‹ Depuis le règne de Phillippe-Auguste, jusqu'au commencement du dix-septième (volume 2)Chapitre 17 sur 20 · SUR LE DUC D'ANGOULÉME · texte numérisé non relu

SUR LE DUC D'ANGOULÉME

ET SUR SES MÉMOIRES

C« H ARLES DE Valois, comte d'Auvcrgne, et depuis duc d'Angoulême, e'toit fils naturel de Charles ix et de Marie Touchet, fille d'un lieutenant particulier au bailliage d'Orle'ans. Il naquit le 28 avril 1578, dans le château de Fayet en Dauphiné, oii sa mère s'étoit retirée. Il e'toit à peine âgé d'un an lorsqu'il perdit son père, qui le fit recommander de la manière la plus tendre à Henri m son successeur. Ce monarque prit un soin particulier de son éducation, et eut pour lui des bontés qui ne s'effacèrent jamais de sa mémoire. En i586, Henri duc d'Angoulême, grand prieur de France, fils naturel de Henri 11, étant mort, son duché fiit donné à Diane de Valois sa sœur, etle grand prieuré échut au jeune Charles : dignité dont il se démit en 1591, lorsqu'il épousa Charlotte de Montmorency. La duchesse d'Angoulême, femme d'un mérite distingué, prit dès-lors le plus vif intérêt à son neveu : elle lui assura sa succession, et lui rendit par la suite les plus 44. 3i

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iaiportans services. Trois ans après, il dut de nouvelles dignités et de grands apanages à l'intérêt dont l'honoroit Henri m. Il fut fait colonel -général de l'infanterie ; et Catherine de Médicis lui légua les comtés de Lauraguais et d'Auvergne qu'elle avoit autrefois assurés en dot à sa fdle Marguerite de Valois, dont elle avoit a se plaindre. Charles prit dès ce moment le titre de comte d'Auvergne.

Quelques mois s'étoient à peine écoulés, lorsqu'il fut témoin de la mort du monarque auquel il devoit tant de reconnoissance [2 août iBSg]. Il ne le quitta point dans ses derniers momens, lui prodigua les plus tendres soins; et Henri m, avant d'expirer, conjura Henri iv de prendre intérêt à cet unique rejeton de l'infortuné Charles ix.

Le comte d'Auvergne avoit alors seize ans. Il montra d'abord le plus grand dévouement pour le nouveau roi; et, l'ayant suivi à Dieppe, il se distingua dans les combats d'Arqués. Mais bientôt quelques légers mécontentemens refroidirent son zèle : il entra dans les intrigues du tiers-parti; et lorsqu' Amiens fut surpris par les Espagnols, il ne répondit pas à l'appel que fit Henri IV à la noblesse française.

L'ambition de la famille de sa mère l'entraîna par la suite à de bien plus grandes fautes. Cette femme avoit épousé François de Balzac, marquis d'Entragues, el elle en avoit eu une fille nommée Henriette, qui,

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tïouée des charmes les plus séduisans , avoit inspiré à Henri iv une passion tellement forte qu'il eut la foiblesse de lui faire une promesse de mariage. Henriette, connue alors sous le nom de marquise de Verneuil, se crut de'jà reine de France ; sa famille et le comte d'Auvergne partagèrent ses folles espe'rances ; et il n'est pas besoin de dire qu'ils conçurent le plus violent de'pit lorsqu'ils virent le monarque donner sa main à Marie de Me'dicis [1600] : engagement qui ne put cependant étouffer son penchant pour la marquise.

Le comte d'Auvergne se lia aussitôt avec le maréchal de Biron et le duc de Bouillon, chefs des mécontens : il entama des correspondances avec les ennemis de l'Etat, essaya de faire soulever les peuples de la Guyenne et du Poitou, et fit une tentative pour surprendre la ville de Saint - Flour. Ses menées furent bientôt connues de Henri iv, qui le fit arrêter à Fontainebleau , en même temps que le maréchal de Biron [1602]. Cependant les sollicitations pressantes de la duchesse d'Angoulême sa tante, qui avoit rendu autrefois de grands services à Henri iv, et l'inclination que ce prince conservoit toujours pour la marquise de Verneuil, préservèrent le comte du sort qu'il avoit mérité. Il en fut quitte pour quelques mois de détention à la Bastille.

Il se seroit peut-être tenu tranquille, si un désagrément qu'il éprouva en i6"o4 n'eut ranimé toute son

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animosité contre le Roi. Marguerite de Valois, première femme de ce monarque, lui intenta un procès pour recouvrer les comtés de Lauraguais et d'Auvergne, dont elle prétendoit avoir été' injustement dépouillée par le testament de Catherine de Médicis. Elle le gagna; et le comte d'Auvergne, qui ne cessa pas cependant de conserver ce titre, se vit privé de ses plus riches possessions. Il quitta la cour, se retira en Auvergne , et fit un traité avec le roi d'Espagne. Instruit que cette trame étoit découverte, et n'ayant pas encore pris ses mesures , il vint se jeter aux pieds de Henri iv, qui lui pardonna.

Cette indulgence, qu'il avoit peu méritée, ne le toucha point. Il continua ses relations avec l'étranger : on voulut l'arrêter, il s'échappa; et, confiné de nouveau en Auvergne où il avoit beaucoup de partisans, il y mena pendant quelques mois la vie d'un chef de rebelles. Ayant choisi pour retraite le château de Vie, situé au milieu des bois, il n'y recevoit que ses afiidés, se déroboit à toutes les recherches, et se défioit même de sa maîtresse, madame de Château-Gay , qu'il ne voyoit jamais deux fois de suite dans le même lieu.

