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OU de tous les deux partis ensemble, qui est la chose que nous devons plus craindre et appréhender. Et s'il advient que les habitans de nos villes ne reçoivent de ce changement la délivrance de leurs misères, si promplement et advantageusement qu'ils se sont promis des espérances qu'on leur a données, et que leur besoing le requiert, quels effects devons-nous attendre du mescontentement, ou, pour mieux dire, du desespoir qui en naistra parmy eux? Y a-il rien qui altère plus les peuples qu'un tel mesconte, quand ils en ressentent le dommage ? Si nous souffrons une fois que leurs calamitez surmontent et estouffent leur zèle, ou qu'ils s'impriment de pouvoir conserver leur religion et jouyr du bénéfice d'icelle plus commodément par quelque autre voye que par leur persévérance en ce dessein, qui doute qu'ils ne le changent encores plus volontiers qu'ils ne l'auront embrassé ? Avec quoy pourrons nous retenir ce torrent s'il s'esbranle? Sera-ce à .force de garnisons estrangeres? Messieurs, s'il en faut venir là, que deviendront les privilèges, immunitez et libertez desdiles villes, et les autres promesses que l'on leur aura faictes? Comme ainsi soit que les princes n'estiment estre obligez à l'observation de leur foy au desavantage de leurs affaires, alors quelle fiance aurons nous d'eux et eux de nous? comment compatirons nous avec eux et résisterons nous ensemble à nosdits adversaires? Prévoyons ces choses devant qu'elles arrivent, comme accidens infaillibles de ladite resolution , si bien tost après la déclaration d'icelle nos villes ne voyent et ressentent les effects desdites promesses ; car leurs afflictions commencent desja à leur cslrc insupportables. Kt si Dieu et les hommes
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ont permis que la guerre leur ait esté si peu favorable jusques icy, exprès pour les attirer et renger plus facilement au party duquel il s'agit, prenons garde, messieurs, qu'après le coup ils ne se repentent d'avoir plustost suivy leurs désirs et nécessitez que leurs loix, adjousté plus de foy à leur espérance qu'à l'expérience, et que leurs affections et simplicités ne se changent en fureur, au dommage de nostre religion. Messieurs, les conquestes ne se conservent que par la force; et ne faudra point moins de temps pour surmonter ceste naturelle deffiance et rigueur espagnole, qu'il en faudra pour dompter nostre inconstance et impatience françoise, dont ceux qui en craignent la domination appellent à tesmoins les Neapolitains , Siciliens, Milannois, Portugais, Indiens, et jusques aux mesmes Fiamans, pour respondre aux autres qui se mirent en la douceur de ceux du comté de Bourgongne. Mais ledit Roy nous assistera, après son eslection , si puissamment et à propos, qu'en peu de temps nous pourrons vaincre nosdits adversaires, et après remettre facilement toutes choses en ce royaume en leur premier et ancien ordre , ayant délibéré pour cest effect faire un merveilleux effort deux ans durant, dedans lequel temps il espère exécuter ce dessein : c'est ce que l'on nous dit. Mais vérifions , messieurs, si c'est chose possible, et de laquelle nous ne devions douter aucunement. Pour ce faire, il seroit nécessaire que ledit Roy envoyast en ce royaume plus de forces et d'argent qu'il n'a faict par cydevant , qu'elles y arrivassent plus à propos, et qu'elles fussent mieux conduictes, et lesdits deniers mieux employez qu'ils n'ont esté, et pareillement que nosdits
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adversaires devinssent plus foibles et moins assistez et heureux en leurs alï'aires qu'ils n'ont esté jusques à présent. Car s'il n'advient quelque changement en tout cela à nostre advantage, comment esperons-nous qu'il nous en prenne mieux à l'advenir que par le passé? Desja sommes nous bien certains que ledit Roy ne sera assisté et servy d'autres princes et potentats que de ceux qui se sont employez cy devant pour nous , c'est à sçavoir de nostre Sainct Père et desdits ducs de Lorraine et de Savoye; encores devons nous doubler que les deux derniers s'y plongent si avant qu'ils ont faict, d'autant que nous ne sçavons s'ils approuveront ce dessein, parce que leurs espérances de s'agrandir en ce royaume seront du tout retranchées , qu'ils n'ont peut-estre tant d'occasion de désirer l'accroissement dudit Roy comme aucuns estiment, et qu'en tout cas leurs affaires ne sont en estât qu'ils puissent faire pour ceste cause ce qu'ils ont cy devant faict, d'autant qu'ils ont mis et consommé tout ce qu'ils avoient de meilleur, et qu'ils n'ont faute de besongne en leurs propres pays, lesquels ils ne seront conseillez de mettre en plus grand péril pour le bien d'autruy. Quant à Sa Sainct té, nous n'avons point encores esté bien asseurez qu'elle appiouve ce dessein; et si nous pouvons conserver la religion en ce pays par quelque autre moyen, par raison Saditte vSaincteté nous devroit conseiller de l'embrasser plustost que cestuy-cy, quand ce ne seroit que pour entretenir la chrestienté en repos, et pour la conservation et authorité du Sainct Siège, qui dépend du contrepoids de ces deux puissances, dont ses prédécesseurs ont tenu et soigneusement gaidé la balance
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et esgalité tant qu'ils ont peu. Toutesfois, quand Sadite Saincteté, passant par dessus toutes ces considérations , se résoudra de favoriser du tout ladite entreprise, c'est tout ce qu'elle pourra faire d'y contribuer autant qu'ont faict depuis quatre ans ceux qui l'ont devancée. Partant il faut nécessairement que ceste augmentation de forces et de deniers, dont l'on nous donne espérance, vienne entièrement dudit roy Catholique; car mesme il ne tirera point de secours de la Germanie ny de Suisse qu'à force d'argent. Ce n'est pas aussi la coustume dudit pays d'en user autrement. Messieurs, sans doute la puissance dudit Roy est trèsgrande : il possède et domine plus de pays que n'a faict aucun prince en la chrestienté, depuis Charles le Grand. Mais comme ils sont fort séparez les uns des autres, ils sont aussi subjects à plusieurs frais et acci.dens, ausquels il a jusques à présent, par sa prudence et puissance, favorisé de la minorité de nos roys et des troubles de ce royaume, très-heureusement pourveu depuis trente cinq ans. Et neantmoins, si d'un costé il a adjousté à son empire le royaume de Portugal avec tout ce qui en pouvoit dépendre, il n'a peu toutesfois recouvrer l'obeyssance entière des estais des Pays Bas, quelque effort qu'il y ait faict par le moyen de ceux que la nature luy avoit donnez lors qu'ils estoient paisibles, les forces de son empire estans en la chresti&nté, et principalement en la France, très-formidables ; car c'a esté la porte par laquelle ses prédécesseurs et luy ont faict plus de dommage au royaume durant nos' guerres estrangeres. C'est un advantage que le royaume de Portugal ne peut recompenser et valloir, pour le dessein qu'il veut entreprendre en ce royaume ,
