CHANT DE MORT
Suivez-la jusqu’à la tombe,
Jettez la terre dessus.
Que ce bruit du corps qui tombe ,
Quand vous ne l’entendez plus Vous revienne à la pensée,
Et que vos cœurs inquiets Disent : La vie est passée ;
N’est-il pas d’autres secrets?...
Tout finit-il avec elle ?
Regardez bien dans ce deuil ;
Voyez-vous quelqu’étincelle S’échapper de mon cercueil ?
Non ! nul éclat sur la pierre ,
Le silence est tout autour...
Mais l’amour et la prière ,
Où sont-ils donc en ce jour ?
A M. DE K
Je ne sais si blessée aux traits de l’harmonie , Votre âme dans les vers a parlé quelquefois;
Si cette sœur du ciel , toujours sainte et bénie, A mêlé dans vos pleurs sa voix à votre voix ? Je ne sais si ce front , d’une tristesse austère , Où quelque chose imprime une mâle fierté ,
A M. DE K
A parfois respiré par de-là cette terre ,
Ces parfums du séjour de l’immortalité ?
Ah ! quand tout ici-bas sourit et nous enchante , Que tous nos jeunes ans se couronnent de fleurs, Notre cœur enivré cherche une vie ardente ,
Et nous foulons aux pieds la poésie en pleurs.
Mais elle est là pourtant , qui se voile en silence , Sans se lasser jamais d’attendre près de nous ;
Et lorsque la douleur abat notre espérance ,
Elle pleure dans l’ombre ou bien prie à genoux. Qui n’a pas entendu cette voix dans son âme ,
Ne sait ce qui se passe entre son âme et Dieu ;
Ce cri mystérieux , cet élan , cette flamme ,
Ce soupir qui se mêle à l’encens du saint lieu ,
C’est toi , ma Poésie , ô chaste sœur des anges !
Tu portes les doux noms de foi , d’espoir, d’amour, Tu n’as que saints accords et célestes louanges , Comme une harpe d’or de l’éternel séjour.
Maudit soit qui n’a pas de larmes en prière ,
Qui n’a pas exhalé son cantique au Seigneur !
Qui garde ici son cœur aussi froid qu’une pierre ,
Et n’a pour tout accent qu’un sourire moqueur.
A M. DE K
Ah ! c’est un cœur flétri!... c’est un signe funeste Qu’il porte sur le front comme un déshérité... Rappellez-le, mon Dieu ! de crainte qu’il ne reste Sans sa part des trésors de votre éternité !
Mais YOtis... ce n’est pas vous qui dédaignez la lyre , Et ces hymnes jneux qui soulagent le cœur ,
Vous qui depuis huit ans souffrez un long martyre ,
Et courbez votre front sous la main du Seigneur.
Oh ! j’aime à rencontrer de ces Ames souffrantes! Pardonnez ; mais mon cœur est dépris d’ici-bas ,
Tant de fois il sentit ces larmes déchirantes ,
Qui restent comme un flot qui ne s’écoule pas !
Tant de fois , il s’est dit : « Mon Dieu , pitié de grâce ! « Je souffre, vous voyez, sans lâches désespoirs;
« Faites que votre main , en un moment efface « Ce voile épais et lourd qui couvre tout mes soirs ! » Car j’avais comme vous de ces heures funèbres,
Où l’àme ne sait plus s’il lui reste un appui ,
Où tout semble à la fois défaillance et ténèbres ,
Sans lueur d’espérance au plus mortel ennui !
Et soudain ce moment passait comme un vain songe,
Et sinon le bonheur, je trouvais quelque paix.
Et je disais en moi : « La vie est un mensonge ,
« Sans trop compter sur elle , attendons désormais ! » Et l’onde de mes jours redevenait limpide ,
Ne demandant plus rien , le ciel était d’azur,
Et je sentais un souffle , enflant ma voile humide,
Qui la poussait sans trouble à quelque bord plus sûr.
Et pourquoi votre front , sillonné de la foudre , N’oserait-il encor s’élever vers le ciel ?
Pourquoi resterait-il abattu dans la poudre , N’espérant plus goûter aucun rayon de miel ?
Êtes-vous un enfant perdu dans la famille Que Dieu doit rassembler dans sa demeure un jour , Si le sein paternel veut rappeler sa fille ,
Irez-vous le braver jusque dans son amour?
Mais elle était à vous... on vous arrache l’âme,
On vous jette, exilé de vos rêves bénis...
Mais qui doit l’emporter de cette humaine flamme , Ou des desseins secrets des siècles infinis ?
A M. DE K
Qu’êtes-vous devant Dieu, pour oser une plainte? Malheureux , dites-vous , c’est l'excuse à son cœur... Aussi ce cœur vous aime , et vous pouvez sans crainte Lui dire : « J’ai besoin d’un rayon de bonheur!
« Je suis faible , mon Dieu , je n’ai pas dans mon âme « De ces puissants échos de l’éternel concert.
