‹ Depuis le règne de Phillippe-Auguste, jusqu'au commencement du dix-septièmeChapitre 16 sur 23 · NOTICE SUR CA.YET. S^-Ç · texte numérisé non relu

NOTICE SUR CA.YET. S^-Ç

(le la noble opposition qu'il avoit mise à une de'marclie dont les re'sultats pouvoient porter la division dans la famille royale.

La conversion de Henri iv avoit déterminé plusieurs protestans à se faire catholiques : Cayet n'éloit pas encore dans l'intention de suivre leur exemple, lorsqu'il fut vivement frappé par la relation de la mort édifiante d'un membre du conseil privé, né protestant, qui, étant tombé malade à Mâcon, non-seulement demanda l'assistance d'un prêtre catholique, mais eut le temps d'expliquer les motifs qui ledécidoient à se convertir. Il eut donc, en iSgS, des conférences avec l'abbé du Perron, qui fut depuis cardinal, et il fit son abjuration, en présence de l'Université de Paris, le 9 novembre de la même année.

Les protestans, irrités d'avoir perdu un de leurs plus savans ministres, publièrent contre lui une multitude de libelles. Les uns prétendirent qu'il avoit eu, en abjurant, l'espoir d'épouser la baronne d'Arcs, dont on le disoit amoureux; d'autres l'accusèrent de ne s'être converti que pour obtenir une riche abbaye près de La Rochelle. Sa conduite fit bientôt tombej ces deux griefs, car il se consacra au cébbat en entrant quelque temps après dans les ordres sacrés, et il ne sollicita jamais aucun bénéfice. Il ne reçut de Henri iv qu'une modique pension payée par le cleri^, un appartement au collège de Navarre, où il fut chargé d'enseigner l'hébreu, une chaire de langues orientales au collège royal , et le titre de chronologue de France. Du reste, il fut dédommagé des persécutions que sa conversion lui faisoit éprouver, par un l)ref très-honorable du pape Clément viù, dans lequel

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ce pontife sembloit féliciter l'Eglise d'avoir ramené dans son sein un homme si distingué.

Cayet^ qui avoit une aptitude incroyable pour le travail, s'occupa dès lors d'écrire l'histoire de son temps , ce qui ne l'empêcha pas de composer plusieurs ouvrages de controverse , et de réfuter les nouveaux libelles que les protestans continuoient de publier contre lui. Ils lui reprochèrent d'être magicien , et de n'avoir acquis tant de connoissances dans les langues que par des moyens surnaturels et condamnables. Ils soutinrent presque en même temps qu'il avoit composé un livre contraire aux bonnes mœurs. Sa grande régularité et ses principes connus suffirent pour le justifier de cette dernière accusation j mais la première prit quelque consistance près du vulgaire, parce que Cayet, qui avoit pour les sciences physiques autant d'attrait que pour les études théologiques , grammaticales et historiques, s'étoit laissé entraîner , comme plusieurs de ses contemporains, à la recherche de la pierre philosophale.

Ces tracasseries ne semblèrent point troubler la tranquillité dont il avoit besoin pour continuer les travaux immenses qu'il s'étoit imposés. Après avoir terminé le grand ouvrage historique qu'il avoit entrepris, il mourut à Paris , dans la maison de Navarre, âgé de quatre-vingt-cinq ans, le lo mars 1610, deux mois avant l'attentat qui ravit à la France Henri iv son élève.

Cayet avoit d'abord publié en 1606 un ouvrage intitulé : Chronologie septénaire , on Histoire de la paix entre les rois d'Espagne et de France , depuis le commencement de iSgB jusques à la fin de i6'o4- Ce livre, très-intéressant pour les contemporains , contient peu

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d'événemens importans , et, comme l'auteur e'toit étranger aux intrigues de la Cour, on n'y trouve point de ces anecdotes curieuses et peu connues qui font le principal mérite des Economies royales.

On désiroit que Cay et donnât le récit beaucoup plus animé de la guerre civile depuis l'avènement de Henri iv jusqu'à la paix de Vervins; mais l'auteur , qui avoit terminé ce travail, balançoit à le rendre public , parce qu'il craignoit les murmures que pourroit exciter une narration où tant d'hommes vivans retrouveroient leurs erreurs, leurs fautes, leurs trahisons, leurs crimes. Cependant, pressé par le vœu général, il prit le parti, en 1608, de courir les chances de cette pul)lication, se croyant assuré d'avoir prévenu par une impartialité rigoureuse toute réclamation fondée. Il répondit ainsi aux objections qu'on étoit disposé à lui faire :

« A quel propos, pourront me dire quelques uns, « de remémorer à présent tout ce que les roys Très « Chrestiens Henri m et Henri iv Ont faict contre les « princes de la ligue des catholiques leurs subjects? « c'est un faict passé. Par la paix il est dit qu'il ne « faut plus s'en souvenir. — Il est vray, mais il n'est « pas défendu de laisser par escrit à la postérité comme « ces choses sont advenues; car ces princes et les peu- « pies qui se sont rebellés contre leurs souverains , ne « le dévoient faire s'ils ne vouloient qu'on le dist. Us <( ne dévoient eux mesmes le dire et faire publier, s'ils K ne vouloient que la postérité le sceust. La postérité a « besoin de sçavoir comment ces choses sont advenues.»

Nous n'avons cru devoir faire entrer dans notre collection que cette dernière partie des travaux histo-

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riques de Cayet, qui offre d'autant plus d'inte'i et qu'on y voit se de'velopper toutes les passions que Henri iv eut tant de peine à calmer : elle porte le titre de Chronologie novenaire y parce qu'elle comprend un espace de neuf ans, depuis iBSg jusqu'à lôgS.

Cet ouvrage est surtout remarquable par le soin qu'a pris l'auteur de s'appuyer sur les témoignages les plus authentiques. On y chercheroit en vain des conjectures sur les causes des grands événemens, parce que Cayet, toujours éloigné des affaires, n'a pu être au courant des intrigues de la Cour et des partis j mais on y trouve, avec les extraits précieux de presque tous les ouvrages politiques qui furent publiés à cette époque, les procès verbaux des conférences qui eurent lieu entre les royalistes et les ligueurs, les pièces ofiîcielles mises au jour parles deux partis, les principaux discours des orateurs des états de la ligue, et les trois fameux plaidoyers qui, dans le procès des jésuites , furent prononcés l'année suivante par les avocats Antoine Arnauld, Dolé et Duret. Ces documens, qu'on ne pourroitplus se procurer aujourd'hui séparément, donnent un grand intérêt à l'ouvrage de Cayet, qui , d'ailleurs, au jugement de Langlet Dufrenoy et de l'abbé d'Artigny (0, renferme une multitude de faits et de particularités échappés aux autres historiens.

Nous avons suivi l'édition originale, publiée à Paris en i6o8 par Jean Riclier, deux gros volumes in-S".

(') Langlet Dufrenoy s'étoit proposé de donner une éditiou du livre de Cayet : l'abbé d'Artigny eu a inscr* de lonjjs extraits dans 1» cinquième volume de ses Mémoires,

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