‹ Depuis le règne de Phillippe-Auguste, jusqu'au commencement du dix-septième (volume 2)Chapitre 6 sur 20 · A M. DE BELLIEVRE · texte numérisé non relu

A M. DE BELLIEVRE

Monsieur , je vous envoyé le Mémoire que vous m'avez demandé ; il contient les causes qui me contraignirent du temps du feu Roy (2) , que Dieu absolve, de me sauver à Paris et me joindre à M. le duo de Mayenne, lequel je fis deslors plus pour moymesme que pour le communiquer à personne, ny servir à ma justification : car encores que la nature nous excuse, voire que la loy nous permette de défendre nostre vie avec impunité, toutesfois, comme tout homme de bien doit estre moins soigneux d'icelle que de son honneur, et que je sçay que le commun, lequel s'arreste plus à ce qui apparoist qu'à ce qui est, fait souvent tel jugement de nostre devoir et mérite, qui est le contentement que nos supérieurs mons-

(0 A M. de Relliei're. Pomponne de Bellièvre, surintendaut des Hnauces , avoit été renvoyé du ministère en même temps que Villeroy. Sous Henri iv , il succéda à Cheverny dans la cliart;e de chancelier.

(") Du feu Roy . de Henri m, assassiné à Saiul-Cloud le i" aoùl

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tient avoir de nous, j'ay depuis ceste action tousjours désiré l'amender plustost en bien faisant au public, que la justifier ou l'excuser par la publication dudit Mémoire, lequel encore je ne vous présente maintenant que pour vous obeyr et satisfaire à nostre commune amitié, laquelle, comme elle a esté fondée sur la cognoissance que nous avons de nos deportemens au service de nostre Roy, le garantira, s'il vous plaist, en vostre endroit du soupçon auquel il pourroit tomljer envers un autre qui ne m'auroit esprouvé comme vous, qu'il fust accompagné d'artifice ou déguisement; car c'est un péril, comme vous sçavez, qui suit l'adversité autant et plus que l'envie faict la félicité, lequel aussi un malheureux doit fuir tant qu'il peut : je dis aussi parce qu'il est impossible qu'il s'en garantisse entièrement, tant est grande la malice des hommes, et sont nos fins et opinions diverses. De sorte que souvent il nous advient que, nous voulant purger d'une chose par une autre, comme nous donnons nouvelle matière de parler de nous, nous empirons nostre marché au lieu de l'amender, spécialement quand ce que nous entreprenons et faisons ne plaist à un chacun, ou ne nous succède heureusement, mesmes au-gré de nos maistres, d'autant que leur opinion ou jugement, soit par authorité ou flaLerie, a communément plus de vogue et créance que la vérité : chose que je puis dire avoir esprouvée depuis ma disgrâce, en la continuelle poursuitte que j'ay faict de la pacification de nos misérables troubles ; car eticores fjue j'y aye procédé avec toute l'aiicclion , sincérité et candeur qu'un homme qui craint Dieu et ayme son pays peut faire, neantmoins, soit que mon entreprise aye desj)leu à

quelques uns, ou qu'elle n'aye eu bonne yssuë, j'en ay souvent et long temps este' hay et blasme' de part et d'autre, jusques à m'avoir taxe' d'ingratitude envers ma patrie, par un escrit compose' et publié par un personnage qui me cognoissoit très-mal, encore qu'il fust mon voisin et m'eust quelque obligation. C'est pourquoy, monsieur, j'ay estime' qu'ayant à vous contenter du premier escrit, j'y devois encore joindre ce second, par lequel je prétends vous rendre compte de toute ceste poursuittej car je confesse m'y estre embarqué, après les considérations publiques, exprès pour effacer l'opinion qu'aucuns avoient conceuë et publiée de ma retraitte auprès duditduc, et pour contenter mes amis et moy mesme : au moyen dequoy je vous supplie prendre la peine de le lire après l'autre. Il est véritable, comme je puis facilement prouver par escrit ou bons tesmoins. Si je voulois aussi mentir, ce ne seroit en choses qui ont esté si publiques, et dont la mémoire est si récente, ny en parlant à vous, estant si clair-voyant et vous honorant plus que tout autre.

Monsieur, je commenceray donc pour vous faire entendre chose que vous avez peut estre expérimentée comme moy : c'est qu'en mon adversité j'ay certainement trouvé et receu plus d'assistance de ceux a usquels j'avois moins faict de plaisir et service en prospérité, que des autres, soit que l'envie de ceux qui nous approchent et cognoissent le plus soit communément plus grande que celle des autres , ou qu'ils estiment avoir plus grande occasion de craindre de se faire préjudice en parlant pour leur amy, que ne doivent avoir ceux qui nous sont moins tenus ; ou bien qu'il y ait véritablement des personnes qui ayent

