DE MATHIEU MERLE. ^I-J
temps fut élargi sans rançon par commandement du roi de Navarre. En même temps la noblesse d'Auvergne ayant assie'gé avec un canon le château de Malet, où le capitaine Merle avoit garnison, icelui part avec deux cens cuirasses et un nombre d'arquebusiers à cheval, bat les assie'geans qu'il trouve écartés, et qui jettent leur pièce de canon dans un creux de rivière, duquel Merle la retira après.
La paix étant fuite en 1576, le roi de Navarre commanda à Merle de remettre Chavagnac dans Issoire, et lui laisser le commandement et garde, comme ville d'otage; à quoi Merle obéit, et se retira à Uzès, lieu de sa naissance, avec très-beau équipage.
Les troubles ayant recommencé en 1577, Merle part d'Uzès avec certains capitaines et soldats, et se rend au château de Peyre, où, quelques jours après, reprit par pétard ou échelles Le Malzieu; et de là, par l'entrepôt de la ville d'Issoire, prit par pétard la ville d'Ambert, de laquelle il fit infinies courses et autres desseins, comme sur Saint-Flour, où le frère aîné de Merle étant entré avec une vingtaine, les habitans de la ville les contraignirent de sauter les murailles avec perte d'aucuns. Le comte de Mertinengue étant venu assiéger Ambert, Merle et ses capitaines soutinrent les assauts , et contraignirent l'armée de Mertinengue de se retirer , non sans grande perte d'hommes et munitions; mais peu de temps après. Merle, ayant appris que le duc d'Alençon venoit assiéger Ambert avec une armée forte et bien équippée d'artillerie, ne crut pas pouvoir deffendre une ville si foible, ruinée depuis le dernier siège, et dont les brèches ne pouvoient être mises en état de dellensc : il
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prit le parti d'abandonner la place, portant les poudres et armes, et les jettans dans la ville d'Issoire avec soldats , sans lesquels il auroit fallu abandonner la ville, qui soutint une furieuse batterie et plusieurs efforts : pour lui il se retira au Malzieu, d'où il tâcha de fatiguer l'armée qui assiégeoit Issoire.
En 1679, un des principaux chefs de la religion ordonna à Merle de faire quelques desseins; Merle, qui avoit reconnu Mende, e'tant parti de Marvejols avec des troupes venues des Cevennes, entra à minuit (i), par coups d'échelles si vivement donne's, qu'ils forcent les gardes des murailles dans Mende, les cloches de la grande église sonnant à grande force, et mênie cette cloche, qu'on la tenoit par toute la France la nonpareille, et dont le bruit empêcha les habitans d'entendre l'allarme. S'étans rendus à la place au nombre de dixsept, le baillif de Mende, ayant enfin entendu le bruit, courant à l'allarme avec une troupe de soldats et chanoines armés, furent par la troupe de la place mis en fuite, et le baillif tué : certains habitans, s'étant sauvés dans une tour des murailles, furent pressés de si près qu'ils se rendirent peu d'heures après.
Quelques mois après. Merle étant renforcé de bons hommes de guerre, les seigneurs de Saint-Vidal et d'Acher, et beaucoup de noblesse du Velay, de Gévaudan, d'Auvergne et du Vivarais, rassemblent des forces pour assiéger Mende, à cause des courses, prises des chevaux, que Merle faisoit ordinairement; et s'étant donné rendez-vous en la ville et fauxbourg de
(») Entra à minuit. Merle surprit cette ville dans la nuit de Noei : ou conçoit que les catholiques, qui ctoient à la messe, furent facilement surpris.