Henri iv avoit chargé le trésorier Murât, ennemi personnel du prince , de le surprendre. Cet émissaire fit pendant long-temps de vaines tentatives : enfin il se présenta une occasion, dont il s'empressa de profiter. La compagnie des chevau- légers du duc de Vendôme

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devoit passer dans le voisinage de Vie; et il fit insinuer au comte qu'il devoit en faire la revue, comme colonel- général de l'infanterie. Le prince, croyant avoir des amis dans ce corps, se laissa entraîner par un mouvement de vanité : il crut pouvoir braver le Roi, en se présentant hardiment devant ses troupes. Il se fîoit d'ailleurs à l'extrême agilité de son cheval, et se promettoit bien de ne passer la revue qu'en rase campagne. Mais toutes les précautions qu'il avoit prises furent inutiles. Lorsqu'il parut devant la compagnie, Nérestan, l'un des officiers, sortit des rangs, et alla le saluer, accompagné de quatre soldats déguisés en laquais. Pendant qu'il recevoit sans défiance les complimens d'usage, les soldats se précipitèrent sur lui, l'enlevèrent de son cheval, et le firent prisonnier. On le conduisit ensuite à la Bastille, où il fut enfermé dans la chambre du maréchal de Biron qui avoit péii sur l'échafaud : triste présage dont il fut vivement fiappé. Le marquis d'Entragues et la marquise de Verneuil, qu'on regardoit comme ses complices, furent arrêtés en même temps [i6o4].

L'année suivante , les accusés furent renvoyés devant le parlement de Paris, qui condamna à mort le comte d'Auvergne, ainsi que son beau -père, et qui ordonna que la marquise seroit détenue pendant toute sa vie dans un couvent. Cet arrêt ne fut pas exécuté. La duchesse d'Angoulême, protectrice constante du

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comte d'xVuvergne, implora la clémence du Roi, et le conjura d'épargner le sang de Charles ix. «Le vôtre, « lui dit-elle, ne sera pas plus épargné que celui de « vos prédécesseurs , si par votre exemple vous au- « torisez à le verser. » Henri iv, touché par ces représentations , et d'ailleurs foiblement guéri de sa passion pour madame de Verneuil, lit grâce à cette dernière, commua la peine de d'Entragues en un exil dans ses terres, et celle du comte d'Auvergne, qui lui paroissoit le plus coupable , en une prison perpétuelle.

Le comte resta onze ans à la Bastille, où il eut le temps de réfléchir sur les fautes énormes qu'il avoit commises. Le maréchal d'Ancre l'en fit sortir en 1616, quelque temps avant l'arrestation du prince de Condé. Espérant s'attacher un homme aussi audacieux, il lui fit donner le gouvernement de Paris, et un commandement supérieur dans l'armée. Le comte, âgé alors de quarante-trois ans, et parfaitement corrigé des passions qui avoient pensé le conduire à l'échafaud, tint une conduite entièrement opposée à celle qu'on avoit eu autrefois à lui reprocher. Il fut toujours soumis aux ministres de Louis xiii; et, par les services qu'il rendit, il trouva le moyen de rétablir sa réputation et sa fortune. En 16 19, il obtint le duché d'Angoulêrae que lui avoit légué sa tante, morte dix ans auparavant; et ce fut sous ce titre qu'il fut chargé l'année suivante

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d'une mission importante près de l'empereur Ferdinand II.

Le nouveau duc s'attacha sincèrement à Richelieu, qui prit les rênes de l'Etat quelques anne'es après; et il reçut de ce grand -ministre des marques de la plus haute confiance. Lorsqu'on entreprit le fameux siège de La Rochelle [1627], le Roi e'tant tombé malade, il fut chargé du commandement de l'armée jusqu'au rétablissement du monarque ; et dans les années suivantes il prit une part glorieuse à presque tous les grands événemens militaires.

Au commencement de la régence d'Anne d'Autriche , il résolut de se retirer entièrement des affaires, et il épousa en secondes noces Françoise de Nargonne, fille du baron de Mareuil [i644]- 11 "^ se mêla dans aucune des intrigues qu'on tramoit contre Mazarin ; et il mourut pendant la guerre de la Fronde, en i65o, à l'âge de soixante-dix-sept ans. Sa veuve, qui étoit encore jeune, vécut jusqu'en 17 i5 : de 8orte que le jeune Louis xv put voir la bru de l'avantdernier des Valois , qui étoit mort cent quarante et un ans auparavant.

Les Mémoires du duc d'Angoulême se distinguent par une correction et une élégance qui montrent les progrès qu'avoit faits la langue française sous le règne de Louis xm. Il résulte d'un passage de ces Mémoires que l'auteur les composa en 1647, ^^'^is ans avant sa

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mort. Ils contiennent un récit touchant des derniers momens de Henri m, et des de'tails étendus sur les combats d'Arqués. Cet ouvrage fut publié pour la première fois en 1667 , par Jacques Bineau , dans un volume in- 12 (Paris, Barbin), intitulé Mémoires trèsparticuliers pour servir a l'histoire d'Henry m et d'Henry IF ; il fait aussi partie des Mémoires particuliers pour servir à l'histoire de France ; Paris, Didot, 1756, 4 vol. in- 12 ; et le marquis d'Aubais l'a inséré en 1759 dans son recueil des Pièces fugitives , dont nous avons déjà eu occasion de parler. La réputation de ce dernier ouvrage nous disposa d'abord à en adopter le texte : mais un examen approfondi nous ayant fait connoître qu'il étoit tronqué et incorrect, nous avons cru devoir nous conformer à celui de 1667, qui mérite toule confiance.

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