‹ Depuis le règne de Phillippe-Auguste, jusqu'au commencement du dix-septièmeChapitre 20 sur 23 · lA'TliODUCTlOJN · texte numérisé non relu

lA'TliODUCTlOJN

amis , et les abandonnoient ; mais le sieur de Chastillon et ses troupes ne les abandonnèrent jamais.

Le Roy craignoit toutefois qu'ils ne joignissent le roy de Navarre, car il avoiteu advis qu'il prenoit son chemin de tournoyer l'Auvergne pour les venir joindre en Vivarets : il sçait que tout harassez qu'ils estoient, s'ils pouvoient le joindre et estre refraischis , qu'ils luy donneroient de la peine. Ce fut pourquoy il fait advancer M. d'Espernon avec toute sa cavalerie, qui les poursuivit jusques à Marsigny, là où il leur fit offre que s'ils vouloient se retirer en leur pays, que le Roy leur feroit donner passage. Ils aimèrent mieux choisir de s'en retourner en x\llemagne que de passer plus outre et aller courir en Guyenne. Leur accord estant fait, ils sont conduits jusques à Mascon, où ils passent et tirent droict a Genève (0 ; le baron d'Othnaw , avec le reste de ses reistres, porte en Allemagne les nouvelles de la valeur du duc de Guise, qui le poursuivit avec le marquis du Pont jusques aux montaignes Sainct Claude. Ces deux princes voyans que les reistres estoient eschappez de leurs mains, ils tournèrent à gauche, et ruinèrent lé pays du comté de Montbelliard, d'où ils revinrent à Nancy. Quant à M. de Rouillon (2) il deceddaà Genève le 1 1 janvier i588. Le seul sieur de Chastilion avec ses François ne voulut nulle composition ny traicté d'accord avec Sa Majesté; il advise à sa retraite : les reistres avoient eu envie de se

{') Ht tirent droict à Geneue. Malgré laccord qui avoit été fait avec les reistres, ils furent presque tous exterminés avant de pouvoir sortir de France.

(») M. de Bouillon: Guillauaie-Robert de La Marck , duc de Bouillon. Il laissa sa principauté à Charlotte sa sœur, qui épousa depuis le vicomte de Turenne, lequel deyint duc de Bouillon.

saisir de luy pour Tasseurance de leur payement j il se resoult de passer au travers du Lyonnois et gaigner le Vivarais : il exécute si courageusement son dessein, que les sieurs de Mandelot et de Tournon qui l'en vouloient empescher , estans plus forts dix fois que luy , n'en'peurent trouver le moyen quelque diligence qu'ils fissent , et les enfans de Lyon qui s'advancerent trop près de sa troupe se trouvèrent si soudain envelopez et tuez à coups de coutelats , qu'il ne print plus envie aux autres de le poursuivre ; et ainsi il arriva à Aubenas et à Privas sans avoir depuis aucun empeschement, où il se rafraichit après avoir en quatre mois fait une partie du circuit de la France , car il estoit party de La Rochelle parle commandement du roy de Navarre , et avoit traverse la Guyenne, le Languedoc et le Dauphiné, passé à Genève , traversé par la Franche-Comté, et, estant arrivé à Grésille près La]Mote en Lorraine, il s'estoit joint à l'armée des reistres, de laquelle il avoit tousjours esté conducteur de l'advantgarde. En fin ceste armée estrangere n'emporta rien de la France, comme les autres qui y estoient venues aux premiers , seconds , troisiesmes et quatriesmes troubles; au contraire elle y laissa son bagage et plusieurs milliers de gens de guerre. La desroute fut honorable et profitable aux François, mais il advint que les uns en attribuèrent l'honneur au Roy, à qui seul il appartenoit ( comme les gens d'honneur et d'esprit l'ont tousjours recogneu), et les gentils-hommes et soldats qui avoient butiné sur le reistre, la ligue des Seize, les prédicateurs qui estoient de leur faction, en rapportoient tout l'honneur à M. de Guise ; dont il s'engendra des jalousies qui ont esté la cause principale de la continua-

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tion des troubles dont la France a este' depuis affligée. Si les estrangers qui estoient venus en corps d'arme'e furent si mal traictez par le Roy, les deux mil Suisses qui estoient passez à Genève pour aller en Dauphiné le furent encor plus mal. Le colonel Alphonse d'Ornano, gouverneur dans le Pont Sainct Esprit, sçait qu'ils s'advancent en Dauphiné; il en advei'tit M. de La Valette, et convie tous les catholiques de prendre les armes pour empescher qu'ils ne joignent le sieur Desdiguieres, lequel avoit aussi amassé toutes ses forces pour les aller recevoir et garentir de tomber sous la puissance des armes des catholiques. Mais si tost que les garnisons de Montelimar furent sorties pour aller trouver le sieur Desdiguieres, les catholiques exécutent une entreprise qu'ils avoient dez long temps sur ceste place ; ils surprennent la ville et non la citadelle : Desdiguieres pour la secourir est contraint de retourner ; le sieur de La Valette et le colonel au contraire s'advancent, et exécutent si bien leur dessein, qu'ils attaquent ces deux mille Suisses et les desfont, si que fort peu se sauvèrent de la fureur de leurs armes. Cependant les sieurs Desdiguieres, Gouvernet, Poyet et autres, s'advancent vers Montelimar, et à la diane entrent par la citadelle, et donnent si vivement dans la ville , qu^après avoir rompu les barricades et les premiers corps de garde, ils renversent et tuent tout ce qui se présente en armes devant eux, et reprennent ceste place : il y eut en ceste reprise plusieurs seigneurs de marque de tuez, et grand nombre de soldats, pource qu'ils ne se peurent sauver, à cause que le comte de La Baume entendant l'alarme sortit ; mais il fut incontinent tué : or il avoit les clefs

des portes, pource qu'il estoit le seigneur le plus qualifie' qui fust dans ceste place, lesquelles ne pouvant à ceste occasion estre trouvées pour ouvrir les portes, ils demeurèrent tous sous la puissance des victorieux, qui en espargnerent fort peu.

Voylà pour le faict des armes comme la France en a esté tourmentée l'an 1587. Pour la famine, au mois de juin la ville de Paris et les pays où les armées passèrent en furent fort affligez. Ce sont les fruicts qu'elle reçoit pour la rupture des edicts de pacification.

Le Roy après l'entière desroute des reistres retourne à Paris, il y passe son hyver. Il avoit pourveu de Testai d'admiral de France M. le duc d'Espernon, il luy avoit aussi donné le gouvernement de Normandie, qui estoit les deux plus belles charges qu'avoit feu M. de Joyeuse, duquel les funérailles se firent lors à Paris telles que l'on les faict [aux enfans de France: ce fut un nouveau subject de mescontentement aux princes de la ligue, qui portoient de l'envie à ce seigneur d'autant que le Roy l'aymoit. Les mal-contents sont tousjours ennemis des favorits des princes; aussi tous les conseils que tenoit la ligue des Seize à Paris, et tout ce qui se fit en l'assemblée tenue à Nancy (où le duc de Guise se trouva en février i588, au retour de la course qu'il avoit faite en la comté de Montbelliard ), ne fut que pour trouver moyen d'oster le duc d'Espernon d'auprès de Sa Majesté.

L'esmeute de Crucé et de La Haste (que les Seize ont appelle entr'eux l'heureuse journée de Sainct Severin, en laquelle ils prirent la première fois les armes, sonnèrent le toxin en l'église Sainct Benoist, et

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eurent la hardiesse de repoulser les archers des f:;ardes du Roy, deux commissaires et quelques sergents qui avoient eu commandement de se saisir de quelques prédicateurs lesquels avoient preschë que le Roy estoit un tyran et fauteur d'heretiques) ayant este' endurée par Sa Majesté, qui n'usa lors de sa force et de son authorité pour punir ceste première sédition des Seize, qui ne parurent lors que cent personnes au plus en armes, a esté estimée une signalée faute, et pareille à celle qu'il fit dez le commencement que les princes de la ligue prirent les armes en i585. Il faut dire la vérité : la rel)eliion et la mutinerie se doit punir dez qu'elle est descouverte, l'on ne la doit point endurer, i^ucun prince ne s'est jamais bien trouvé de tolérer les séditieux, car ils deviennent de plus en plus insolens et hardis d'entreprendre contre luy, le peuple les suit voyant qu'ils ne sont chastiez. Les roys doivent user en ces accidents là promptement de leur force et authorité, affin de remédier aux inconvénients qui en adviennent, et non pas dilayer sous ombre de cuyder user de prudence.

Les Seize depuis ceste esmeule devinrent si hardis, et multiplièrent tellement, qu'il fut hors de la puissance du Roy de les remettre en leur devoir : ils contre-disoient librement toutes ses actions, pu])Hoient mille menteries de Sa Majesté, entr'autres qu'il avoit faict venir luy-mesmes l'armée estrangere des reistres pour ruynerles princes et le peuple catholique, qu'il l'avoit payée de ses deniers, et l'avoit renvoyée et fait reconduire jusques aux frontières par M. d'Iispernon, auquel seul il donnoit tous les plus beaux eslats de la couronne; que le duc de Guise et les princes et sei-

gneurs de la ligue avoient seuls coinbatu l'armée estrangere sans avoir aucune recompense ny blen-faict de Sa IMajesté^mesmes que le sieur de La Chastre, mareschal de l'armée du duc de Guise, luy allant porter la nouvelle de la desfaicte d'Auneau, au lieu de luy donner, selon la coustume des roys, une rescompense digne d'une telle et si bonne nouvelle, ne l'avoit pas presque voulu voirj que les intelligences secreltes et les faveurs qu'il portoit au roy de Navarre n'estoient que trop cognuës, lequel il avoit envie de faire son successeur. Voylà dequoy ils entretenoient le peuple. Quelques livrets trotoient aussi, avec lesquels ils amusoient les curieux, et ne manquoient d'en envoyer aux villes et provinces avec lesquelles ils avoient conféré, ainsi que nous avons dit, et les inslruisoienl. fort particulièrement de ce qu'ils faisoient et comme ils resistoient aux mauvais effects et deportements du Roy et de son conseil. Au mois de février la nouvelle leur vint de la resolution que le duc de Guise avoit prise avec les principaux de sa ligue à Nancy; ils en advertissent tous leurs confederez , les articles trotent de leur main secrètement parmy les principaux d'entr'eux, la substance desquels estoit:

Pour remettre le service de Dieu et la religion catholique en sa pristine splendeur, que le Roy seroit requis de faire publier le concile de Trente , et de faire establir la saincte inquisition ez villes où il y a arclievesques ou evesques.

