler à un des nostres ne me peut estre que suspecte d'estre jettée et publiée entre nous plustost pour gaigner nos voix en faveur de laditte Infante q\ie pour envie que l'on ait de l'effectuer. En tout cas il seroit donc nécessaire, pour nostre seureté, que ledit mariage fust accomply devant laditte esleclion, afin que l'on ne s'en peust desdire après icelle, comme il seroit lors trop facile de faire sans remède, ne me pouvant persuader que ledit Roy marie jamais sa fille devant son fils, principalement à un prince d'autre maison que

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la sienne. Mais l'on dit que. si ce royaume est conservé et possédé à part , quand ce seroit par un prince de la mesme maison dudit Roy, les autres princes n'en prendront tant de jalousie que s'il est à celuy d'Espagne. A quoy je respons que ceste raison seroit considérable si nous pouvions à présent disposer de la possession, et en rendre la jouyssance paisible à laditte fdle et à son mary; mais comme c'est chose impossible, et que les grands se mènent principalement par les raisons et choses présentes, et non par celles qui sont attendues, lesquelles sont ordinairement incertaines, chacun d'eux craignant autant la ruine et dissipation de ce royaume, par la continuation de la guerre, que la susditte union avec celuy d'Espagne, il faut faire estât que les princes et potentats de la chrestienté, qui redoutent l'accroissement dudit roy d'Espagne et l'afToiblissement de la France, prendront pareille jalousie de l'une que de l'autre, comme ils ont faict assez paroistre depuis le commencement de nostre guerre. Outre cela il faudroit enfraindre nostre loy salique, laquelle nous a tousjours esté très-saincte et sacrée, quelque mutation qui soit advenue en ce royaume, avec lequel elle est née, et est tellement attachée et incorporée que l'un ne peut patir sans l'autre : jamais aussi l'on n'a essayé de s'en dispenser qu'à l'instant le royaume n'ait esté remply et accablé de calamilez, desquelles il n'a esté délivré que quand elle a esté restaurée en. sa première force. Et si maintenant nous la mesprisons sur l'espérance d'un bien futur, faisans estât d'en recevoir en nos jours le mesme traictement, et, api es qu'ils seront passez, le mesme blasme et rcproclie de ceux (|ui vu oui autresfois abusé, c'est aussi

Une viaye imagination d'espérer pouvoir persuader aux François que ceste loy qui leur a esté si utile, et à laquelle ils doivent, après Dieu, la grandeur et conservation de leur pays, est violable , estant si avant gravée en leurs coeurs , et d'eux révérée et chérie comme elle est. Au moyen de quoy tant s'en faut que j'estime que nous en devions faire si peu de compte , que je dis qu'il est nécessaire de faire cesser les bruits qui courent de ce dessein le plus diligemment qu'il sera possible, comme très-prejudiciables à nostre cause, et à la réputation de ceste assemblée dedans et dehors le royaume.

C'est doncques à la personne mesme dudit roy d'Espagne, et à la puissance de son empire , que nous devons nous lier, si d'un costé son assistance nous est si nécessaire que nous ne puissions nous en passer pour conserver nostre religion, et si de l'autre il ne luy plaist nous la continuer que nous ne nous donnions à luy tout à faict, ou à laditte Infante sa fille. Or, pour juger de la nécessité dudit secours, il faut discourir du bien et du mal qui nous peut advenir de laditte déclaration ; car si nous iie sommes bien certains qu'il nous en succède mieux qu'il a faict jusques à présent de l'assistance que nous avons tirée dudit Roy, encores qu'elle ayt esté secondée des moyens du Sainct Siège et desdits ducs de Lorraine et de Savoye, certainement nous ferions une grande faute de nous y engager.

L'on dit que quand nous nous serons donnez audit Roy, il aura soin de nous comme de ce qui luy appartiendra en propre, ou sa réputation sera entièrement engagée: de sorte qu'il nous secourera à l'advenir, non

