QUATRE HEURES DU MATIN
Je bénis, je n’ai plus de chants mélancoliques, Dans la vie ou la mort toujours de saints cantiques Jailliront de mon cœur;
Toujours... car vous m’avez enivré de tendresse, Et ma voix ici-bas veut répondre sans cesse A votre voix, Seigneur!
Appelez donc encor votre fils solitaire...
Qu’un ange lui révèle un peu de ce mystère Qui l’entoure aujourd’hui;
Qu’il dise si son luth doit s’agiter encore ,
Ou si de l’hymne saint cet accent moins sonore Est le dernier pour lui?
HUIT HEURES DU SOIR
Oh ! que le ciel est pur! que la mer est tranquille! Que le voile du soir sur mon paisible asile S’abaisse doucement !
O mon Dieu ! si mon cœur se troubla vers l’aurore, je sentis plus vif ce feu qui me dévore, Qu’avais-je en ce moment?
HUIT HEURES DU SOIR
L’insomnie à mon front agitait ses pensées; Des visions de nuit les troupes insensées Passaient, passaient toujours;
Je pressais sur mon cœur mon trésor solitaire, Et, faible, je tremblais que la foule légère L’emportât dans son cours.
J’avais peur de la nuit, enfant qu’on abandonne, A l’haleine des mers mon hêtre qui frissonne Semblait avoir des voix ;
Je prêtais, inquiet, une oreille attentive,
Et qu’enlcndais-je?... rien que l’écho de ma rive Qui mourait dans les bois.
Et je priais, pourtant,... mais triste était mon âme... Et, de mon frôle esquif abandonnant la rame,
Je contemplais le port.
Et mon âme était triste, et lente ma prière...
Car je craignais, hélas ! de clore ma paupière Dans un sommeil de mort.
HUIT HEURES DU SOIR
ses
Enfant... je n’avais rien qu’une vague souffrance,
Un regard tout ému d’un rêve d’innocence,
Qui flottait à l’entour ;
Qui semblait éviter ma poursuite à chaque heure,
Sans qu’il voulut jamais ployer sur ma demeure Ses deux ailes d’amour.
Et mon cœur s’alarmait de sa fuite rapide,... Et la lune aux rideaux apparaissait livide ,
Et tout était ennui.
Et laissant au Seigneur mon humble destinée, J’ignorais si c’était la dernière journée Qui doit mener à lui.
Mais le jour a versé sa lumière splendide ,
Et d’immortel amour mon œil toujours avide, S’enivra de rayons.;.
Mon cœur, dont la pensée est ardente de vie.
S’élança vers le ciel , joyeux à faire envie Au vol des Alcyons.
HUIT HEURES DU SOIR
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Et le soleil voilé laisse place au silence ,
Et j’attends qu’une voix chère et pure commence I.a prière du soir;
Que le son de la cloche embaume la vallée,
Que mon âme , ô mon Dieu ! par la paix consolée , S’endorme en son espoir!
AMOUR, ESPOIR
Amour, espoir,
Couple angélique.
Divin baiser, brise mystique Qui passe au soir !
Prière obseure ,
Ivresse pure ,
AMOUR , ESPOIR
Pleurs qu’on n’ose pas laisser voir, Écho discret de la nature Qui dit , voilé sous la verdure :
« Amour, espoir ! »
Et le silence Semble si doux ,
Q’on est jaloux Du flot que lance L’onde en courroux.
Ou voudrait l’azur sur la terre, L’azur immobile du ciel...
On voudrait pencher solitaire,
Sa lèvre au pur rayon de miel Que la pensée Tout encensée Cherche au désert Dans un concert.
O mon Dieu! c’est le mot, c’est l’unique langage Qui donne un sens limpide à mes vagues transports;
AMOEH, ESPOIK. ‘2fl9
Ma voix est confuse au rivage,
L’Océan l’étouffe à scs bords :
La nuit la couvre de son aile,
Le vent l’étourdit dans les airs.