« Mon cœur saigne et demande un terrestre dictame ,
« Je ne puis suivre seul la colonne au désert.
« Oh ! donnez , ô mon Dieu , quelque manne divine !
« Un peu d’eau pour ma soif de l’aride rocher.
« Que sans trop hasarder, mon œil un peu devine ,
« Sous son ciel obscurci , l’étoile du nocher. »
Et confiant , et calme , et soumis dans ce monde ,
Vous la verrez briller d’un éclat inconnu ,
Et l’espoir, ce reflet d’une aurore féconde ,
Reparaîtra pour vous quand tout était perdu.
Oui ! croyez, espérez , aimez quand tout vous blesse ; Que nul doute jamais n’irrite la douleur ;
Que la main du Seigneur vous frappe ou vous caresse , N’ayez jamais qu’un cri : « Je vous bénis, Seigneur! » Eh ! ne savez-vous pas que c’est la main d'un père? Qui vous a donc jeté dans cette ombre d’un jour?
A M. DE K
Qui vous voit, vous nourrit , vous suit sur cette terre, Et vous touche du doigt quand viendra votre tour?
Dieu ! c’est lui ! c’est sa main !.. . qu’elle est forte et Qdelle ! Gomme elle anéantit quand on rêve d’orgueil !
Mais aussi , qu’elle est douce et quel charme est en elle Quand elle a soulevé quelque pauvre âme en deuil !
Ah ! c’ est l’enfant bercé sur le sein de sa mère.
Il pleure, mais elle a de quoi le consoler...
Tout en elle est amour et céleste mystère,
Et nul souffle en ce lieu n’ira le désoler.
Approchez donc , ami , de la source d’eau vive ,
Puisez à l’espérance , et puis revenez-nous.
Un ange est là pour vous sur sa lointaine rive Demandant au Seigneur qu’il ait pitié de vous.
Quand je vois ton front pâle où quelque rose à peine Brille un moment pour se flétrir;
Quand ton sein , haletant sous sa brûlante haleine ,
A besoin de voix pour gémir.
um
Quand ils disent des mots qui trompent ton oreille ,
Et n’ont nul écho dans le cœur,
Et que ton long regard , comme un flot qui sommeille , Sc glace et se ferme au bonheur.
Oh ! je suis triste alors , et je sens en mon âme Des accords s’épancher pour toi.
Je voudrais, je voudrais, comme un divin dictame, Te donner un peu de ma foi.
Un peu de cet amour parfumé d’innocence Que colore un rayon plus pur ,
Un peu de cette paix qu’on appelle espérance Et qui berce en des flots d’azur.
Je voudrais... mais, silence ! et que fais-tu , ma lyre?
N’as-tu pas effacé son nom ?
Tous ces pleurs dédaignés, cet adieu qui déchire, L’aurait-elle oublié?... Non! non!
Et je veux que mon front, voilé de son nuage, Soit pour elle un objet d’ennui;
Qu’elle puisse, heurtant mon bras sur son passage , Se dire froidement : C’est lui !
Qu’elle entende , distraite , expirer dans le monde Un nom qui la fit palpiter;
Que l’oubli de son cœur s’échappe comme une onde Qu’un caillou ne peut arrêter.
Et le soir cependant, rêveur et solitaire,
J’irai penser à son destin...
Et mes yeux , malgré moi s’inclinant sur la terre , Mouilleront de pleurs son chemin.
BESOIN DE PAIX
O mon Dieu! conservez cette paix dans mon Ame; Je l’ai trouvée enfin au fond de la douleur.
Ne cherchant plus ici d’inutile dictamc,
La mort comme un soleil illumina mon cœur; Soleil , doux messager de la divine aurore ,
Que nos lâches terreurs couvrent d’un voile épais,
BESOIN DE PAIX
Mais qui de rayons purs nous inonde et colore Ce front où la douleur effaça toute paix.
Oh ! quel profond repos quand on ne veut au monde Que la voix qui révèle un immortel amour !
Quand tous les vains désirs, fugitifs comme l’onde,
En légers flots d’encens s’éteignent tour-à-tour,
Qu’on a dit , en frappant son front dans la poussière :
« 0 mon Dieu ! punissez , purifiez mon cœur ; »
Et qu’on l’a relevé , couronné de lumière ,
Humble et fier à la fois , douloureux , mais vainqueur. Conservez-moi , mon Dieu 1 ( car mon àme est fragile ) Ce repos dans la vie où rien ne sourit plus ,
Et qu’à tous vos bienfaits mon regard immobile Bénisse avec des pleurs ces trésors superflus.
Que je sente la main qui me suit dans la foule Comme un enfant chéri qu’on craint de voir blessé;
Et que mon cœur jamais ne brise et ne refoule Cette marque où du ciel un reflet a passé.
Plus de plainte, ô mon Dieu ! mais plutôt des cantiques; Ma vie où j’ai souffert est un laurier pour moi.
Mes accents, accueillis des harpes angéliques, Retombent en concert d’amour pur et de foi.
BESOIN DE PAIX