Pour ruyner l'heresie et chasser par armes les hérétiques, que le Roy entretiendroit une armée sur la frontière de Lorraine, assez forte pour empescher les reistres de revenir plus en France; qu'il donneroit des

villes sur la frontière du royaume pour y mettre des gens de guerre, selon que la nécessite' le requerroit, et qu'il seroit requis (afin que les entreprises de la ligue pour chasser l'heresie fussent exécutées) de joindre à l'advenir ses forces et ses desseins avec ceux des princes de la ligue.

Pour entretenir la guerre, que les biens immeubles des huguenots seroient vendus.

Et affin que ces demandes fussent sainctement et fidèlement exécutées, que le Roy chasseroit d'auprez de luy quelques uns qui luy seroient nommez, ausquels il osteroit les estats et gouvernements qu'il leur avoit donnez.

Les âmes catholiques et purement françoises jugèrent incontinent que ces articles estoient dressez par des esprits qui vouloient comm£^nder et s'estabhr sous le prétexte de la religion , et rendre le Roy subject à leur volonté, et disoient :

Qu'il y avoit assez de raisons pertinentes pourquoy les roys de France ny les cours souveraines ne doivent recevoir le concile de Trente , lesquelles avoient esté escrites et publiées par plusieurs doctes jurisconsultes; et principalement que ce concile attribuoit aux evesques la cognoissance de plusieurs choses temporelles lesquelles appartenoient à la justice royale; qui estoit une des principales occasions pourquoy plusieurs princes chrestiens n'avoient voulu recevoir ce concile.

Que l'inquisition, comme elle est exercée en Espagne, doit estre plustost qualifiée du tiltre de tyrannie que de justice, mesmes que le roy Philippe ii l'avoit de nouveau corrigée, à cause qu'elle entreprenoit sur

sa justice royale , combien qu'ils avoiioient qu'elle estoit nécessaire pour les marranes, moriscats et nuevos christianos de l'Espagne.

De faire la guerre aux hérétiques : l'on sçait que le Roy ne parle d'autre chose que du voyage qu'il veut faire en Guyenne pour les exterminer. Mais à quel propos entretenir une arme'e en Lorraine? L'on descouvre trop ce dessein. Ils veulent envahir et déposséder s'ils peuvent l'heritiere de la maison de Bouillon (0 de ses villes de Sedan et de Jamets, et que l'argent et les forces de Sa Majesté servent à ruyner une orpheline. Cela ne seroit juste. Mais ne sçait-on pas aussi que le duc de Guyse a traité avec le conseil de l'heritiere de Bouillon pour luy donner le duc de Ginville son fils pour mary, et à ceste condition qu'il luy laisseroit son exercice de la religion prétendue reformée libre ? Ne sçait on pas que le pape Xiste en ayant esté adverty , a recognu par là l'intention sinistre des princes de la ligue?

Quant à la crainte qu'ils ont que les reistres ne viennent en Lorraine prendre vengeance des bruslemens 'qu'ils ont fait en la comté de Montbelliard, le Roy leur a il commandé de les faire ? Jl ne les y a pas envoyez. S'ils font des ennemis de gayeté de cœur, qu'ils trouvent des commoditez de s'en defTendre.

Pour la vente des biens des huguenots ; qui est celuy qui ne sçait qu'elle se faict et poursuit à toute rigueur? mais, quand il a esté question de vouloir procéder à la vente des biens immeubles de la maison de Vendosme appartenant auroy de Navarre, n'a t'on pas

(•) L'heritiere de la maison Je Bouillon : Charlolle de La Marck, dont nous avons parlé dans la note de la page 34'î-

35o INTRODUCTION.

ouy dire à M. le cardinal de Bourbon, en parlant au Roy : et II vous plaira, Sire, qu'on ne touche point aux biens de nostre maison. » N'est-ce pas à dire qu'ils veulent ruyner seulement le petit peuple huguenot , et conserver les biens des grands qui leur appartiennent?

Que le Roj chasse d'auprès de luj ceux qu il aynie, et au il leur osteles hien-faicts quils ont receus de luj; c'est-à-dire que le Roy chasse ceux qui luy sont obligez par ses bien-faicts de le servir fidellement, et qu'il leur oste leurs charges et gouvernements pour en pourvoir les princes de la ligue ; qu'il se prive de ce qu'il ayme, et chérisse et advance ceux qui l'ont contraint d'entrer en une guerre qui est la ruyne de son peuple et la perte de son sang et de sa noblesse.

Et quoy que dans ces articles de Nancy ils ne nommoient pas les noms de ceux qu'ils vouloient que le Roy chassast, si fut il dèslors conjecturé que c'estoit au duc d'Espernon et au sieur de La Vallette son frère à qui ils en vouloient.

Le Roy est adverty de ceste assemble'e, il en voit les articles, il a advis que plusieurs des princes de la ligue viennent à Soissons, qu'ils doivent se rendre à Paris en bref, et le sommer d'embrasser leurs entreprises; il avoitsceu que les Seize avoient esté si hardis que de courir sus au duc d'Espernon ainsi qu'il passoit sur le pont Nostre Dame , qu'ils pai loient plus hautement et mesdisoient plus librement de Sa Majesté qu'ils n'avoient fait encor jusqu'à présent, et mesmes menaçoient que dans bref, à l'ayde des princes catholiques, ils chasseroient bien tous les mignons de la Cour. Leur entreprise est fort particulièrement descouveiteauRoy, lequel, ayant receu advis que le duc de Guyse, avec le

cardinal de Guyse, et le prince de Ginville son fils, nouvellement revenu d'Italie, estoient arrivez à Soissons, envoya M. de Bellievre vers luy pour luy dire qu'il ne vinstpourle présent à Paris, affin qu'il n'eust occasion à Tadvenir de l'accuser des malheurs que quelques factieux avoient projette pour troubler sa cour et son repos.

Toutes les raisons de M. de Bellievre ne peurent retenir ce prince qu'il ne se rendist dans Paris le 9 de uiay, trois heures après que M. de Bellievre y fut retourné, oii il y arriva accompagné de huict gentilshommes (0, mais deux jours après tout son train et plusieurs gentils-hommes de son party y arrivèrent. Il va droict trouver la Pxoyne mère, qui le conduit au Roy : leurs paroles et leurs contenances monstroient assez leurs desfîances.

La faction des Seize, voyant que le duc de Guyse leur avoit tenu son serment de vivre et mourir pour et avec eux, porte toute autre face qu'elle n'avoit fait depuis la semaine saincte de devant Pasques,que le Roy avoit envoyé quérir aucuns d'eux, entr'autres le président de Neuilly qu'il avoit menacé de faire pendre et tous ceux qui estoient de sa faction, s'ils ne se

(,•) lly arriua accompagné dq huict gentils - hommes . Son entrée à Paris fut un triomphe : la multitude se précipita sur ses pas, les femmes aux fenêtres lui jetoient desfleurs. On crioit de toutes parts : ^tVe Guise! Hosanna Jîlio Dauicl! Balzac, qui donne ces détails, ajoute : «On a vu « des assemblées nombreuses se rendre en un instant à sa bonne mine : « il n'y avoit point de cœur qui pût tenir contre ce visage : il persuadoit « avant que d'ouvrir la bouche. Le premier regard qu'il jetoit sur ses « ennemis ôtoit d'abord de leur esprit toute l'aigreur qu'ils avoient ap- « portée contre lui j et j'ay oui dire à un courtisan de ce temps cfue les « huguenots estoient de la ligue quand ils regardaient le duc de Guise. »

compoitoient en leur devoir. Bref, les Seize, asseurcz de la présence du duc de Guyse, parlent à l'ouvert, et menacent en chantant les cris d'allégresse de sa venue.

Le Roy fut adverty que le duc de Guyse n'estoit venu qu'avec huict gentils-hommes, mais que l'archevesque de Lyon son confident, et tous les principaux capitaines de la ligue estoient venus sous ombre d'avoir quelques affaires à Paris, et s'estoient logez par tous les quartiers de la ville. La hardiesse du duc de Guyse, qui y estoit aussi venu contre son commandement, luy tenoit au cœur; les conjurations des Seize, qui luy avoientesté descouvertes, le rendent soupçonneux; il se resoult donc de faire sortir tous les gentilshommes de la ligue qui estoient venus de nouveau à Paris, et de se rendre le plus fort pour chastier quelques factieux des Seize ; mais voicy ce qu'il en advint.

