‹ Dernier chantChapitre 11 sur 55 · HEUREUX QUI PLEURE · texte numérisé non relu

HEUREUX QUI PLEURE

De la douleur comme d’un bien ; Écho d’abord mélancolique ,

Qui bientôt se change en cantique Dans le cœur surpris du chrétien.

Oh ! souffrir, c’est la destinée...

Mais espérer, c’est le bonheur,

Et l’espoir de chaque journée Croît à l’ombre de la douleur.

Chaque larme est une prière , Chaque soupir une lumière Qui révèle à l’âme son jour ; Chaque tristesse inconsolée Un souvenir à l’exilée De son impérissable amour.

Heureux qui pleure dans la vie !

Heureux qui combat dans le cœur !

Heureuse l’âme inassouvie Qui n’a point sa part de bonheur, Qui fuit et dédaigne le monde,

Et qu’un rayon du ciel inonde

HEUREUX QUI PLEURE. IrtS

Dans son désert mystérieux,

Fleur qui vient à peine d’éclore Et qui doit parfumer encore Avant d’ôtre un fruit pour les cieux.

TENTATION

Je puis vous offenser, Seigneur, mais je vous aime.

Si de mon triste cœur la faiblesse est extrême ,

Je crains votre courroux ;

Si mon front porte, hélas! quelque rougeur coupable, Ce n’est point la révolte à votre joug aimable ;

Non, je suis à genoux.

TKNTATION.

Mais d’humaines vapeurs s’élèvent clans l’espace , Et par fois déployant leur ombre sur ma face , Elles voilent le jour.

Des brises, s’épanchant le long de nos vallées, Enivrent de parfums les âmes consolées Dans leur riant séjour.

Et tout parle de paix, de rêveuse tendresse;

Le plaisir comme un Ilot vous berce et vous caresse , Oublieux d’avenir ;

On aspire en son âme une mollesse étrange ,

Si douce , que par fois du saint bonheur de l’ange On n’a plus souvenir.

Et c’est là le péché, Seigneur! c’est là l'offense. C’est insulter en soi la divine défense ;

C’est mépriser le Ciel !

C’est énerver au cœur la volonté de l’ânie, Caresser sa langueur et chercher son dictame Dans un rayon de miel.

Digitfzed b/ Gbogîe

TENTATION

-Lot»

Et c’est encore, hélas! évei' r d’autres rêves j Le soir au flot voilé qui se plaint à nos grèves ,

C’est avoir un doux chant ,

Un accent qu’une autre âme, émue aux mêmes peines, Répète , en se berçant d’enivrantes haleines ,

Dans un accord touchant.

Et c’est la volupté, s’épurant d’innocence ;

Le flot mélancolique où l’âme se balance Comme un riche encensoir ;

Le parfum qui des sens s’exhale avec les roses , Et colore , en passant , une foule de choses Qu’on n’osait pas y voir.

Et le cœur tout-à-coup devient lui seul un monde ; De joie et de douleur à la fois il s’inonde.

Chaque fleur a son tour ;

Corolle étincelante ou sévère calice,

Amertume ou douceur , transport ou sacrifice , Mais pourtant tout amour !

TENTATION

Amour... reflet divin altéré dans la .vie,

Appât jeté du ciel pour exciter l’envie,

Pour consoler un peu,

Mais qui tombant au cœur que trop d’ardeur emporte , Le sèche en un instant comme une feuille morte Sous un souille de feu.

BEAUTÉ MORALE

Il est beau de tenir comme un coursier sauvage Son indomptable amour altéré de bonheur!

Il est beau d’enchaîner de force i son rivage Ce cœur impatient d’assouvir son ardeur !

Il est beau de sentir sa volonté puissante !

De souffrir insensible une main caressante ,

112 BEAUTÉ MORALE

Et de fouler aux pieds des lauriers et de l’or ;

Il est beau de porter son âme solitaire ,

Et , comme un exilé , de passer sur la terre Les yeux levés toujours vers un autre trésor !

Il est beau de sentir des révoltes intimes ,

Et d’entendre au-dedans gronder des voix de crimes : Orgueil , vengeance et volupté !

De soulever du doigt cette vague de fange ,

Et de voir, dirigé par le souffle d’un ange ,

Son cœur un moment ballotté.

Non , la vertu n’est pas où toute lutte cesse !

Il faut pour vous , Seigneur , que notre âme sans cesse Soit dans le trouble et le péril !

Il faut que notre esquif soit battu des tempêtes,

Et que plus d’un éclair ait foudroyé nos têtes Pour immortaliser l’exil !

Que serait mon cantique et ma pieuse extase ,

Si je n’avais en moi ce foyer qui m’embrase ,

- BEAUTÉ MORALE

Ce volcan tout ivre d’amour Qui vomit à la fois la flamme et la fumée ,

Et laisse l’âme ici vivante, inanimée ,

Terne et brillante tour-à-tour !

Que serait cet asile aux splendides ombrages ,

Si la mer n’y venait briser ses larges flots ;

Si ma voix ne mêlait à la voix des orages Ses cris aussi puissants que leurs mille sanglots?

Que serait ce repos parfumé de prière,

Ces silences de nuit où se clôt ma paupière ,

Ce chant comme un beau cygne au vol harmonieux? Que serait une vie avant les funérailles ,

Si l’on n'avait senti déchirer ses entrailles

Par ce germe enfanté pour les splendeurs des cicux ?

AUX PETITS OISEAUX

Petits oiseaux, mes frères , Vous ôtes bien heureux ; Ignorant nos misères ,

Rien ne trouble vos jeux !

AUX PETITS OISEAUX

Vous passez sans alarmes Votre vague destin;

Vous n’avez d’autres larmes Que celles du matin !

Le dôme d’une feuille Vous abrite du jonr ,

Le sein d’un chèvre-feuille Vous enivre d’amour.

Votre aile reposée Brille d’azur et d’or,

La goutte de rosée Est pour vous un trésor.

Le duvet d’une mousse Pour palais vous suffit,

La brise la plus douce Vous berce en votre lit.

Petits oiseaux, mes frères, Vous êtes bien heureux ,

AUX PETITS OISEAUX

Ignorant nos misères, Rien ne trouble vos jeux.

Le fruit, la graine mûre, Étincellent pour vous ;

La féconde nature Ne vous rend pas jaloux.

Vous élevez ensemble Un magique concert Où chaque voix rassemble Quelque trait du désert ;

Quelque note perdue Dans la création ,

Que laissa suspendue La harpe de Sion.

Quelqu’hymne révélée Au cœur silencieux ,

Dont votre voix perlée Est l’écho sous les cieux.

lis

AUX PETITS OISEAUX

Quelque flot d’espérance, Quelque désir béni,

Où l’âme se balance En rêvant l’infini.

Petits oiseaux , mes frères , Vous êtes bien heureux, Ignorant nos misères,

Rien ne trouble vos jeux !

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