‹ Dernier chantChapitre 13 sur 55 · LE COEUR · texte numérisé non relu

LE COEUR

Et cette voix profonde, et ce rayon d’étoile., Ces vastes horizons de vagues et de ciel , Vacillent au regard affaibli par un voile Qui parfume le front de son baiser de miel.

La nature , entrevue à travers cet obstacle ,

N’a plus son grand reflet de l’immortel séjour; Le cœur est à lui seul son livre et son spectacle , Toute création se perd dans son amour!

Oh ! qu’il est grand ainsi l’homme avec son extase Mais malheur s’il profane un si sublime encens ! Malheur s’il ne sait pas, dans ce feu qui l’embrase , Reconnaître son âme au milieu de ses sens!

Oh ! ce torrent d’amour n’est pas pour une idole... Une femme, un trésor, un ange, c’est trop peu; La beauté la plus pure est une ombre frivole.

Il n’est à l’âme , il n’est qu’une beauté, c’est Dieu.

A M. L DE JUSSIEU

Ami , je pense à vous et je veux vous le dire. Quelque chose de doux , et d’amer à la fois ,

Se môle aux souvenirs que votre nom m’inspire , Et mon âme a besoin de vous parler sa voix.

Il me semble , en partant , que de sombres nuages Passèrent sur nos fronts également pensifs,

AM L. DE JUSS1EI’

Que votre œil entrevit de sinistres présages,

Et me laissa tomber quelques regards plaintifs!

Et ces épais brouillards enveloppant nos grèves ,

Et la mer gémissant dans leur obscurité ,

Et ce refus constant de vous dire mes rêves ,

Comme si l’œil eût craint leur lugubre clarté.

Oh ! votre gaîté douce et vos mots tout aimables Ont peut-être voilé des pensers soucieux,

Et comptant sous mon toit tant de biens désirables , Peut-être vous semblai-je ingrat envers les cieux? Oui ! votre cœur si bon , si naïf et si tendre Que la reconnaissance ouvre au souffle du ciel,

En passant près de moi souvent n’a pu comprendre Qu’à ces parfums si purs il se mêlât du fiel.

Quand arrêtant nos pas aux chaumes des villages , Cet aveugle pleurait en bénissant mes mains ;

Quand la prière au soir , recueillant nos visages , Versait à notre cœur ses bienfaits surhumains; Quand ensemble étendus au pied du large chêne , Nous écoutions des flots les longs mugissements,

Et que la liberté , comme un vaste domaine ,

Se donnait tout entière à nos délassements ;

A M. L. DE JUSSIEU

Quand assis à la table , au sein de la famille,

Hospitalité sainte et si chère à mon cœur !

Je voyais mes enfants autour de votre fille ,

Comme autant de reflets de sa belle candeur ;

Quand un ange de femme , une mère adorée ,

N’avaient pas un désir qui ne fût pour moi seul ,

Hélas ! peut-être , hélas ! ma figure altérée Vous sembla comme un mort paré dans son linceul.

Oh ! je ne sais pas bien me déguiser et feindre, Sauvage, j’ai vécu dans un désert lointain ;

Jamais je n’ai forcé mes yeux à se contraindre ,

Ce que pense mon âme , ils le disent soudain.

Et vous avez suivi leur regard de tristesse ,

Cette trace égarée à chercher le bonheur ,

Ce soleil entouré de rayons de tendresse ,

Mais qui flotte incertain sans vie et sans chaleur.. .

Oh ! pardonnez, ami, ce mensonge à ma bouche !

Non ! le cœur n’est pas mort sous ses douleurs d’un jour, Si dans l’exil ici peu de bonheur le touche,

C’est qu’il entend gronder un Océan d’amour ;

Il sent la vie ardente , impatiente et sombre ,

Car tout rêve ici-bas se fond sous son désir ,

136 A M. L. DE JUSSIEU

Car dans sa main avide il ne saisit qu’une ombre ,

Et le bonheur, hélas 1 n’est plus que du plaisir.

Le bonheur !... oh ! ce mot, vibrant comme la foudre, Retentit vainement dans notre âme de feu ,

Et passe en un éclair qui réduit tout en poudre ,

Et retourne vainqueur près du trône de Dieu.

