‹ Dernier chantChapitre 9 sur 55 · LE POÈTE · texte numérisé non relu

LE POÈTE

La poésie en nous est un germe fertile De crime ou de vertu , de bonheur ou d’ennui.

Oui , le poète est l’homme à la pensée ardente , Enivré des beautés qui rayonnent du ciel ;

Tasse, Homère, Milton, David, Ossian, Dante, Morts, vous ressuscitez au souffle d’Ézéchiel!

Le poète nourrit ce souffle en sa poitrine.

Pourquoi ces ossements immobiles , glacés ?

Oh ! c’est qu’il a souillé son haleine divine ;

Il ne reste de lui que des traits effacés.

Plus de poète , hélas !... plus de prophète antique,

La volupté, l’orgueil , et l’égoïsme , et l’or,

Cette boue a charmé son regard angélique ,

Et son âme a pesé bien moins qu’un vil trésor.

Et des troupes chantant se heurtent dans le monde-, De profanes accents étouffent l’Hosanna ,

Et l’âme sent monter un dégoût qui l’inonde ,

Et l’effroi la saisit comme au pied du Sina.

Des foudres , des éclairs , se croisent sur sa tête ,

Et la foule inaugure une idole en ce lieu ,

Le prophète descend armé de la tempête ,

Et les chants sont passés... Il ne reste que Dieu.

ëfjMriMM t^li 'liisurj . XUol. )'< (fllJ'l BbVH

»tnukn<1 “tdq üi<*V h jcîijv •' ymii‘ a , stuiy/n î»I uim>ii«hI « ly-'ri . • ri. 4 .

ifiOif'Jlv t4wm sb -mtKM Si ni XliLî h)" /

A M. A. DE LAMARTINE

.eiotrt fcsl t U/, T'xf jT : i • '

y > . .ti"~ • ■

i non!

•vmiTS

Lamartine , ils ont dit que , surpris dans tes vers , Ton accent dans ma voix animait mes concerts-, Que ma lyre, éveillée à ta lyre sublime,

Sous ton aile voulait franchir la môme cîme,

Et qu’en suivant au ciel ton vol harmonieux J’espérais un reflet de ton front radieux.

A M. A. DE LAMARTINE

Il est vrai, noble enfant d’une race divine,

Ton luth plus qu’aucun luth fit battre ma poitrine, Je cherchai dans tes chants tout inondés de pleurs Des accords purs et doux, pour guérir mes douleurs; J’évoquai dans ta voix cette voix plus profonde Qui parle au cœur déchu du bonheur de ce monde , Qui ne veut plus ici que le souffle de mort,

Qui , brisant tout esquif, le jette sur le port.

J’écoutai si la lyre était chaste et pieuse ,

Et mon âme bientôt, chantant, mélodieuse,

Te cherchait, t’appelait, aimant un frère en toi ,

Un frère au cœur baigné d’amour pur et de foi,

Un pontife sacré de sainte poésie ,

Qui verse au peuple ému les parfums d’ambroisie;

Et mon hymne vola te chercher sur les mers.

J’ignore si l’écho l’a porté mes concerts.

J’ignore si ton œil, qu’un noble orgueil enflamme,

A laissé s’abaisser un regard sur mon âme ;

Si, distrait alentour par les mille clameurs,

Mon cri n’est pas perdu dans les vastes rumeurs? J’ignore si mon nom , qui dans la nuit se plonge , N’est pas venu soudain te saisir comme un songe ;

A M. A. DE LAMARTINE

Et si , voyant auprès un éclat radieux ,

Tu n’as pas reconnu ton éclair dans mes yeux? J’ignore... mais je sais qu’ils disent que je nomme Après toi, le néant, l’immortalité, l’homme,

Que mes feux empruntés aux bouches du volcan , Meurent en rayon pâle en ton vaste océan.

Lamartine, dis-moi, car mon âme irritée Aurait des mots amers dans sa fuite emportée,

Dis-moi si , dans la voix qui me brise , dis-moi S’il n’est point un accent qui ne fût pas en toi?

Un accent moins puissant peut-être, moins sublime , Mais qui gronde et s’éteint comme au fond d’un abime ; Un cri sourd qui ne peut jamais être imité,

Qui doit user les jours pour l’iminortalité...