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l'aine, au prix des autres, si banne et généreuse qu'ils s'estudient à bien faire à quiconque en a besoin, comme il a pieu au Roy qui est à présent, et à feu M. de Chastillon, en user en mon endroit, lors qu'estant le feu Roy arrivé à Estampes, venant devers Paris après la bataille de Senlis, ils supplièrent Sa Majesté, à la poursuitte de Bigot, qui sert maintenant de secrétaire à M. de Guise, de me permettre de demeurer en seureté dans ma maison , comme j'en avois envoyé charge audit Bigot de l'asseurer que je ferois avec mon père et mon fils si elle l'avoit agréable , et nous y vouloit protéger contre ceux qui disoient avoir conjuré nostre ruine et celle de nostre maison : enquoy toutesfois ils furent esconduits. De sorte que nous fusmes contraincts, après la prinse du pont de Poissy (car nous estions à Alincour), de nous retirer tous à Paris auprès du duc de Mayenne, où peu de jours après survint la nouvelle de la mort du feu Roy, à la suitte duquel ledit Bigot estoit demeuré, dont se resouvenant le sieur de Chastillon, il l'envoya quérir et le fit parler à Sa Majesté ('), laquelle luy commanda de me voir et me venir trouver avec une lettre de sa main pour me dire qu'elle desiroit parler à moy : partant, que j'eusse le lendemain à me rendre dedans le parc de Boulongne, oii elle se trouveroit (car l'armée de Sa Majesté estoit encores à Sainct Cloud), disant qu'elle se vouloit servir de moy pour faire la paix, à laquelle elle estoit très-disposée ; et de faire pour y parvenir tout ce qui y seroit jugé raisonnable et utile, mesmo de contenter M. de Mayenne.

Je fus très-ayse de ceste ouverture, de laquelle j'ad-

(») A Sa Majcilc : ii Henri 1 v, qui vcuoil tic succcdcr à Henri m.

DE VILLEROY. [iSSp] IsS

vertis le jour mesnie ledit duc de Mayenne, le priant me permettre de voir Sa Majesté' afin d'entendre plus particulièrement son intention j mais il me refusa , disant que chacun entreroit en ombrage de ceste mienne veuë, et qu'elle ne pourroit estre si secrette qu'elle ne fust sceuë, et partant luy seroit préjudiciable, toutes choses estans encores si esraeuës comme elles estoient à cause de la mort du feu Roy, laquelle il esperoit apporter un grand changement aux affaires en sa faveur, pour estre Sa Majesté de contraire religion. De faict il eut opinion qu'elle desiroit parler à moy plus pour faire cognoistre aux catholiques de son armée vouloir traicter, et par ce moyen les garder de se desbander, que pour envie qu'elle eust de faire autre chose. De sorte qu'il me fut permis seulement faire sçavoir a Sa Majesté, par ledit Bigot, que s'il luy plaisoit envoyer quelqu'un des siens vers moy jusques en ceste ville de Paris, je le recevroi^, et mettrois peine d'obeyr à ce qu'il me manderoit : adjoustant que ledit duc m'avoit dit qu'il n'avoit aucune querelle particulière avec Sadite Majesté, laquelle il honoroit grandement, et d'autant plus qu'il avoit sceu qu'elle n'avoit approuvé la mort de messieurs ses frères.

Sur ce estant party, ledit Bigot ramena deux jours après le sieur de La Marsilliere, secrétaire de Sa Majesté, que je receus en ma maison. Mais ledit duc ne voulut jamais parler a luy comme je desirois qu'il fist, d'autant qu'il avoit expiresse charge de l'asseurer de la bonne volonté de Sa Majesté à la paix, luy représenter combien elle estoit nécessaire, que Sa Majesté estimoit qu'il ne tiendroit à luy qu'il n'eust très-bonne part auprès d'elle, luy remonstrant aussi que tous le;*

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princes et officiers de la couronne, seigneurs, gentilshommes et autres, outre ce qu'ils s'estoient trouvez en grand nombre en l'arme'e du feu Roy à sa mort, avoient desja promis et juré à Sa Majesté toute loyauté et obeyssance, estant demeurez contens d'elle pour le faict de la religion , moyennant une promesse qui leur avoit esté faicte, de laquelle il me dit la subs-t tance, et dont il m'en envoya depuis le double, que nous n'avions encores veu; adjoustant que si les choses se pouvoient accommoder, l'on pourroit donner aussi moyen d'adoucir les esprits desdils catholiques, lesquels ils disoient grandement estre irritez contre la personne dudit duc à cause de la mort du feu Roy leur seigneur souverain, laquelle ils luy imputoient, et dont ils avoient tous protesté de poursuivre la vengeance et punition jusques au bout : en quoy Sa Majesté s'estoit aussi engagée si avant avec eux , qu'elle ne s'en pouvoit dej^artir que pour une utilité telle que pouvoit estre la pacification du royaume, laquelle pourtant Sa Majesté desiroit que ledit duc voulut embrasser, afin d'avoir occasion d'oublier le passé, le traicter et vivre avec luy cy après comme sa qualité le requeroit: ce que, au deffaut dudit sieur de La Marsilliere, je fis entendre audit duc. Mais il me donna charge de luy respondre que sa religion et le respect qu'il portoit à M. le cardinal de Bourbon, lequel il avoit recogneu pour son roy, comme celuy à qui de droit la couronne appai tenoit, ne luy permettoit d'entendre à ccste ouverture ; que si messieurs ses lieres avoient pris les armes du temps du feu Roy, comme il disoit qu'ils avoient faict, exprès pour empescher que le sceptre françois tombast entre les mains d'un prince

