‹ Dernier chantChapitre 42 sur 55 · L’ARABE · texte numérisé non relu

L’ARABE

Laisse-moi , laisse-moi caresser ton long crin ;

Pourquoi donc frapper la poussière ?

C’est le souffle du ciel qui joue en ta crinière, Regarde... je n’ai pas de frein.

Je suis l’Arabe fier , et comme toi sauvage ;

Nous courrons tous les deux sur le brûlant rivage... Nous irons dans les mers

Nous baigner, retremper nos membres indomptables , Et nos hennissements se perdront dans les sables En sublimes concerts !

ÉLÉVATION

O mon Dieu ! je veux un cantique Pour soulager un peu mon cœur ; Donnez-moi Técho du portique, Donnez-moi les chants du vainqueur Qu’exhalait la harpe bénie ,

Les transports, l’ivresse infinie

ÉLÉVATION

Du prophète des anciens jours ; Donnez-moi ses ailes de flamme; Donnez, donnez, mon Dieu! mon àme Souffre trop de ramper toujours.

Je voudrais , d’un élan sublime , M’élancer par-delà les mers ,

M’égarer d’abîme en abîme En semant toujours des concerts.

Plonger aux profondeurs de l’onde, Me heurter aux bornes du monde ,

Les fondre à mon souffle de feu , Aller... m’enfoncer dans l’espace Toujours... et sans laisser de trace Me perdre en votre sein , mon Dieu !

Voilà mon ardente espérance,

Voilà mon sublime désir,

Voilà l’étendard qui balance Ses plis rayonnant d’avenir!

Voilà l’Océan où se plonge

Ma vie à moi, qui n’est qu’un songe ,

ÉLÉVATION

Mon œil qui dédaigne ici-bas.

Voilà l’amour saint qui m’oppresse ,

Voilà ces cris, dans mon ivresse,

Que l’homme, hélas! ne comprend pas!

Eh ! que m’importe à moi , si l’homme Et ses mille échos à l’entour Ne savent point comment on nomme Cet élan d’espoir et d’amour?

Si son front à peine.se lève Et cherche inquiet sur ma grève La grotte où l’oracle a parlé ;

Si , trompé par la voix des vagues ,

11 ne saisit que des bruits vagues ,

Au lieu de l’accent révélé !

Qu’importe?... oh ! non Seigneur, mon âme Qui s’enivre en ses flots de paix,

Voudrait qu’une semblable flamme Consolât leurs cœurs à jamais !

Que ces déserts brûlants de sable Où la soif est intarissable ,

S42 ÉLÉVATION

Où nul écho ne vous répond , Laissassent jaillir des fontaines Coulant toujours , et toujours pleines D’un amour sans rive et sans fond.

O mon Dieu! je bénis l’aurore Et toutes ces fleurs de mes champs Qui viennent à l’heure où j’adore Mêler leurs parfums à mes chants !

Je rends grâce de ces pensées Qui viennent en foule pressées De s’élancer toutes vers vous ,

De brûler un encens plus tendre , Désireuses de faire entendre Tout ce que l’âme a de plus doux.

Je bénis ma harpe divine Qui parle si haut au Seigneur ,

Qui fait bondir dans ma poitrine Mon espérance avec mon cœur.

Je bénis ces pleurs qui m’inondent, Ces transports saints qui surabondent,

ÉLÉVATION

Ces regards qui lancent du feu...

Je rends grâce à toute ma vie , Car enfin elle est assouvie , Assouvie en vous , ô mon Dieu !

poiisiii.

Le jour, la nuit, mes beaux cantiques, 0 Seigneur! s’élèvent vers vous; Comme l’encens des basiliques Mon âme exhale en flots plus doux Mes beaux cantiques.

POÉSIE

Le jour, la nuit, mon espérance, Agite son aile et s’enfuit ,

Et se balance ,

Et revient plus près et s’élance Le jour, la nuit.

