DIAGNOSTIC
A. — Diagnostic positif
Le diagnostic positif de la dermatite des prés d’Oppenheim se fera dès le premier coup d'œil pourvu que l’on ait eu antérieurement occasion d’en observer un cas.
Il sera basé sur :
a) La topographie de l’éruption parties découvertes du corps, points où la peau entre en contact plus appuyé avec le sol : bras, coudes, cuisses, dos, épaules ;
b) La disposition de l'éruption : En stries linéaires ou arciformes, entrecoupées, entrecroisées en figures géométriques qui ne peut évoquer que l’idée d’une éruption artificielle d’origine externe.
c) L’anamnèse : Surtout emportera le diagnostic, douze, vingt-quatre, trente-six ou quarante-huit heures avant, on fera préciser au sujet de l’emploi de son temps et on retrouvera toujours, ou bien un bain de soleil dans l’herbe après un bain de rivière, ou bien un bain de soleil dans l’herbe après une promenade ayant entrainé une importante sudation.
RG DNS et B. — Diagnostic différentiel
Le diagnostic différentiel se pose avec quelques affections variables avec le stade d’évolution de la dermatite bulleuse.
Période d’incubation.
A ce stade, il n’existe dans la dermatite d'Oppenheim qu’un certain degré d’érylhème acccompagné d’une sensation d’ardeur ou de prurit.
On pourra hésiter avec :
1. LE cour DE soLeiL dans sa force simple érythémateuse de brûlure du premier degré. Ce qui guidera le diagnostic dans ce cas, c’est la topographie des lésions. En effet, dans la dermite d’Oppenheim, les lésions sont réparties en placards situés aux points de contact du corps avec le sol. Dans le coup de soleil au contraire, les lésions consistent en nappes de plus grande étendue, et situées aux points d'exposition au soleil, c’est-à-dire :
nez, front, nuque, région présternale, face externe des
, bras, des cuisses, des jambes.
2. ERYTHÈME VENIMEUX par piqûres ou morsure de divers insectes : Abeilles, guêpes, frelons, moustiques, chenilles, etc., mais dans ce cas, on retrouve en général la trace de la morsure ou de la piqüre, qui d’ailleurs a été le plus souvent perçue.
Une mention spéciale doit être faite de la dermite provoquée par les aoutats. Cliniquement d’ailleurs, les aoutats provoquent surtout un érythème urticarien mais ce qui.est pathognomonique, c’est que la papule
MiLLANT 3
urticarienne est centrée par un poil ; c’est en effet à la base du poil à l’orifice du follicule que se fixe laoutat, petit point rouge de un quart de millimètre environ.
On a voulu (Carle, de Lyon) confondre la dermite d’Oppenheim avec l’éruption due aux aoutats ; les antécédents en effet sont souvent les mêmes : Promenade nupieds au bord d’un ruisseau, bain de soleil dans un pré. Mais, d'une part la dermite d’'Oppenheim n'est jamais aussi prurigineuse que la dermite due aux aoutats ; d'autre part, Pexamen des lésions à la loupe permettra toujours de retrouver dans les follicules pileux des aoutats.
3. LeS ÉRYTHÈMES CHIMIQUES EXTERNES par application de diverses substances irritantes : Acides dilués, alcalis, chloroforme, mercure, teintures, étc. Dans ces différents cas, sauf si l’on a affaire à des éruptions volontairement simulées, on retrouve sans peine les antécédents.
4. Les ÉRYTHÈMES INFECTIEUX localisés (lymphangites) ou généralisés exanthèmes de toutes les maladies infectieuses qui ont leur aspect et leur topographie caractéristiques et s’accompagnent de manifestations viscérales et de phénomènes généraux.
5. Les ÉRYTHÈMES ALLERGIQUES OU BIOTROPIQUES par introduction dans l’organisme d’une substance toxique Erythèmes médicamenteux, sériques ou alimentaires ou bien érythèmes auto-toxæiques secondaires à des troubles gastro-intestinaux, hépatiques, rénaux ; érythèmes chez des urémiques, diabétiques, etc.
