RÊVE
Une prairie auprès dans ia vallée ombreuse ,
Où roulent dans les fleurs de murmurantes eaux.
Là , non loin du rocher où la chapelle antique Élève entre deux pins , sur un clocher gothique ,
La croix de fer où joue un des rayons du soir, J’aimerais, entouré d’une haie épineuse,
Un jardin tout petit qui , sous ma main soigneuse , Deviendrait mon dernier et mon unique espoir.
Ma femme auprès de moi tissant la blanche laine, Mes filles rapportant la jatte encore pleine Du lait pur apprêté pour le repas commun ;
La table au cœur de chêne au-devant de la porte , Et, pour dernier bienfait, la prière qui porte Avec la nuit aussi son suave parfum.
Qu’il est doux d’oublier ce qui n’est que mensonge! De n’attendre ici-bas que l’heure de la mort!
De sentir son esquif comme un cygne qui plonge Dans l’océan d’amour qui conduit vers le port !
Que faut-il donc à l’homme exilé sur la terre?
Un peu de nourriture, un simple vêtement,
Un peu d’air, un fruit mûr, une eau qui désaltère; C’est assez pour sa vie , il doit être content.