Dis-moi... car j’ai goûté tes pures harmonies,

Et mon âme a senti des douceurs infinies A poursuivre ici-bas ton livre commencé...

A doter l’avenir de l’or de ton passé ;

A leur parler aussi du grand Dieu que j’adore Dans les vagues des mers et les brises d’aurore;

Dans mon cœur si souffrant, solitaire à genoux,

Qui se berce aujourd’hui dans les chants les plus doux.

A M. A. 1>E LAMARTINE

Je leur dirais aussi tout ce que fut ma vie , Dévorée , inquiète , à la fin assouvie.

Mes pleurs de désespoir et mes transports d’amour , Un soir serein de paix après un affreux jour.

Je leur dirais d’aimer, d’espérer et de croire...

Que huit ans de douleur remplissent ma mémoire , Et qu’une heure à pleurer , solitaire au saint lieu , Mon âme consolée a béni devant Dieu.

Oh ! je veux que mon luth résonne à ton oreille ; Que , sur ton lit d’oubli , mon bras fort te réveille ; Que tu sentes , ô roi , dans la foule plus bas ,

Un front qui peut prier , mais qui ne fléchit pas.

Et qu’étonné , peut-être , à ma voix vraie et sainte , Tu jettes un fleuron dont ta couronne est ceinte.

Je veux que ton beau luth, ministre saint en toi, Donne , non pas faveur, mais justice à ma foi;

Que ton âme aujourd’hui , de nobles soins bercée , Sente aussi que n’est pas moins grande ma pensée , Et qu’obscur, si mon cœur s’éteint silencieux ,

La vérité m’apprête une auréole aux cieux.

A M. V. HUGO

« Le Christ déraciné tremble sur le Calvaire. » Cette parole impie a besoin d’un pardon 5 Non , ce mot n’ira pas, furtif et funéraire, Dans ta tombe , ô Napoléon !

A M V. HUGO

Peut être , en dédaignant ce deuil qui t’environne ,

O grande ombre éblouie à bien d’autres splendeurs ! Tu n’as bien retenu , de ces chants qu’on te donne , Que ces seuls mots profanateurs?

Peut-être, quand l’orgueil évoque tant de gloire, Tandis qu’avec le Christ tu comptes seul à seul...

Les voyant oublier ta plus belle victoire,

Tu tressailles dans ton linceul?

Il ne se souvient pas , le barde du génie ,

Des dernières lueurs qui dorèrent ton front;

De ta main qui pressait la croix dans l’agonie...

Il n’eût pas vomi cet affront.

Oh ! pourquoi , tout-à-coup , par la vertu divine ,

Ne te dresses-tu pas debout dans ton cercueil ,

Les bras croisés encor sur ta vaste poitrine Et dardant l’éclair de ton œil?

Silence! Il se ferait un effrayant silence...

Les innombrables voix se glaceraient soudain...

A M. V. HUGO

Mais Dieu n’a pas voulu de cette scène immense , Il t’a couché froid sous sa main.

Cadavre aussi néant que la poussière immonde... Mais qu’il doit réveiller au jour de ses décrets ; Soleil éteint déjà par-delà notre monde,

Qui projette encore des reflets.

Et l’Océan nous rend la tombe impériale...

Le siècle la reçoit pour prier et bénir...

Et c’est alors , poète à la lyre fatale ,

Que tu doutes de l’avenir !

C’est alors qu’à tes yeux la croix divine tremble ; Mais lève donc le front... Regarde. Que vois-tu? Un temple étincelant où Napoléon semble Être attaché comme un vaincu.

Un pontife à l’autel , de l’encens qui s’allume , Des hymnes éperdus de joie et de douleur ;

Un peuple haletant comme un coursier qui fume Et s’abat au char du vainqueur.

A M. V. HUGO

Le vainqueur !... Ce n’est pas l’illustre capitaine : Tu nous montres le ver prêt à le dévorer ; L’éternité l’étreint de sa main souveraine ;

C’est pour lui qu’il faut implorer.

