DE MATHIEU MEULE
Clianac, mandent un trompette à Merle s'il ne vouloit point se rendre auxdits seigneurs, que en cas qu'il ne le fairoit qu'on le forceroit et tailleroit en pièces. Merle, après avoir bien fait boire le trompette, lui dit qu'il notât bien sa re'ponse, qu'e'toit que lesdits seigneurs l'avoient fort souvent menacé de ce siège et de cette belle armée, et qu'il lui tardoit fort de les voir; mais que s'ils ne tenoient parole de le venir voir, qu'il les iroit voir eux. Cette réponse, rapportée par le trompette auxdits seigneurs, causa risée aux uns et dédain aux autres, d'une si arrogante réponse; mais le bon fut que, ayant failli lesdits seigneurs partir de Chanac ledit jour pour l'aller voir, ledit Merle part de Mende sur les dix heures du soir avec cent cuirasses à cheval, et deux cents arquebusiers avec des pétards, fait mettre pied à terre à une partie des cuirasses, l'autre soutenant de loin, afin que les chevaux ne donnassent l'allarme. Les cuirasses avec les deux cents arquebusiers ayant donné des coups de pétard à la porte du faubourg, du côté de Marvejols, étant les corps de garde au milieu de la grande rue de Chanac si pleins de gens de guerre que les pétards, ayant fait grand effet, tuèrent plusieurs desdits soldats, entrant pèle et mêle, firent un étrange fait : si les soldats ne se fussent pas amusés à piller et à prendre des chevaux, ils auroient forcé ces messieurs dans la ville, dans leur lit à leur aise. Merle, ayant entendu le pétard , donne dans le fauxbourg avec la troupe de cheval; mais, ayant reconnu que la prise des chevaux et le butin empêchoit les siens à passer outre pour forcer la ville, qui est entre le château et le fauxbourg, fît sonner la retraite, et retourna avec
deux cents chevaux de ses ennemis à Mende, distant d'une lieue et demie.
En i58o, le seigneur de Chatillon (0 estimant avoir plus de mérite, pour le grade de sa maison, pour commander à Mende que Merle, y ayant même l'obéissance comme général pour la pratique d'aucuns capitaines malcontens de Merle, ayant attiré Merle au siège du château deBalsiege près de Mende, ensemble bonne partie de la garnison, Chatillon se rend maître de Mende, fait refuser la porte à Merle, y établit garnison à sa dévotion. Merle, contraint de chercher retraite, surprend le château du Bois (2), oii de là peu de temps après ayant pratiqué quelques soldats qui avoient été avec lui , passant devant la porte de Mende, il demanda un maréchal pour ferrer ses chevaux, lesquels avoient été déferrés exprès»approchant de ladite ville. On lui présenta la colation, et à aucuns de sa troupe, qui pouvoient être de quinze à vingt à cheval : s'approchant de la porte ceux qui portent la colation s'en saisirent et donnent entrée à Merle, lequel fit crier vwe le Merle; de façon que la plupart de la garnison se joignit à lui, et ceux qui étoient aux tours les rendirent. Les capitaines La Roche et La Garde de Peire, qui commandoient en l'absence de Chatillon, furent aussi saisis et mis dehors sans excès.
En ladite année i58o, monseigneur le prince de
(0 Le seigneur (le Chaliîlon. François de Coligny, fils <le rAmir.il. Quoique du même parti (juc Merle, il étoil mécouleiiL des vcxalious que ce capitaine faisoil éprouver aux habitans de Monde"
(') Le cluheau du Bois. Ce cliàlcau étoit situé prci de Mende, Merle en chassa T^a Roche et La Garde de Pcyrc, capitaines prolcslaus qui y coniinaudoitul.