Le 12 may à la pointe du jour le Pvoy fait entrer par la porte Sainct Honoré le régiment de ses gardes françoises et celuy des Suisses : les Suisses furent placez au cimetière Sainct Innocent, à la place de Grève et au Marché-Neuf; les gardes françoisesse rangèrent sur le Petit Pont, sur le pont Sainct Michel et sur le pont Nostre-Dame. Le prevost des marchands et les eschevins de la ville estoient advertis de l'intention du P\oy ; il avoit envoyé mesmes à M.- de Guyse luy dire qu'il luy envoyast le nombre de ses gens : mais les Seize, qui estoient en perpétuelle deffiance, se doutèrent bien que l'on en vouloit à eux. Les gens de guerre du Roy ne commençoient que d'entrer dans la rue Sainct Honoré, queCrucé, procureur du Chastelet, l'un des Seize et l'autheur de leur première esmeute, appellée du depuis l'esmeute de Crucé, en receut l'advis; et sur les

quatre heures et demie du matin , il fait sortir trois garsons de sa maison, sans manteau, lesquels allèrent par toute l'Université' crians : Alarme! alarme! Les bourgeois qui n'estoient de la faction des Seize leur dc' mandoientquec'estoit: « C'est Cliastill on, respondoientils , avec ses huguenots , qui est dans le faux-bourg Sainct Germain j » et sans s'arrester continuoient leur cry Alarme! Alarme!Tous ceux de ceste faction sortirent incontinent avec leurs armes; chacun se rend au corps de garde de son quartier, et (connue rapporte le livre du Manant et du Maheustre), suy vant la resolution qu'ils en avoient prise entr'eux plus d'un an devant , ils se barricadèrent par toute l'Université', et jusques contre le petit Chastelet : et comme les sentinelles d'un coste' de la rue se posoient par les gardes du Roy,Crucé mit des mousquetaires de l'autre. Aussi tost que quelques uns des Seize qui demeuroient en la RueNeufve veirent que les Suisses se mettoient dans le Marché Neuf, ils firent tendre la chesne de la rue NeufveNostre Dame, la font Ijorder de rauids, et tous ceux de leur faction, dont il y en avoit nombre en ces quartiers là, bordèrent incontinent ceste barricade de mousquets, et monstrerent,avec leur contenance, aux Suisses qu'ils les feroient bien tost retirer de devant eux. Les mareschaux de Biron etd'Aumont, et plusieurs chevaliers des ordres du Roy arrivèrent lors, qui, voyans que le peuple fermoit ses boutiques et couroit aux armes, leur commandoient de ne le pas faire, monstroient leurs ordres au peuple, disoient leur qualité, les asseuroient sur leurs vies qu'aucun tort ne leur seroit fait, ([u'ils avoient charge du Roy de les en asseurer; mais les gentils-hommes et capitaines du party du duc 38. 23

(le Gu3'se, qui se trouvèrent incontinent départis, et qui estoient logez par toutes les disaines, avec les plus remuans des Seize, disoient au peuple : « Ne croyez ces politiques, ils vous pipent; ces gens- d'armes et ces Suisses ne sont entrez pour autre elïect que pour les mettre en garnison en vos maisons, pour vous rendre misérables, piller vos biens, et en contenter les mignons.)) La Cité et toute l'Universitéfut toute barricadée sur les neuMieures, la ville ne le fut que sur le midy ; et furent continuées les barricades si vivement, que les sentinelles furent mises à trente pas du Louvre. Crucé, qui conduisoit ceux de l'Université, estoit des plus ardents; des paroles il vint aux^ifects, les siens font retirer les gardes du Roy, et se saisissent du petit Chastelet. En mesme temps que le Roy est adverty de ce tumulte , il commande que l'on face donc retirer ses gardes ; il n'estoitplus temps de le dire, car, sur l'occasion d'un couj) qui fut tiré, ceux qui estoient dans la Rue Neufve et du Petit Chastelet sortent, tirent sur les Suisses qui estoient au Marché Neuf, qui ne se delfendirent point; il en fut tué c|uelque vingtaine, et vingtcinq ou trente de blessez. M. de Brissac, qui avoit charge du duc de Guy se de commander au quartier de l'Université, voyant qu'ils crioient : Bonne France! bon catholique ! Aucune d'eux monstrans leurs chapelets, fit cesser la tuerie, et les fit tous retirer dans la boucherie du Marché Neuf. En mesme temps les gardes du Roy (0 qui estoient sur les ponts furent chargez et renversez, aucuns desarmez, et contraints de s'enfer-

(I) Les gardes du Roy. Les rebelles ne montrèrent tant d'audace contre les troupes du Roi , que parce qu'ils savoient qu'on leur avoit défendu de faire usage de leurs armes. (Pasquier, liy. xii, lettre 4-)

lATRODUCTION. 355

mer dans quelques maisons; mais, sur le commandement de M. de Guyse, le sieur de Brissac fit sortir et conduire les Suisses du Marché Neuf, où ils estoient enfermez, jusques au Louvre; le capitaine SainctPaul, qui comuiandoit au quartier de la Cité, fit en mesme temps retirer les gardes du Roy, les armes bas et le ])onnet au poing. Les Suisses qui estoient aux autres places firent le mesme. Cependant les Seize se saisissent de l'Hostel de Ville, de la porte Sainct Antoine et de toutes les places publiques de la ville, bref ils ont tous la main à la besongne. Le lendemain on conseille au Pioy de faire retirer tous les gens de guerre qu'il avoit, et que le peuple s'appaiseroit; il les faict sortir.

Mais nonobstant cela il est adverly que les Seize ne se contentent, qu'ils veulent passer plus outre, qu'ils nef veulent demeurer en si beau chemin , que tout s'arme de nouveau, qu'ils veulent avoir le Louvre et sa personne, que l'on assembloit mesme dans le cloistre de Sainct Severin les jeunes escoliers, prestres et moynes, qui avoient tous les bords de leurs chapeaux retroussez, et sur le troussis chacun une croix blanche, armez d'espée et de poignard, et que l'on descendoit mesmes quantité de faisseaux de picques d'un logis au carrefour Sainct Severin, lesquelle on leur devoit bailler pour venir droict au Louvre.

Messieurs dut" conseil remonstrerent lors au Royquelques exemples de la furie des peuples, lesquelles il vaut mieux esviter qu'attendre ; le conseillent de se retirer de Paris, et fondèrent leur jugement sur quatre advis qui arrivèrent coup sur coup d'une résolution prise à l'hostel de Guise de se saisir et' du Roy et du Louvre. La Royne mère conteste contr'eux, leur

3 u6 INTRODUCTION.

dit : « Hier, je ne cognus point aux paroles de M. de Guise qu'il eust d'autre envie que de se ranger à la laison : j'y retonrneray présentement le veoir, et m'asseure que je' luy feray appaiser ce trouble. » Elle se trompa ; car estant retourne'e vers luy, l'ayant prié d'appaiser ceste esmotion, et qu'il pouvoit s'asseurer sur sa foy de venir trouver le Boy, duquel elle luy feroit avoir tout le contentement qu'il en pouvoit espérer, il luy respondit fort froidement qu'il n'estoit point cause de l'esmotion du peuple, qu'il ne l'avuit assisté que pour la nécessité où il s'estoit trouvé, et que ses amys ne le conseilleroient pour le présent d'aller au Louvre, foible et en pourpoint, à la mercy de ses ennemis. La Royne mère cognut lors que les advis que le Roy avoit receus approclioient de la vérité. M. Pinart, secrétaire d'Estat, estoit avec elle; elle le fît tout soudain retourner en diligence vers Sa Majesté, pour l'avertir qu'elle avoit recognu qu'il y avoit quelque dessein extraordinaire contre luy.

Entre les cinq et six heures du soir le Roy reçoit cest advis ; il sort de Paris à l'heure mesme par la Porte Ncufve ; en se bottant il a larme à l'œil : ceux qui estoient avec luy le su^^vent, aucuns desquels estoient bien estonnez, car tel conseiller d'Estat l'estoit allé trouver au Louvre avec sa robbe^ngue, qui sans bottes montoit pour le suivre sur le. premier cheval de l'escuérie; aucuns le suy virent ainsi jusques à Rambouillet, d'où il partit incontinent, et se rendit le lendemain matin dans Chartres.

Ainsi que le Roy sortoit par la Porte Neufve, qnel-

<]ue quarante harquebusiers que l'on avoit mis à la

-jjorte de Nesle tirèrent vifvement sur luy et sur ceux

IJVTRODUCTIOJV. 35;

de sa suitte : le menu peuple, qui ne va que comme on le pousse, ciioit du bord de l'eau mille injures contre le Roy, et mes mes, comme ils virent que quelques uns passoient le barq desTuilleries, pensant qu'il f'ust dedans, ils en coupèrent la corde.

Si tost que l'advis fut venu au duc de Guise do la retraicte du Roy, il vid bien qu'il ne rendroit pas si bon compte de Sa Majesté qu'il se l'estoit promis; il s'en trouve d'abordade un peu estonné : il void bien que le blasme de toute ceste esmotion tumberoit sur luy s'il n'y donnoit ordre. Ce qu'il n'avoit voulu faire auparavant ponr toutes les prières de la Royne mère, il fut contraint au bout d'une heure de le faire sans estre [irié. Il part de son hostel avec le chevalier d' Aumale et plusieurs gentils-hommes de sa suitte ; il s'achemine droict au Palais; par tout où il passe il commande que l'on tourne une partie des barricades, aflin que le chemin fust libre ; il est promptement obe}'; : il envoya aussi M. le chevalier d'Aumale en faire autant sur tous les ponts; ce que l'on fit incontinent.