SÉRÉNITÉ

Mon cœur s’élève , Et sur ma grève Je n’entends plus Ces cris confus ,

SÉRÉNITÉ

Ces voix d’alarmes, Ces chants de larmes , Ces tristes jours Morts pour toujours !

Mon esprit sombre N’a plus son ombre ; Un Ilot de paix Coule à jamais.

De douces plaintes Peuvent sans craintes Parler encor,

C’est un trésor.

Mon âme éprise De cette brise ,

Peut bien pleurer Pour adorer,

Mais sans tristesse , Car sa tendresse ,

Est un aveu Reçu de Dieu.

SÉRÉNITÉ

Sa voix fidelle ,

Douce étincelle Au fond du cœur,

Redit : « Bonheur !

Et le silence Où se balance L’écho du ciel Semble de miel.

Et l’herbe verte Dont est couverte Le banc discret Dit un secret.

Et l’aubépine Qui s’illumine Avec le soir Dit un espoir.

Et la pervenche ,

Que la nuit penche ,

Pudique fleur Au front rêveur ;

SÉRÉNITÉ

Et le beau lierre Jette à la pierre Son long rameau Comme un manteau.

Et parfumée ,

La nuit fermée Laisse en mon cœur Douce fraîcheur.

Je chante et j’aime, Car tout emblème Éveille en moi Amour et foi.

CONFIDENCE

Savez-vous bien pourquoi mou âme est aussi douce i 1 Pourquoi , si près de vous, je redoute un baiser? Pourquoi, comme un enfant, sur un tapis de mouss 1 , La plus légère fleur suffit pour m’apaiser?

CONFIDENCE

Savez-vous bien pourquoi , mon regard en silence , Sèche vite une larme où se rit un espoir ,

Et pourquoi , comme un saule où l’oiseau se balance , Mon cœur avec ses chants craint de vous émouvoir? Oh ! c’est qu’il est en moi de mystérieux songes ,

Des sources d’avenir que je crains de troubler !

J’ai peur de me heurter encore à des mensonges...

Et , tout en vous cherchant , mon cœur veut s’isoler. Car je sais la douleur qu’on nous réserve encore ,

Je vois les pleurs cachés sous ces regards si doux. Dans la main qui caresse on sent ce qui dévore...

Et je désire au moins que la paix soit en vous !

Et je la goûte aussi , cette paix loin du monde,

Dans l’oublieux dédain d’un trompeur avenir,

Dans le pur abandon de la foi qui m’inonde,

Dans cet amour du ciel que rien ne peut ternir ;

Je la goûte en donnant mon âme tout entière A celui qui voulut l’éprouver dans l’ennui ,

La sacrer de douleur, de chant et de prière ,

Pour en faire un parfum moins indigne de lui.

Et vous me verrez là , près de vous simple et tendre, Sans trouble sur le front, dans le cœur sans désir,

CONFIDKNCK.

Vous parler ou me taire, ou parfois vous entendre Me blesser dans le vif sans permettre un soupir !

Oubli de l’espérance où se berçait ma vie ,

Sublime illusion qu’on réalise au ciel...

Et rien dans votre sort qui réveille l’envie ,

Et ma bouche n’aura qu’un pur rayon de miel.

Oui ! vous pouvez ainsi , sur mon front solitaire ,

Etaler quelques fleurs comme au chevet d’un mort -, Sous des flots do parfums dérober le suaire ,

Et chanter près de lui quelque pieux accord.

Vous pouvez évoquer de ces doux noms de l’âme ,

Qui feraient palpiter la mort dans le tombeau.

Art, gloire et poésie, amour et douce femme ,...

Je ne sais ,... mais ces noms n’ont plus rien de nouveau. Quelque sens détourné m’a laissé comme un doute , Poison subtil et lent qui corrompt tout ici. .

Rouille qui tombe épaisse à ces fleurs de la roule,

Et malgré moi me force à rêver l’infini.

Illusion flétrie où Dieu vient d’apparaltre ,

Grand, immense, éternel et seul consolateur,

Et l’âme, qui soudain a reconnu son maître.

Dans le sein des vertus veut cacher sa rougeur.

CONFIDENCE

Elle veut revêtir sa mystique parure Qui n’est que sacrifice, et prière, et devoir -,

Et comme le soleil , ce roi de la nature ,

Descendre à l’horizon dans les splendeurs du soir.

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