‹ Dernier amour (volume 2)Chapitre 66 sur 91 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

LA. COMTESSE, puis LUCIE.

LA COMTESSE

Allons, à tout prix, il faut que je la décide! Si elle consent je suis sauvée.

Lucie paraît au fond.

LUCIE

Vous m'avez fait demander, madame?

LA COMTESSE, s'efiforçant de sourire et avec douceur.

Lucie... J'ai une requête à vous adresser...

LUCIE, très affectueuse.

Une requête, vous, madame, à moi... Dites un ordre... Vous savez que je suis une lille obéissante et que j'ai toujours fait jusqu'à présent toutes vos volontés.

LA COMTESSE

Je sais que vous êtes une bonne et charmante enfant... Avec vous je n'ai jamais eu besoin d'ordonner... J'ai prié et cela a suffi... Mais quoique vous m'ayez accordé beaucoup déjà, je ne vous ai jamais encore rien demandé d'aussi sérieux, d'aussi important.

LUCIE, souriant.

Mon Dieu, madame, vous m'effrayez. Qu'y a-t-il donc?

LA COMTESSE

Il y a queje viens de causer avec M. de Cravant. (Mouvement de Lucie.) C'est, VOUS le savez, un parfait gentilhomme, plein de cœur, un peu léger,

peut-être, mais jusqu'à ce jour, il lui a manqué ce qui donne de In maturité à l'esprit : une affection profonde. Or cette affection, il m'en a fait la confidence, vous la lui avez inspirée. Et pour vous donner un témoignage complet de la sincérité de ses sentiments, il m'a chargée d'en être l'interprète et de plaider auprès de vous la cause de son bonheur.

LUCIE

La cause de son bonheur? En est-il bien sûr? Je vous répondrai ce que je lui ai répondu à luimême... C'est une fantaisie qui passera... (Mouvement de la comtesse.) Oh! il est sincère, en ce moment, vous me le dites et je n'en doute pas, mais il a dû déjà affirmer sincérité pareille, un autre caprice, tout aussi sincère, a dû l'emporter, et les serments de la veille ont été méprisés... Eh bien! qu'il en prenne son parti tout de suite... Il ne lui sera pas difficile d'oublier une femme d'un aussi mince mérite que moi, et il aura au moins cette satisfaction d'avoir respecté mon repos.

LA COMTESSE

Vous déplaît-il à ce point que vous refusiez même d'examiner sa demande?...

LUCIE

Non, certes! C'est un charmant homme, et qui m'est très agréable comme compagnon. S'il veut borner son ambition à des relations de simple amitié, je m'y prêterai du meilleur cœur.

LACOMTESSE.

Alors est-ce donc le mariage qui ne vous convient pas ?

LUCIE, après un temps.

Peut-être. Je n'ai aucun désir d'aliéner ma liberté. Je me trouve très heureuse comme je suis, et je regretterais de changer ce sort, très satisfai-

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