Il faut que la foi la rappelle;
Il faut, comme l’oiseau fidèle,
Ou’ellc vole, au-delà des forêts et des mers i
O solitude !
J’ai bien pleuré su/ ce rocher, Pauvre nocher!
Inquiétude,
Où donc es-tu ?
Sollicitude ,
Rêve attendu ,
Rêve si froid d’incertitude, Es-tu perdu?
O solitude!
J’ai sur mes rives De belles fleurs
AMOUR, ESPOIR
Non plus craintives ,
Mais sous les pleurs De la rosée ;
L’une est posée ,
Sous la croisée Si douce au soir,
Qu’on croirait voir Un encensoir.
Une fontaine Sous un rameau ,
Laisse incertaine Couler son eau.
Écoutez, écoutez comme son flot murmure !
Il dit des mots sacrés que comprend la nature ,
Il dit des paroles tout bas...
Il dit que l’été passe et que vient la froidure ;
Il dit aux fraîches fleurs : « Bientôt plus de parure ! Et l’homme , hélas ! ne l’entend pas.
Et l’homme est épris de ses rêves !
Et sur mes grèves
AMOUR, ESPOIR
Il ne sait pas Que le trépas
A répandu de sinistres présages ,
Mais qu’une voix, s’échappant des orages,
A consolé Le désolé.
O douceur! ô mon Dieu! c’est vous, c’est vous encore Que je bénis le soir, que j’appelle à l’aurore ,
Que j’invoque toujours.
C’est vous qui me donnez ces accents purs et vagues , C’est vous qui rassemblez ces innombrables vagues Dans un seul cours.
IMMOLATION
Un craint, ô mon Dieu! que ma vie Ne s’échappe avec un transport ;
On craint que mon âme ravie Ne s’élance enfin vers le port !
îs
IMMOLATION
Eh ! que m’importe que je meure ?
Que m’importe que je demeure Sous le poids du soleil des jours?
C’est le soleil de la patrie Qui brille à mon âme attendrie,
C’est Dieu qui m’éclaire toujours.
C’est Dieu qui m’arrache du monde,
Qui m’emporte nu dans sa main.
Qui m’entle aujourd’hui comme une onde Pour m’abattre à ses pieds demain ;
Qui fait un jouet de mon âme ,
Qui l’allume ainsi qu’une flamme,
Ou qui l’éteint comme un flambeau;
Qui la couronne de lumière,
Ou qui la balaie en poussière Dans la poussière du tombeau.
Eh ! que m’importe que je vive ,
Que je traîne un corps amaigri ,
Que j’ouvre la plaie encor vive De ce mal à peine guéri ;
IMMOLATION
Si l’homme ne veut pas m’entendre, Si sa main vide craint d’étendre, L’orgueilleuse , un doigt décharné ; S’il me jette un œil de colère,
Et si ce rayon qui m’éclaire Blesse son front découronné?
Je n’ai point heurté la tempête ,
Lancé mon âme dans les airs ,
Pour ne bercer jamais ma tète Qu’aux sons d’amollissants concerts; Je n’ai point, rêveur solitaire ,
Jeté mes adieux à la terre,
A mes amis, à mes plaisirs,
Pour saisir un luth monotone Qui, pâle comme un jour d’automne, Flatterait de faibles désirs.
Je n’ai point mêlé tant de larmes Aux flots qui baignent mon rocher;
Je n’ai point senti plus d’alarmes Que le cœur surpris du nocher
IMMOLATION
Quand le vent déchire sa voile,
Pour que mes yeux vers une étoile Lèvent quelques regards de paix;
Pour que , tout baigné d’espérance ,
Je laisse la main du silence M’endormir sous tant de bienfaits !
Non ! je crirai , Seigneur ! mon âme Sans cesse parlera de vous.
Si cette voix n’est qu’une flamme ,
Je veux m’y brûler à genoux.
Je veux , comme un parfum d’aurore , Monter toujours, monter encore...