Ce qui est caractéristique dans toutes ces éruptions,
Na Le
c'est la rapidité d'apparition, la généralisation ou en tout cas la symétrie.
Les antécédents sont, en général, faciles à faire préciser dans les érythèmes médicamenteux : Absorbtion de balsamiques (cubèbe, santal, copahu) d’aspirine ou antipyrine, de barbiluriques de mercure, de laxatifs à base de phénolphtaléine, de sels de bismuth, traitement par des sels d’or, par l’arsenic.
S'it s’agit d'érythèmes secondaires, rechercher l’affection viscérale en cause.
Période d'état.
À la période d'état, il faut préciser le diagnostic des vésicules et bulles ; on pourra donc envisager la possibilité de diverses affections bulleuses :
ZonA : Caractérisé par une éruption aiguë de vésicules groupées sur des plaques érythémateuses disposées sur le territoire d’un nerf ; ce qui est différentiel dans Île zona, c’est la topographie sur un irajet nerveux, Pévolution de lPéruption ou plusieurs poussées séparées de vingt-quatre à quarante-huit heures, l’évolution des vésicules dont le contenu devient rapidement opalescent puis purulent, parfois hémorragique, enfin le ganglion et les douleurs névralgiques.
Herpès : Bouquet de vésicules sur une base érythémateuse, l’herpès siège généralement à la face ou dans la région génitale. Les vésicules sont différentes de celles de la dérmite des prés puisque leur contenu est louche, opaque, et qu’il est inoculable à la cornée du lapin.
VARICELLE : La vésicule de la varicelle repose sur une
Lo
base érythémateuse mais non sur une strie ou.un placard érythémateux. Les vésicules de la varicelle sont éparses sur tout le corps, elles y existent à différents stades de leur évolution,enfin il y a des signes généraux : état saburrhal des voies digestives, etc.
SrroPHULUS : La vésicule du strophulus repose sur une papule urticarienne, les papulo-vésicules sont réparties sur tout le corps, non groupées, et entraînent un prurit caractéristique. j
HERPÈS CIRCINÉ PARASITAIRE Ou épidermophytie érythémato-vésiculeuses est constitué par des plaques érythémateuses à contours circinés, les vésicules sont disposées en couronne à la périphérie de ces plaques réalisant un aspect annelé typique. Le contrôle de laboratoire peut être fait par les intra-dermo et épidermoréactions à la trichophytine.
DERMATITE POLYMORPHE DOULOUREUSE de L. Brocq et la DERMATITE POLYMORPHE de Duhring ont pour caractéristique le polymorphisme de l’éruption composée d’érythèmes, de papules, de vésicules, de bulles, de pustules ei de croûtes, l’éruption survenant par poussées et étant récidivantes. Dans les formes très limitées de dermatose de Dubring, on peut trancher le diagnostic par le laboratoire, l’éosinophilie intense du liquide des bulles étant pathognomonique. |
HYDROA-VACGINIFORME de Bazin ou Summer, éruption d'Hutchinson. Le diagnostic avec cette éruption est intéressant surtout en ce sens que l’une et l’autre affection font partie de la série des lucites bien individualisée par M. le Professeur Gougerot.
Ce qui est caractéristique dans l’hydroa-vacciniforme de Bazin, c’est l’évolution de l'élément qui passe par différents stades pour arriver à son aspect pathognomo: nique : Lenticulaire ou nummulaire, vacciniforme, ombiliqué à centre brun noirâtre et déprimé entouré par la collerette épidermique reliquat du soulèvement bulleux primitif, en dehors de la collerette s'étend l’aréole inflammatrice.
De plus, l’hydroa-vacciniforme de Bazin se produit par poussées récidivantes, la première apparaissant dans le jeune âge (deux à cinq ans, les autres chaque année dans les mois insolés c’est-à-dire de mai à septembre jusque vers vingt à vingt-cinq ans.
ERUPTION BULLEUSE ARTIFICIELLE : Enfin, on pourra avoir affaire à une éruption bulleuse artificielle, soit de cause externe : lumière vive, chaleur, rayons X,produits caustiques : soit médicamenteux : antipyrinides bulleuses, iodides bulleuses ou toutes autres toxidermies
bulleuses.