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à cause de son esloigiiement, et de la jalousie et défiance qu'il a des Portugais, laquelle durera autant qu'eux et les Castillans conserveront leurs noms. S'il est vray que ledit Roy ayt retranché et mis en arrière depuis quatre ans la despence qu'il souloit faire en ses autres pays pour les conserver, afin de mieux entendre et pourvoir aux affaires de France, et neantmoins n'ait peu nous délivrer de nos misères ny bien souvent payer les gens de guerre qu'il nous a envoyez, ny ceux que nous avons receus en nos villes, lesquels, par faute de ce , ont esté contraincts de se desbander et commettre plusieurs excez à nos yeux , par quel moyen devons nous croire qu'il nous pourra mieux pourveoir à l'advenir, si, pour nous acquérir et nous donner occasion de nous jelter entre ses bras, il n'a deub par raison espargner aucune chose, comme pour mon regard je croy qu'il n'a faict, et neantmoins que ses moyens et sa puissance ayent esté trop foibles contre nos maux? Devons nous espérer qu'il fasse mieux, lors que nous ne nou-s en pourions plus desdire, et que par honneur et devoir nous serons obligez à supporter ses defîauts comme ses autres subjects , et courre sa fortune jusques au bout? Messieurs, tels princes n'ont pas accoustumé de se feindre ny espargner aucune chose, quand il est question d'acquérir et adjouster tel accroissement à leur empire qu'est ce royaume, qui mérite bien un bon effort : de manière (jue je ne puis estre de l'advis de ceux qui ont attribué à art [dustost qu'à faute de moyens les retardements et deffauts de deniers dont ledit Roy nous a assistez, comme si hiy et ses ministres avoient voulu nous renger à leur désir par necessilé plusLosl <[ue par bien-
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faits, et partant eussent faict naistre exprès tous ces manquemens, par lesquels nous voyons que l'espérance et confiauce première que nous avions en leur assistance et bonne volonté est grandement descheuë, ne plus ne moins que la réputation de leurs forces et conduite au seul advantage de nosdits adversaires. Messieurs, la bonté et prudence dudit Roy ne méritent qu'on luy attribue un tel artifice : et faut nécessairement plustost croire qu'il n'a esté servy selon son désir en tout ce qui s'est passé, dont à l'adventure que l'esloignement de sa personne a esté cause autant que toute autre chose, 'd'autant qu'il faut perdre beaucoup de temps à l'advertir de ce qui se passe et recevoir ses commandemens, et que nos mouvemens en France sont ordinairement si soudains et muables, qu'il est très- difficile de s'en prévaloir si on y apporte de la longueur. J'ay souvenance d'une responce que j'ay souvent ouy faire dès le commencement- de nos troubles à un des plus sages ministres dudit Roy, employé par deçà en ces principaux affaires, sur ce qu'aucuns luy remonstroient que tant qu'ils emploiroient leurs moyens à nous secourir petit à petit, et escharcement, comme ils faisoient, pour les mesnager et faire durer davantage, ou peut-estre pour nous le faire trouver meilleur, ils leur seroient, à eux et à nous, infructueux, d'autant que nostre feu vouloit estre esteint à force d'armes et d'argent, autrement il consommeroit totalement tout ce que l'on y mettroit : sçavoir est que les moyens de son Roy estoient véritablement trèsgrands, mais qu'ils n' estoient infinis, et qu'il estoit nécessaire qu'il les despartist en divers endroicts, mesnies pour la conservation de ses E§tats, nous exhortant à
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ceste cause d'adviser de bonne heure à estal)lir et dresser quelque fond de nous mesmes pour sul)venir à nos nécessitez et soulager la bourse de son maistre, sans du tout nous reposer et confier sur icelle, comme nous faisions, par ce qu'à la longue elle n'y pourroit fournir. Messieurs, l'advertissement de ce personnage nous a esté confirmé par l'expérience que nous en avons faicte depuis; car nous avons d'an en an tousjours esté secourus dudit Roy, et principalement en deniers plus eslroictement, non à mon ad vis par faute de bonne volonté, mais, comme il est vray semblable, par ce qu'il n'y a peu fournir selon son désir. C'est aussi une charge très-pesante, de laquelle, suivant le conseil du mesme autheur, nous eussions peu trouver les moyens de le soulager, si la fortune de la guerre nous eust esté plus favorable. Mais elle a tellement appauvry nos villes, et a mis chacun en arrière, qu'il n'y a celuy de nous qui n'ayt peine seulement à vivre, encores bien pauvrement et misérablement. Et toutesf jis je dis que si nous pouvions encores inventer quelque expédient de pratiquer ce conseil, je serois d'advis qu'il en fut usé, soit que nous nous donnions audit Roy, ou non ; car sans doubte nous succomberons à la longue soubs le faix de nos misères, si nous ne contribuons et aydons aux despences qu'il convient faire pour soustenir la guerre autrement que nous n'avons fiict cy -devant, tout l'or des Indes n'estant suffisant pour donner à vivre à ceux qui en ont besoin parmy nous, et partant nous maintenir et faire voir en Testât auquel nous sonnnes, qui empire tous les jours à veuë d'œil. De sorte qu'il faut que nous avisions à faire {pieb|ue effort d'armes, par le moyen duquel nous
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finissions nos jours, ou entrions en la joiiyssance de nos héritages, et d'un commerce plus libre et moins onéreux que celuy qui nous reste, aflîn que chacun ayt de quoy se substanter et nourrir. Car si nostre langueur est à présent très-grande et insupportable, elle deviendra horrible lors que par nostre susdite resolution nous aurons rendu nostre guerre immortelle, et aurons fermé la porte à toute espérance de paix et réconciliation entre nous autres François, à cause des rigueurs que nous exerceions les uns contre les autres.
