‹ Dernier chantChapitre 43 sur 55 · UN MATIN · texte numérisé non relu

UN MATIN

Quel jour brillant se lève sur ma tête!

Beau soleil, te verrai-je encor?

Salûrai-je longtemps , si loin de la tempête , Tes flots de jaspe et d’or?

IJN MATIN.

Reverrai-je au matin mon enfant me sourire.

Se jouer près de moi ?

Sentirai-je longtemps les cordes de ma lyre Vibrer toutes de foi ?

Sentirai-je longtemps une vie aussi pleine Déborder de mon cœur?

Et des bouches du ciel une divine haleine Baiser mon front vainqueur ?

Vivrai-je pour aimer, pour chanter et pour croire ?

Je l’ignore , 6 mon Dieu !

Mais si, jeune, je meurs,... on lira ma mémoire Au marbre du saint lieu !

VIVRE ENCORE

Merci , mon Dieu ! de mon ivresse ,

Merci de ce beau luth qui pleurait désolé;

Plein de tristesse ,

Suis-je assez consolé?...

Qu’ai-je besoin aujourd’hui sur la terre?

La terre!... Oh! j’aime bien ce grand temple d’amour!

VIVRE ENCORE

Mais quel mystère !

O dernier jour

Eloigne-toi !... Laisse quelques années Mon front, privé de ses feuilles fanées, Verdir encor;

J’ai tant de sève en ce tronc immobile , Laisse un ruisseau ceindre son pied docile D’un réseau d’or.

J’ai tant pleuré que je n’ai plus de larmes,

Mais j’ai des chants ,

Accords touchants ,

Hymnes divins , accents tout pleins de charmes ; O mort, attends!

Attends , tombeau !

Je n’aime point ta longue et noire pierre , Ni ton flambeau ,

Ni ta poussière;

Attends , tombeau !

VIVRE ENCORE

Tu pèses lourd dans mes doigts , 0 ma lyre ;

Qu’as-tu , dis-moi ?

Ne veux-tu pas partager mon délire ?

Silence?... Eh quoi!

Prête à pleurer quand tu me vois sourire?

Dis-moi , ma sœur,

Dis-moi , je t’aime... Ah ! crains-tu de me dire Toute douleur ?

Hélas! je sais... Mais non, le Seigneur m’aime Comme son fils.

Souvent, souvent il me l’a dit lui-même.

Et le beau lis ,

Dont la rosée incline un peu la tige Avant le jour,

Doit ses parfums... Mais hélas! je l'afflige, Parle à ton tour !

Parlons ensemble, et de nos beaux cantiques, Et de nos beaux accords.

De nos baisers au fond des basiliques ,

De nos transports :

VIVRE ENCORE

Parlons du jour où tu me pris si pôle , Sur le rocher,

Près d’un esquif entr’ouvert par le hàle , Pauvre nocher !

Comme ta voix était douce et plaintive , Sœur de mes pleurs !

J’aimais le voir te pencher sur la rive, Fleur dans mes fleurs.

Comme mon cœur écoutait en silence Le moindre accord !

Je m’agitais au zéphir qui s’élance Souvent trop fort.

Je craignais tant de perdre une parole , Un parfum pur ;

J’aurais voulu toujours une auréole Au ciel d’azur.

VIVRK ENCORE.

Je n’aimais pl-us hélas! rien dans la vie,

J’avais souffert!

Toute douceur m’avait été ravie,

Et rien offert.

Et je disais : Il faut donc que je meure,

Que faire ici ?

Près d’un mourant je disais : qu’il demeure, Car me voici !

Mais aujourd’hui ma vie est consolée, Flamme au saint lieu;

Mon âme errante, à sa rive isolée A trouvé Dieu.

J’ai pour mes pas de si vastes campagnes,

El des abris;

J’entends le soir mourir dans les montagnes De si doux cris!

MO

VIVRE ENCORE

J’ai tant d’échos attentifs sur mes grèves , Tant de zéphirs!

J’ai tant de voix qui soulagent mes rêves Par leurs soupirs!

Oh ! oui , mon Dieu ! je veux bien vivre encore , Vivre longtemps,

Verser à (lots ce soleil qui colore Mon beau printemps.

APPEL

Je souris de bonheur ! la joie esl ma couronne ,

Je ne dis plus au voile épais qui m’environne ,

Au tombeau dont l’herbe frissonne,

Aux vers : « Vous êtes ma mère et mes sœurs. » Je parle d’espérance et j’aspire la vie ,

Mon âme est une voix forte qui fait envie A tous les chants en chœurs.

Al'I’KL.

Je crains de me briser, instrument trop fragile;

Je voudrais devant moi le chaos immobile, L’espace, l’immensité...

Dieu... ce souille de feu qui flotte sur l’abîme, Dieu... l’Étre, Jéhovah, ce nom trois fois sublime, L’àme, l’éternité !

Et je n’ai qu’une lyre Que je froisse en ma main ,

Et j’entends toujours dire :

Hier, aujourd’hui , demain.

Et je vois une foule Qui , bruyante, s’écoule Sous des ombres sans fin ; Des noms d’orgueil, de gloire Laissent comme mémoire Des lambeaux au chemin.

Et je poursuis ma course , Astre mystérieux ,

Et de l’une à l’autre ourse Je passe dans les cieux ,

APPEL

Comète échevelée, Longtemps fauve, isolée.

Jetant ses feux épars ;

Dans ses flammes nouvelles Déployant ses (leux ailes Comme deux étendards.

Et j’appelle à grands cris ces parcelles perdues,

Tous ces flambeaux éteints, ces flammes descendues Qui rampent aux tombeaux,

Qui courent dévorer des restes de ruines ,

Qui dévastent sous terre et laissent sans racines De si puissants rameaux !

Et j’appelle à grands cris ces enfants de lumière, Qui cherchent le soleil perdu dans la carrière,

Et veulent tous briller;

Qui pâlissent soudain sous les feux de l’aurore, N’ayant plus sur le front ce rayon qui le dore Et le fait scintiller.

APPEL

Et j’appelle , à grands cris , les saints et les prophètes, Tout ce qui doit en haut porter de nobles têtes,

Les vierges au cœur pur ;

Tout ce parfum d’amour qui se perd dans le temple, La foi, cet autel d’or que mon âme contemple Immobile en l’azur !

L’ANGE

Le voici , mon ange fidèle A me visiter chaque nuit;

Le voici qui, de sa blanche aile, Cache son éclair qui reluit.

LANGE

Viens donc près de moi, viens, mon frère; Viens , car l’insomnie esl amcre Quand on sent la fièvre en son lit,

Quand, d’amour, sa lèvre vous presse Et que sa main froide caresse Le front qui s’agite et pâlit.

Viens , viens t’asseoir là sur ma couche...

Vois-tu la mort à mon chevet?...

Dis-moi ? vois-tu son regard louche ,

Son squelette qui se revêt D’un suaire?...

Écoute... Oh ! je suis sans frayeur,

J’ai mon espoir dans le Seigneur,

J'ai des gages au sanctuaire,

Je puis pleurer, trembler même parfois;

J’ai tout auprès tant de cœurs , tant de voix , Je puis bien regretter la terre.

Elle était belle ,

Toutes ses fleurs ,

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