ACTE DEUXIEME
LUCIE, gravement.
Pourquoi pas, si c'est juste?
LA COMTESSE
Et comment?
LUCIE
Dès notre première entrevue, il m'a proposé de me faire reconnaître par tous les vôtres... C'est moi qui ai refusé.
LA COMTESSE
Pourquoi?
LUCIE
Parce qu'ils avaient mis autrefois mon père et ma mère au ban de la famille, et que je m'étais promis de leur rendre dédain pour dédain... (souriant.) Et puis, je suis une sauvage et j'ai voulu qu'on me laissât à ma sauvagerie...
LA COMTESSE, doucement.
Vous aurais-je donc fait peur?
LUCIE
C'est probable.
LA COMTESSE, de même.
Et maintenant?
LUCIE
Maintenant, je vous connais. Vous êtes entrée ici par ruse. Vous m'avez surprise sans défense. Il m'a bien fallu vous regarder et vous écouter... Malgré votre emportement, je vous ai devinée bonne... Vous avez pleuré et mon chagrin a sympatliisé avec le vôtre... Vos soupçons, qui pouvaient m'oflfenser, je les ai déjà oubliés, et de tout ce que j'ai vu et entendu, depuis une heure, je ne me rappelle que vos larmes, et la douceur de votre voix.
LA COMTESSE, avec effusion.
Ail I chère enfant... Il y a longtemps que nous devrions nous connaître et nous aimer. Mais nous rattraperons le temps perdu.
LUCIE, souriant.
Vous ne me soupçonnez donc plus?
LA. COMTESSE
Vous?... Non, eertesl... Avouez pourtant que mes inquiétudes étaient justifiées... Mais vos explications si franches, m'ont promptement convaincue.
LUCIE
Que Lucie Andrimont est bien la cousine-germaine de votre mari, par conséquent votre parente.
LA COMTESSE
Et qu'étant seule, livrée à elle-même, désormais sa place doit être auprès de moi... (un silence.) Vous ne répondez pas?
LUCIE, avec embarras.
Je crains de vous mécontenter.
LA COMTESE, très agitée.
Refusez-vous donc mon offre?
C'est ce que l'état de mon esprit et l'indépendance de mon caractère me conseillent.
LA COMTESSE, à part.
Tous deux libres, alors, de continuer à se voir... et loin de mes yeux?... Oh! c'est impossible, (a Lucie.) Ainsi, vous voudriez vivre retirée... comme par le passé?
LUCIE
Je suis en deuil... et ma solitude me sera précieuse.