Séquelles.
A la période où il ne reste plus de la dermatite d’Oppenheim que la pigmentation typique, on devra faire le diagnostic avec:
1. LA PIGMENTATION CONSÉCUTIVE À UN PITYRIASIS VER- SICOLOR ACHROMIANS : Là, il s’agit de petites taches blanches sur une nappe foncée ; ces macules achromiques correspondent aux anciennes taches de pityriasis où la peau ne s’est pas pigmentée, c’est le négatif de l’éruption primitive de pityriasis versicolor : l’éruption en négatif de Gougerot.
2. LES PIGMENTATIONS DUES A L'EMPLOI DES ESSENCES PAR- FUMÉES, ce sont des pigmentations en coulées, en breloque, en traînées, elles sont produites par l’exposition au soleil de la peau imprégnée d’un photosensibilisateur tel que l’essence de bérgamotte, la vanilline, etc. Ces pigmentations d’ailleurs sont voisines comme pathogénie de la dermite d’Oppenheim : ce qui diffère, c’est la nature du photosensibilisateur, et le fait que dans la pigmentation des essences parfumées, il n’y a pas auparavant d'éruption érythémato-vésiculo-bulleuse.
3. — PIiGMENTATIONS ARTIFICIELLES LOCALISÉES : Dues à la chaleur par l’usage prolongé de compresses chaudes ou par usage habituel de chaufferettes : c’est une pigmentation en réseau « cutis marmorata pigmentosa ».
Dues à la compression : pigmentation au niveau d’un bandage herniaire, de jarretières, de corsets, etc.
Dues à l’application d’une substance pigmentaire : Nitrate d'argent, teinture d’iode, chrysarobine, etc.
4. — PIGMENTATION AU COURS DE LA sypiLis : Collier de Vénus de la période secondaire, à localisation spéciale au cou ou aux aisselles et d’aspect caractéristique accompagnant d’ailleurs les autres manifestations de la syphilis secondaire.
Syphilides papuleuses pigmentaires « Ce type emprunte sa Caractéristique à un reliquat post éruptif consistant en une suffusion pigmentaire que laisse après elle l’éruption. A la période d'état, c’est seulement une syphilide papuleuse, à papules assez confluentes, assez
RE
larges, assez importantes comme développement mais c’est après la phase éruptive que la gravité du {ype se révèle par l’apparition à mesure qu’elles s’effacent d’une pigmentation grisâtre, gris noirâtre, noirâtre même. Or, cette pigmentation est éminemment persistante et rebelle à toute médication, Elle ne s’efface que peu à peu avec le temps (A. Fournier).
Diagnostic des accidents cutanés causés par la lumière
Cette partie du diagnostic différentiel n’envisage pas le point de vue clinique (chacune des lucites possédant son individualité et ses caractères distinctifs mais le point de vne du mécanisme pathogénique). Dans quelle catégorie doit-on faire rentrer la dermite d’Oppenheim ? | l
Schématiquement, on peut classer les accidents cutanés causés par la lumière en quatre groupes (29).
1. LUCITES PAR PHOTOTRAUMATISME : Actinite, coups de soleil. Dégénérescence de la peau sous l’influence de la lumière : Radiolucites de Gougerot (35), cancer des gens de mer de Ünna, kératoses séniles.
Dyschromies durables ou passagères révélées par les rayons : Ephéiides, Vitiligo.
2. LUCITES PAR LUMINOSENSIBILISATION : Les photosensibilisateurs pouvant être exogènes (sensibilisation thérapeutique ou professionnelle). Acridinisme de Jausion et Marceron (28) par traitement à la gonacrine. Eosinisme de Prime par ingestion de tétrabromo-fluores-
ceine chéilites d’Audry (32) par usage de rouges à l’éosine, dermite des ouvriers travaillant dans le goudron (30), dermite des ouvriers préparant la confiture de figues (3r). D’autres photosensibilisateurs sont endogènes. Dans le cas des pellagres animales et humaines, des xeroderma pigmentosuin, de l’hydroa vacciniforme de Bazin.