Ainsi le duc, arrivé au Palais, alla droict au logis de M. le premier président, avec messieurs d'Espinac, archevesque de Lyon, et Brezé, evesque de Meaux , où , après quelques paroles touchant l'esmotion du peuple et comme il s'estoit barricadé, et comme le Ivoy s'estoit retiré, il luy dit que ses ennemis qu'il avoit prez du Roy estoient la cause de tout ce trouble ; que, quelque disgrâce qu'il pourroit avoir de Sa Majesté, qu'il continuè'roit les services qu'il luy avoit faicts et à la couronne ; mesmes qu'il alloit prier le j)euplc de rompre et oster toutes leurs barricades, aflin (juc le lendemain matin Messieurs de la cour de

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parlement pussent se rendre librement au Palais pour y continuer la justice, à la manutention de laquelle il s'employeroit tous] ours. M. le premier président approuve sa bonne intention (0 pour la manutention de la justice; quelques discours se passèrent entr'eux le long de l'alle'e du jardin du Roy, au bout de laquelle M. de Guise sortit avec lesdits sieurs archevesque et evesque par la petite porte de derrière qui est auprès du Pont Neuf, là oii M. le premier président print congé d'eux.

Le duc de Guise passe du Pont Neuf vers les Augustins, et alla voir tous les presidens de la grand-chambre l'un après l'autre en leur logis; les prie de se trouver au Palais le lendemain, affin que l.i justice se continue; à tous il s'excuse de l'esmction du peuple, accuse ses ennemis d'en estre la cause : bref, il est fort prez de minuict quand il se retire chez luy, et est si bien obey des Seize et du peuple, que le lendemain matin il sembloit qu'il n'y eust point eu d'esmotion. La justice alla au Palais, et la Pvoyne mère envoya dire à IMessieurs de la cour que, nonobstant l'absence du Roy, qu'ils continuassent leurs charges et offices, et qu'elle esperoit pacifier ce trouble.

Voylà donc la faction des Seize victorieuse , le Roy hors de Paris, les serviteurs de Sa Majesté contraints de le suivre et leur quitter la place ; tout à un coup ceste grande ville change de face et perd ce lustre de

i') Approuve sa bonne intention. Le premier président, Achille de Harlay, répondit tout autrement au duc de Guise. « Quand la majesté « du prince est violée, lui dit-il, le magistral n'a plus d'autorité. Au «. reste, mon ame est à Dieu, mon cœur est au Roy, et mou corps est « entré les mains des méchans. :)

INTRODUCTION. 35c)

la giandeur royale qu'elle avoit, et l'authorite' tombe entre les mains des factieux et du populaire. INI. de Guise est respecté et honoré par les Seize comme chef de la ligue, et luy se gouverne par leur conseil : ils se saisissent de la Bastille, de l'Arsenac et des lieux forts; Bussy Le Clerc, simple procureur à la cour, est mis capitaine dans la Bastille; le sieur de Perreuze, prevost des marchands, est arreslé prisonnier, et trois des quatre eschevins trouvent moyen de suyvre le Roy; un seul d'entr'eux se trouva du costédes factieux. Deux jours après les Barricades, les Seize se voyants en beau chemin, firent faire une assemblée générale du peuple en i'Hostel de Ville, où ils proposèrent qu'il falloit eslire d'autres prevost des marchands et eschevins, mais qu'ils dévoient estre esleus, selon la liberté ancienne, par la voix commune du peuple. On procedde à l'eslection : La Chappelie-Marteau fut esleu pour prevost des marchands; Boland, Compan, Coteblanche et Desprez pour eschevins : ce dernier seul n'estoit de la faction des Seize, les quatre autres l'avoient aydée à bastir; toutesfois la Boyne mère receut le serment d'eux, et les eut pour aggreables; mais, du consentement du duc de Guise, la première chose qu'ils fiient, ce fut de changer les colonels, capitaines et quarteniers qui n'estoient de leur faction, et lesquels ils pensoient estre serviteurs du Roy : la Royne meie y contredist fort, et, quelque regret qu'elle en eut, il fallut qu'elle l'endurast. Bief, l'on osta les présidents, conseillers et ofiiciers du Roy qui avoient esté créés colonels et capitaines l'an i585, et y mit on en leur place, en quelques quartiers , des bourgeois de la faction des Seize ; mais en la pluspart l'on en meit de si

36o INTHODUCTIOW.

indignes de ces charges honorables, que le menu peuple mesme les mesprisoit et les appelloit capitaines de la morue, capitaines de l'aloyau, selon le mestier dont ils cstoient. Voylà donc les officiers de toute la ville changez, mesme Brigard fut mis par M. de Guise pour occuper la place de Perrot, procureur du Roy de ITIostel de la ville.

Voylà les principaux des Seize tous establis, tous ont quelques charges; ce sont autant de petits gouverneurs en leurs quartiers. Ils voyent le parlement qui ne leur dit mot, et toutesfois ils croyent qu'il n'approuve nullement ces remuements , mais ils n'oseroient s'en plaindre, et n'oseroient encore attaquer ce sénat. Ils ne disent donc mot pour un temps, "et seulement pratiquent pour ceste fois que le chef de la justice qui se rend au Cliastelet fust à la dévotion de leur faction , pour ce que c'est le presidial où toutes causes se jugent en première instance, et où les contraventions qui se font, et les abus qui se commettent contre la police de la ville, sont jugez par le lieutenant civil, qui est chef de celte justice. Trois doctes et nobles personnages de la maison des Seguiers avoient exercé Testât de lieutenant gênerai et civil en la prevosté et vicomte de Paris, un de ceste mesme race î'exerçoit encor, qui estoit le sieur d'Autruy Seguier, Lon justicier, catholique et François : les Seize l'avoient faict sonder, pour entrer en leur leur faction; ils le trouvèrent ferme au service du Pioy , et ne peurent avoir nulle prise sur luy. Aussi tost qu'ils se veirent maistres de Paris ils le menacent et le contraignent de se retirer avec le Roy : cependant La Bruiere, lieutenant particulier, l'un des plus factieux, occupa ce siège,

et, nonobstant l'accord qui fut faict entre le Roy et le duc de Guise en juillet de ceste mesme année, il l'a tousjours occupé jusques en l'an i594j qne leur faction fut du tout abolie.

Les voylà donc maistres de l'Hostel de Ville, de la justice delà prevosté et vicomte' de Paris. Les docteurs et prédicateurs de ceste faction se rendent aussi maistres de la Sorbonne et de l'Université, et les anciens docteurs sont contraints décéder pour un temps à la violence du docteur Boucher, et autres jeunes docteurs et bacheliers.

Le Roy donc est à Chartres, et le duc de Guise à Paris. Le 17 may ils font publier tous deux leurs lettres, pour advertir tout le monde des occasions de la journée des Barricades. Dans celle du duc il dit :

Qu'il estoit venu à Paris, accompagné seulement de huict gentil-hommes, pour se purger des faux bruits que ses ennemis faisoient courir contre son honneur, sçavoir, qu'il vouloit prendre le Roy et vouloit saccager la ville de Parisj mais que trois jours après qu'il y fut arrivé, le Roy fit entrer douze enseignes de Suisses et huict des gardes françoises, lesquelles ainsi que l'on les separoit aux places publiques de Paris, Dieu voulut qu'il en eut advis, et que ce mesme Dieu excita le jjeuple à courir unanimement aux armes; et asseurez de sa présence, et de l'ordre qu'il mit parmy eux, ils se barricadèrent de telle promptitude , qu'en moins de deux heures ils firent entencU'e aux troupes du Roy qu'elles eussent à se retirer ; mais qu'un Suisse ayant blessé un habitant, les habitans chargèrent les Suisses, en tuèrent douze ou quinze et en blessèrent vingt ou vingt-cinq , et à l'instant que les gardes du Roy furent

36'.i INTRODUCTION.

chargées et renveise'es; ce qui fut cause qu'il marcha par la ville, et d'al;ordée délivra neuf cents Suisses prisonniers et les gardes du Roy qu'il ht reconduire au Louvre. Qu'en ceste journée, toute reluisante de l'infaillible protection de Dieu, qu'il alla par toutes les rués jusques à deux heures après minuit, priant, suppliant et menaçant le peuple, si bien qu'il ne s'en est ensuivy aucun meurtre, massacre ny pillerie , quoy que le peuple fust extrêmement envenimé, pour avoir sceu qu'il y avoit eu vingt potences prestes avec quelques eschaffaux, et avoir veu les exécuteurs d'e justice, pour faire mourir cent ou six vingts personnes. Qu'ayant peu faire tout cela, dequoy l'on l'accusoit; et l'ayant au contraire empesché, qu'il rendoit muets tous ses ennemis, lesquels avoient tant fait qu'ils avoient persuadé au Roy de s'en aller hors de Paris vingt-quatre heures après qu'il eust peu mille fois l'arrester s'il eust voulu ; mais qu'il n'y avoit jamais songé. Qu'après le département de Sa Majesté, il avoit receu entre ses mains l'Arsenac, la Bastille et les lieux forts, et fait sceller les coffres des finances, pour rendre le tout entre les mains de Sa Majesté pacifique, tel qu'il l'esperoit rendre par l'intercession du Pape et de tous les princes clirestiens. Mais que si le mal continiioit, qu'il esperoit avec les mesmes moyens conserver ensemble et la religion et les catholiques, et les desgager de la persécution que leur preparoient les confederez des hérétiques auprès du Roy. Voylà la substance de la lettre avec laquelle il se justifioit de la journée des Barricades. Mais il en escrivit aussi une particulière au Roy, dans laquelle il luy dit :