Mais posons le cas que ledit Roy, faisant un efibrt extraordinaire, comme l'on dit qu'il veut faire, puisse mettre ensemble de grandes sommes de deniers. Qnoy ! hazardera-il cy après ses gens au combat aussi souvent qu'il est nécessaire pour vaincre nosdits adversaires, et se rendre paisible possesseur du royaume? Ses serviteurs et ministres luy donneront-ils ce conseil en l'aage où il est, ses Pays-Bas estans troublez comme ils sont, et la chrestienté comme au guet, attendant quelque mutation en son empire par son trespas ou autrement pour s'en prevalloir? Ces mesmes considérations, qui augmentent avec le temps, ontelles pas souvent empesché que les armées qu'il a cy devant envoyées à nostre secours, bien qu'elles fussent très-fortes, n'ayent combatu et faict infinis beaux exploicts, à nosti e grand regret et dommage, par lesquels s'ils continuent à estre si retenus et circonspects, messieurs, quand finiront nos misères, quand aurons nous repris tant de villes et places que nosdits adversaires occupent, lesquelles ils fortifient tous les jours de plus en plus? Sera-ce en deux ans que l'on dict que
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doibt durer son effort, et à force de temporiser et nous faire languir, qu'il aura la raison d'eux? Ce puissant royaume fut-il onques conquis autrement qu'à force d'armes? Les François de ce temps, estans nourris à la guerre comme ils sont, sont-ils moins courageux et magnanimes qu'ils ont esté, ou s'ils sont plus lasches et patiens qu'ils ne souloient? Lisons en nos cœurs : nous n'y ti'ouverons l'ardeur ny le courage de continuer la guerre entre nous, qui y estoit du commencement ; mais qui en est cause, que ceste langueur et suille de calamitez qui nous a plus maltez que nosdits adversaires, avec laquelle neantmoins il faut que nous nous résolvions de compatir, nous donnant audit roy d'Espagne, si luy et ses ministres ne veulent résoudre de combattre pour avec nous vaincre ou mourir, autrement qu'ils ont fdict jusques à présent? Maijsencores suis-je empesché où ledit Roy trouvera avec son argent des gens de guerre suffisamment pour exécuter ce dessein ; car il n'en voudra desgarnir l'Espagne plus qu'elle est, puisque il y tient sur pied une arme'e exprès, pour obvier aux inconveniens qu'il craint, comme prince très-prudent qu'il est, qui y peuvent arriver, spécialement après son deceds, si Dieu le permet, cependant (jue le prince son fris estencores jeune. L'Italie luy eii peut encores moins fournir; car non seulement- elle est menacée et en double de remuement, mais c'est bien chose certaine, si les nostres durent, qu'elle se troublera à bon escient et bien-tost. ]\ous sçavons aussi en quel estât sont les affaires au Pays- Bas, qui luy ont cy-devant fourny des soldats en bon nondjre; mais nos guerres depuis quatre ans en ont tant dévoré, que ses serviteurs ont peine maintenant
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d'y en assembler, et mesines en Allemagne, si c'est pour venir en France, où ils sçavent n'y avoir plus rien à gaigner que des coups et de la nécessité; et c'est ce qui est cause qu'il faut tant de temps, comme nous voyons qu'il s'en passe, à remettre sus ces armées, quand elles sont une fois deffaictes. Il en pourroit tirer plus commodément des cantons catholiques de Suisses que d'autres endroits, s'il vouloit s'en servir; mais pour ce faire il faudroit qu'il accordast avec eux du payement des debtes de la couronne, ou du moins de celles qu'avons créées au nom de nostre party pour les services que nous avons receus d'eux depuis quatre ans; car j'estime qu'ils ne s'y engageront autrement que très-difEcilement, tant pour le peu de compte que ledit roy Catholique a faict de leur nation, et pour le soin qu'ont nosdits adversaires d'en conserver l'amitié. Et toutesfois il est certain qu'il ne faut pas remettre ensemble de petites et mauvaises forces, je ne diray pour ruiner nosdits adversaires, mais seulement pour eslargir ceste misérable ville de Paris, et luy ouvrir les passages qui luy empeschent les vivres ; car s'ils sont puissants d'eux mesmes, ils le sont aussi d'alliez et d'amis qui les secourent commodément et volontiers, comme ceux qui sont intéressez en leur cause, tant pour le respect de la religion que pour la conservation et seureté de leurs Estats , dont il ne faut point douter que la jalousie dudit roy d'Espagne n'augmente encore le nombre et l'affection ; car comme nostre guerre changera de nom, ils s'y engageront plus avant et plus librement qu'ils n'ont encores faict, et mesmes du costé d'Italie, d'où ils seront assistez d'argent, qui est ce dont ils ont plus de besoin; car ils ne peuvent
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chaumer d'hommes, pourveu qu'ils ayent dequoy les payer, ayans l'Angleterre, l'Escosse, l'Allemagne et les Suisses à leur dévotion , et pareillement ceux des Estats des Pays-Bas qui font la guerre audit roy d'Espagne; et si il faut croire qu'ils feront encores ce qu'ils pourront pour esbransler le Turc contre ledit Roy. Davantage, ils font plus de besongne d'un escu que les ministres dudit Roy de quatre , tant à cause des interests du port et change de deniers que l'on faict tenir d'Espagne en Flandre, et delà en ce royaume, où quelquefois il se perd encores assez sur les espèces, par ce qu'il y a des debtes du passé à payer à ceux qui sont employez au service dudit Roy, qui consomment de grandes sommes de deniers, et ne font rien qu'à force d'argent. Je suis aussi en peine comment ces grandes armées estrangeres seront cy après nourries en ce royaume, principalement s'il faut qu'elles approchent de Paris, comme il est nécessaire qu'elles fassent pour la desgager et conserver; car d'orcsnavant les vivres seront très-rares en ce royaume, pour ce que les terres et les vignes n'y sont labourées comme elles souloient, et desja que es environs de laditte ville il ne s'y trouve de quoy vivre, principalement pour la cavallerie. Davantage, quand auront-ils repris par force les villes et places que tiennent nosdits adversaires, seulement à l'entour de laditte ville, sur les rivières d'icelle? Nous avons esprouvé souvent qu'il ne faut qu'un seul siège de place pour ruiner une forte armée, laquelle aura cousté beaucoup d'argent et de temps à diesser : encores faut-il estre bien asseurcz que les munitions de guerre nécessaires pour ce f;)ir(; ne nous ni;in(|U(Mit , et faire estât aussi que
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nosdits adversaires ne denieureioiit les bras croisez ny inutiles durant ce temps-là, non plus qu'ils ont faict cj devant; et que s'ils ne peuvent pis faire, du moins ils attaqueront nos places quand ils verront nos armées engaigées aux leurs, et peut-estre qu'ils en forceront et prendront autant que nous : de sorte que ce sera tousjours à recommencer, et ne s'en ensuivra qu'une entière et générale ruine et désolation qui ne restaurera nostre religion, messieurs, non plus que la continuation de ceste misérable guerre, laquelle achèvera de r'emplir ce royaume d'impiété, et d'affoiblir le party catholique.
Messieurs, ces choses estans véritables comme elles sont, quel advantage devons nous espérer qu'apportera à nostre religion et à nostre patrie nostre déclaration en faveur dudit roy d'Espagne , puis qu'elle rendra nostre guerre immortelle, et plus périlleuse et douteuse pour nous que jamais? Quelle recompense aurons nous d'avoir violé nos loix, forcé nos volontez, et espousé pour jamais la domination d'une nation estrangere, dont les façons de vivre sont du tout contraires aux nostres, leur gravité estant incompatible avec nostre naturelle franchise et promptitude? Que ne devons nous tenter et faire pour fuir ce naufrage qui ne nous sera moins vituperable que dommageable? Sera-ce faire le devoir de vray François, que de nous précipiter à ce gouffre calamiteux les yeux bandez, comme aucuns nous conseillent, nous confians du tout, ainsi qu'ils disent, en la justice de nostre cause, sans d'avantage avoir esgard ny nous arrester à tous nos vices et passions qui oiTusquent la pureté et lumiei-e d'icelle? Est-ce le moyen de conserver la religion, que
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de forcer eL obliger les catholiques qui assistent nosdits adversaires de plustost mourir que de les abandonner, leur acquérir de nouveaux amis , et nous diviser et partialiser entre nous plus que nous ne sommes? C'est véritablement mourir glorieusement que de finir ses jours pour deffendre sa religion^ mais aussi c'est offencer Dieu que de s'y précipiter inconsidérément ot témérairement 5 car il faut que l'intention soit accompagne'e de charité et de raison, et qu'elle profite à l'eiiect qui la conduit.
