‹ Dernier chantChapitre 10 sur 55 · LUTTE · texte numérisé non relu

LUTTE

Et par de-là le ciel réver quelqu’autre chose,

Que son dôme d’azur et son lointain bonheur ? Pourquoi ne pas s’asseoir, sobre dans sa pensée ,

Au flanc de ce coteau que verdit un gazon ,

Sans animer en soi quelque flamme insensée , Comme un sanglant éclair qui rougit l’horizon!

Voir la vague endormie, au pied de la falaise,

Et la mouette auprès immobile au rocher;

Et devant l’Océan sentir son cœur à l’aise Sans éveiller la rame à l’esquif du nocher?

Oh ! que j’aime la paix, le repos, le silence!

Ce grand calme de l’àme en présence de Dieu !

Cet avant-goût divin qui fait notre espérance,

Et dont nous savourons quelques traits au saint lieu Mais la tempête est près de tout soir trop limpide ; Elle est jalouse alors que l’on songe à jouir :

Il s’élève soudain un vent de nuit aride ,

Flétrissant toute fleur qui veut s'épanouir.

On retombe accablé de néant et de honte.

On n’aura donc jamais son port tranquille et sur? On lutte, mais en vain... La vague vous surmonte, Et l’on roule à la grève en un limon impur.

1XTTE.

Douleur ! de ne pouvoir nourrir une âme d’ange ! Sentir battre en son sein le plus- sublime élan , lit s’essuyer au front une trace de fange,

Et mélanger la lave aux flammes du volcan !

Et ne pouvoir mourir pour expier sa vie !

Non, non! mais vivre ici comme un esclave aux fers, Par ses mille trésors être un objet d’envie,

Et sentir une plaie ardente sous les chairs :

Comme une main de feu qui ronge avec caresse,

Cancer autour du cœur, au ravage ignoré,

Mal tout mystérieux qui jette dans l’ivresse ,

Et qui vous assoupit dans un songe adoré.

Mais le sommeil est court , et le réveil terrible.

Il passe dans la nuit de longs éclairs de foi Où le front en sueur, on demeure insensible Comme si le tonnerre était tombé sur soi.

Oh ! l’âme ne veut pas plus que Dieu de partage ;

Fille d’éternité, c’est l’infini son bien.

L’amour ,1a volupté, la gloire,... tout l’outrage.

Dieu! c’est Dieu qu’il lui faut, tout le reste n’est rien!

VICTOIRE

Je vous bénis, mon Dieu ! de cette heure paisible Où mon cœur semble en vous avoir tout oublié, Où mon œil, désormais à la terre insensible ,

Se ferme en votre sein après avoir prié.

Je vous bénis du jour qui reluit sur ma tête ,

De ce rayon de paix qui perce la tempête ,

VICTOIRE

De cet amour du ciel qui revient seul en moi ,

De cet espoir si beau , qui console ma vie ,

Et dont mon âme , encore aujourd’hui plus ravie , Veut s’illuminer dans sa foi ! ,

Qu’il est doux d’espérer l’immortelle couronne !

Mais quels tristes ennuis , quand le cœur est troublé ! Quand à des rêves chers sans crainte il s’abandonne , Et qu’il oublie au ciel son ange désolé !

Qu’elle est sombre , la nuit où scintille une flamme Qui rampe sur la terre et dévaste cette âme Comme ces feux errants qui dévorent les fleurs!

Quel poison !... mais aussi quelle pure ambroisie Quand la foi verse au cœur ses flots de poésie, L’inondant de chants et de pleurs !

Ah ! prier, espérer, vivre simple et fidèle ,

Fidèle à vous, mon Dieu! dans un chaste soupir; Éteindre dans le cœur chaque .vive étincelle Qui pourrait éveiller un imprudent désir ,

S’éprendre à la vertu dans sa forme adorable ,

Aux sublimes élans qu’une foi redoutable

VICTOIRE

Laisse briller sur l’âme en reflets de bonheur, N’avoir qu’un seul amour,... l’humanité souffrante, Qu’un seul drapeau sacré,... la croix étincelante , Qu’un seul nom;... le vôtre, Seigneur!

AU CHRIST

0 grandeur toujours adorable !

O Christ , éternelle beauté !

Main pour nous toujours secourable Qui nous rendez la liberté !

Soyez béni du fond de l’âme ,

O Christ ! source de vive flamme !

AU CHRIST

Mon Dieu ! n’aurai-je rien pour vous ?

Sublime, éclatante figure,

Ma douleur est-elle assez pure Pour vous contempler à genoux?

Image de grâce infinie ,

Soleil qui voilez vos rayons ;

Quelle lyre, quelle harmonie Diront vos élévations?

Mais , Dieu d’amour,- Dieu tout aimable , Qui laissez à la même table Un ami reposer sur vous ,

Ah ! j’oublie un Dieu que j’offense ,

Je ne sens plus que la présence De ce cœur qui battit pour nous!

Homme divin , sublime frère , Nom qui seul adoucit les pleurs !

O Jésus-Christ ! sauveur et père , Ami qui portez nos douleurs,

AU CHRIST

Je vous aime, ô mon Dieu! je t’aime...

Mon âme n’est pas morte encor...

Ses larmes seront son baptême ,

Et ton sein son dernier essor.

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