ACTE DEUXIÈME
LUCIE
Oh! cela ne suffit pas... Maintenant que je vous ai dit qui je suis, vais-je enfin, à mon tour, apprendre qui vous êtes? Car vous m'avez interrogée et il me tarde de savoir à quel titre et de quel droit?... Vous veniez de lapartdeM. deFontenay ? Gomment se fait-il qu'il ne m'ait pas annoncé votre visite?,.. Il sort d'ici.
LA COMTESSE, avec douceur.
Je le sais... Oh! ne vous étonnez pas... Rien de ce qui l'intéresse ne me reste étranger.
Madame !
LA COMTESSE
Ne regrettez rien de ce que vous m'avez dit... Je suis renseignée maintenant sur vos véritables sentiments... Je vous ai fait subir une épreuve, et vous l'avez bien supportée.
LUCIE
Mais, madame, quel intérêt si grand aviez-vous à connaître ce que je pense ?... Tout à i'iieure vous m'avez presque menacée, et à présent vous me parlez avec douceur... Est-ce encore un piège que vous me tendez? Il y a entre nous un mystère qu'il faut que je pénètre.
LA COMTESSE
Ce que vous voulez savoir, le comte, quand vous le reverrez, vous l'apprendra lui-même. Soyez patiente.
LUCIE, avec une violence grandissante.
Et si je ne veux plus l'être?... J'ai été une fois déjà votre dupe... Tout dans votre attitude et dans votre langage est fait pour me troubler... pour m'irriter... Je veux que cela cesse... (La comtesse fait un
mouvement vers le fond.) Ohl n'essayez pas de sortir. Je vous en empêcherais ! Je ne suis pas allée à vous, c'est vous qui êtes venue à moi... Il est certain que vous connaissez intimement le comte... Alors qui donc êtes-vous?
LA COMTESSE, avec gravité.
La comtesse de Fontenay.
LUCIE, avec stupeur.
Sa femme?
LA COMTESSE
Sa femme.
LUCIE, après un temps.
Madame, si vous vous étiez nommée en passant le seuil de ma maison, vous auriez évité toute équivoque... (Avec amertume.) Mais peut-être vous croiriez-vous moins bien renseignée qu'en ayant gardé l'incognito... Rien que pour cela je ne regrette pas que vous soyez venue chez moi avec un masque, car ce qui m'importe, c'est qu'en me quittant vous ne conserviez aucune arrière-pensée.
LA COMTESSE, avec vivacité.
Eh I 11 ne s'agit plus de votre sincérité, mais de la sienne... Il vous avait laissé ignorer mon existence?
LUCIE
Gomme il vous avait laissé ignorer la mienne.
LA COMTESSE, avec colère.
Ainsi, à l'une et à l'autre, il mentait!
LUCIE, réfléchissant.
Cependant, attendez encore avant de le condamner.
LA COMTESSE
Allez-vous le défendre ?