Je m'estonne sur toutes choses .comment ledit roy d'Espagne affectionne tant laditte eslection en l'aage où il est, veu les accidens qui en peuvent naistre au reste de la chrestienté et à ses Estats, estant prince doiié d'une très-grande expérience et sagesse comme il est, et qui a toute sa vie faict démonstration de vouloir régler ses entreprises et actions au pied de la raison et de l'équité, autant que nul autre prince de ce siècle : car il me semble qu'il doit plustost désirer de laisser au prince son fils la succession de ses Estats entière et paisible, que de le surcharger d'envie et d'une querelle héréditaire fondée sur le débat de ceste couronne, n'y ayant point d'apparence qu'il doive espérer d'en veoir la fin en ses jours; et neantmoins il faudra qu'ilemploye et consomme infinis hommes et deniers qui peut-estre feront faute à son fds après son trèspas : car toutes mutations de princes sont subjectes à mouvemens; et s'il advenoit qu'ils trouvassent son empire desgarny de forces et de moyens, ou de la bonne fortune qui Ta continuellement accompagné depuis cent ans, ils le pouri oient endommager grandement. iMais comme il n'y a point de puissance en la chrrs-
tientë qu'il doive craindre pour ce regard que celle de ce royaume, si d'adventure il n'en devient le maistre suivant son dessein , l'on se promet peutestre qu'il le rendra si foible par la guerre, qu'il ne pourra pour lors nuire à son fds ny à ses Estats, de sorte qu'en tout cas il ne luy peut mesadvenir de tenter ce dessein et nourrir nos divisions. Messieurs, il me semble que ce n'est cognoistrela force de la France ny le naturel des François que de bastir telles espérances sur fondemens si inconslans , dont le succeds pourroit reiissir tout au rebours, ne plus ne moins qu'il advint en l'année x588, de ceste grande et formidable arme'e de mer dudit roy d'Espagne, avec laquelle il s'estoit promis d'envahir l'Angleterre, et tout ensemble ruiner ceux qui luy font la guerre aux Pays Bas, qui ne servit toutesfois qu'à augmenter la gloire et asseurer le règne de la royne dudit pays, et à relever les affaires des autres qui ont tousjours depuis prospéré au détriment de la religion catholique. Ledit roy n'a aucun droit en ceste couronne, et suis content de croire aussi qu'il ne s'est engagé à la poursuitte que pour le respect de la religion , et de crainte qu'il a eiie que, tombant entre les mains du roy de Navarre, ilne voulust remuer l'ancienne querelle dudit royaume à son préjudice : mais j'estime qu'il n'eust jamais passé si avant s'il n'en eust esté pressé et sollicité, voire importuné par aucuns des nostres, lesquels luy en. ont faict la conqueste très-facile, et ont esté luy en offrir et promettre la domination , comme s'ils eussent eu le pouvoir d'en disposer. C'est pourquoy maintenant que luy et ses ministres recognoissent tout le contraire, j'estime qu'il ne seroit difficille luy persaa 1er de s'en
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désister, et qu'il aymeia toujours mieux nous conserver pour voysins très -obligez et amis asseurez, que nous avoir pour subjects incertains et misérables aux despens de ses thresors et au péril de ses propres pays, lesquels, comme prince très-advisé, il n'a voulu jusques icy engager, quoy qu'il ait faict pour nous ouvertement en ceste guerre : chose qu'il ne pourra éviter à l'advenir s'il faut qu'elle se face sous son nom. Et en tous evenemens je desirerois que nous voulussions tenter ceste remonstrance en son endroict devant que nous laisser aller à d'autres conseils; et sur tout ne nous précipiter en celuy de laditte eslection qui rendra nostre guerre immortelle ; car lors il ne sera plus question de la foy et religion, ains du droict de la couronne, duquel l'on n'aura privé seulement ledit roy de Navarre, mais aussi tous les princes de sa maison, jaçoit qu'ils facent profession de la religion catholique. Je desirerois semblablement que l'assemblée fust représentée à nostre sainct père le Pape par personnes dignes de ce faire, et exempts de toute autre convoitise et passion que de la conservation de la religion et du royaume; car je ne puis croire que Saditte Saincleté ayt encores bien entendu la vérité de nos affaires, laquelle luy a esté souvent desguisée autant peut-estre par nous mesmes que par d'autres, et diverses fois. Et comment pouvons-nous espérer la guarison de nos playes si nous mesmes les cachons et desguisons à ceux qui y peuvent remédier, comme peut faire Saditte Saincteté mieux que tout autre, pour le lieu qu'elle tient en la chrestienté, et l'interest qu'a ledit Sainct Siège en ceste cause et en la conservation de ce royaume, auquel il a lousjours trouvé plus de
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support el d'obeyssance qu'en tous autres? Messieurs, faisans donc ce devoir envers l'un el l'autre, s'il est bien receu nous en recevrons le principal fruict ; si au contraire on n'y veut avoir esgard , ce sera autant de descharge envers Dieu et le monde, et de consolation en nous mesmes qui nous soulagera en nos afflictions, et nous ouvrira et nous facilitera peutestre quelque autre voye , par laquelle nous pourrons nous en tirer à la gloire de Dieu, au salut de nostre patrie, et à nostre honneur et utilité. Je sçay bien que monsieur le légat est icy, auquel on dira que nous pouvons addresser nos remonstrances, et pareillement à messieurs les ambassadeurs de Sa Majesté' Catholique, qui représentent leur prince, lesquels nous apprendront leurs intentions, sans envoyer plus loing; mais ce faict est de tel poids et importe tant à la religion, à ce royaume et à nous mesmes, qu'il me semble que nous ne devons laisser de faire l'offre susdict: car une remonstrance faicte par personnes intéressées, de vive voix, a plus d'énergie. Il faut aussi que le médecin voye, oye et touche le patient en personne et non par procureur, s'il veut bien cognoistre, juger et guarir la maladie. Ces princes seuls nous peuvent guarir, ou pour le moins grandement aider à. nous délivrer de nos maux. Doncques parlons nous mesmes à eux en corps, et leur représentons au vray, et sans nous flatter, Testât de nos affaires, pour les supplier et disposer de nous y assister, non à l'appétit d'aucuns en particulier, mais comme tous ensemble nous cognoissons qu'il est expédient et nécessaire de faire pour le service de Dieu et nostre commun salut.