3. LUCITES PAR ACTINO-ANAPHYLACTOSE de mécanisme complexe, nécessitant l'intervention de quatre facteurs : la lumière, son catalyseur, un antigène et un sujet sensible.
Dans ce groupe, on peut classer les urticaires (36) et eczéma solaires et les prurigos d’été du type Hutchinson.
h. LUCITES PAR PHOTOBIOTROPISME Où aclino-dermatoses photomicrobiennes dans lesquelles la lumière ne joue qu’un rôle secondaire favorisant la virulence des microbes cutanés, stimulant leur activité.
C’est le cas des acnés, furoncles, impetigos, herpès, lupus érythémateux (33) à topographie élective dans des régions découvertes et d’apparitions rythmées par les insolations. |
Ravaut et Desbucquois ont insisté sur l’action localisante du traumatisme lumineux vis-à-vis de certains tuberculides du type lichen scrofulosorum, tuberculides papulo-nécrotiques.
Il semble que c’est à la catégorie des lucites par luminosensibilisation que l’on doive rattacher la dermatite des prés. Mais ce qu’il y a de spécial dans cette affec-
LT Ur
tion, c’est que le sensibilisateur est complexe exogène (chlorophylle n’agissant qu’en milieu humide) et endogène (état humoral spécial) puisque tous les individus sains ne sont pas aptes à être sensibilisés à la lumière par la chlorophylle.
RECHERCHES PATHOGÉNIQUES
On eut de touttemps recours à l'expérimentation pour éclairer la pathogénie de la dermatose bulleuse d’Oppenheim.
Fortig en 1928 fait des intradermo-inoculations avec le liquide de leurs bulles à ses trois malades et à un témoin ; ses résultats sont négatifs.
La même année, Hartmann et Briel essaient de reproduire artificiellement la dermite des prés en appliquant sur la peau de plusieurs sujets des plantes fraîches de pissenlit, panais et plantin, leurs résultats sont négatifs.
Phyladelphy en 1929 fait une série d'expériences où il utilise en applications des feuilles fraîches de plantes croissant sur le bord des rivières : achillée, renoncule, ache des marais, pissenlits ; il obtient ainsi un érythème légèrement urticarien. Avec un extrait alcoolique d’achillée, il reproduit une dermite érythémato-bulleuse.
En 1929, Oppenheim et Fessler font une série d’expériences en appliquant sur la peau après frottement, une solution à 1 % de silicate de soude. Chez un malade an-
AY. a
térieurement atteint de dermite d'Oppenheim et chez un autre antérieurement indemne, ils obtiennent de l’érythème et des vésicules. Chez trois autres sujets les résultats furent négatifs.
Hermann et Siemens font leurs expérimentations avec des feuilles fraîches et des extraits de plantes cueillies le long des rivières ; ils ne réussissent dans aucun cas à obtenir des bulles, seul un léger érythème très fugace apparaît parfois.
En 1931, Oscar Gans, sur plusieurs malades ayant présenté une dermite des prés, réalise les expériences suivantes : Après guérison de l’éruption, il place sur la peau de ses sujets des cataplasmes de plantes fraîches et d'extraits préparés à base de ces plantes recueillies sur le bord de la rivière où ils avaient contracté leur éruption. L'un d’entre eux, dix minutes après l’application, ressent des brûlures analogues à celles de son éruption primitive; vingt-quatre heures après, il présente un erythème avec vésicules et bulles qui laissent une pigmentation qui dura 3 mois. De plus, simultanément sur les parties antérieurement atteintes, il note une réapparition de l’érythème et du prurit. Chez les autres sujets, les mêmes expériences sont restées enLièrement négatives.
En 1934, Kitchevatz publie les résultats d’une longue expérimentation qui semble très démonstrative :
Dans une première série d’expériences il procède, sur un sujet déjà atteint de dermite des prés, à des applications de chlorophylle (extrait aqueux d’épinard et solution de chlorophylle du commerce). Ces applica-