« Les ennemis du repos public et les miens, ne pou-

INTKODUCTIOJV. 365

vans souffrir ma présence auprès de vous, estimans que dans peu de jours elle descouvriroit les impostures dont l'on usoit pour me rendre odieux, et peu à peu me donneroit place en vos bonnes grâces, ont mieux aymé, par leurs conseils pernicieux, remettre toutes choses en confusion, et vostre Estât et vostre ville de Paris en liazard , que d'endurer que je fusse auprès de vous. Leur mauvaise volonté s'est manifestement recognuë en la resolution que, sans le sceu de la Royne vostre mère, et contre l'advis de vos plus sages conseillers, ils ont fait prendre à Vostre Majesté de mettre, par une voye inusitée, et en un temps plein de soupçon et de partialitez, des forces en vostre ville de Paris pour occuper les places publiques d'icelle; et la voix commune publie qu'ils esperoyent, après s'estre rendus maistres, pouvoir encores vous induire à beaucoup de choses, toutes aliènes de vostre bon naturel, et que j'ayme mieux passer sous silence. L'effroy de cela. Sire, a contraint vos bons et fidelles sujets de s'armer, pour la juste crainte qu'ils ont en ce que par ceste voye on ne voulust exécuter ce dont on les menaçoit long temps auparavant. Dieu, par sa saincte grâce , a contenu les choses en meilleurs termes qu'on ne les pouvoit espérer, et a comme miraculeusement conservé vostre ville d'un très périlleux hazard; le commencement, la suitte et l'événement de cet affaire a tellement justifié mes intentions, que j'estîme que Vostre Majesté et tout le monde cognoist assez clairement par là combien mes deportemens sont eslongnez des desseins dont mes ealomniateurs m'ont voulu rendie coulpable. La forme de laquelle je me suis volontairemeut jette en vostre puissance monstre

la confiance que j'ay prins de vostre bonté et de la sincérité de ma conscience. L'estat auquel on me trouva lorsque j'eus les premiers advis de ceste entreprinse, et dequoy vous peuvent tesmoigner plusieurs de vos serviteurs, fait assez cognoistre que je n'avois ny doubte d'estre offencé, ny volonté d'entre])rendre, estant plus seul et desarmé en ma maison que ne peut et doit estre un de ma qualité. Le respect dont j'ay usé , me contenant dans les simples bornes d'une juste delFence, vous tesmoigne assez que nulle occasion ne me peut faire decheoir du devoir d'un très-liumble subject. La peine que j'ay prinse pour contenir le peuple et empesclier qu'il ne vinst aux effects qu'ameinent le plus souvent tels accidents, me descharge des calomnies que l'on m'a cy devant imposées, que je soulois troubler vostre ville de Paris. Le soucy que j'ay prins de conserver ceux mesmes que jen'ignorois point de m'avoir fait de mauvais offices envers vous, à la suscitalion de mes ennemis, fait veoir à chacun clairement que je n'ay jamais eu intention d'attenter aucune chose contre vos serviteurs et officiers, comme l'on m'afaulsement accusé. La façon dont je me suis comporté, et envers vos Suisses et envers leurs capitaines et soldats de vos gardes, asseure assez que je n'ay jamais rien tant craint que de vous desplaire. Si Vostre Majesté a sceu toutes ces particularitez, comme j'estime que plusieurs de vos bons serviteurs aymans le repos public, qui en sont tesmoins, ne les luy auront pas celées, je tiens pour asseuré qu'elle demeure par là esclaircie que je n'ay jamais eu la moindre des mauvaises intentions dont mes ennemis, par faux bruits, m'ont voulu rendre odieux. »

La fin de ceste lettre estoit qu'il espei oit se comporter en telle sorte, que Sa Majesté le jiigeroit son très fîdelle sujet, serviteur et utille.

Ces lettres ne furent si tost publiées et imprimées, que le duc de Guise eust voulu les retenir en son cabinet : le commissaire Louchait fut employé pour en soliciter la deffence; il meine les imprimeurs et ceux qui les vendoient prisonniers. Il fut toutesfois comme contraint de les laisser vendre, puis qu'aussi bien il ne retenoit pas les copies qu'il avoit luy-mesme avec le conseil des Seize envoyées hors et dedans le royaume. Ces lettres furent ])ien examinées : il n'y eut mot qui ne fust expliqué par les responces que l'on y fit (aucunes desquelles nous dirons cy-après), et principalement sur le commencement de la lettre qu'il escrivoit au Roy, où il y avoit : Sire, je suis si mal-lieuj'eux ; ce qui fut jugé à un mauvais augure pour luy.

Voylà quelles estoient les lettres du duc de Guise, dans lesquelles il se voit qu'il dit que le Roy a creu des conseils pernicieux, et que si le mal continue qu'il conservera et desgagera les catholiques de la persécution des confederez des hérétiques : ces paroles sont un peu trop hardies d'un subject à son roy. Voyons maintenant combien le Roy parle plus doucement que luy.

« Nous estions en nostre ville de Paris, oii nous ne pensions à autre chose qu'à faire cesser toutes sortes de jalousies et empescheraens du costé de Picardie et ailleurs, qui retardoient nostre acheminement en nostre pays de Poictou, pour y poursuivre la guerre commencée contre les huguenots, suivant nostre délibéralion, quand nostre cousin le duc de Guise y arriva à

366 IWTKODUCTION.

nostre desceu le 9 de ce mois de may. Sa venue en ceste sorte augmenta tellement lesdites deffiances, que nous nous trouvasmes en bien grande peine, parce que nous avions auparavant esté adverty d'infinis endroits qu'il y devoit arriver de ceste façon, et qu'il y estoit attendu par aucuns des habitans de ladite ville qui estoient soupçonnez d'estre cause desdictes defïiances, et luy avions à ceste occasion faict dire auparavant que nous ne desirions pas qu'il y vinst que nous n'eussions composé les troubles de Picardie, et levé les occasions desdites deffiances. Toutesfois, considérant qu'il estoit venu seulement accompagné de quatorze ou quinze chevaux, nous ne voulusmes pas laisser de le veoir, pour essayer de faire avec luy que les causes desdictes deffiances et troubles de Picardie fussent estez. A quoy voyans que nous n'avancions gueres, et que d'ailleurs nostredite ville se remplissoit tous les jours de gentils-hommes et autres personnes estrangeres qui se rallioient à la suitte dudit duc, que les recherches que nous avions commandé estre faictes par la ville, par les magistrats et officiers d'icelle, ne se faisoient qu'à demy, pour la crainte en laquelle ils estoient, et aussi que les cœurs et volontez d'aucuns desdicts habitans s'aigrissoient et alteroient tous les jours de plus en plus, avec les advertissements ordinaires qui nous redoubloient journellement qu'il devoit esclorre quelque grand trouble en ladite ville, nous prismes resolution de faire faire lesdictes recherches plus exactement par les quartiers d'icelle que les précédentes, à fin de recognoistre au viay Testât de la ville, et faire vuider lesdits estrangers qui ne seroient advouez comme ils dévoient estre. Pour

INTRODUCTION. 36l

ce faire, nous avisâmes de renforcer certains corps de gardes des habitans et bourgeois de ladite ville, que nous avions ordonné estre dressez en quatre ou cinq endroits d'icelle, des compagnies de Suisses et de celles du régiment de nostre garde qui estoient logez aux faux-bourgs d'icelle, et de commander aussi à aucuns seigneurs de nostre conseil et chevaliers de • nostre ordre du Sainct Esprit d'aller par les quartiers avec les quarteniers et autres officiers de ladite ville, par lesquels on a accoustumé de faire faire lesdites recherches, pour les authoriser et assister icelles, comme il s'est fait par plusieurs fois; dont nous fismes advertir ledit duc et tous ceux de ladite ville , à fin que personne n'en prinst allarnie et ne fust en doute de nostre intention en cet endroict ; ce que du commencement les habitans et bourgeois de ladite ville firent contenance de recevoir doucement. Toutesfois, quelque temps après les choses s'eschauferent de telle façon par l'induction d'aucuns qui alloient semant et imprimant au cœur desdits habitans que nous avions faict entrer lesdites forces pour establir des garnisons estrangeres en ladite ville et leur faire encor pis : de sorte qu'ils les eurent bientost tellement animez et irritez contre icelles, que si nous n'eussions expressément delFendu à ceux qui leur commandoient de n'attenter aucunes choses contre lesdits habitans, et d'endurer et souffrir plustost toutes les extremitez du monde que de ce faire, nous croyons certainement qu'il eust esté impossible d'éviter un sac gênerai de ladite ville, avec une très-grande effusion de sang. Quoy voyant, nous nous resolusmes de ne faire exécuter plus avant lesdites recherches commencées , et de faire re-

tirer quant et quant lesdites forces, que nous n'avions f'aict entrer que pour ceste seule occasion ; estant vray semljlable que si nous eussions eu autre volonté, nous l'eussions tentée et peut estre exécutée entièrement , selon nostre désir, devant l'esniotion desdicts liabitans, et qu'ils eussent tendu les chaînes et dressé des Larricades par les rues, comme ils commencèrent à faire incontinent après midy, et quasi en mesme temps par toutes lesdites rués de ladite ville, à ce instruits et excitez par aucuns gentils-hommes, capitaines ou autres estrangers envoyez par ledit duc de Guise , qui se trouvèrent en bien peu de temps départis et rangez par chacune des dizaines pour cest eftbct, faisant retirer lesdictes compagnies suisses et françoises. Il y eut, à nostre très-grand regret, quelques arquebusades tirées et coups ruez par lesdits haljitans, qui portèrent principalement sur aucuns desdicts Suisses que nous fismes retirer et loger ce soir là ez environs de nostre Louvre, à fin de voir ce que deviendroit l'esmolion en laquelle estoient lesdits habitans, et fismes tout ce qu'il nous fut possible pour l'amortir, jusqu'à faire le lendemain du tout sortir et retirer de ladite ville lesdictes compagnies , réservé celles que nous avions devant leur entrée posé en garde devant nostredit chasteau du Louvre, nous ayant esté remonstré que cela contenteroit et pacifieroit grandement lesdicts habitans. Nous fismes aussi arrester quelque reste de compagnies de gens de pied du régiment de Picardie qui estoient toutesfois encores à sept ou huict lieues de ladite ville, ensemble quelques seigneurs et gentilshommes nos serviteurs qui nous venoient trouver, voyant que l'on en avoit donné ombrage à ce peuple,