Je veux , comme un encens sacré , Disparaître en flots de fumée,
Laissant une trace embaumée Au cœur ici-bas égaré!
J/AMF.
Trop ardente pensée.
Que me veux-tu? dis-moi?
Laisse l'àmc bercée Sous son abri de foi ,
LAME
Se jouer en silence Dans sa sainte innocence Et son rayon d’amour; Laisse-lui sa prière Clore en paix sa paupière Comme la nuit le jour.
Je suis jeune et ma vie Qui bénit son printemps.
Avant d’être ravie ,
A souffert trop longtemps.
Mais aujourd’hui je chante , Ma voix est plus touchante Que l’écho de mon bord ;
11 me semble à ma rive Que chaque flot n’arrive Que pour être un accord.
11 me semble au rivage Tout baigné de mes pleurs.
Que nul souille d’orage N’a passé sur mes fleurs ;
L’AME
Elles sont toutes belles ,
Leurs corolles nouvelles Se mirent dans l’azur ;
Le zéphir qui les penche Cherche en vain la plus blanche Pour son baiser si pur.
La grotte solitaire S’éveille sous mes pas ,
J’y surprends un mystère Que je ne savais pas ;
Le ruisseau plus rapide S’écoule si limpide Qu’un sable peu profond , Brillant en étincelle.
Fait croire que ruisselle Un flot de flamme au fond.
Mon hêtre au vieux feuillage Dont les vastes rameaux Jetaient sur mon visage Comme un froid des tombeaux.
L'AME
Fait soupirer sa feuille Qu’un rossignol effeuille De ses pieds amoureux,
Et des échos sans nombres Aux rochers les plus sombres Disent : Je suis heureux !
Je suis heureux!... mais i’àme Qui murmure toujours, Comme l’immense lame Entraînant dans son cours Le limon et l’écume;
Qui se voile à la brume Ou rayonne au matin ,
Avance , avance encore ,
Soir et matin dévore L’esquif et le marin.
Et je sens mes années Pâlir dans leur bonheur ;
De mes feuilles fanées,
De mes voix de douleur
L’AME
Il n’est rien qui me reste...
Mais la palme céleste Qui décore mon front Est brûlante à ma tète ,
Et je sens la tempête Comme un sanglant affront.
L’àme est un feu sublime.
Une éternelle ardeur ,
Un redoutable abîme .
Où plonge avec horreur L’œil égaré de l’homme, Quand son orgueil consomme La nuit de sa raison ;
C’est une mer profonde ,
Un flot noir dont la sonde N’arracha qu’un poison.
Mais c’est la source pure,
Le nectar embaumé,
La mystique parure Qui sied au bien-aimé ;
L’AME
L’auréole divine,
Quand tout orgueil s’incline Aux doux rayons de foi,
Tout à l’entour s’éclaire...
Et l’âme pour prière Dit au Seigneur : C’est moi !
C’est moi la bien-aimée ,
La colombe au désert,
Dont l’aile parfumée S’élève en un concert.
C’est moi qui prie et pleure , C’est moi qui chante à l’heure Où tout repose autour ,
Un air pur d’innocence Où chaque voix s’avance Pour se nourrir d’amour.
C’est moi dans la fontaine Qui rellelte les cieux ,
Dans la vague lointaine Qui cherche d’autres lieux;
L’AME
C’est moi le long des grèves Qui poursuis tous ces rêves Qui s’effacent bientôt ;
C’est moi , mer sans orage , Qui doit , sur ce rivage , Briser son dernier flot.
DÉPART
Ils m’ont dit de quitter la mer et le rivage,
Ils ont peur de ma voix...
Et mon front pâlissant, qui de cyprès s’ombrage, Penché sur une croix ,
DÉPART
Jette de ces éclairs si brûlants qu’on s’étonne Que je les puisse avoir ;
Et que soir et matin , à chaque heure , j’entonne Mon cantique d’espoir.
Je suivrai leur désir, et j’irai dans leur ville Boire et manger comme eux.