C’est pour lui que la gloire incline avec la France Ces armes , ces drapeaux tachés de tant de sang ; C’est pour lui que les cœurs, inondés d’espérance , Disent au Christ : Toi seul es grand!

A M. SAINTE-BEUVE

Une voix m’est venue à mon plaintif rivage Comme un flot de la mer au murmure plus doux.

De mes frères absents elle évoquait l’image ,

Et mon cœur eh aimant s’est souvenu de vous.

Il vous suit du regard dans cette immense viHe

Où , fatigué du bruit du vide et des clameurs ,

l me St-'. »|. wrst ««d,* -sml -iîoy *«iih*h» M

A M. SAINTE-BEUVE

Vous secouez souvent cette poussière vile Pour épurer votre âme à de nobles labeurs.

Peut-être , en ce moment où le jour vient de naître, Plus matinal encore êtes-vous au foyer ,

Feuilletant d’une main quelque livre à connaître , Tandis que l’autre auprès sent la flamme ondoyer? Heure de solitude et d’oublieux silence,

Bien-être passager qu’on savoure en son cœur, Soudaine effusion d’un souffle d’espérance Où l’on croit un moment retrouver le bonheur.

Mais le soleil pâli se lève dans la nue ,

Les nocturnes brouillards s’écoulant des vitraux Laissent voir au-dessous les ruisseaux de la rue ,

Les toits fumants, la foule et les mille travaux.

Et bientôt vous quittez l’asile tutélaire,

Et moi je quitte aussi mon sanctuaire obscur ,

Mais plus épris toujours j’y reviens solitaire.

Et vous, d’aimer la paix êtes-vous toujours sûr?... Ami , j’ai conservé l’empreinte de votre âme...

Et, depuis, vous avez marché sous un beau ciel ; Avez-vous apaisé l’ardeur de votre flamme ,

Et trempé votre lèvre à des rayons de miel?

A M. SAINTE-BEUVE

Noble front dépouillé par la pensée ardente , Avez-vous un rameau de myrte et d’olivier?

Avez-vous respiré, dans le i^ay6 de Dante,

Le souille que Virgile éveille en son laurier?

Le golfe de Bahia vous dit-il un mystère?

Ou plutôt, dédaigneux de rêves impuissants,

Votre œil a-t-il sondé l’abîme du cratère,

Et votre âme écouté d’impétueux accents?

Étes-Yous descendu de ces sommets de cendre Le cœur moins inquiet et le front plus hautain , Portant en vous les voix que vous veniez d’entendre Et jetant le mépris au sol napolitain?

Avez-vous arrêté votre course dans Rome ,

Rome, le port ouvert aux pèlerins de l’art;

Ou bien, passant rapide à tout seuil qu’on renomme, La basilique un soir yous vit-elle à l’écart?... J’ignore ce qui laisse aujourd’hui quelque trace De ce lointain voyage où votre aile a passé ,

Mais votre souvenir, que nulle ombre n’efface,

Vous révèle à mes yeux triste comme au passé.

Je vous vois me jeter un adieu de tendresse ,

Et me serrer la main d’un mouvement furtif,

A M. SAINTE-BEUVE

Un jour, peut-être , un jour vous dirai-je un mystère , Poème douloureux, dont mon luth est jaloux ;

Naïf épanchement d’une âme solitaire

Qui se blesse en secret et se plaint à genoux,

Combat tout incertain de joie ét de souffrance.. .

Mais que dis-je ! et que fait cet imprudent aveu?

Ne suis-je pas pour vous une voix d’espérance ,

Et n’ai-je pas voulu vous consoler un peu?

Vous parlez de vous-même , aigri dans votre peine , Mécontent et froissé des hommes et du sort ,

Et comme un fier captif que révolte sa chaîne ,

Rêvant la liberté , la vengeance ou la mort.

Vous semblez dévorer une insulte en votre âme ;

Oui ! votre œil a trahi quelque chose d’amer.

Ami , dites-moi donc s’il n’est pas de dictame,

Et si le désespoir n’a d’abri que l’enfer?

