‹ Depuis le règne de Phillippe-Auguste, jusqu'au commencement du dix-septième (volume 2)Chapitre 14 sur 20 · A M. DE BELLIEVRE · texte numérisé non relu

A M. DE BELLIEVRE

Du 17 mars iSgG,

Monsieur, si je pouvois par mes responces vous rendre la consolation que je reçois de vos lettres , qui sont pleines d'amitié et de bons enseignements , je vous escrirois souvent, et n'eusse tant tardé de vous remercier de celle du vingt-sixiesme de février, que M. de La Verrière m'a faict tenir ; mais tout me manquant pour ce faire, horsmis la bonne volonté, je m'abstiens de vous importunei-, comme celuy qui n'a pouvoir que de déplorer avec les gens de bien nostre commun malheur, et qui est sans moyen d'y remédier ny de servir ses amis. C'est ce qui m'a faict sortir de la presse, et me retirer en ce lieu, d'où , monsieur, je ne puis vous offrir qu'une entière affection de vous honorer, obeyr et servir en toutes choses , qui ne me faudra ny changera jamais. Je n'approuve non plus que vous tous ces escrits qui ont esté publiez, lesquels ont esté aussi composez sans moy 5 j'ay appris à votre eschole que ce n'est le chemin qu'il faut tenir pour bien faire : ils ne servent qu'à effaroucher le gibier, et

DE VILLEEOY. 4"^^

faire parler le monde. Ceux qui veulent accorder une querelle n'usent de tels manifestes, qui ne servent qu'à aigrir les parties plustost qu'à justifier leur cause. J'en ay dit mon advis où je me suis trouvé ; mais il y en a qu'il faut que l'expérience enseigne, et le pis est que ce sera aux despens du public : à quoy plusieurs innocens pâtiront , et auront part comme les autres. J'ay este des premiers à désirer et peut - estre à proposer ceste conférence des catholiques, comme un moyen très-propre pour faire parler les uns avec les autres à cœur ouvert, et pour arrester le cours à plusieurs desseins extravagans qui sont par tout. Mon intention estoit bonne, et vous diray que, l'ayant communiquée à mon arrivée à Paris, elle fut bien receuë; et toutesfois noslre malheur est tel, que quand elle fut depuis proposée elle fit peur à beaucoup de gens : et neantmoins elle n'a peu estre rejettée, parce qu'un tel refus condamnerpit les autheurs d'iceluy, et chacun craint ce jugement. C'est pourquoy, avec les autres raisons qu'il vous a pieu m'escrire, je serois d'advis qu'on y voulust entendre. Il ne peut mal advenir qu'à ceux qui y procéderont de mauvaise foy et qui n'auront l'intention bonne; elle retardera plusieurs mauvais desseins qui sont sur le bureau : peut-estre qu'elle produira plus de fruict que nous n'espérons. Combien avons nous veu de choses succéder au contraire de l'intention de ceux qui les avoient commencées et acheminées ! Nous sommes en un estât que nous ne devons faire difficulté de traicter toutes sortes de remèdes; car nous sommes comme abandonnez des médecins, et faut considérer quel est le but d'un chacun. Je pense vous avoir escript cy de^^ vant que si j'avois un procez de grande conséquence et

486 MÉMUIKES d'kTAï

})onne cause, je ne nrattendroisauxpoursuittes et productions de ma partie pour en avoir la fin à mon contentement, parce que ce ne seroit son profit d'advancer le mien. Aussi nous en voyons peii qui soient pour se résoudre de quitter leur espérance , quand ils s'y sont laissez emporter, pour joiiir d'un bien qu'ils estiment moindre, encores qu'il soit plus certain que ceux qui ont le plus d'interest à la matière fassent leur devoir, et Dieu leuraydera sans doubte , car il est protecteur de l'équité et de la vérité. C'est ce que j'ay à respondre à vostre lettre dernière. J'ay eu des lettres de M. le cardinal de Gondy par M. de Bussi , mais je remets le tout sur ce qu'il me dira : à quoy il m'a promis de satisfaire au retour de Chartres, où il est allé voir madame sa mère. Je ne puis vous dire combien j'ay esté picqué des traverses qu'a receuës ledit sieur cardinal en son voyage contre les promesses que je ■ lui avois faictes, et ce que j'avois charge de luy dire : dont m'estant plaint vivement, on s'est excusé sur l'indiscrétion de ceux qui ont faict l'olfence. Dieu en sera le juge : mais toutes dissimulations se descouvrirunt avec le temps , aux despens de ceux qui en usent quand elles tendent à mal. Ce i7** mars 1596.

DE VILl.EUOT.

Page 1