de contraire religion, dont le royaume avoifc esté menacé par la mort de feu M. le duc d'Alençon : à présent que l'occasion de s'y opposer estoit plus urgente et nécessaire que jamais, il ne vouloit faire ce tort à la mémoire de sesdits frères, à sa conscience, ny à la fidélité qu'il devoit audit sieur cardinal, d'y manquer, joint qu'il avoit engagé sa foy et donné sa vie à la cause publique par le serment qu'il avoit faict recevant la charge dont il avoit esté honoré. De sorte qu'encore qu'il eut un très -grand désir d'abréger la guerre pour obvier aux maux qu'il prevoyoit qu'elle apporleroit, toutesfois c'estoit chose qu'il ne pouvoit entreprendre seul, et sur tout que ledit sieur cardinal ne fust libre, afin de s'y conduire par son commandement; que si la mort du feu Roy luy avoit acquis tant d'ennemis, comme disoit ledit sieur de La Marsilliere, elle luy avoit d'ailleurs apporté une telle consolation du sang de ses frères qu'il en porteroit plus patiemment toutes sortes de périls; partant, qu'il avoit plus à loiier Dieu que de se mettre en peine de ce qui estoit advenu ; qu'il ne vouloit entreprendre de donner conseil à Sa Majesté, ayant les armes en main contre elle ; mais qu'elle devoit considérer que difïicillement il les pouvoit poser et entendre à aucune négociation, tant que ledit sieur cardinal seroit prisonnier, et qu'elle persevereroit en sa religion.

Ledit sieur de La Marsilliere, comme très-advisé et affectionné serviteur de Sa Majesté, me répliqua plusieurs raisons, principalement sur la recognoissance et liberté dudit seigneur cardinal , et la religion de Saditte Majesté, lesquelles, avec tout ce qui se passa entre luy et moy, je ne vous representeray, d'autant que ledit

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duc de Mayenne voulut que les choses demeurassent aux termes susdits. Toutesfois Sa Majesté, ayant ouy ledit sieur de La Marsilliere, eut opinion qu'on ne luy avoit parlé librement à cause de sa religion. De sorte que ledit Bigot me fut encores renvoyé avec un trompette de Sa Majesté, et une lettre de M. de Liencour, premier escuyer, par laquelle il me mandoit qu'il estoit nécessaire qu'il parlast à moy pour chose (|ui importoit grandement, laquelle il ne me pouvoit escrire ny faire sçavoir par un autre; partant, il me convioit d'aller jusques à Liencour. Le Roy estoit lors du costé de Clermont en Beauvoisis, où il se trouveroit aussi-tost que moy, moyennant ledit trompette et un passeport pour ma seureté. Ledit Bigot me dit que ceste recherche procedoit encores du commandement de Sa Majesté, laquelle , depuis le retour dudit Marsilliere, avoit monstre avoir plus grande envie de parler à moy que devant, dont j'advertis ledit duc, le suppliant très-instamment me permettre ce voyage : toutesfois je ne le peux oncques vaincre, ny l'entreprendre sans sa permission, estant là où j'estois, et mon fils quasi désespéré et desploré de l'arquebusade qu'il avoit receu au siège de Pontoise (0. De façon que je fus contrainct de m'excuser derechef envers Sa Majesté. Et par ce que je voyois que ledit duc faisoit estât de partir de Paris, et s'approcher de Saditte Majesté, j'cscrivey audit sieur de Liencour que j'estimois que nous serions bien-tost si près les uns des autres, (jue je pourrois alors avoir congé et moyen de le voir

'.') Au siene Je Pontoise. n'Alincoiirl, fils de Villeroy , avoit voulu tléfcntlre la ville de Pontoise contre les troupes royales, qui la prirent tPassaul.

dont j'avois très-grand désir, et de mériter en le servant le soin qu'il monstroit avoir de moy.

M. le président Janin estoit nouvellement arrivé à Paris venant de Lorraine , lequel avoit veu le commandeur Moreau (0 qui revenoit d'Espagne, et avoit rapporté audit duc qu'il devoit estre bien-tost secouru de grandes forces levées en Allemagne, Suisse, aux Pays-Bas et en Lorraine, et de grande somme de deniers du costé d'Espagne 5 partant, que rien ne luy manqueroit. Ce qui avoit tellement enflé les espérances dudit duc qu'il me pria de faire qu'on ne m'envoyast plus de messagers de la part de Sa Majesté, d'autant que plusieurs comraençoient à en murmurer, et mesme dom Bernardin de Mendoze , ambassadeur du roy d'Espagne, lequel avoit eu le vent du voyage dudit sieur de La Marsilliere et de l'arrivée dudit trompette. Deslors je cogneus que ledit duc n'avoit pas grande envie de la paix.