Et pourtant je verrai peut-être à cette table,

Où ce cercle d’amis nous réunit tous deux,

Votre esprit animé par une voix aimable,

Semer avec éclat le brillant de ses feux ;

Et moi , vous écoutant, épris d’une parole,

J’oublie et votre peine et ma propre douleur j

A M. SAINTE-BEUVE

Mais plus tard cette voix n’a plus rien qui console ,

Car le plaisir pour nous est bien loin du bonheur.

Et j’aime alors à voir le seuil de votre mère,

J’entre et m’assieds longtemps pour lui parler de vous , Et ce rayon, caché dans votre coupe amère,

Me dit que le Seigneur a son baume pour tous.

Pour l’un c’est une sœur, et pour l’autre une épouse ; Ailleurs c’est une mère... Ah ! j’ai ma mère aussi ,

Elle souffre, ma mère, et mon âme jalouse Voudrait que par mes soins son cœur fut adouci.

Si vous saviez l’amour qui respire en son âme ,

Ce qu’il anime encor de beauté dans ses yeux !

Ce que trahit du cœur ce doux accent de femme • Quand sa voix me redit : « 0 mon fils , sois heureux ! » Oh ! nous devons tous deux être heureux pour nos mères; N’eussions-nous que poisons pour nourrir notre cœur, L’amour sacré d’un fils n’a rien de nos chimères,

La main qui le bénit lui tient lieu de bonheur.

DOULEUR

Sentir au fond de l’Ame une étrange douleur, Une invisible main au milieu du bonheur Qui change notre joie en larmes;

Vouloir se reposer sous un abri do paix,

Et, malgré ses efforts, ne réussir jamais A sommeiller exempt d’alarmes ;

DOULEUR

Souffrir sans qu’au-dehors on soupçonne pourquoi N’avoir pour confident que cette austère foi Qui fait de la mort la victoire ;

Être poète , hélas ! et , tout baigné d’amour,

Et dans ses rêves d’or ne pouvoir un seul jour Déposer son rayon de gloire !

Étouffer tout élan , toute voix dans son sein ,

Sur sa lèvre de feu porter un rude frein ,

Et marcher solitaire au monde...

Sentir autour de soi des caresses d’enfants ,

Des yeux voilés d’amour qui cherchent par instants Quelque regard qui leur réponde.

Et rester froid dans l’âme et bien souvent amer; Et promener le soir son deuil près de la mer Qui jette un soupir dans sa lame ,

Et se durcir encor comme un sombre rocher,

Et laisser sans désir , ainsi que le nocher ,

Errer sur l’Océan son âme !

DOULEUR

Et se flétrir ainsi comme à plaisir le cœur ! Sourire amèrement au seul mot de bonheur ,

Et cependant croire aux promesses. . .

N’avoir pas , ô mon Dieu ! de doute à votre autel; Nourrir dans le devoir votre germe immortel ,

Et cependant tant de faiblesses !

La prière et les pleurs qui coulent devant vous ,

Ces pleurs , ce don du ciel dont mon cœur est jaloux Comme d’une fraîche rosée...

La sainte poésie, au doux bandeau de foi ,

Qu’une brise d’amour soulève un peu pour moi Quand toute force est épuisée.

Et puis ces malheureux qui demandent du pain ,

Ces enfants demi-nus qui n’ont qu’un cri : « J’ai faim ! « Et ces yeux hagards d’une mère...

Ce groupe de souffrance où se rit dans la mort Ce front humide et froid dont le dernier effort Est vers mon âme une prière.

DOILKIR.

Ah ! je l’entends ,.mon Dieu J j’adopte le malheur. Pauvre mère! oh ! ton âme est aujourd’hui ma sœur, Ton enfant mon frère en ce monde ;

Reviens au doux espoir qui renaît dans mon sein , Voilà du pain , de l’or , oh ï dans mon œil serein , Vois ce ciel d’amour qui t’inonde !

Je suis riche... et je puis te donner le bonheur.

Me voilà , c’est ton ange à la voix de douceur Que tu rêvas dans l’espérance-,

Regarde... reconnais-, n’est-ce pas que c’est lui?... Dis-le donc à ton Dieu dans tes pleurs aujourd’hui , Où parle la reconnaissance!

UN JOUR DE PRINTEMPS

Je t’aime , 6 ma riche nature !