Kt d'autant que tels voyages ne se peuvent faire
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qu'avec le temps, et qu'il est à craindre qu'ils soient trop tardifs pour nos maux qui nous pressent merveilleusement, voicy mon advis, messieurs, que je vous supplie recevoir en bonne part, et comme pro- ' cédant d'un cœur entièrement devoiié à la religion et à son pays : c'est que nous procurions cependant que la conférence qui a este' proposée, et de vous approuvée avec les catholiques qui assistent nosdits adversaires , s'effectue , parce qu'il n'en peut advenir mal, mais au contraire beaucoup de bien, y portant une intention vrayement chrestienne, et bandée au salut public. Messieurs, il est certain que c'est le plus seur moyen que nous ayons pour conserver nostre religion et le royaume, que de r' allier ensemble les catholiques d'icelui; car toutes les puissances estrangeres ne serviront qu'à destruire l'une et l'autre, si les divisions continuent. C'est pourquoy je me suis grandement esmerveillé et csmeu quand ceux qui sont avec nosdits adversaires nous ont convié de parler à eux, pour adviser au moyen de conserver la religion et l'Estat. Aucuns ont dit que c'estoit crime d'y entendre : car j'avois creu auparavant, et l'avois ain&i appris de messieurs les légats ministres de nos Saincts Pères décédez , que c'estoit ce qu'ils desiroient et affectionnoient le plus que ladite reconciliation ; et de fait ils s'y estoient employez les uns après les autres. Si c'a esté inutilement, s'ensuit il que la chose ne soit encore bonne et ne doive estre tentée, veu que le teni))S nous a appris qu'elle est plus nécessaire que jamais? Il faut nécessairement que ceux-là ayent craint (jue la conférence fit naistre ouverture, par le moyen de laquelle nousrecognoissions pouvoir mieux
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conserver nostre religion et nostre pays que pour les autres qui se sont presente'es ; car sans doubte ils n'ont deu craindre qu'il en arrivast aucun inconvénient à la religion ny à l'Estat, nous rendant moins afiectionnez et constans en l'un et en l'autre , et nos maux plus clairs et sensibles; oii ils ont conceu une très -mauvaise opinion de nous en toutes façons : ce que je m'abstiendray maintenant de vous représenter, puis qu'ils l'ont depuis approuvé, si je n'estimois estre chose indigne de considérer, par laquelle est conneuë leur inclination et affection en nos affaires. Or j'adjousteray, usant de ma franchise accoustumée, que je desirerois que nous fissions aussi une cessation d'armes, pour cependant arrester aucunement le cours de la guerre qui destruit la religion et le royaume, et dont la continuation durant ladite conférence ne peut servir qu'à troubler et empescher les bons effects d'icelle. Aussi bien tous les grands advantages que les uns elles autres cuident recevoir du progrez d'icelle sont trèsincertains, comme chacun a esprouve' à son retour, tant aux sièges de Paris et Roiien qu'en la retraicte et dissipation des armées estrangeres venues au secours des uns et des autres, et comme nous sommes encores à la veille d'esprouver de celle qui est sur pied en nostre faveur : car si nous attendons à préparer la voye pour sortir de nos calamitez , et que nous soyons esgaux en forces et en espérances, nous périrons de part et d'autre devant que nous y entendions, pource que ce sera tousjours à recommencer. Il ne faut pas aussi que ce soit la considération d'une nécessité pressante, ny les accidens, qui nous conduisent en ladite recherche, ains le seul zèle de nostre religion et l'a- 44. 3o
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mour de nostre pays. Davantage, nous pouvons bastir ladite cessation de façon que la cause n'en empirera ny recevra aucun préjudice, toutes choses derneurans en Testât qu'elles sont pour le temps qu'elle durera ; et toutesfois les parties ne laisseront d'en tirer quelque commodité et relasche : mais il ne faut pas espérer que nous parvenions jamais à une resolution générale des affaires, que nous ne commencions par là. C'est pourquoy ceux qui desiroient faire leur profit de l'affbiblissement de la religion et du royaume y ont contredict juscjues à présent tant qu'ils ont peu, pour nous empesclier de nous recognoistre , et ce faisant descrie' le party plus utile à la conservation de l'un et de l'autre. Peut-estre aussi craindrons- nous en ce faisant d'offencer ceux qui nous assistent, et mesmes Sa Saincteté et Sa Majesté Catholique , et partant qu'ils nous abandonnent devant que nous ayons pourveu a la seureté de nostre religion, et d'autant plus que le succez des traictez que l'on peut faire durant ladite cessation ne peut estre que très -incertain. Certainement ceste raison est considérable; mais je ne puis croire que Sadite Saincteté et Sadite Majesté Catholique trouvent mauvais que nous recherchions les moyens de pourveoir à nos misères, pourveu que nous ne facions rien qui prejudicie à nostre religion et au party catholique, ny à leur authorité et service particulier, comme il me semble que nous ne fefrons si nous entretenons les choses en Testât qu'elles sont, et leur promettons de ne toucher au principal, ny traicter d'iceluy sans leur advis : car de tout temps semblables Iraiclez ont esté faicts, mesmes avec les Jnfidelles, que les saincts peics ont excusez, ou pour
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éviter un plus grand mal, ou parvenir à un plus grand bien. En quoy j'estime que Sadite Saincteté estant bien informée de nos affaires ne sera non plus difficile que ses devanciers. Je fais pareil jugement dudit roy Catholique , par ce que je veux croire qu'il a soin de nous, et nous assiste pour nous servir, et non pour nous perdre : et d'autant plus que nostre perte ne peut estre qu'elle ne luy soit honteuse et dommageable ayant entrepris, comme il a faict , à bannières desploye'es, nostre deffence. De sorte que si nous luy remonstrons que ce chemin nous peut conduii e au port de salut plustost qu'en autre, je ne me puis persuader qu'il s'en offence, prévoyant, comme j'ay dit, à ce qui le concerne, comme certainement nous sommes très-obligez de faire. L'on oppose encores a ce conseil deux craintes : l'une, que nos peuples, estans las etrecreus de la guerre comme ils sont, refusent, si besoin est, de rentrer aux périls et misères d'icelle , après avoir gousté de la douceur de ladite cessation d'armes; et qu'aucuns prennent prétexte sur ce de se desbander d'avec nous , et dresser une guerre à part au préjudice de la cause publique. Messieurs, je dis que ces inconveniens ne sont tant à craindre que les malheurs i nevitables de la continuation de nostre guerre fondée sur les moyens qui nous restent, et aux conditions ausquelles l'on prétend nous abstraindre ; car quand nos peuples cognoistront qu'il n'aura tenu à nous que nous ne les ayons délivrez de la guerre, à l'honneur de Dieu et au salut public , tant s'en faut qu'ils fuyent de r'entrer en la lice de la guerre , que j'estime qu'ils s'y jetteront avec plus de courage que jamais, meus d'une juste indignation qu'ils auront contre ceux qui
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seront cause de la coiitinualioii d'icelle , contre lesquels ils coniballront pour lors comme contre ennemis irreconf:iliaI>Ies: ce que d'avaiiluie il sera diflicile leur faire faire autremenl. FOt quant à ceux qui pourroient se séparer de nous à cause de ladite cessation, le nombre à mon advis n'en pourra estre que trèsfoihle, et partant y ac(|uerir ])lus de honte qu'il n'apportera de dommage à la cause ; et d'autant plus que tels lemucmens seront attribue/- à pure ambition : ce (jui rendra leuis actions odieuses, et leurs espérances encores plus vaines.