Davantage, ledit dom Bernardin de Mendoze, estimant que je pouvois estre instrument fort propre pour servir aux desseins de son P\oy, me les descouvroit et communiqua deslors plus clairement qu'il n'avoit encore faict audit duc ny à autre, avec dessein de m'y engager-, mais comme ils tendoient à usurper le royaume, j'en demeuray si scandalisé que, l'aj^ant faict entendre audit duc, je le suppliay, en la présence dudit sieur Janin, de me donner congé de me retirer en ma maison, s'il ne s'y vouloit opposer : luy déclarant que je ne voulois avoir part en une entreprise si injuste et si impossible qu'estoit celle dudit Roy, laquelle des-

(ï) Le commandeur Moreau : don Juan de Moreo, l'un des envoyés de Philippe ii.

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honnoreroit tous ceux qui s'en mesleroient, et seroit cause de destruiie la religion et le royaume ; adjoustant que puis que le Roy avoit tel dessein , il ne devoit aussi espérer de faire fortune par son moyen, et qu'il acquerreroit plus de gloire, de grandeur et de contentement en aydant au repos du royaume sous l'obeyssance d'un prince françois , qu'il ne feroit en favorisant un dessein estranger, lequel luy feroit en fin perdre la réputation et ses amis, et peut estre les biens et la vie.

M. de Lorraine s'estoit nouvellement saisi de Verdun, et voyant que chacun aspiroit à l'usurpation ou séparation du royaume : ce qui augmentoit mon despit et mescontentement avec ma plainte; ettoutesfois ledit duc m'asseura par serment qu'il ne consentiroit jamais ny à l'un ny à l'autre, et au reste qu'il sçavoit mieux que ledit dom Bernardin que ledit roy d'Kspagne n'avoit autre intention que de voir régner en ce royaume un catholique de l'amitié duquel il péust estre asseuré, comme ledit président Janin luy avoit rapporté, et que luy avoit confirmé ledit Moreau. Surquoy il o])tint de moy que je ne cesserois que je n'eusse veu ledit Moreau , et sceu de luy la vérité du dessein de son Roy; auquel je condescendis plus volontiers, d'autant que j'esperois, l'accompagnant au voyage qu'il vouloit faire, de voir par ce moyen ledit sieur de Liencour comme je luy avois esCrit.

J'avois neantmoins sceu que Sa Majesté avoit esté mal salisfaicte de la response que je luy avois faicte, et qu'aucuns m'avoient pour cela depeinct pour un bon Espagnol, ennemy du bien et repos de la France, et en particulier de la personne de Sa Majesté; à quoy

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avoit servy à la persuader l'opinion qu'on luy en avoit autrefois donnée, avec ce que le feu Roy luy en avoit dit à leur reconciliation, comme j'ay depuis apris d'elle mesme, et sur tout le compte qu'elle avoit descouvert par des lettres interceptes que ledit dom Bernardin faisoit de moy à son maislre.

Après la mort du feu Roy ledit duc fut conseillé et sollicité d'aucuns de se faire eslire et déclarer roy de France par les catholiques ausquels il commandoit, luy remonstrant qu'il ne devoit perdre ceste occasion de remettre en sa maison la couronne qui en avoit esté ostée, estant desja recogneu et obey des principalles villes du royaume et d'un grand nombre de noblesse comme il estoit, et ayant à faire à un prince de contraire religion, auquel la succession pouvoit eslre justement debatuë, lequel ne seroit jamais bien obey ny aymé des catholiques du royaume. Que si à ce commencement ceux qui avoient servy le feu Roy faisoient contenance de le suivre, c'estoit à cause du regret qu'ils avoient encores tout récent de sa mort, plustost que pour affection ou inclination qu'ils y eussent. Mais comme les catholiques et huguenots estoient incompatibles, ils n'auroient gueres vescu ensemble, que la mémoire des haynes et injures passées durant nos guerres se renouvelleroit, laquelle leur feroit bientost oublier ceste passion ; que le principal estoit que lors ils trouvassent une royauté formée et establie à laquelle ils peussent avoir recours, d'autant que les François estoient tous accoustumés à la monarchie, que tous autres gouvernemens leurs estoient odieux, et qu'on ne les contentoit pas leur donnant pour roy M. le cardinal de Bourbon, Comme aucuns propo-

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soient, à cause qu'il estoit prisonnier et ecclésiastique^ et qu'ils vouloient jouyr de leur loy qui fust belliqueux et allast à la guerre comme eux, et non en servir un par imagination , qui ne peust voir leurs actions, les recognoistre, ny leur bien faire. Que ledict duc seroit accusé de faute de courage s'il mesprisoit ceste occasion; qu'il n'y avoit que les simples et pusillanimes qui attribuoient ce refus à bonté et équité, pour estre ceste entreprise digne d'un cœur généreux, tant pour le mérite de la chose que de la commodité qu'il avoit d'y parvenir. C'estoit faire les affaires du roy de Navarre que de recognoistre ledit sieur cardinal son oncle, car c'estoit en fin confesser la couronne appartenir à la maison de Bourbon : ce que toutesfois l'on pouvoit debatre; que de s'amuser à défendre le droict de l'oncle contre le nepveu, c'estoit un subject bien fragile , à cause de l'aage et de la personne dudit cardinal qui estoit au pouvoir du nepveu; qu'advenant sa mort il ne restoit plus que le prétexte et titre de la religion contre le Roy, lequel cesseroit quand il voudroit aller à la messe, comme il ne falloit point doubter qu'il ne fist en fin si autrement il ne pouvoit faire ses affaires; qu'aussi bien diroit-on que ledit duc avoit mis ledit cardinal en jeu exprès pour sous son nom couvrir son ambition , et peut estre advancer ses jours : car peu de gens croioient qu'il l'eust fait par affection ny justice , ce pauvre prince tenu prisonnier estant demy mort au monde, et la justice peu considérable quand il estoit question de rogner; de sorte qu'en suivant tel chemin il ne seroit exempt de calomnie et de blasme, et si perdroit sa part d'une très-belle et glorieuse fortune, laquelle il ne recou-

