‹ Depuis le règne de Phillippe-Auguste, jusqu'au commencement du dix-septièmeChapitre 7 sur 23 · NOTICE SUR LE CAPITAIIVE MERLE · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LE CAPITAIIVE MERLE

linëe de la Saint - Barthëleni}' ; et la guerre civile s'e'tant bientôt rallume'e , Merle vit une nouvelle carrière s'ouvrir devant lui.

Le désordre e'toit à son comble, surtout dans les provinces méridionales du royaume : les protcstans, partout proscrits, manquoient de cbefs, et se rallioient aux hommes déterminés qui se présentoient pour les commander. Il en résulta qu'un assez grand nombre d'aventuriers sans éducation et sans naissance se firent chefs de partisans ; et Merle, qui n'avoit encore que vingt-quatre ans, devint bientôt l'un des plus fameux. N'ayant d'ajjord que trente hommes sous ses ordres, il vit peu de temps après sa troupe s'accroître par les succès inespérés qu'il o])tint.

Dévoué à la cause qu'il avoit embrassée, sans cependant bien comprendre les motifs qui divisoient les deux partis, il fit la guerre dans le Gévaudan, dans les Cevennes, dans le bas Languedoc et dans l'Auvergne. On n'entrera pas dans le détail de ses exploits, que ses Mémoires retracent, mais on observera qu'il avoit tellement acquis la confiance de ses soldats, qu'il réussissoit avec eux dans des entreprises qui sembloient impossii)les : il suffisoit qu'il fiit à leur tête pour qu'ils se crussent invincibles. Ne vivant que de pillage, puisque sa troupe ne recevoit aucune solde, il observoit cependant la discipline la plus exacte dans les lieux où il trouvoit de la soumission, et son historien observe que les soldats qu'il commandoit ji eussent osé y toucher un œuf sur leur vie. Homme d'exécution, capable des coups les plus hardis, poussant toujours le courage jusqu'à la témérité, mais quelquefois cruel, il s'éLoit fait la plus grande réputation dans son pai li. « Nous

ET SUR SES MÉMOIRES. 2l3

« aurons Merle, e'crivoit, en 1587,. le duc de Mont- « pensier à nn autre chef de partisans : comme vous, « il est un peu délabre' d'hommes , mais avec lui j'atta- « querois l'enfer, fust-il rempli de cinquante mille « diables. » Henri iv, qui n'ëtoit encore que roi de Navarre, partaj^^eoit cette opinion, et il mit plus d'une fois à l'épreuve l'intrépidité incroyable du capitaine.

Merle, étant devenu riche, acheta, en i583, les terres de Salavas et de la Gorce, et il se fit alors appeler le baron de Salavas, titre sous lequel il fut moins connu que sous le nom vulgaire qu'il avoit su rendre fameux. Un contemporain nous a laissé le portrait de cet homme extraordinaire : « Sa taille, dit-il, « estoit moyenne et son corps épais 5 il estoit boisteux , « la couleur de ses cheveux et de sa barJje estoit « blonde; il portoit deux grandes moustaches relevées, « et semblables à deux dents de sanglier ; ses yeux giis « et furieux s'enfonçoient dans sa tête, son nez estoit « large et camus; il estoit cruel et barbare. »

Le marquis d'Aubais, à qui nous devons les Mémoires de Merle, s'est trompé en disant qu'il étoit mort au commencement de i584, et les premiers éditeurs des Mémoires relatifs à l'histoire de France ont partagé cette erreur. 11 est certain que ce capitaine poussa beaucoup plus loin sa carrière, puisque la lettre du duc de IMontpensier que nous avons citée est du mois de janvier iSS", et qu'à la lin de cette année, après la bataille de Coutras, Merle fut envoyé à Nîmes par le roi de Navarre. Au reste , la date de sa mort

est Ignorée.

Ses Mémoires, qui malheureusement ne sont pas complets, furent rédigés par le colonel Gondin son

2 l4 KOTICE SUR LE CAPITAINE MERLE ET SUR SES MÉM.

compagnon d'armes. Le manuscrit, qui avoit fait partie de la bibliothèque précieuse du président de Thou, tomba, dans le dix-huitième siècle, entre les mains du marquis d'Aubais, qui le publia dans le second volume du recueil intitulé : Pièces fugitives pour servir a l'Histoire de France.

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