Ma divine amante , ma sœur !

Mon âme à ton souffle s’épure Et rêve longtemps de bonheur.

Tu nous dis des choses si douces Dans tes bois fleuris , dans tes mousses ,

UN JOUR »E PRINTEMPS

Dans ta brise et dans ton ciel bleu , Que l’on reçoit avec tendresse Tes parfums comme une caresse,

Ta voix comme un écho de Dieu.

Je t’aime à mon soir solitaire, Surtout quand mon regard voilé Ne cherche plus rien sur la terre De ce bien qui l’eùt consolé...

Alors chaque brise attentive ,

A mon âme triste et pensive, * Apporte un baiser à son tour , Comme des amis au passage Qui nous disent : « Allons,., courage , « Nous nous reverrons au retour ! »

Car je vous verrai tous, mes frères, Que je sais bien autour de moi ;

Purs esprits aux ailes légères Qu’illumine un xayon.de, foi ;

Que m’importe la solitude Ou l’ardente sollicitude

UN JOUR DE PRINTEMPS

Du monde en ses loin tains, plaisirs?

N’êtes-vous pas là , mes compagnes , Qui peuplez pour moi mes campagnes De fleurs , de chants et de soupirs ?

Réveille-toi , sors de ton ombre ,

Front courbé sous trop de douleur ; Éteins ce regard toujours sombre Comme un long reflet de malheur.

Que veut donc ici cette lyre ?

Si cet Océan ne l’inspire ,

Si ces rochers n’ont plus d’accords ,

Si sous ces temples de verdure Ta voix sainte, ô grande naturel Ne peut exciter de transports ?

Mon âme , expirant avant l’àge ,

Ne serait donc plus qu’un débris.

Comme un cadavre à mon rivage Qui roule ses restes flétris?

Et ses larmes , dans son silence ,

El ses dégoûts , son espérance ,

MS JOUR DE PRINTEMPS

Sa foi qui brisa San essor,

Ce souffle , mon Dieu , qui l’oppresse , Est-ce un prodigue en sa détresse Qui demande en vain son trésor ?

Non ! non ! mon âme , sois tranquille !

Ton germe divin vit toujours.

Laisse-là leur regard débile Lassé de te suivre en ton cours.

Qu’importe la gloire des hommes?

Sont-ils donc plus que nous ne sommes?

Peuvent-ils quelque chose , hélas !

O nature ! amante adorée ,

Ta couronne est haute et parée ;

La leur tombe à nos premiers pas.

Je t’aime , car toujours fidèle Tu ne rouge pas Ü’un baiser;

Quand mon œil d’amour étincelle ,

Tu ne crains pas de l’apaiser.

Je t’aime, car ta chaste image ,

Soit dans les flots de mon rivage ,

UN JOUR DE PRINTEMPS

Soit sur les versants du coteau , Revêt de ces formes austères , - Comme ces pampres funéraires Qui croissent le long d’un tombeau:

Je t’aime, car, vierge éternelle , Jamais ne se ride ton front ;

La honte , où l’orgueil se récèle ,

Ne l’altère d’aucun alTfont.

Ta lèvre fleurie et naïve Ne lance nulle atteinte vive Pour se fermer sitôt après ;

Et ta main , cruelle oublieuse ,

Ne s’ouvre pas toute joyeuse Pour se retirer à jamais...

Ton accent est toujours le même, Ton beau regard n’est point jaloux; Quand notre Ame te dit : Je t’aime !

Ce mot-là nous revient plus doux :

Nous l’entendons dans le feuillage , Dans les murmures de la plage ,

UN JOUR DE PRINTEMPS

Dans les voix des oiseaux d’avril ; Parle-moi ta langue chérie,

Pour qu’en toi mon âme attendrie Sente un peu s’alléger l’exil !

Reçois, confidente céleste ,

Cet aveu tout tremblant d’amour :

Je t’aime... et dans mon âme il reste, Crois-moi , de quoi rendre à son tour Ton front fier comme une couronne , Car le ciel sait que je te donne Un cœur épris de nobles vœux ,

Un encens vif et sans souillure ,

Qui ne peut brûler , ô nature !

Que de saints et de chastes feux !

Page 1