ACTE TROISIEME
en parlant de moi, ce que vous venez de dire de ces dames, avec une fatuité superlativement impertinente ?
PAUL
Vous ne me comprenez pas. Il y a dix ans que je suis le camarade de madame Trésorier et de madame de Jessac... Nous nous connaissons trop pour nous mettre en frais les uns pour les autres...
LUCIE
De sorte qu'avec moi, c'est le piquant de l'inconnu ?
Que vous êtes méchante ! Vous savez pourtant bien que je suis sincère. Ne vous êtes-vous pas aperçue qu'une transformation s'est faite en moi ? Le vide de l'existence, de plaisir que j'ai menée jusqu'ici m'est apparu. Des idées qui ne m'étaient jamais venues, régulières, droites, dont j'aurais ri autrefois, se sont imposées à mon esprit, et c'est votre douce et charmante influence qui me les a inspirées. A vous voir sérieuse, raisonnable, j'ai rougi de me sentir si peu de gravité et de sagesse. Et j'ai pris la résolution de faire tous mes efforts pour m'améliorer afin d'arriver, si je puis, à ne pas être trop indigne de vous.
LUCIE, le regardant avec douceur.
Vraiment ! vous avez fait cela?... Et seriez-vous capable de persister dans ces sentiments pendant quinze jours ?...
PAUL
Mais je crois que j'en serais capable pendant toute ma vie. Il me semble, et de très bonne foi, que rien ne me serait plus doux que d'aimer fidèlement et de toutes les forces de mon cœur et de
ne rien voir au delà de mon amour. Voulez-vous en faire l'expérience?
LUCIE, reprenant son ton ironique.
Pourquoi serait-ce moi ? Glierchez une autre victime. Je ne vous ai rien fait. Ayez un peu de pitié.
PAUL
Je ne vous demande que de me permettre de vous aimer.
Je le permets à tout le monde.
PAUL
De vous le dire...
LUCIE
Mais il me semble que vous vous passez fort l^ien de la permission.
PAUL
Et de ne point, de propos délibéré, refuser de vous laisser convaincre.
LUCIE
Vous ne préféreriez pas, tout de suite, mon cœur offert à genoux?
PAUL
Je ne prétends même pas obtenir votre cœur.
LUCIE
Alors?...
PAUL
Votre main me suffirait d'abord. Le cœur viendra après, j'en suis bien sûr.
LUCIE
Présomptueux !..,
PAUL
Ce n'est pas de la présomption, c'est la cons-