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viiroit jamais 5 car, quand bien ledit sieur cardinal mourroit et que ledit Roy persisteroit en sa religion, il resteroit tous] ours d'autres princes de sa mesme maison faisans profession de la religion catholique, ausquels ledit duc seroit d'autant plus obligé de conserver leur droit par ces mesmes raisons qu'on luy representoit pour ledit sieur cardinal qui auroit promis faire souche en sa personne : et si pourroit avenir, quant lors il y voudroit avoir esgard, qu'il n'auroit le jeu si beau qu'il avoit maintenant, à cause de la diversité de la religion du Roy, et mesme de la prison de M. de Guise son nepveu, qui pourroit avec le temps estre délivré, et après liiy envier ceste grandeur. Qu'il ne falloit douter qu'il ne fust assisté du Pape et du roy d'Espagne après ce coup; car, comme il seroit sans remède, ils seroient tousjours plus ayses de le favoriser que d'acquiescer au roy de Navarre, estant, pour sa religion et pour la dispute du royaume de Navarre, ennemy irréconciliable de l'un et de l'autre. Qu'estant aulhorisé de Sa Saincteté et secouru dudit roy d'Espagne, tout luy devoit estre possible; car il acquerroit un grand honneur d'espouser ceste entreprise, travailler et mourir pour icelle comme avoient faict ses prédécesseurs. Qu'il poursuivist donc sa fortime courageusement sans varier, quoy qu'il en peust arriver; car tels desseins vouloient une ame forte et constante, tel qu'il s'estoit monstre depuis la mort de messieurs ses frères, dont Dieu luy offroit et livroit maintenant le loyer, qu'il ne pouvoit mespriser sans faire tort à la mémoire des siens et pareillement à ses enfans. Que quand messieurs les ducs de Lorraine et de Savoye n'approuveroient du commencement ceste

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resolution , il luy seroit facile après la leur faire trouver bonne : qu'au pis aller il en seroit quitte pour leur faire part de sa bonne fortune. Aussi seroit-il difficille qu'il mengeast seul ce morceau , non plus qu'avoient faict ceux qui avoient autresfois tenu ce chemin , lesquels n'avoient rien espargné ny refusé pour y parvenir. Que c'estoit le principal aussi d'entrer en jeu et avoir part au liazard, non comme procureur ou lieutenant d'un autre, ainsi que l'on le vouloit rendre, mais comme partie intéressée et pour telle recogneuej car le temps acheveroit après le demeurant, s'il s'en rendoit digne devant Dieu et les hommes. Que si maintenant il recognoissoit ne pouvoir ny devoir aspirer à ce grade, au moins devoit-il rompre et empescher la recognoissance dudit cardinal de Bourbon, d'autant que par icelle non seulement il privoit luy et toute sa maison de toute ceste fortune, mais aussi s'ostoit le moyen d'en pouvoir à l'ad venir disposer en faveur d'un autre prince que de la maison de Bourbon, laquelle estoit ennemie de la sienne.

A ce conseil , qui estoit assez chatoiiilleux , ceux qui y vouloient contredire n'emploierent pour toute raison que l'impossibilité ; car, monsieur, comme vous sçavez, en telles matières celles qui sont fondées sur l'équité ont ordinairement peu de crédit : l'honneur et la justice y suivent l'utilité, sinon devant Dieu, au moins devant les hommes. Ledit duc avoit desja perdu partie de la bonne opinion que du commencement l'on avoit eue de luy, autant peut-estre par la faute d'autruy que par la sienne; tant y a que son malheur estoit tel : car ces peuples qui s'estoient persuadés en prenant les armes que personne ne leur