Je verrai s’agiter, d’un visage tranquille , Leurs plaisirs et leurs vœux.
J’entendrai bien souvent le bruit de leur parole Que je ne garde pas;
Ils me diront aussi ce bien qui les console ,
Que je ne comprends pas.
Et là pourtant j’irai... Je n’aurai plus de rêve, Adieu , souffle embaumé !
Ils ont poussé la barque attachée à ma grève, Adieu , flot tant aimé !
DÉPART
Mais cependant, confondue en la foule,
Mon âme est là -,
Craignez qu’un coude en passant ne la foule , Car la voilà.
Et je replie , hélas ! son aile blanche ; Il faut partir,
S’abandonner à la voile qui penche Sans repentir.
ARDEUR
Je voudrais un esquif sans rame Pour me bercer dans l’Océan , Pour être battu de la lame.
ARDEUR
Je voudrais être le volcan Qui vomit sa lave enflammée Parmi des flots noirs de fumée.
Je voudrais être un torrent, une sonde Jusques au fond des mers.
Tout ce qui brise , ou qui plonge , ou qui gronde ; Je n’ai pas assez de mes vers ,
Je n’ai pas assez d’air, j’étouffe, et mon cœur crie : Seigneur, écoutez-moi, mon âme pleure et prie, Entendez-vous sa voix ?
Elle se perd dans les montagnes ,
Elle court au fond des campagnes, L’entendez-vous dans les vents , dans les bois?
Oh ! je souffre, mon Dieu! de bonheur et d’ivresse... Ah ! plutôt; oui , plutôt, rendez-moi ma tristesse ,
Ou donnez-moi sans cesse Des voix , toujours des voix !
Des voix!... je sens peser, peser lourdes mes ailes; Elles heurtent aux bords, et des plumes nouvelles
ARDEUR
Poussent, poussent encor...
Elles s’étendent loin... immenses dans l’espace... Les voyez-vous jeter leur ombre sur ma face Et dérober au ciel son azur et son or?
Oh ! volez donc aussi , mon âme !
Perdez-vous par-delà lés deux !
Seigneur, je suis aussi de flamme , Suis-je donc trop audacieux?
La terre me pèse , ô mon maître !
C’est vous qui m’avez fait connaître D’autres flots et d’autres déserts.
Mon coursier d’un élan m’entraîne ; Si son pied dévore l’arène ,
Je n’ai pas seul brisé ses fers.
Et je crie O Seigneur!
Et je prie ;
Et mon cœur Se dévore ,
Mon ardeur
ARDEUR
Veut encore Des déserts,
Des concerts.
Une soif indomptable,
A ma bouche de feu ,
Cherche en vain dans le sable A s’apaiser , mon Dieu !
Il me faut une source, un fleuve d’ambroisie,
Mes chants aux mille échos, ma vaste poésie Déborde tout autour.
Il me faut tout l’espace , ô Seigneur ! et mon âme N’attend plus pour dictame Que l’éternel amour.
ÉLAN
Won âme est la cavale altière Qui seule bondit au désert ,
Qui sent s’agiter sa crinière Au souffle dévorant de l’air.
Mon âme est la lave bouillante Qui ruisselle en (lamine ondoyante
ÉLAN
Le long des épaules du mont, Comme une immense chevelure, Comme une sublime parure Qui rend plus éclatant son front.
Mon àme est la lame indomptable Qui se brise avec un transport ,
Qui jette une voix redoutable Aux échos tremblants sur son bord.
Mon âme est le souille en démence Qui tombe à terre et recommence Son vol ici-bas à l’étroit ;
C’est la tempête avant l’aurore Qui court dans le ciel et dévore Tout rayon d'azur qu’elle voit.
Mon àme est la nuit tout entière Semant tous ses globes de feu ;
C’est l’encens de toute prière Qui remonte à vous, ô mon Dieu !
C’est le soleil quand il se couche , Ornant sa magnifique couche