‹ Dernier amour (volume 2)Chapitre 67 sur 91 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

sant, contre un autre qui pourrait l'être moins. La sagesse est de s'en tenir à une honnête moyenne. Le célibat me la'donne. Je serais bien folle d'y renoncer.

LA COMTESSE

En ce moment votre raisonnement est juste, mais, un jour, il cessera de l'être et alors il sera trop tard pour modifier votre existence. Vous avez connu déjà les tristesses de l'isolement. Ne craignezvous pas de les connaître encore? Voyez moi : je n'ai pas d'enfant, la vieillesse vient et, pour me rattacher à la vie, je n'ai que la tendresse de mon mari. (Mouvement de Lucie.) Que deviendrais-je si elle venait à me manquer ? (continuant avec chaleur.) Croyez en mon expérience : ne repoussez pas une affection véritable, faites ce que je vous conseille, tout vous le commande, la raison, votre intérêt, et peut-être celui des autres...

LUCIE, avec trouble, à part.

Celui des autres...

LA COMTESSE, avec anxiété.

Eh bien! Lucie?

Mon Dieu, madame, vous ne me parlez guère que de moi... Mais je ne suis pas seule en cause. Il faut penser aussi un peu à M. de Cravant. Croyez-vous que je sois bien la femme qu'il lui faut? Etes-vous sûre que je pourrai le rendre heureux?

LA COMTESSE

Il vous aime.

LUCIE

Mais moi, il faut que je ne lui accorde pas ma main, comme par contrainte.

LA COMTESSE, avec agitation.

Par contrainte?... En aimez-vous un autre? Votre cœur n'est-il donc pas libre ?

LUCIE

Faut-il donc que mon cœur ne soit pas libre, pour que je refuse d'épouser M. de Gravant?

LA COMTESSE

Si vous le repoussez, vous repousserez tout autre... Lucie, votre refus a pour moi une signification terrible! Et il faut que vous m'en donniez la véritable raison... Ecoutez-moi... Je vous ai traitée comme mon enfant, payez-moi de mon affection

par votre franchise De vous à moi, il n'est pas

besoin de beaucoup de paroles pour que les choses soient comprises... Je souffre, je suis très malheureuse. Je ne vous demande qu'un mot, un seul, qui décide de mon sort.

LUCIE, avec irritation.

Ainsi, voilà où j'en suis réduite par vous!... Il faut que j'abdique toute liberté, que sous prétexte de dissiper des soupçons ({uerien de ma part n'autorise, si ce n'est peut-être la faiblesse avec laquelle je vous ai cédé quand vous m'avez décidée à vous suivre, il faut que de concession en concession j'en arrive à une sorte de domesticité. C'est odieux! Que vous ai-jefait?Je ne demandais rien ni à vous, ni aux autres. Et vous me tourmentez, vous me torturez... Il faut qu'en une minute, pour vous complaire, je décide de ma vie tout entière... Eh bien! non! Jesuislassed'être un jouet dans votre main... Vos exigences sont de la cruauté.

LA COMTESSE, allant à elle, avec autorité.

Vous parlez de vos tourments? Voyez les miens. Ces soupçons, que vous me reprochez, j'en meurs I Et en une seconde vous pouvez les détruire! Oh!

Page 1