‹ Dernier amour (volume 2)Chapitre 20 sur 91 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

lui, si aimant, si fidèle, si loyal, a pu me tromper bassement, ignoblement?...

LE MARQUIS, doucement.

Un mari ne trompe pas bassement et ignoblement, quand sa femme ne sait rien... Le soin qu'il a pris de se cacher, témoigne de ses égards pour elle... Mon Dieu! La rage que vous avez de tout pénétrer et de tout connaître, vous autres femmes mariées, au risque de vous déchirer le cœur, est bien ce qu'il y a de plus déraisonnable au monde I La fidélité conjugale, que vous exigez, est une rareté presque introuvable... Si j'étais à votre place, au lieu d'ouvrir mes yeux ' tout grands, pour mieux voir, je les couvrirais avec mes mains pour être plus sûrement aveugle... Ne demandez pas à un homme ce qu'il ne peut pas vous donner, et contentez-vous de ce qu'il vous offre, son assiduité, sa bonne grâce, son égalité d'humeur. Voilà ce qui assure le bonheur de tous les jours... Pour le reste, c'est du roman, laissez-le aux livres et ne l'introduisez pas dans la vie.

Hélas! n'est-ce pas là pourtant ce qui en fait le charme? N'est-ce pas cette petite fleur de poésie qui met la pensée en fête et qui embaunie le cœur? Sans cet au delà que reste -t-il ? Le terre à terre de l'existence, la banalité du monde, l'horreur. de vivre! (Avec des larmes dans la voix.) Tenez, je pense à mon arrivée à Paris, après mon deuil, lorsque depuis dix-huit mois j'étais séparée d'Armand. Je le vois entrer. 11 s'était arrêté à trois pas de moi tout pâle, puis un mouvement irrésistible le jeta à mes pieds, presque dans mes bras. Gomme il m'aimait alors, que de douces paroles, que de tendres confi.dences ! Peu à peu le jour avait baissé, et nous restions la main dans la main, les yeux dans les yeux, causant de l'avenir, sans souci du temps

écoulé... Voilà, mon ami, les seules heures qui comptent dans la vie, le reste n'existe pas et ne vaut pas la peine d'être défendu. Oui, vivre ainsi, dans la confiance, la douceur et la joie... ou ne plus vivre I

LE MARQUIS

Mina!

LA COMTESSE

Oh! Je suis de sang-froid, maintenant. Je me retrouve. Mais je n'en deviens pas beaucoup plus raisonnable. Je vous remercie de tout ce que vous venez de me dire de sensé tout à l'heure. Il est certain qu'un peu de scepticisme et beaucoup de patience assureraient mon repos. Mais qui me les donnera? Vous savez que j'ai un esprit exclusif et une âme ardente. N'essayez donc plus de m'amener à des accommodements incompatibles avec mon caractère... Aidez-moi de votre expérience. Donnezmoi le moyen de pénétrer le mystère que je veux éclaircir...

LE MARQUIS

Vous avez la fièvre, ajournons la fin de cet entretien...

LA COMTESSE, avec fermeté.

Non, aucun délai, aucun retard.

LE MARQUIS

Ah!... Alors, ma chère, si je vous ai bien comprise, vous venez de me demander, en termes vagues, mais enfin de me demander de vous faciliter la surveillance de votre mari. Pour appeler les choses par leur nom : de le faire espionner, filer, et d'avoir un rapport sur ses faits et gestes... Je ne me trompe pas, c'est bien là, n'est-il pas vrai, ce que vous désirez?

LA COMTESSE, après une hésitation et avec effort.

Oui, c'est cela que je désire.

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