et que l'on se servoit de ceste couleur pour esmouvoir davantage lesdicts habitans. Neantmoins, au lieu d'en veoir l'elFect tel que nous attendions pour leur propre bien et nostre contentement, ils auroient continué depuis à hausser davantage lesdictes Ijarricades, ren^forcer leuis gaides jour et nuicl, et les approcher de nostredit chastcau du Louvre jusques contre les sentinelles de nostre garde ordinaire, et mesmes se seroient saisis de l'Hostel de ladite ville, ensemble des clefs de la porte Sainct Anthoine, et autres portes d'icelle. De sorte que les choses seroient passées si avantle treiziesme de ce mois, qu'il sembloit qu'il n'estoit plus au pouvoir de personne d'empescher l'effect d'une plus grande esmotion, jusques au devant de nostredit chasteau. Quoy voyant, et ne voulant employer nosdictes forces contre lesdits habitans, pour nous avoir tousjours esté la conservation de ladite ville et des bons bourgeois d'icelle aussi chère et recommandée que celle de nostre propre vie, ainsi qu'ils ont esprouvé en toutes occasions, et très-notoires à un chacun, nous nous resolusmes d'en partir ledit jour, et plustost nous absenter et esloigner de la chose du monde que nous aymions autant, comme nous desirons faire encor, que de la veoir courir plus grand hasard, et en recevoir aussi plus de desplaisir; ayant supplié la Roy ne nostre très-honorée dame et mère d'y demeurer pour veoir si par sa prudence et authorité elle pourra faire en nostre absence assoupir ledict tumulte, ce qu'elle n'a peu faire en nostre présence, quelque peine qu'elle y ait employée. Et nous en sommes venus en ceste ville de Chartres, d'où nous avons bien voulu incontinent vous faire la présente, pour vous prier de mettre en 38. 24

considération la conséquence de ce fait, combien il apportera de préjudice et de desadvantage à la cause publique, et principalement à nostre saincte religion catholique, apostolique et romaine, s'il passe plus avant, puis que ceux qui avoient accoustumé de combattre ensemble pour la propagation d'icelle seront par cest accident, s'il n'est reparé, des-unis et contraints de tourner leurs armes les uns contre les autres. Aquoy nous vous prions de croire que nous ferons de nostre costé tout ce qu'il nous sera possible pour n'y tomber, tant a de puissance sur nous le zèle que nous portons à nostredite religion, que nous avons fait paroistre jusques à présent. Et vous prions et exhortons, tant qu'il nous est possible, de faire prier Dieu en vos églises pour ceste reiinion, et que l'obéissance q,ui nous est deuë nous soit conservée comme il appartient, et ne permettre que les habitans de nostre ville, etc., se desvoyent du droict chemin d'icelle, mais les admonester et confirmer à demeurer fermes et constans en leurs loyautez envers leur roy, en union et concorde tous ensemble, pour se maintenir et conserver sous nostre obeyssance, et ne tomber aux inconveniens qui leur sont préparez s'ils tiennent autre chemin. Et outre que vous ferez chose digne de vostre prudence, fidélité et devoir, qui servira d'exemple à tous nos subjects , nous vous en sçaurons gré, et le recognoistroTîs à jamais envers vous et lesvostres. Donné à êhartres le dix-septiesme jour de may iSSy. »

Les jugements furent divers que l'on fit lors, tant sur lee lettres du Roy que sur celles du duc de Guise. Celles d*iduc furent trouvées plus hardies, comme nous avons

dit, lesquelles il finissoit, comme par menace, ^uew/*? mal continuoit qu'il conserverait et desgageroit ceux de sonpartj. Celles du Roy au contraire furent jugées tenir trop de la douceur et comme tendantes à crainte et timidité , car il exhortait seulement ses subjects de prier Dieu quil reunist le duc de Guise et les Parisiens sous Vobejssance qui luy estait deue, ajin que les catlioliques ne fussent des-unis et contraints détourner leurs armes les uns contre les autres. Voylà pourquoy le duc de Guise et le|conseil des Seize ( qui usurperont d'oresnavant et prendront le nom de Messieurs de la ville de Paris) envoyèrent des députez à Chartres ainsi que nous dirons cy-après. Mais que nous ayons dit quelques traits qu'ont remarqué {plusieurs beaux esprits sur les lettres du Roy et du duc de Guise.

Le Roy dit que quand le duc de Guise arriva à son desceu, quil ne pensait qu'à faire cesser toutes sortes de jalousies et empeschemens du caste de Picardie. Or tous ceux qui ont escrit sur ce subject disent que la cause des jalousies et desfiances estoit que le duc d'Aumalle ayant désiré estre gouverneur de la Picardie, dez le commencement de l'an i585 il avoit saisi Rue, laquelle place luy fut laissée pour son asseurance par l'accord de Nemours faict en juillet audit an, entre le Roy et les princes de la ligue, qui, ne pouvans se contenir en leur devoir comme ils avoient promis et juré au Roy, s'emparèrent de plusieurs places et continuèrent tousjours leur ligue et leurs prétentions. Le duc d'Aumalle surprint Dourlens en i586 , et Pont-dormy au commencement de l'an 1587 ; du depuis il continua de pratiquer le plus qu'il put de gouverneurs qui estoient dans les places de la province de Picardie , en-

372 IWTRODUCTIOIV.

tr'autres il gaigna ceux de Monstr'œil , Han, Ahbeville, Peronne, Roye et Montdidier : ce que luy ayant succédé , il jelta ses desseins sur le Boulenois, qui est un petit pays sur le bord de la mer , tirant , au bout de la Picardie,vers le septentrion, dont estoit lieutenant pour le Roy M. le duc d'Espernon , qui avoit mis dans Bologne le capitaine Bernet ; en fin toutes les entreprises du duc d'Aumalle sur Bologne ayant este' descouvertes, il se résolut à la forcer; mais il avoit trop peu de gens pour ce faire. Après avoir ruyné le plat-pays, il logea ses troupes comme par garnisons aux environs de Boulogne , et nonobstant tous les mandemens que le Boy luy envoya de les retirer, il n'en voulut rien faire. Après la mort de feu M. le prince de Condë, qui estoit gouverneur de Picardie, et lequel mourut le 5 mars an présent à Sainct Jean d'Angely , M. le duc de Nevers avoit estépourveude ce gouvernement. Le Boy l'y vouloit envoyer pour pacifier tous lesremuemens faicts par le duc d'Aumalle : c'est ce que veut dire Sa Majesté par ces mots : JYous ne pensions à autre chose qu a faire cesser toutes sortes de jalousies et empeschements du costé de Picardie. Le duc de Guise dans sa lettre s'en veut excuser en disant : JVous allons rendre le Roy content des garnisons de Picardie. Mais qu'avoient affaire, disoient-ils , ny le duc d'Aumalle ny le duc de Guise de troujjler ceste province de Picardie, veu qu'il n'y avoit point de huguenots, ny que jamais aucun de leur maison n'en avoit esté gouverneur et n'y avoient eu aucun droict? Pource, disoient les ennemis de la ligue, que tout leur estoit loisible, puis qu'ils vouloient régner. Mais , disoient-ils encor, puis que M. de Bellievre fut à Soissons dire au duc de Guise que le Boy ne

lîJTRODUCTIOJV. S"] i

vouloit qu'il vinst à Paris pour ceste fois , pourquoy n'obeyssoit-il au commandement de Sa Majesté? Il ne pouvoit, pource que les Seize luy avoient mandéqu'ils estoient tous perdus s'il ne venoit en diligence : plusieurs d'entr'eux en le saluant luy dirent: Boji prince, nous estions perdus si vous ne fussiez venu; car, leurs conjurations descouvertes et les calomnies que publiquement ils disoient du Roy nepouvans estre plus tolérées, l'on avoitresolud'enfaire justice. Or ilavoit juré de vivre et mourir avec eux (ce qui estoit le premier sermentde la ligue); à quoy il ne voulut faillir de les secourir de sa présence, et pour exécuter quand et quand ce qui avoit esté résolu en l'assemblée de Nancy. Et quoy qu'il fust bien asseuré de toute la faction des Seize, si est-ce que, quand il fut arrivé à Paris et que la Royne mère le mena au Louvre pour saluer le Roy, qu'il luy dit, dez qu'il le vid: «Mon cousin, pourquoy estes vous venu?» Il respondit tout tremblant: « Sire, me voicy pour respondre aux calomnies qu'on a dressé contre moy pour me faire odieux à Vostre Majesté. » Lors le Roy luy répliqua : « Ne vous avois-je pas expressément mandé de ne venir pas en ceste saison si pleine de defBances, et d'attendre encor un peu? » Le duc ne sçait que dire, sinon; « Sire, l'on ne m'a pas représenté vostre intention en telle sorte que ma venue vous fust désagréable.» M. de Bellievre, qui estoit là présent, commença, par le commandement du Roy, à dire au duc ce qu'il luy avoit dit à Soissons; mais la Royne mère, tirant le Roy à part, empescha que M. de Bellievre ne continuast de dire comme il avoit accomply le commandement de Sa Majesté. Plusieurs grands personnages ont remarqué que le Roy fit lors une très

grande faute, car, veu que le duc estoit venu contre son commandement , il le devoit , disoient-ils , faire gortir à l'heure mesme de Paris, ou bien l'arrester prisonnier, et puis qu'il estoit bien adverty qu'il y devoit arriver de ceste façon , il se devoit préparer pour luy faire cognoistre qu'il estoit roy , et qu'il le feroit obeyr comme son subject.

