‹ Dernier chantChapitre 44 sur 55 · ANGE · texte numérisé non relu

ANGE

À la saison nouvelle , S’étalaient sous mes pleurs.

Je savourais un parfum sans mélange , Tu le sais , ô mon ange !

Tu ne quittes jamais Mon cœur baigné de sa molle lumière , Vive prière,

Doux Ilots de paix.

• Je puis bien regretter la vie,

Car, qui l’a plus douce que moi?

Toujours ravie ,

D’amour, de foi ,

Elle s’élance Et se balance ,

Et l’espérance Lui dit : Encor!

Et ces lauriers qui décorent sa tête, Dont elle rit , la folle qui s’entête D’un seul trésor.

L’ANGE

Dis-moi, mon ange , ont-ils un peu de joie, Tous ces heureux?

En ce moment leur àme esl-elle en proie Au songe affreux?

Va leur porter une lueur divine De mon sommeil;

Et qu’étonné, leur cœur cherche et devine A son réveil.

Dis-leur en rêve une douce pensée,

Douce d’amour;

Que, sans savoir, leur àme en soit bercée Le long du jour.

Point de frayeur, point d’aile flamboyante... Mais ton regard

Si doux, tu sais, à la voile ondoyante , Quand il fait tard.

L’ANGE

Dis-lcur ma vio , et ce qui reste en elle De sa douleur ;

Dis-leur sa foi dans la coupe éternelle Et son bonheur.

Je voudrais bien qu’ils pussent me connaître , Je leur dirais :

J’ai bien souffert, mais j’ai voulu renaître Et je renais.

Voilà tous mes plaisirs comme l’impure lave D’un volcan effacé ;

Mais chaque jour mon cœur plus sain se lave De son passé.

Les pleurs qui m’ont courbé huit ans sur une tombe Ont parlé haut pour moi ;

Et si , jeune d’amour et d’espoir, je succombe,

Ce sera sous ma foi.

580 L'ANGE

Ce sera sons le feu divin qui me consume, Qui dévore mes jours ,

Qui sur l’autel de l’âme allume L’encens toujours-,

L’âme qui s’irrite et crie

Quand autour de sa harpe elle entend d’autres voix; Quand un front sans éclair trouble le front qui prie Le Dieu mort sur la croix.

L’INSOMNIE

Et l’insomnie est là qui m’abat et m’oppresse,

Et malgré moi, Seigneur, une horrible tristesse Vient rire dans mon cœur ;

J’étais heureux , heureux d’un rêve si limpide... Et voilà sur mon front comme une ombre livide Qui voile mon bonheur!...

L’INSOMNIE

O mon Dieu ! me voici... je me mets sous votre aile; Vous savez si pour moi cette aurore nouvelle ,

Pur océan d’amour ,

Était le prix ici de ma foi consolée ,

Ou le signe qui parle à notre âme exilée Avant le dernier jour.

Vous savez si ces pleurs si doux , si ces cantiques , Ces chants de joie après ces chants mélancoliques, Ce transport infini,

N’étaient point cette voix qui n’est plus de la terre, Qui jette à Pâme pure un cri plein de mystère Quand son rôle est fini.

Vous savez, ô Seigneur!... et ma tête inclinée Se repose sur vous comme une herbe fanée Sur un roc verdoyant;

Et je vois d’un œil faible encor passer des vagues.

L'INSOMNIE

Et je saisis encor des voix et des bruits vagues Sur le flot ondoyant.

Je me repose en vous, je vous donne mes larmes, Toutes pour vous, Seigneur!

J’avais bien ici-bas quelques-uns de ces charmes Qui brillent sur le cœur.

J’avais bien un enfant qui faisait mes délices, D’autres amours encor;

Je ne dis pas, oh! non; parmi mes sacrifices, Mon plus riche trésor.

Non , je pleurerais trop , et mon cœur veut sourire , Sourire en vous , mon Dieu !

Non ! non ! je veux , je veux que mon luth ne soupire Qu’aux échos du saint lieu.

Qu’il entende toujours un hymne de louanges.

Qu’il regarde descendre et remonter des anges

L'ttSOMNIE.

Toujours, toujours...

Qu’il voie au ciel (l’azur une blanche couronne, Qu’il sente un souffle frais à l’aile qui frissonne Sous le soleil des jours.

Et mon âme pressée De s’envoler, Seigneur , Oublîra sa pensée Qui rôve de bonheur.

La fièvre me dévore ,

Je ne puis croire encore Que je doive mourir ,

Moi qui pensais dans l’âme , En sentant cette flamme , Qu’elle allait me guérir.

Moi , dont l’heure bénie M’offrait avant le jour Un cantique d’amour, De douceur infinie.

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