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pourioit résister, ayans depuis esprouvé le contraire, et nagueres veu ledit duc réduit aux abois avec eux en la ville de Paris , s'en prenoient à luy; de façon qu'on ne luy portoit raffection et obeyssance que l'on souloit faire. Partant, soit que lesdits peuples fussent desja pratiquez, ou qu'ils en parlassent par expérience ou jugement, ils disoient sur cette occasion assez communément et ouvertement qu'il n'estoit puissant assez pour conserver la religion et soustenir ceste guerre. Sur cela aucuns vouloient que l'on esleust le roy d'Espagne, et que l'on se jettast du tout entre ses brasj les autres, que l'on prinst M. le duc de Lorraine, ou l'un de messieurs ses enfans, comme chef de la maison, se persuadans que ledit roy d'Espagne l'approuveroit, et mesme y engageroit sa fille. Aucuns proposoient encores M. le duc de Savoy e comme issu d'une fille de France, desja allié et supporté de la couronne d'Espagne, prince courageux, voisin du royaume et puissant; mais la plus grande et saine partie jetloyent les yeux sur M. le cardinal de Bourbon , auquel l'on disoit que la couronne appartenoit de droit pour en estre plus proche d'un degré que son nepveu ; qu'il avoit esté ainsi jugé par les Estats et parlemens du royaume; que c'est un grand advantage que de combattre et souffrir pour une bonne et juste querelle. Davantage, que ledit cardinal estoit prince et catholique, et avoit esté chef de party, comme tel avoit beaucoup souffert, dont il estoit encore prisonnier; que l'on estimoit qu'il estoit facile de le recouvrer par pratiques ou par force; qu'il seroit cause de rallier tous les catholiques ensemble : qui estoit le moyen de destruire bien tost les huguenots, sans estre contrainct de mendier l'as-

sistance des estrangers, laquelle ne nous seroit donnée pour néant. Peu certes inclinoient audit duc de Mayenne, à cause de sa foiblesse et du peu de contentement que l'on avoit de luy et de ceux qui manioieiit les affaires auprès de luy : seulement aucuns de ses domestiques, ou de leurs parens et amis, en petit nombre, parloientpour luy; et comme il ne pouvoit se faire eslire que par le parlement ou par le conseil gênerai de l'union qui n'estoit lors en sa force, ou le corps des villes, combien que telles compagnies fussent remplies de personnes de différentes humeurs et opinions, non encores bien pratiquez, instruicts ny résolus de ce qu'elles dévoient faire et désirer en ceste occasion, s'accordoient toutesfois à ne vouloir recognoistre ledit roy de Navarre à cause de sa religion, ny eslire ledit duc de Mayenne pour roy, pour les raisons susdites. Sur cela estoit fondée principalement l'impossibilité du dessein dudit duc. A quoy ledit dom Bernardin de Mendoze, au nom du Roy son maistre, et les serviteurs des autres princes qui aspiroient à ceste grandeur, ne s'endormoient pas : ce qui estoit mieux cogneu dudit duc que de ceux qui luy en parloient. Partant, ils prirent conseil et résolurent d'en donner le tiltre à un autre, et mettre peine d'en maintenir et conserver l'effect, puis qu'ils ne pouvoient avoir l'autre pour luy ; et comme ledit sieur cardinal estoit plus propre que tous autres pour servir à ce dessein, tant j)Our la qualité de son aage qu'à cause de son absence, joinct que ses prétentions estoient plus plausibles , il s'arresta à luy, le recogneut le premier, et le feit proposer, recognoistre et proclamer au parlement, au conseil de l'unioii et par ceux de la

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ville , par l'advis dudit dom Bernardin , lequel en fit grande instance : aucuns ont dit par affection, comme celuy qui se vantoit estre yssu d'une fille de la maison de Bourbon, mariée à celle de Mendoze en Espagne; mais plus à mon advis pour donner temps et moyen à son Roy de dresser ses pratiques en ce royaume, et asseml)ler et faire venir ses forces et deniers pour mieux exécuter son dessein : jugeant bien que ledit cardinal ne la feroit pas longue , que son nom seroit plus propre pour servir de planche à son maistre que celuy d'un autre, et principalement dudit duc de Mayenne, l'ambition et auctorité duquel il redoutoit; et d'autant que ceste opinion , par laquelle la couronne estoit adjugée et conservée à la maison à laquelle de droit elle appartenoit, justifioit mieux la cause publique, et rendoit nos divisions et guerres civilles moins dangereuses, elle fut incontinent embrassée d'un chacun, et véritablement à propos pour le salut du royaume , puis qu'il n'y avoit moyen de persuader lors à ce peuple d'envoyer vers Sa Majesté traicter avec elle , ny de la recognoistre ; car si ledit duc eust pris deslors resolution de contenter le roy catholique et tous les autres princes, il ne falloit que surseoir la déclaration de recognoistre ledit cardinal , comme il pouvoit faire facilement , sous prétexte de sa captivité , et d'assembler ceux du party pour en ordonner : car par ce moyen il en eust disposé quasi comme il eust voulu, tant estoit grande la hayne qu'on portoit audit Boy, fondée sur la religion et bonne opinion que la commune avoit de la probité, pieté, forces et moyens dudit roy d'Espagne et de ses ministres et serviteurs. De sorte que ceux qui furent cause de ceste resolution ne