Mais posons le cas que je me trompe au jugement que je fais des volonté/, diîsdits j)rinces, et s})ecialement de celle dudit loy d'Kspagne, aux fins de laditte cessalion. Quoy ! vault-il mieux se jetter à corps perdu au pouvoir dudit Hoy que de cberclier les moyens de sauver nostre religion et le rf)yaumc par autre voye? Car, messieurs, il faut que nous fassions l'un ou l'autre, puisque ses ministres disent «ju'il retirera ses forces, et cessera de nous assister si nous ru? le contentons du tout. Ce sont les termes d<' nostn? perplexité, ausquels nos ficeliez et passions nous ont leduits. Aurons-nous plus d'honneur et de proffit de nous précipiter en une guerre irréconciliable, avec les advantages ((ue nous avons esprouvez depuis quatre ans, lesquels augnienlcront avec l'aage dudit roy, qui essaye à les éviter [)ar le moyen de ladite cessation ? Je sçay bien ([u'il seroit à l'advantuie [)lus seur pour nous d'accorder dès à présent tout à faict une bonne paix genernie, que de commencer par ladite cessation, à cause de l'incertitude du succez d'icelle, et que ceux qui nous assistent ne s'offenceront gueres
l)L VllJ.KllOï. /|(»()
plus cl pout-estic moins de rniu; i\uc de l'aiitic, d'aulaiit (luo les princes (jtiohpicslbis s'acCDinmodcnl pai' prudence plus voIonliiMS aux choses faielcs (ju'ils ne consentent aux nioyeiis do 1<!S l'aire, et cprcn tout cas nous aurions pourveu par icelle à la seurel<? de nostre icli^ion ; ce (pii lendroit l<! niescontentt!ni(;nt de ceujn (pii s'en oHencei'oienl. moins périlleux poni' nous. Mais, messieurs, outijî (pie c'est sonliailler rimpossihle cpj'un tel traicte soit hasti en peu dr. joins, et sans (pi'il soit sceu et divulj^ne, j)artant lesdits piinces acioni ils j>as tousjolirs le niesiiu; loisir et |)relexte dr Iroiihlei ladile n(;^()tiation, et r<Mirer lesdites loices à cans(.' d'icelle et devant (|u'elle soit coneliui, coinnu; pai ladil»' t;essalion , et en ce faisant nous laissera la meic)' <;t discrétion de iiosdils adversaires? C'est bien chose <:eitaine (jue le. jx-ril en seroit d'autant plus };rand, oiTil ne nous resteroit aucun temps iiy loisir* de poui voir à nos airair<!s comme nous aurons en (aisani ladite cessation, |)ai latpielh,' nous nous esclaircirons des volontezde ceux avec lescpuds nous l'aurons laicle devant (ju'<dle soit expiiée , et si nous jou'ùons cependant du heneficc; et laUraicliissement d'icclh;. Mes-^ sieurs, si nous pouvons laiie tiouver hou ausdits princes <jue nous essayons de pourveolr à la conservation de la ndif^ion et du royaume; j)ar autre voye <|u<; par la continuation d(! la {guerre, ils doivent avoir plus ag^reahle ce (jui nous y acheminera par laditte cessation (|ue autrement; car ils pouiront dulant icelle se deschar^er, s'il leur plaist , d'une partie des frais qu'ils font j)oui nous, et les einployc.i- utilement contre les etnieinis d(r n<jstrc mesmendij^ion, <pii font la }^u(;rre audit ÏUty en ses piopres pays, Maii ki
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c'est chose que nous devions espérer, quoy, faut-il que nous nous perdions pour les contenter ? Comme ainsi soit que nous ne puissions faire ce que ledit Roy desire sans en courre la foitune, comme je vous ay représenté, quel profiit apporteront-ils en ce faisant à nostre religion et h nous-mesmes? Que deviendra l'Eglise catholique si nosdits adversaires s'establissent une fois par les armes, comme ils feront s'ils continuent à prosperçr sur nous, ainsi qu'ils ont advancé depuis les guerres, et qu'il y a apparence qu'ils feront si nous ne changeons de chemin et conduitte pour y remédier ? Les catholiques qui les assistent empescheront-ils, après nostre ruine, qu'ils ne disposent de la religion ainsi qu'ils leur plaira? Sera-ce T'honneur, le bien et advantage du Sainct Siège, mesme dudit roy d'Espagne et de ses affaires, que ceschoses adviennent? Blasmez-moi, si bon vous semble, d'avoir mauvaise opinion du succez de nos affaires, et si j'ay parlé peuteslre trop librement : mais prenez vous en premièrement à ceux qui sont cause des malheurs d'icelle ; car pour mon regaid j'ayme mieux estre repris de timidité et inconsideration, (jue de manquement de foy envers Dieu et mon pays, et envers vous, messieurs, comme je meriterois si je ne vous representois et confessois en ceste action ce que en ma conscience j'estime estre utile à nostre religion, et appartenir à nostre honneur et salut public.
Je suis encores moins d'advis, messieurs, que nous forcions la nature et nos loix pour un autre prince que pour ledit roy d'Espagne, comme j'ay desjà dict, pour ce que nostre guerre ne laisseroit d'estre irréconciliable ; et toutesfois nous aurions moins de moyen
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pour la soutenir ; car il n'y a puissance en la clirestienté qui soit sutîisante pour ce faire si celle dudit Roy ne l'est, laquelle ne sçauroit continuer entière en faveur d'un autre ; car c'est abus d'espérer que nous luy engagions par le moyen du mariage de l'Infante sa fdle, comme aucuns se promettent, pour les raisons que j'ay dittes j joinct que ce seroit la marier à une querelle perpétuelle, dont la defence iuy seroit à grande charge et despence, et l'issue ne pourroit estre que très-doubteuse. Messieurs, ce seroit tout ce que ledit Roy pourroit faire que de l'accorder à un roy de France bien estably et paisible, en Testât que sont ses afifaires. Je sçay que pour tenir et conserver l'assistance dudit Roy, nous manquant le bien dudit mariage, il faudra pour le moins luy faire part du royaume, et en ce faisant le desmembrer, quand ce ne seroit que pour asseurer ses deniers et satisfaire aux prétentions de ladite Infante, chose que nous devons craindre et esviter sur toutes choses; car si nous souffrons une fois que ce partage ayt lieu, nous deviendrons les plus misérables gens du monde, comme ceux qui seront subjects à la tyrannie perpétuelle de plusieurs occupateurs en perpétuelle guerre et inimitié les uns contre les autres, en opprobre à tout le monde et à nos voisins, et le joiiet de toutes les passions de la chrestienté. Ce seroit aussi l'entière ruine de nostre royaume, pour l'advantage qu'auront nosdits adversaires , que parce que tels usurpateurs mettroient incontinent toutes pièces en œuvre sans distinction de religion, pour se maintenir ou accroistre les uns sur les autres; car telles usurpations sont ordinairement incompatibles avec les loix , et ennemies
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de toutes bonnes mœurs, principalement à leur origine, que tout est licite et juste qui peut servir à en conserver la possession. Davantage, tel desmembrement seroit aussi désagréable et ombrageux à toute la chrestienté que seroit l'accroissement dudit roy d'Espagne, comme j'ay desjà dict; car comme il n'y auroit plus de puissance en icelle qui fist contre -poix et résistance à la sienne, chacun seroit subject h ses volontez, qui est la seule crainte et considération qui meut maintenant les autres en faveur de nosdits adversaires, lesquels par ce moyen ne seroient privez du secours qu'ils en espèrent : et neantmoins c'est la plus forte raison qui combatte pour ce party ; car pour mon regard je croy que difficilement il feroit cesser les partialitez qui sont entre nous, tant elles sont enracinées. Par ainsi nous empirerions nostre condition.