Le Roy dit dans sa lettre qu'il vouloit faire une recherche exacte pour faire vuider les estrangers |qui estoient dans Paris lesquels ne seroient advouez ; c'est à dire les gentils-hommes et autres gens de guerre qui estoient entrez dans Paris et se rallioient à la suitte du duc de Guise. Quoy ! douze enseignes de Suisses et huict compagnies françoises pouvoient ils faire cela? non pas deux fois autant. Qu'une faction des Seize, laquelle, depuis deux ans et demy, l'on avoit laissé croistre d'un si grand nombre de factieux, et enduré d'eux une infinité d'insolences, assistée de noblesse et d'un grand chef de guerre, tel que le duc de Guise, ayans descouvert que c'estoit à eux qu'on en vouloit, se fussent ils tous allez cacher dans leurs caves? il n'y avoit point d'apparence de le croire. Et la response est prompte à ceux qui disent que M. le duc de Mayenne, l'an 1 59 1, n'ayant au plus que cinq cents chevaux dans Paris, les avoit bien empeschez de se bouger, et mesmes qu'il en avoit fait pendre quatre des plus factieux : ouy; mais les Seize alors n'avoient plus de chef, plus de noblesse, ils estoient divisez entr'eux, et la noblesse et le chef de la ligue estoient contr'eux. Au contraire , à la journée des Barricades ils avoient un chef, ils avoient la noblesse de la ligue , et estoient tous d'un accord. Aussi ceux qui conseillèrent le Roy et entreprindrent ceste

INTRODUCTION. SjS-

recherche, en la faisant ils dévoient estre , comme l'on dit, garnis de fil et d'esguille, tant pour exécuter leur entreprise que pour résister à toutes les occasions qui y pouvoient survenir.

Un capitaine, très-habille homme, alla dire au Roy qu'avec cinq cents hommes et deux pièces de canon, qu'il vouloit perdre la vie s'il ne rorapoit toutes les barricades. Un qui estoit là luy respondit : « Ouy, s'il y avoit moyen de tirer du canon de l'Arsenac; mais qui entreprendra maintenant de l'aller quérir, puis que toutes les rues sont barricadées? » Au contraire les Seize avoient pourveu et preveu à toutes les occasions qui leur pouvoient advenir; ils s'estoient résolus plus d'un an devant à se barricader, sans que le Roy en eust jamais rien descouvert; ils avoient faict mettre, en deux maisons proches des advenues des ponts, quantité de picques et quelques petites pièces montées sur roues portant gros comme un esteuf, dont ils garnirent leurs premières barricades, et par ce moyen se rendirent incontinent en estât de forcer et non pas d'estre forcez.

Mais l'on disoit : « Le Roy n'avoit fait entrer les Suisses et ses gardes françoises (jue pour renforcer les corps de garde des hahitans et bourgeois , affin qu'ils fussent plus forts pour faire faire la recherche qui se devoit faire par les quarteniers et officiers de la ville; et encor le prevost des marchans, les eschevins, les colonels et capitaines qui estoient tous officiers de son parlement et de sa chambres des comptes , en estoient advertis; il y avoit les deux tiers des habitans et bourgeois qui n'estoient de la faction des Seize : tous ces gens estoient plus que suffisants pour empe^cher le duc de Guise, tous les siens et tous les factieux, m II est

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vray, mais il en arriva des effects tout au contraire de ce que Ton s'estoit proposé.

Les capitaines et colonels qui commandoient aux corps de gardes des habitans que l'on avoit mis dez le soir à l'advenue de tous les ponts et en quelques places par le commandement du Roy, ne dirent jamais à pas un bourgeois à quel dessein ces corps de garde se faisoient, ny pour quelle occasion : l'on les tint tout du long de la nuict en des quartiers à l'opposite des leurs (car il faut noter qu'à Paris chacun fait la garde en son quartier ), sans les advertir qu'il y eust aucune entreprise contre l'authorité du Roy; bref, il n'y eut jamais rien de si mol, rien de si mal conduit que ces corps de garde. A.u contraire, auparavant et depuis la venue du duc de Guise, les Seize avoient esté tousjours au guet, le menu peuple d'entr'eux avoit intention d'un pillage, et les chefs, de peur d'estre chastiez de leurs conjurations, s'entendoient tous; durant ceste nuict ils avoient pris des sentinelles de tous ces corps de garde, s'estoient fait bailler le mot. La Rue, tailleur d'habits, suivy d'une dizaine de factieux, sort sur les trois heures du matin de sa maison, va au corps de garde du pont Sainct Michel : quelques vieux officiers du Roy y avoient passé la nuict : à la seule morguemutine qu'il leur fît, les menaçant de les tailler tous en pièces s'ils ne se retiroient, capitaines et habitans retournèrent chacun en leur quartier; si bien que quand les gardes du Roy y arrivèrent , il n'y avoit personne ; si les autres corps de garde en firent autant, il n'en faut pas douter. Le Roy aussi alors ny du depuis n'osa nommer que le duc de Guise fust son ennemy , sinon qu'après qu'il l'eustfait mourir; comment eust il

INTRODUCTIOir. 3']']

voulu donc que ses serviteurs l'eussent deviné, veu qu'ils le voy oient tous les jours parler à luy. L'on voyoit bien que le duc de Guise entreprenoit plus qu'un subjet ne devoit sur l'authorilé de son prince; à qui estoit ce à le dire qu'au Roy et à ses officiers? En telles actions que celles là , et quand les princes veulent ruyner une faction formée dans leur Estât, leurs officiers doivent hardiment s'opposer, dire la volonté du prince au peuple, parler à l'ouvert contre les factieux ; le prince doit aussi de son costé se monstrer à son peuple comme un soleil, affin de dissiper par sa présence tous les brouillons qui veulent empescher qu'il ne luyse et troublent sa puissance. Les bons sujects n'aprouvent en leur ame le tort que l'on veut faire à leur prince, mais ils ne le peuvent pas deviner, il le leur faut dire. Le Roy n'osa dire à qui il en vouloit, et les factieux nommèrent si librement qu'il estoit leur ennemy, que toute la racaille, tout le menu peuple, qui les voyoit seuls en armes, se jetterent de leur costé, et les estimèrent (par les faulses persuasions qu'ils leur donnèrent que le Roy leur vouloit mettre des garnisons dans Paris ) les autheurs de leur liberté; et mesmes ceux qui avoient du jugement pour discerner à quoy toutes ces choses tendoient, de peur d'estre pillez, ce qui advient d'ordinaire en tels accidents, se jetterent du costé des factieux, et tel fit bien du bon serviteur en la barricade de son quartier, qui trois jours apiès chercha le chemin pour trouver et suivre le Roy.

Quand aux lettres du duc de Guise, dans lesquelles il dict ijuil estoit 'venu pour se purger des faux bruits que ses ennemis faisaient courir contre son hon-

neur, celuy qui a faict le discours libre sur Testât de France (0 y respond en ces termes :

« On t'accusoit d'avoir mutiné le peuple de quelques villes de ce royaume contre les gouverneurs que le Roy vouloit y establir : tu as effacé ce bruit en mutinant celuy de Paris contre le Roy mesme. On te blasmoit d'avoir à Chaalons, à Reims, à Soissons, et par tout où tu mets le pied, saisi ses deniers : tu t'en es purgé en prenant ceux de son espargne dans sa ville capitale. On te soupçonnoit d'avoir des entreprises contre l'Estat, et d'aspirer à la couronne, et pour cest effet de t'estre desjà emparé de quelques bonnes villes tenues par toy ou par tes partisans, ausquelles le Roy n'est point obey : tu as faict evanouyr ce faux bruit en venant toy-mesme te rendre le maistre de Paris , et en chassant le Roy après avoir forcé , tué et desarmé les gardes, et faict prendre les armes à la populace contre luy. Tu te vantes encore dans ta lettre que Von avait persuadé au Roy de s'en aller 'vingt quatre heures après que tu eusses peu mille J'ois l'arrester si tu eusses 'voulu. Retenir un roy de France, c'est une entreprinse bien hazardeuze en un Estât paisible et un royaume tranquille ; ceste seuUe parole t'eust cousté la teste (2). »

(») Le discours libre sur l'estat de France. Cet ouvrage , très - remarquable, est intitulé : Excellent et libre discours sur F estât présent de la France. Il a 55 pages in-12, et fait partie du troisième volume des Mémoires de la Ligue.