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firent pas petit service au royaume. Ledict duc de Mayenne partit de Paris avec son armée le premier jour de noveml)re, passa par Noisy, Mante, Vernon et Trepagny, alla assiéger la ville de Gournay, dans laquelle commandoit le sieur de Rubemprë avec son régiment de gens de pied. Là survint le commandeur Moreau, lequel estoit party d'Espagne devant la mort du feu Roy : partant il ne sçavoit certainement quel conseil prendroit son maistre après cesle nouvelle; car si Sa Majesté eust vescu , c'estoit bien son intention de secourir M. de Mayenne d'hommes et d'argent, mais sous main et sans engager son nom et ses bandes, comme desja il avoit commencé lorsqu'il avoit envoyé en France le comte de Collalte avec son régiment de lansquenets qu'il avoit licentié de son service, et promis faire service audit duc, encoi- qu'il fust payé de ses deniers. Cela fut cause qu'à l'abordée ledict Moreau ne me parla qu'en termes généraux de l'intention de son maistre, comme il avoit faict audit président Janin en Lorraine ; et neantmoins, comme il estoit de son naturel assez prompt et impatient, et aussi qu'il estimoit avoir si bon jeu qu'il ne se devoit plus contraindre , il ne tarda gueres à me donner trop d'occasion de croire qu'il n'avoit pas moins de fureur pour son maistre que ledit dom Bernardin; car il ne parloit que de faire un roy de France de sa main, qui fust grand et puissant assez par soy mesmo et sans secours d'autruy en bannir du tout l'iieretique et ses adlierans : et plusieurs autres contes semblables, par lesquels l'on descouvroit que la mort du Roy luy avoit aiguisé l'appétit.

Le Roy estoit retiré du costé de Dieppe avec les

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forces qu'il avoit, où ledit duc s'achemina incontinent après la prinse de Gournay qui ne dura que deux jours, reprint en passant Neuf-Chastelj et, après avoir joinct M. le marquis Du Pont et M. le duc d'Aumalle, se vint présenter devant la ville de Dieppe du costé du PoUet, avec son arme'e, qui estoit composée de quatre cens chevaux François, reistres et wallons, six mil Suisses, trois mil lansquenets, et de cinq à six cens hommes de pied fiançois. Quelques jours après j'oblins permission dudit duc de voir M. de Liencourt : dont je l'advertis; mais il me respondit que la recherche qu'il en avoit faicte auparavant n'estoit pas venue de luy, parlant qu'il sçauroit et me manderoit si l'on l'auroit encore agréable. Toutesfois je n'eus depuis aucune nouvelle de luy : dont j'appris que de cela avoit este' causée l'impression susdite que Sa Majesté avoit conceuë de moy, et perdis œste occasion , à mon très-grand regret, par laquelle j'esperois jetter les fondemens d'une bonne négociation pour abréger nos misères.

Mais il s'en présenta un autre bien viste après , par la prinse du sieur de Belin (0, l'un des mareschaux de camp de l'armée dudit duc, advenue au combat d'Arqués, auquel Dieu favorisa miraculeusement Sa Majesté; car encores que le logis de son armée fust très- advantageux, et le chemin pour y aller trèsdifficile et périlleux, toutesfois, comme les forces dudit duc estoient sans comparaison plus grandes que celles de Sa Majesté, si elles eussent aussi bien assailly comme les autres se defendoient, Sadite Majesté eust couru grande fortune. Ledit sieur de Belin y demeura

C») Du sieur de Belin : François de Faudoas , sieur de Belin.

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doncques prisonnier à la teste de l'armée, lequel, estant délivré sur sa foy, vint trouver ledit duc à Pont- Dormy, où il s'estoit retiré à cause que son armée s'estoit desbandée depuis son partement de devant la ville de Dieppe, pour recueillir quelques gens et deniers qu'il esperoit tirer des Pays Bas par le moyen dudit Moreau.

Ledit sieur de Belin luy dit que Sa Majesté l'avoit envoyé exprès pour luy demander la paix, de laquelle elle avoit telle envie, que, sans avoir esgard à sa dignité ny à considération quelconque, elle avoit bien voulu le rechercher n^aintenant que l'on ne pouvoit dire que ce fust par nécessité qu'elle le fîst, puis qu'il s'estoit reculé d'elle, mais pour la compassion qu'elle avoit du public et du royaume. Ledit sieur de Belin luy dit aussi comme les catholiques qui estoient avec Sa Majesté le prioient de faire semondre Sadile Majesté de quitter sa religion et embrasser la catholique, et ne laisser, ce faisant, de traicter avec elle et la recognoistre, se promettant par ce moyen d'avoir la paix à la gloire de Dieu, ou bien qu'il en rciissiroit un très-grand bien et advanlage pour la defence de nostre religion, qui apporteroit audict duc très-grand honneur.

