SOLITUDE
Ce sont les ronces du chemin Qui font aujourd’hui ma parure.
Je suis heureux d’avoir souffert.
Le tabernacle m’est ouvert Comme à l’élu de l’espérauce.
J’adorai la gloire et l’amour,
Et nul de ces cultes d’un jour Ne vaut le prix d’une souffrance.
Seigneur, je suis plaintif encor, Mon vol n’est plus assez rapide ; Eveillez dans mon âme aride Les échos de vos harpes d’or !
Donnez-moi les voix du prophète Et que ma lyre ne répète Que les mots du souffle inspiré !
Jetez dans mon âme sonore Ce cri de feu qui la dévore Comme un holocauste sacré !
S0L1TUDF,.
Je passe étranger dans le monde ,
Je vis seul aux rives des mers ; L’Océan murmure en son onde L’accord ténébreux de mes vers ;
Un roc a reçu ma demeure ;
Et si dans le monde , à cette heure , Luttent les peuples et les rois,
Moi je n’entends dans le silence Que la vague qui se balance Avec son éternelle voix !
LÀ MLR.
0 mer ! quand je te vois si calme , si profonde , Dérouler à nos bords les nappes de ton onde ; Quand le soleil se joue à ton flot argenté ;
Quand les chênes vieillis , penchant sur la colline , Laissent tomber des voix de leur vaste poitrine , Et que je sens mon coeur doucement agité ,
LA MER
Oh i ma douleur sc tait dans cette heure paisible -, L’âme avec vous, Seigneur, me semble inaccessible Aux tumultes sans nom qui troublent son sommeil ; L’austère vérité resplendit nue et pure ,
Et l’âme, en écoutant l’hymne de la nature.
Se nourrit de parfum , de vie et de soleil.
Tout devient un amour qui se change en extase ,
Il jaillit des rayons du feu qui nous embrase En hymnes , en regards , en prière , en soupir ;
On sent comme un délire où l’on n’a que des larmes , Mais si douces au cœur que les terrestres charmes N’ont plus rien désormais où s’éveille un désir.
On est heureux de l’àme, ignorant elle-même Ce qu’elle sent alors , ce qu’elle espère , elle aime , Mais qui se laisse aller à ce souffle de miel ; Mystérieux prélude à la joie ineffable Qui berce quelquefois d’une haleine adorable Ce front pâle et pensif d’un exilé du ciel !
AU CHRIS/'
0 Christ! votre doux nom, en passant sur ma bouche, La purifie et rend son accent moins farouche;
Il me semble, en disant cet adorable nom,
Qu’il recèle en lui seul la vie et le pardon.
Nom sacré, nom que j’aime en sentant dans mon âme Ce qu’il y brûle encor de trop humaine flamme...
AU CHRIST
Nom qui m’est à la fois douceur et repentir !
Doux lien dont le cœur ne peut se départir ,
0 Christ! oh! laissez-moi répéter, solitaire,
Ce nom tombé du ciel pour consoler la terre ;
Regard divin qui pleure ou sourit avec nous;
Parfum mystérieux qu’on aspire à genoux.
Miséricordieuse et sublime tendresse,
Oh ! quel crime est plus grand que l’impure faiblesse Qui sépare le cœur de cet ami divin?
Qui , pour un vain plaisir cueilli sur le chemin , Renouvelle en son sein sa douleur infinie,
Sa flagellation , sa croix , son agonie ?
O Christ! ô nom qui cache en lui tout un trésor! Douceur, espoir, amour, et quelque chose encor Que l’œil ne saisit pas, que n’entend pas l’oreille, Mais que l’âme étonnée en sa prière éveille.
Saint mystère du ciel entrevu dans les pleurs. Transfiguration de Phomme des douleurs.
Pourquoi ne pas dresser au Thabor une tente?
Pourquoi dans le désert la marche triste et lente,
La soif et le soleil , les citernes sans eau ,
Et pour halle ici-bas n’avoir que le tombeau?
AU CHKIST.
0 Christ! vous ôtes là quand notre corps succombe... Ce nom pour nous encor descendra dans la tombe... Mais au-delà , Seigneur, ce nom a disparu.
Le formidable Dieu, le grand juge a paru.
L’éternité soutient les marches de son trône ;
Un foudroyant éclair jaillit de sa couronne;
Sa main droite se pose au livre des destins ,
Sa gauche tient sous lui la race des humains...
Il est grand. .. il est seul. . . c’est le Seigneur ! c’est l’Être ! O Christ! avant ce jour, daignez me reconnaître!
LA A I.IGE
Voici la neige et la souffrance ; Pauvres, hélas! que faites-vous 1’ Vous laissez tomber l’espérance, Vous pleurez , sans force , à genoux.
Et nous , riches dans la mollesse , Nous n’aurons pas une tendresse,
Hf, LA NEIGE.
Un cri d’amour pour vos douleurs !
Nous irons, tout ivres de fêtes,
Marcher aveugles sur vos têtes ,
Insulter du rire à vos pleurs !
Non, mes frères; non, pauvres hommes!
Notre cœur n’est pas sans pitié ;
S’il est une joie où nous sommes,
Nous vous en devons la moitié.
Voici , comme première obole ,
Une douce et tendre parole Qui va de mon cœur à vos cœurs ;
Qui peut-être, ailleurs entendue,
Ouvrira plus d’une âme émue Aux saints désirs consolateurs.
Oh! si ma lyre était féconde,
Si ses chants étaient un trésor ,
Amis tant oubliés au monde,
Ah ! vous auriez aussi de l’or.
De l’or , hélas ! c’est de la boue ,
C’est un fantôme qui se joue