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pour allumer et faire durer nos troubles , comme à l'advanture il a faict jusques à présent, mais pour les esteindre et faire cesser, et partant plus puissamment et à propos qu'il n'a faict ; et que rien ne nous manquera, et que son eslection fera cesser les jalousies, divisions et desseins privez qui régnent entre nous : car, quand nous l'aurons une fois esleu pourroy, chacun de nous ne pensera plus qu'à le servir comme maistre, ainsi qu'ont accoustume' de faire les grands princes qui peuvent renumerer ceux qui les servent fîdellement , et punir les autres. Que cela sera cause de conserver le royaume en son entier, lequel autrement court fortune d'estre partagé et dissipe' par la guerre, s'il ne tombe entre les mains et en la protection d'un prince fort pour l'en garentir, toutes choses n'estans desja que trop acheminées àdesmembrement,qui est le plus grand malheur qui nous peust arriver, lequel nous devons à ceste cause éviter à quelque prix que ce soit. Qu'estant ledit Roy prince très- équitable, et grand observateur de sa foy et parole, nous ne devons point douter qu'il ne nous face jouir de tout ce qu'il nous aura promis en gênerai et en particulier par le traicté de son eslection, à l'exemple du traictement qu'il fait à ses subjecls du comté de Bourgongne et autres, lesquels il a tousjoiHs gardez et maintenus en leurs franchises et libertez, suivant leurs loix et constitutions. Plus, que ce nous sera un grand advantage d'estre appuyez de ses autres Estats, et doresnavant participer à la commodité d'iccux, comme membres que nous serons de son empire, et cnfans de la maison, qui est très- opulente et puissante. Qu'estant prince très-entier et constant en la foy catholique, il peidr;*

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pluslost tous ses Estais, et mesme la vie, que de manquer d'un seul poinct au devoir d'un roy très-chrestien pour la defîence d'icelle, qui est tout ce que nous devons désirer. Qu'il est aujourd'huy le seul prince de la chrestienté qui a le vouloir et le pouvoir de soustenir l'Eglise de Dieu assaillie de toutes parts, et comme abandonnée des siens propres. Partant, si nous ne nous appuyons de luy et ne l'embrassons, pour, en l'assistant et fortiffiant de toute nostre puissance , nous sauver, il ne nous demeurera en ce royaume que le martyre, pour opposer à la persécution qui se fera contre nous, et principalement contre les gens d'Eglise, lesque's ont desja commencé à estre traittez en leurs personnes et biens très-indignement. Que nos loix et coustumes ne nous doivent point estre si chères que nostre religion et le salut de nos âmes : de façon que si nous ne pouvons conserver les deux ensemble, il vault mieux manquer aux hommes qu'à Dieu, et en ce faisant perdre plustost les biens et la vie, et mesme le royaume, que d'obeyr à un prince qui a juré la ruine de nostre religion dès le ventre de sa mère. Que c'est un grand heur et advantage, quand il faut changer de maistre, de tomber entre les mains d'un prince puissant, nay et accoustumé à toutes choses grandes, comme est ledit Roy ; car la domination en est ordinairement plus douce à supporter, et plus utile et honorable. Pour lesquelles raisons aucuns concluent qu'il est non seulement utile , mais si nécessaire pour conserver nostre religion , et ne tomber en la puissance des ennemis d'icelle, de nous jetter entre les bras dudit roy d'Espagne, et le recognoistre pour maistre par préférence à tous autres princes estran-

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gers et domestiques, que si nous faillons à le faire nous n'en pouvons éviter la tyrannie.

A quoy ils adjoustent estime chose que nostre sainct perc le Pape désire et nous conseille de faire, offrant y joindre son authorite' et sa puissance spirituelle et temporelle. Qu'estans ces deux forces et puissances unies en ce dessein, il n'y aura prince, potentat ny republique catholique qui ose s'y opposer, mesme du coste' d'Italie, où personne ne se peut maintenir qu'avec leur bien-veillance. Que si quelques uns s'oublient tant que de s'en formaliser, il sera facile ausdits princes de les ranger à la raison. Que les princes de la Germanie et les cantons de Suisses catholiques favorisent aussi ce dessein , les uns comme parens et alliez duditroy d'Espagne, et les autres comme très-interessezen la cause. En fin, qu'estans toutes ces couronnes unies soubs un seul monarque doiié des vertus qui abondent en la personne dudit Roy, il n'y aura force ny puissance aucune qui luy résiste. Quoy advenant, nous changerons bien-tost nostre malheur en un perpétuel bon-heur à la gloire de Dieu : chose que nous ne devons espérer par autre voye que ce soit.

Ausquelles raisons, très-fortes et considérables, ceux qui sont de contraire advis opposent principalement l'impossibilité de ce dessein, disans qu'estant la religion en péril , comme il est certain et notoire à tous qu'elle est , ce seroit vrayement pure impieté que d'y contredire, nous deffaillant tous autres moyens d'y pourvoir, si nous pouvions ou seulement avions de quoy espérer de faire ce changement heureusement. Mais ils cognoissent tant de difficulté et obstacles qui rendent le succès d'iceluy impossible, qu'ils sont contraincls de le rejeller.