Geste proposition fut mise en deliijeration et deslors fort deijalué ])rès dudict duc; car les uns vouloient (jue le conseil desdicts catholiques fust suivy, et les autres y resistoient. Ceux là disoient que telle recherche ne pouvoit estre que très-utile à la religion et au royaume, très-honorable à ceux qui la fejoient, et mesme agréable à M. le cardinal de Bourbon, estant en prison et (juasi hors d'espérance d'en sor-

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tir, comme il estoit ; car il advienciroit d'icelle t{ue le Roy changeroit de religion ou non. S'il faisoit le premier, Dieu en seroit glorifié, la religion restaurée, et le royaume mis en paix, au grand honneur et advantage de M. de Mayenne et de son party, parce qu'il seroit recogneu autheur de tel changement, et qu'il obtiendroit pour la grandeur de sa maison la seureté de nostre religion et de tous ses partisans; que telles conditions qu'il voudroit demander il les auroit, et asseureroit aussi la vie dudit sieur cardinal, laquelle couroit fortune en ce débat, et peut estre seroit cause de sa liberté, laquelle autrement il ne falloit espérer, puis que nostre armée ne s'y estoit acheminée et employée au partir de Paris, et qu'il avoit esté livré par M. de Chauvigny au Roy son nepveu, lequel l'avoit envoyé à Fontenay en Poictou, en la garde de ceux de la religion; seroit cause de la délivrance de messieurs de Guise et d'Elbœuf, dont il seroit loiié et fortifié; que c'estoit tout ce qu'il luy restoit à faire pour éterniser d'une gloire immortelle la poursuitte qu'il avoit faicte si heureusement de la mort de messieurs ses frères; et que si Sa Majesté refusoit d'embrasser la religion catholique après son offre , non seulement il justifieroit sa cause devant Dieu et les hommes , dedans et dehors ce royaume , avec la mémoire de sesdits frères et leurs armes passées, mais aussi apporteroit une telle division entre Sa Majesté et les catholiques qui l'assistoient, que son party en seroit très -fortifié; que c'estoit le but auquel il devoit tendre, le préférant à toute autre chose. Les autres remonstroient qu'estant nostre guerre fondée sur la religion plus que sur le droit de la couronne, ledit

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duc ne pouvoit en saine conscience ny ne devoit par raison s'engager à tel offre sans la permission du Pape, le consentement et advis des prélats, villes et communautez du party, mesmes des princes estrangers qui l'avoient assisté jusques alors, d'autant que c'estoit un coup de partie que chacun trouveroit mauvais qu'il entreprinst de jouer sans ceux, lesquels, encores qu'ils l'eussent esleu chef du party, n'auroient toutesfois entendu ny espéré qu'il disposast du gênerai sans les appeller; et quand, meu de l'utilité publique, il s'en dispenseroit, il ne seroit suivy des autres : de façon qu'au lieu de pacifier le royaume il le troubleroit et diviseroit par advanture plus qu'il n'estoit. Quoy advenant, ses moyens ne sauveroient le public, ains demeureroit mesprisé de tous : ce qui leur donnoit cognoissance de soupçonner que ce conseil des catholiques apporté par ledit sieur de Belin estoit artificieux, et mis en avant, du consentement de Sa Majesté, exprès pour faire perdre audit duc ses amis dedans et dehors le royaume, et sur tout le roy d'Espagne, lequel ils n'estoient d'advis qu'il m'escontentast aucunement, comme celuy seul duquel dependoit son principal appuy, mesmement pour chose si incertaine qu'ils estimoient qu'estoit le fruict de ceste ouverture, pour avoir les catholiques qui estoient auprès de Sa Majesté faict preuve depuis la mort du feu Fvoy avoir peu de soin de leur religion, pour maintenant esperej- qu'ils fissent mieux à l'advenir; que leur devoir estoit de sommer et presser eux-mesmes le Roy de se faire catholique, et l'honneur de Sa Majesté qu'elle se resolust à leur requeste plutost qu'à la postulation de ceux qui luy faisoienl la guerre , et- se

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contentast qu'après sa conversion faicte comme il convient, elle fust recogneuë d'eux. Ils remonstroient aussi le péril que couroit la religion en cas de dissimulation en sa conversion , concluant qu'ils trouvoient ceste ouverture si dangereuse, tant pour ledit duc que pour le party, que non seulement il la falloit rejelter, mais aussi celer à un chacun, pour obvier aux deffiances et divisions qu'elle engendreroit si elle estoit descouverte et communique'e. Les premiers repliquoient que la guerre estoit pour aucuns bien plus ambitieux que religieux, comme l'on commençoil à descouvrir, et mesme de la part des Espagnols, lesquels, au lieu de secourir ledit duc des forces qu'ils avoient faict approcher de la frontière sous la conduitte du sieur de La Motte ('), gouverneur de Gravelines, avec lesquelles il eust peu du tout renfermer Saditte Majesté dedans Dieppe, comme il leur avoit remonstré, et ce faisant gaigner un grand advantage sur luy, auroient voulu surprendre la ville de Cambray sur Balagny, qui avoit envoyé ses forces et s'estoit luy-mesme acheminé au secours et service dudict duc et de la cause ; que leur but estoit d'usurper l'Estat et le dissiper ; quoy estant, leurs armes et assistances serviroient plus à nous des-unir et destruire qu'à autre chose ; que l'on devoit bien porter honneur et respect au Pape, et partant ne rien conclurre avec Sa Majesté sans sou advis et permission, d'autant qu'il estoit besoin que Sa. Saincteté mit la main à la conversion de Sa Majesté pour la rendre parfaicte; qu'il en falloit aussi communiquer aux prélats, seigneurs, villes et communautez du party, afin de ne rien faire sans eux, pour les

(0 Du sieur de La Motte -• Valentin de Pardieu , sieur de La Mothe.

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