Faut-il donc obeyr à un roy faisant profession de religion contraire à la nostre? Messieurs, je n'ay encores donné ce conseil à personne. Combien que j'aye conseillé et désiré la paix autant que nul autre , j'ay aussi la conservation de ma religion et le repos de ma conscience en autant de recommandation que je dois, et ne cederay en cela à créature qui vive. Si je vous représente en homme de bien l'opinion que j'ay des partis que l'on nous propose, dois-je pour cela estre accusé de faire banqueroute à ma religion, et de n'en désirer la propagation? Il me semble, soubs correction, que c'est mal argumenter, et que je devrois plustost estre blasmé si je vous desguisois ce que j'en sens, ou si la passion me maistrisoit en ce conseil. Je vous ay protesté dès le commencement que je ne veux estre opiniastre, et (jue je cederay tousjours au conseil des
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plus sages : je le répète encores maintenant, et m'y oblige de bon cœur. Doibt-on désirer de moy autre submission ? Vray est que j'entends estre combattu et vaincu de raisons, et non de passions; d'effects, et non d'espérances et de promesses : car la matière de laqelle il s'agist le requiert. Ce seroit estre prodileur du service de Dieu et de la patrie, que de se flatter à l'appétit et à l'adveu d'autruy, par art ou par ignorance, en ce jugement. Ja à Dieu ne plaise que je m'oublie tant que cela, considérant que nos peuples, et jusques aux moindres, voire que plusieurs de ceux qui au commencement estoient si eschauiFez qu'ils en estoient devenus aveugles, ont maintenant les yeux très-ouverts, estans devenus sçavans à leurs despens, enseignez de l'expérience, leur maistresse ordinaire! Messieurs, ils sont si las de la guerre, et si mal edi-" fiez des choses qui se passent, que si maintenant le roy de INavarreleur donnoit occasion d'espérer sa conversion, ou davantage si après quelque forme d'instruction il alloit à la messe, peut-estie qu'ils n'attendroient le consentement de nostre sainct père le Pape, ny celuy des chefs de nostre party, pour le recognoistre et poser les armes : par oh vous pouvez juger quel hazard nous courons si nous violons nos loix , fondez sur la persévérance, puis qu'il est au pouvoir de nos adversaires d'apporter ce changement parmy nous quand il leur plaira. Au lieu que du commencement les exemples des mutations qui sont adveniies au faict de la religion en la Germanie, Angleterre et ailleurs, animoient nos peuples à la guerre , ils servent maintenant à les faire craindre et aprehender que si l'on continue à user de rigueur à l'endroit du roy
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de Navarre sur son instruction et reconciliation h l'Eglise, qu'ils sçavent que les catholiques qui l'assistent ont par sa permission demandée et recherchée , il est à craindre que le desespoir ne l'emporte avec eux à joiier de son reste en ceste guerre, et que le succez en soit aussi préjudiciable à nostre religion qu'a esté la resolution prise audit païs de se distraire du tout de l'obéissance du Sainct Siège comme ils ont faict. Pour ceste cause j'eusse bien désiré qu'il eust pieu à Sa Saincteté de recevoir et ouyr celuy que lesdits catholiques avoient pour cet elTect envoyé devers luy; car je crains que le refus qu'elle en a faict non seulement serve de prétexte à nosdits adveisaires pour couvrir leur obstination , mais aussi soit cause d'arrester et lier avec eux plus estroitementque jamais lesdits catholiques indignez d'iceluy, l'attribuant plustost au pouvoir qu'ont à Rome ceux qui craignent la conversion dudit roy de Navarre et sa grandeur, qu'à toute autre considération fondée sur la religion, comme ceux qui cognoissent et croyent certainement, comme je fais de ma part, que laditle conversion eust apporté à ce royaume et à toute la chrestienté un très-grand repos pour la suitte qu'elle eust eue, et que si elle ne fust advenue par la faute dudit Roy, le party catholique en eust aussi tiré un grand advantage : d'autant que plusieurs d'eux eussent estimé avoir lors juste occasion de le quitter, comme je pense certainement (ju'ils eussent faict; car j'en recognois infinis qui ont grand regret delà division des catholiques, et de veoir que leurs armes servent à establir les autres : et s'il advient que la guerre dure, et qu'elle succède mal poui- nous, (juel regret aurons-nous d'avoir perdu
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cette occasion de gaigner lesdits catholiques et nous réunir tous ensemble pour nostre mutuelle conseivation? Pour mon regard, j'estime, messieurs, quoy que nous résolvions et facions, que nos affaires iront tousjours du mal en pis, jusques à ce que les catholiques du royaume soient d'accord et bien réunis à la deffence et manutention de leur religion, comme ils ont esté autresfois; et partant qu'il est nécessaire sur toutes choses de viser et mettre peine d'atteindre à ce but : autrement le party catholique s'affoibliratous les jours à veiie d'œil, comme il a faict depuis nostre desunion. Pour ce faire, il est du tout besoin que nous justiûons tellement nos intentions par nostre présente résolution et nostre conduitte en icelle, que ceux qui sont avec nosdits adversaires n'ayent occasion de croire , comme ils ont faict jusques à présent, que nostre guerre est plustost ambitieuse que religieuse; à quoy peut grandement servir laditte conférence, pourveu qu'elle soit faicte en seureté et dilection vrayement chrestienne, et avec telle patience qu'il convient : chose qui nous est très -difficile d'exécuter durant la tourmente de la guerre, laquelle occupe tellement les esprits des hommes et principallement des grands, sans lesquels on n'y peut rien advancef , que l'on n'y vacquera qu'à demy, et connue par manière d'acijuit, si l'on ne la faict cesser pour quelque temps : et si c'est chose que nous ne puissions obtenir de nosdits adversaires, lesquels jusques à présent certainement s'y sont monstrez très-mal disposez, au moins dilieransàprendie une resolution qui rende les choses irréconciliables, jusques à ce que nous voyons ce (jui reiissira de laditte conférence, et que nous ayons perdu
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toute espérance de nous pouvoir maintenir par autre
voye.