(») Ceste seule parole t'eust cousté la teste. Dans ce discours, qui est s , , ,

écrit avec une pureté et une précision peu communes a cette époque,

l'auteur parle ainsi des dispositions du peuple à l'égard de Henri m :

« Ceux là perdent le cœur, voyans que luy mesme l'a perdu; ceux là

« n'osent pas s'affermir auprès de lui , voyaus que lui mesme bransle r

Ce fut aussi pour ceste libre parole, d'avoir peu retenir le Roy, que le duc de Guise eust voulu estre à rescrire ceste lettre. Chacun sçait aussi que jusques alors que le Roy s'en alla il n'avoit pas songé, ny tous les Seize, qu'à se mettre sur la deffensive; mais si le Roy fust demeuré encor une heure, les préparatifs qu'ils faisoient pour assaillir donnoient à juger qu'ils «ussent peu faire un grand effort.

Retournons au fil de nostre histoire. Si tost que le duc de Guise eut donné advis à tous les gouverneurs des villes qui estoient de son party de ce qui s'estoit passé à Paris , ils chassèrent tous ceux qu'ils pensoient estre serviteurs du Roy, lesquels ils surnommoient Politiques, et mesmes en prinrent plusieurs prisonniers à Orléans, à Bourges, à Amiens, à Abbeville, et par tout oii la ligue commandoit.

Suyvant le mandement du duc de Guise , le sieur de Rosne, qu'il aveit laissé autour de Sedan, s'en vint le trouver avec les troupes qu'il luy avoit laissées; et le duc quittant dez lors tous ses desseins de pouvoir avoir

« et n'osent s'attacher à bon escient à ceux qui lui font la guerre, voyans « que lui mesme l'endure et à peine s'en ose plaindre. De ceste façon , « tout son conseil, toutes ses villes, tous ses sujets sont partiaux, et crois « certes que de tant qu'il y en a qui s'approchent de sa personne , il « n'en void pas un, excepté un ou deux de ses créatures, en qui il « puisse assurément se fier, qui n'ait point de dessein particulier autre « que le sien, qui n'ait part avec les uns ou les autres de ses ennemis. « Car, depuis qu'un roy fait cognoistre qu'il craint quelqu'un dans son a royaume , qu'il y a quelqu'un qui peut estre plus grand que luy, il n'a « plus de majesté, il n'est plus rien, tout le monde court à cestuy là. « Si nous ne pouvons estre libres , à tout le moins nous ne voulons avoir n qu'un maistre. Si ce maistre là a un autre maistre par dessus luy, in- « continent nous laissons le premier pour courir au dernier. C'est le u naturel de l'homme. » (Page. 7)

38o INTRODUCTION.

Sedan par force ou par alliance de mariage, il les laissa au duc de Lorraine et aux siens, ainsi que nous dirons cy après. L'occasion de cela fut que le Pape manda un bref au duc de Guise à ce qu'il n'eust à poursuivre nulle alliance des siens avec l'heritiere de Bouillon, et qu'il eust à se comporter avec fidélité envers le Roy son souverain seigneur. Du depuis le duc fit proposer le mariage de son fils le prince de Ginville avec une des niepces de Sa Saincteté, ce qui toutesfois n'est venu à effect.

Le duc de Guise donc assembloit des forces à Paris, tous ses amis l'y venoient trouver. M. d'Antragues, gouverneur d'Orléans, et M. de LaChastre, gouverneur de Berry, avec leurs amis, se rendirent aussi auprès de luy. Cependant le Roy est à Chartres. M. d'Espernon l'estoit venu trouver au retour du voyage de Normandie, où il avoit esté prendre possession de ce gouvernement; mais comme le Roy vid que le duc de Guise et les Seize ne prenoient leur plus grand prétexte que sur l'amitié et sur les biens-faicts qu'il avoit faicts au duc d'Espernon, il luy commanda de se retirer en Angoumois et en Xaintonge.

Il luy fit expédier les lettres pour commander en ces provinces là, et à l'instant il partit pour s'y en aller, après qu'il eut cédé et quitté celles de gouverneur de Normandie, dont à l'heure mesme le Roy en fit pourvoir M. le duc de Montpensier qui l'estoit venu trouver; comme aussi incontinent se rendirent auprès de luy tous les officiers de la couronne, tous les seigneurs de qualité, et ses forces se trouvèrent incontinent bastantes pour faire ranger les plus remuans en leur devoir; mais la Ro3me mère l'asseura qu'elle partoit de

Paris pour l'aller voir, qu'elle esperoit que tout se pacifieroit, et qu'elle devoit aussi amener quant et elle les députez de la ville de Paris, qui avoient à luy présenter une requeste, et qu'il valloit mieux composer doucement ces derniers différents que non pas les aigrir.

Les capuchins de Paris allèrent tous en procession à Chartres; und'entr'eux, quand ils furent prez l'église Nostre-Dame, portoit une fort grande croix, comme on peint que nostre Seigneur Jesus-Christ la portoit en le menant au mont de Calvaire , voulans par là représenter que le Roy des roys avoit porté sa propre croix, et qu'il avoit enduré d'estre soufleté et batu, et toutesfois qu'il avoit pardonné à ceux qui luy avoient faict ces outrages; toutes ces choses se feisoient par ces bons religieux, pour préparer le Roy à pardonner et à appaiser sa juste colère.

Le cardinal de Bourbon, le duc de Guise et tous leurs amis se trouvèrent aussi en une procession qui se fit aux faux-bourgs Sainct Germain pour supplier Dieu de destourner les grands maux qui estoient pronostiquez à la France par la conjonction qui se faisoit au ciel de deux grandes planettes. Ils sont bien d'accord qu'il adviendra de grands maux, ils prient Dieu de les destourner, et toutesfois ils ne s'aydent du pouvoir qu'ils avoient entre leurs mains d'en empescher l'événement , ce qu'ils pouvoient faire se contenans dans les bornes de la juste obeyssance qu'ils dévoient à leur roy, et qui par ce moyen eust donné le repos à ses subjects, et à eux une plus longue vie.

La Royne mère arrive à Chartres : elle présente au Roy les députez des princes et de Messieurs de la ville de Paris. Ils firent ceste harangue estans proster-

nez aux pieds de Sa Majesté : « Que si, en nostre doleance générale et commune, Vostre Majesté trouve quelque proposition un peu plus libre que de coustume, nous la supplions très-liumblement qu'elle se resouvienne de son commandement, du propre interest de son service et du grief de ses pauvres subjets : sa clémence veut que nous disions nostre mal, et le mal qui nous presse le plus, c'est le dommage et le préjudice que ces derniers accidens entr'autres ont apporté au service de Vostre Majesté. De sorte que si nous en parlons autrement que nous ne fismes jamais, nous ressemblerons à celuy qui, ayant esté muet (•) toute sa vie, ne commença point à parler que quand il vid l'espée tirée pour blesser son père, son seigneur et son roy , car lors la nature rompit les obstacles, et s'escria : « Ne faictes pas mal au Roy. » Sire, la passion que nous avons à vostre service comme de nostre père, nostre roy, maistre et seigneur, nous fait rompre à ce coup nostre long silence pour faire un semblable cry : Ne faites pas mal au Roy, ne le divisez point de ses bons subjects, de sa noblesse, des officiers de sa couronne, de ses princes, de ses cours souveraines, de ses finances, de sa grandeur. Ne luy ostez point l'honneur de son zèle, de sa pieté, de sa justice, de sa clémence, douceur, bonté et humanité tant renommées, tant esprouvées , tant haut louées ; car si quelquesfois par le passé il a esté, certes, par ce dernier accident de Paris, tel danger a semblé plus proche que jamais, et c'est aussi le grief qui faict que nous parlons avec beaucoup de ressentiment, pour ce qu'il nous a touché du mesme

CO Celuy qui ayant este muet. Le fils de Crésns, lorsque Cyrus prit la ville de Sardes.

péril. Que si Vostre Majesté avoit entendu la chose comme elle est passe'e, elle auroit desjà veu assez quel subject nous avons de nous en lamenter ; mais, puis qu'elle ne l'a pas sceu, nous pouvons tant plus espérer qu'elle supportera les cris de ses pauvres sujets innocens qui l'appellent et l'invoquent elle seulle en ce monde, après Dieu, contre ceux qui, abusans de son authorité, les ont voulu si honteusement perdre et massacrer. C'est chose. Sire, que j'ay charge de représenter à Vostre Majesté de la part des princes comme tellement véritable, qu'ils offrent de le bien vérifier quand il luy plaira qu'il en soit informé. En ceste concurrence donc de tant de justes plaintes, nous supplions très -humblement Vostre Majesté de prendre de bonne part nos très-humbles remonstrances, et croire, pourveu que nous puissions vivre asseurez sous sa protection en la religion, de laquelle elle nous donne si bons exemples, qu'il n'est rien advenu qui nous puisse oster la dévotion que nous avons à l'exécution de toutes ses volontez, et l'entière obeyssance de ses commandemens, et qu'il n'y a sorte d'humilité, submission et satisfaction que nous ne soyons disposez de luy rendre, non seulement en parole, mais en effect. »

Après que la harangue fut achevée, ils présentèrent leur requeste, laquelle contenoit plusieurs demandes, la plus-part tirées des articles faicts à Nancy, et supplioit par icelle le Roy,

I. D'extirper les hérétiques, et de joindre ses armées avec celles de la ligue,

II. De chasser le duc d'Espernon et le sieur de La Valette son frère (qu'ils accusoient d'estre autheurs

du desordre en tous les bons reiglemens et police de France, d'avoir mis en leurs coffres toutes les finances de France , d'avoir attenté aux principaux offices de la couronne, et faict esloigner d'auprès de Sa Majesté beaucoup de ceux qui le pouvoient bien et fidellement servir), les esloigner de sa personne et de sa faveur, les despouiller de toutes les charges et gouvernements qu'ils tenoient en ce royaume sans les avoir méritez , et abolir la pratique des comptans et tous les abus qu'ils avoient introduits.

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