ACTE TROISIEME
PAUL
Suis-je importun ? Je vais m'en aller.
LUCIE
Non, vous n'êtes pas importun... Vous êtes même agréable... Etes-vous content?
PAUL
Je serais content, si j'étais silr que vous pensez co que vous dites.
LUCIE
Pourquoi le dirais-je, si je ne le pensais pas?... J'ai plaisir à causer avec vous... De tous ceux qui sont ici, vous êtes le seul qui connaissiez mon pays... Entre vous et moi, cela a tout de suite établi de l'intimité. Cependant n'allez pas en conclure que vous m'êtes indispensable et qu'il me manque quelque chose quand vous n'êtes pas làl
PAUL
Croyez que je donnerais beaucoup pour que cela fût.
LUCIE
Vous n'êtes pas médiocrement ambitieux I
Beaucoup plus encore que vous ne le soupçonnez... A moins que vous n'ayez lu dans mon cœur...
LUCIE
Je ne sais pas lire dans ces livres-là.
PAUL, assis.
On peut vous faire la lecture.
Vous seriez peut-être bien embarrassé si je vous disais: Allez, je vous écoute.
PAUL
Non. Car tout peut se résumer en trois mots que j'ai sur les lèvres depuis huit jours, que je hrùle de prononcer, qu'une timidité absurde a retenus jusqu'ici et qui sont les plus doux qui existent quand on les adresse à une femme telle que vous et qu'on y fait tenir son avenir tout entier : trois petits mots qui en disent bien long: Je vous aime.
LUCIE, le regardant.
Vous m'aimez?
PAUL
De toute mon âme.
LUCIE, gaîment.
C'est bien de l'honneur pour votre humble servante, monsieur le baron.
Vous n'êtes pas sérieuse, mademoiselle Andrimont.
LUCIE , railleuse.
Pas sérieuse ! Grand Dieu ! je le crois bien ! Mais si je l'étais, je me fâcherais tout rouge et je vous prierais d'aller rejoindre madame de Jessac et madame Trésorier qui remuent des petits cartons pour tuer le temps, et de leur consacrer vos amplifications galantes.
PAUL, avec humeur.
Il y a beau temps que je leur ai dit tout ce que j'avais à leur dire.
LUCIE
Bravo ! Et vous croyez que je vais causer avec vous après un tel aveu? Pour qu'un jour vous disiez à mademoiselle ou à madame n'importe qui,