Or, monsieur, nous avons, tous en ceste assemblée les yeux fichez sur vous, tout ainsi qu'ont les mariniers sur leur principal pilote en un passage très-perilleux duquel ils n'espèrent sortir que par son industrie et expérience, en laquelle ils ont toute confiance. Nous desirons autant que jamais de plustost perdre les biens et la vie, que de manquer d'un seul poinct au devoir de vrais chrestiens, pour la defl'ence de nostre religion : c'est le vœu que nous avons faict, dont ne voulons nous desdire pour chose quelconque. Mais nous vous supplions ne permettre que les aveugles nous conduisent, ny que les factieux abusent en cela de nostre zèle et de vostre aulhorité, comme plusieurs eussent desjà faict si ne l'eussiez empesché, dont ils vous regardent encores d'aussi mauvais œil que jamais, quelque contenance qu'ils facent du contraire : au lieu que les gens de bien vous en révèrent et chérissent davantage. INIonsicur, le nomljre de ceux-cy est plus grand et plus puissant qu'il n'a esté, car l'expérience l'a fort accreu : de sorte qu'il vous sera très-facile, vous servant d'eux et les authorisant, de conduire la barque au port que vous jugerez avec eux estxe plus salutaire. Si vous prenez ce conseil, vous comblerez vous et vostre maison de bénédictions : car chacun à bon droict vous donnera la gloire d'avoir aydé à conserver la religion et la France en son entier, et vous devra sa salvation ; vous justifierez d'un tesmoignage irréprochable la mémoire des vostres et toutes vos actions passées et présentes, avec les intentions de tous ceux qui vous ont suivy et servy, lestjuels participeront, ce faisant, à
vostre bon-heur; vous bastirez vostre grandeur et la fortune des vostres sur des fondemens qui, pour estre justes et utiles au public, seront fermes et solides, et partant perdurables. Représentez-vous ce que vous avez avancé et pour vous et pour eux depuis quatre ans : vous trouverez que si le public y a plus perdu que gaigné, vous avez encores moins profité. Qui n'a faict ses affaires mieux que vous? Où sont les citadelles que vous avez basties, comme ont faict d'autres pour maistriser ceux qui les avoient appeliez et receus en leurs villes? Où sont les thresors que vous avez assemblez aux despens du public? Tant s'en faut que vous l'ayez faict, encores qu'il ayt esté en vostie puissance, que vous y avez mis tout ce que vous aviez. Plusieurs ont abusé de vostre bonté, ayant pris argent de vous, lesquels n'ont servy comme ils vous avoient promis. Il est vray: mais doit-on pour cela vous accuser d'avoir mal mesnagé les deniers publics, comme on a osé faire aussi malicieusement qu'indiscrètement? Quel chef de part en une guerre civile n'a esté subject à telles piperies, et quel moyen y a -il de chastier les autheurs d'icelle, lesquels trouvent par tout support, non seulement avec les adversaires , mais aussi parmy les leurs mesmes, desquels il est souvent advenu qu'ils ont esté pratiquez et desbauchez plustost que les autres? Et toutesfois vous seul avez porté et portez encores l'envie et le blasme des fautes d'autruy. Il n'y a partie sur vous ny en vous qui n'ayt esté atteinte de quelque calomnie. Si quelquesfois vous avez voulu régler les affaires et y apporter un ordre, chacun s'y est opposé, comme si vostre interest vous y eust poussé plustost que la considération jmblique; et si depuis,
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forcé de la violence du mal, vous avez voulu couler le temps avec les autres en la confusion qui a tousjours este', qui ne s'en est plaint et ne vous a blasmé quand vous avez cherché les moyens d'advancer et solliciter la présente assemblée comme un souverain remède à tels desordres? L'on a dit que vous voulez traicter avec nosdits adversaires ; et quand au contraire vous avez esté contraint, à cause de la guerre et des dangers des chemins, la retarder, vous avez esté accusé de le faire exprès pour la crainte que vous aviez d'icelle, mesme d'estre privé de la charge qui vous a esté commise , peu de gens ayant voulu considérer combien elle est pesante et onéreuse, ny les incommoditez, périls et fascheries desquels elle a tousjours esté accompagnée. Quels offices n'a-t-on faicts contre vous dedans et dehors le royaume, pour descrier et traverser vos entreprises , mesmes contre nosdits adversaires? De sorte que je ne m'esmerveille pas de ce qu'elles ont si mal succédé, mais de cp qu'il n'en est pis advenu ; car maintenant l'on veut pour vous recompenser de toutes vos peines, perles et mérites, que vous faciez les affaires d'autruy à vos despens et aux nostres. Monsieur, je vous diray en un mot, avec ma liberté ordinaire, que si vous suivez ce chemin, vous y rencontrerez tout le rebours de ce que l'autre vous promet. Vous seriez aussi le premier qui se seroit bien trouvé d'avoir introduit dans son pays un prince plus grand que soy, et par dessus soy. S'il en advient autrement, tousjours vostre grandeur et prospérité sera suspecte à ceux (jui tiendront la leur de vous; et si devant le coup l'on a faict tout ce que l'on a peu pour vous desauthoriser, jusques à tenter de faire un esta-
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blissement sans vous, devez-vous croire qu'après qu'il sera rué, et que vous aurez lasche' la parole, l'on vous respecte davantage? C'est bien ce que l'on vous promet; mais ce seroit contre toute maxime et reigle d'Estat si l'ou l'observoit, quand mesme la guerre dureroit, laquelle vous rend nécessaire. Je parlerois plus clairement et par exemple , si j'estimois qu'il en fust besoin. Monsieur, je ne veux plus vous représenter qu'une chose : c'est que si vous entreprenez de disposer du royaume contre les loix d'iceluy, peut-estre y engagerez -vous pour un temps nos personnes et nos biens, puis que nous vous avons confié la garde et déposition de nos villes. Mais croyez qu'il sera trèsdifficile que nos cœurs s'y assujeclissent jamais, principalement s'il faut que nostre langueur dure après ce saut, comme il y a grande apparence d'estimer qu'elle fera, voire qu'elle augmentera plustost qu'autrement, d'autant qu'il sera en la puissance de nosdits adversaires , si vous ne les battez et affoiblissez grandement, de nous incommoder et couper les vivres : principalement en ceste ville de Paris, contre laquelle, comme contre les autres, il ne faut pas douter que lors ils ne facent du pis qu'ils pourront, par ce que la querelle sera devenue irréconciliable. Lors chacun vous reprochera le malheur commun, se ressouvenant qu'il aura esté en vostre puissance de nous garantir : et mesmes vous en aurez esté requis ; dont vous ne devez point douter qu'il ne vous arrive plusieurs inconveniens très -dangereux. Au moyen de quoy je vous supplie et conseille tout ensemble, comme vostre trèshumble et affectionné serviteur, de justifier au moins tellement vostre conduitte en ceste action et lesolu-
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lion , que vostre honneur y soit conservé, avec la créance que vous avez acquise envers les gens de bien, sans laisser le certain pour l'incertain à l'appétit de gens qui ne se fieront peut-estre jamais en vous, et qui ne se peuvent asseurer et establir en ce royaume que par un gênerai et entier renversement d'icelle. Et neantmoins ne peut advenir que nostre religion ne courre la mesme fortune; dont seront responsables devant Dieu tous ceux qui en une sorte ou en une autre y auront preste' la main.
Cette harangue fut faicte par M. de Villeroy, au mois de may iSgS, pour estre prononcée en l'assemblée des Estats de Paris, oii il avoit esté très-utile : mais les soupçons, broiiilleries et traverses qu'il y trouva l'empescherent de ce faire. Toutesfois, ledit sieur duc de Mayenne l'a veuë, et a de beaucoup servy pour le bien ,. ayant peut-estre esté le moule qui a formé les humeurs et volontez des gens de bien à rechercher le bien et le salut de cet Estât.