Ma voix profonde Comme un torrent S'irrite et gronde En son courant ,

Si quelque tronc d’arbre immobile Arrête son flot indocile Comme un torrent.

Et ma paupière Jette du feu

Quand ici-bas toute lumière N’est pas de Dieu.

Si j’entends un accent de l’homme , J’écoute bien comment il nomme Le souffle qui passe au saint lieu ; S’il ne croit pas à la prière...

POBSIK.

Je souffre , et soudain ma paupière Jette du feu.

Mon âme ardente Cherche un trésor ; Vos filons d’or,

David et Dante , Laisseront-ils puiser encor Mon âme ardente?

La strophe tremblante à mon âme Obéit trop vite à ma voix;

Je voudrais qu’emportée au loin sur une lame L’esclave échappant à mes doigts Ne revint pas toujours comme une algue plaintive Me dire : 0 maître bon! laisse-moi sur ta rive!

Je voudrais que mon cœur ,

Enivré de bonheur ,

Put mener tous de front mes vers aux vastes ailes; Je voudrais ces coursiers aux ardentes prunelles.

POÉSIE

Tous , comme des cygnes blancs,

Les tenir dans mes mains de ma rêne puissante , Les laisser balancer leur tête éblouissante,

Et passant au-delà des vastes océans ,

Aller, aller toujours, sans que mon char ressente Les coups tout interdits des foudres et des vents.

Je voudrais, quand mon âme accueille sa pensée, Que la foule à l’entour s’inclinât empressée D’adorer le Seigneur ;

Car c’est lui qui descend en esprit dans ce temple; Et, baissé sur mon sein , mon regard le contemple Plein d’amour et d’horreur.

Je voudrais, quand ma voix s’élance sur le monde, Qu’il se fit tout-à-coup silence... et que, profonde, Elle parlât des morts. . .

Elle parlât longtemps de ces tombes qu’elle aime, De ces jours attendus et si beaux, qu’elle-même, Pour les chanter manque d’accords!

POÉSIE

Je voudrais, qu’enfin consolée,

Ma lyre essuyât tous les pleurs;

Que toute âme ici désolée Vint la charger de ses douleurs.

Je voudrais, hélas! que mes frères, Qui n’ont qu’espérances amères Où se meurt tout reflet d’amour, Vinssent au Dieu qui nous rassemble, L’écouter, le prier ensemble,

Et pleurer chacun à son tour.

Oh ! quel bonheur Si mon ivresse

Pouvait arracher un seul co?ur A la tristesse;

Oh ! quel bonheur!

Si ma voix simple et solitaire,

Se mêlant aux voix de la terre Comme à l’absinthe un peu de miel, Oubliait ses heures funèbres,

POÉSIE

Laissant percer dans les ténèbres Un de ces purs rayons du ciel.

Ils sauront un jour que ma lyre Ne brigua pas un laurier vain ,

Que mon redoutable délire N’a pas parlé si haut en vain ;

Us sauront un jour que mon âme N’a pas été l’impure flamme Qui brûle sur tous les autels,

Et que, pontife dans la vie,

Jamais elle ne fut ravie Que par les esprits immortels.

Us sauront un jour, tous ces hommes Qui passent si fiers devant moi,

Dans l’étroit empire où nous sommes , Lequel de nous est peuple ou roi.

Elles sauront, ces hautes têtes,

Qui sait commander aux tempêtes, Aux coups d’un destin imprévu :

Tout sera dit au jour des âges...

POÉSIE

Mais aujourd’hui, dans les orages, Leur œil ébloui n’a rien vu.

Et mon luth qui vibre sonore Va cesser d’exhaler ses chants;

S’ils n’y répondent pas encore.

J’étoufferai ses cris touchants.

Que dis-je, ô Seigneur! ma pensée, Que votre amour tient embrassée, Peut-elle donc s’éteindre en vous?

Je chanterai sur ma colline,

Mais la nuit seule qui s’incline Aura tous ces parfums si doux.

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