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Premièrement, ils ne peuvent croire que le gênerai du royaume, ny mesme du party, l'embrasse jamais de bon cœur, pour estre si contraire à nos loix qu'il est, comme sont les mœurs de la nation espagnoUe aux nostres, et sur tout à nostre noblesse, en laquelle consiste la force du royaume, laquelle difficillement s'assubjettira à un prince de maison estrangere, et mesme de nation contre laquelle nos roys et nops avec eux avons depuis cent ans continuellement faict la guerre, et débattu de grandeur et prééminence. Qu'il est vray qu'on doit passer par dessus toutes considérations humaines quand il s'agit de la gloire de Dieu ; mais comme nous sommes nés imbecilles et imparfaits, non seulement nous pouvons errer en nos jugemens, mais aussi est très-difficille de disposer et faire résoudre tout un peuple à ce devoir au péril évident de ce qui le concerne. Qu'il n'y a pas grande apparence que laditte eslection rende nostre union plus parfaicte, ny change les volontez et desseins de ceux qui prétendent faire leur profit particulier de la dissipation de l'Estat : car telles convoitises augmentent avec le temps bien plustost qu'elles ne diminuent, spécialement quand elles ont pour exemple un attentat faict aux loix publiques soubs quelque prétexte que ce soit. A quoy l'authoritédudit Roy, pour grande qu'elle soit, pourra difficillement remédier par force, tant que le royaume sera troublé; car quiconque refusera de s'y assubjectir n'aura faute de suppôts dedans et dehors pour se maintenir. Davantage , qui doute qu'il ne soit besoin que ledit Roy accorde et délaisse aux grands de nostre party des advantages extraordinaires, qui ne pouvans estre que préjudiciables aux

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cîroicts de la couronne, pour les attirer et faire condescendre plus volontiers à son désir : de sorte que tant s'en faut que nous devions faire estât d'éviter parceste eslection la dissipation dudit royaume, qu'à bon droict nous redoutons, il n'y a rien qui en eiiect la facilite davantage; car c'est la guerre plus qu'autre chose qui esguise l'appétit de ceux qui y tendent, et qui peut seul leur donner les moyens d'y parvenir. Partant, plus elle s'allumera et durera, plus ils auront le jeu beau poiu' ce faire. Quoy ! y a - il rien qui la puisse tant eschauffer et mouvoir que ladite eslection, par laquelle elle deviendra immortelle? D'une guerre de religion nous fonderons une guerre d'Estat. Je demanderois volontiers si le roy d'Espagne , après que nous l'aurons esleu, passera en France en personne, exprès pour nous régir et fortifier de sa présence , comme ainsi soit qu'il n'y ayt rien qui enflamme plus les cœurs des François que l'œil de leurs roys? Abandonnera-il l'Espagne en l'aagè où luy et le prince son fils sont, pour icy s'envelopper, ou peut-estre s'ensevelir en nos misères et en nostre confusion? ou s'il faudra que nous soyons encores, après laditte eslection, conduicts et gouvernez par lieutenans généraux, desquels l'autliorité, les moyens et les deportemens seront contrôlez et sujets à mille traverses et longueurs qui destruisent les affaires , comme nous avons assez esprouvë? Sera-ce à un prince françois ou à un estranger que la susdite charge si importante sera commise? Si c'est à un de nostrd nation , les estrangers ne s'y fieront qu'à demy , non plus qu'ils ont fait jusques à présent, pour la crainte que tousjours i'is auront qu'il veille acquérir de la réputation et faire ses

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alFaires à leurs despens ; de façon qu'il n'aura les fonctions libres, comme il est nécessaire qu'ait quiconque exercera laditte charge pour bien faire. Davantage, nos autres princes en auront jalousie, tant est grande et desbordée l'envie que la licence du temps a engendre'e entre nous. Et si pour remédier l'on cuide y employer un estranger, qui sera celuy de nos chefs qui voudra supporter un tel affront et luy céder? Messieurs, pensons de bonne heure à ces contentions : car ce ne sont pas là les moindres et les plus légers inconveniens qui naistront de la susdite eslection , laquelle altérera aussi indubitablement les cœurs des officiers royaux qui nous restent, comme ceux qui sont plus obligez que tous autres de suivre et deffendre les loix du royaume. De sorte qu'il faut faire estât que plusieurs d'eux, combien qu'ils soient très -affectionnez; à la religion, quitteront plustost leurs offices que de consentir ny s'assubjettir à ce changement : ce qui apportera un grand remuement parmy nous, scandalisera et affoiblira la cause plus qu'aucuns ne veulent croire. Car à leurs exemples plusieurs autres, aux villes et ailleurs, se degousteront de s'y embarquer : de sorte qu'au lieu d'estre fortifiez et réunis dedans nous et pour ladite eslection , nous en serons plus divisez et foibles que nous ne sommes, dont au contraire nosdits adversaires tireront un grand advantage; car il ne faut point douter (jue cela ne lie et affermisse du tout à leur service les catholiques qui les assistent de tous estats, pour courre tous ensemble une mesme fortune jusques à la fin de la guerre, sans plus penser qu'il y ayt autre remède à nos troul)les que par la ruine des uns et des autres.

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