I.’ÎSSOMN'IE
Moi qui trouvais, Seigneur, lin parfum dans mon cœur Pur comme une prière Dont ma Ivre au matin , Bénissant son destin , S’embaumait tout entière.
Oh! je ne savais pas Que c’était le trépas Qui me prêtait ce songe ,
Et du froid dans mon cœur Me glace encor d’horreur, Quand seul ici j’y songe.
Peut-être cependant je ne dois pas mourir.
J’ai tant de sève... et puis, quand il va se tarir,
Le ruisseau se perd dans le sable ;
Et j’ai tant de verdure et de mousse à l’entour,
Tant de fleurs de printemps, tant de parfums d’amour, Et ma source est intarissable.
L’INSOMNIE
Souvent autour de moi je saisis quelques pleurs ; Mais j’ai vu , maintes fois, en disant ines douleurs , Couler de ces larmes si douces ;
Le silence il est vrai règne;... mais les désirs Qui pourraient s’épancher au milieu des soupirs, Auraient de trop fortes secousses.
Ils sont gais et nombreux... Ils me disent des mots Qui jettent , en passant , comme un voile à mes maux, Car ils parlent tous de la vie.
Ils paraissent certains des jours qu’ils ont comptés,
Et je n’ai jamais vu leurs regards emportés Aux lieux où mon âme est ravie.
Je sais pourtant qu’il ne faut pas Compter trop sur cette apparence ; Mais ne puis-je encor sur leurs pas Cueillir cette fleur d’espérance.
Ils auront tant.de pleurs sur moi...
Us n’ont pas tous compris ma foi ,
L'INSOMN'IK.
iN’i les longs échos de ma lyre.
Mais ils m’aiment tant , et leur cœur Tremblait souvent, pour mon bonheur , Du feu de mon ardent délire.
Mon Dieu î je vous bénis de m’avoir tant aimé !
Je bénis cet encens de m’avoir parfumé D’amour pur, un jour sur la terre ;
Errant, il trouve au monde hélas ! si peu d’autels !
Et je ne sais pourquoi tous ses feux immortels ,
Ont sacré mon front solitaire.
Je cherche d’où me vient tant de bonheur, mon Dieu i Car la mort qui m’arrache une joie en ce lieu ,
M’en offre une autre plus fidèle ....
Et si mon cœur brisé s’agite eu ses douleurs ,
Si malgré son espoir il sent couler des pleurs,
C’est qu’il n’a pas encor son aile.
LE SOLEIL
Viens, Soleil !
Viens de tes beaux rayons saluer mon réveil ! Viens sur mon lit funèbre évoquer l’espérance! Viens colorer mon front pâli par la souffrance.
LE SOLEIL
Viens, Soleil !
Viens empêcher mes yeux dé chercher le sommeil;
Je t'aime , ô grand reflet d’un astre plus sublime ,
Flambeau divin, plongeant jusqu’au fond de l’abîme Où mon àme jette un cri sourd Qui n’est point entendu du monde;
Fleuve sous terre qui gronde,
Source dans l’infini de plus en plus profonde,
Fardeau toujours plus lourd
Que la main de la mort peut alléger à peine ;
Viens Soleil! viens calmer ma dévorante haleine.
Je t’aime , astre fécond d’espérance et d’amour !
Verse toute ta vie à ma tête qui penche ;
Viens rougir de tes feux ma couche hélas! trop blanche, Pour mon œil en ce jour !
Je suis heureux, tu sais... J’ai reconnu la vie;
J’ai béni tout en pleurs, et mon àme assouvie A succombé sous ses transports.
J’ai jeté vers le ciel mon âme en un cantique ,
Tout a parlé dans moi ; mon luth mélancolique S’est tout brisé sous ses accords.
LE SOLEIL
J'ai couru, palpitant, le long de mon rivage,
Chaque Ilot sur mon bord m’apportait une image De bonheur méconnu.
Chacun de mes rochers où frappait la tempête ,
Laissait poindre et briller toujours pur sur ma tôle Un rayon inconnu.
Et je disais à Dieu : Grâce , mon Dieu , la joie Est trop forte à mon cœur.
Comme sous un vautour, longtemps il fut en proie , Sanglant, à la douleur.
Et vous l’avez soudain délivré;... mais mou âme Se ressent de ses fers.
Elle est meurtrie encore, et sa brûlante flamme Fait fondre ses hivers.
Tout s’ébranle à la fois,... trop vivement, peut-être;
Mon corps tombe affaibli ,
Le vent souille trop fort, je voudrais de mon hêtre Le zéphir amolli.
LE SOLEIL
Le parfum de mes fleurs qui s’exhale à l’aurore , La vague qui s’éveille au rayon qui la dore, L’abeille sur le thym ,
Tout ce qui , soupirant , n’a pas de voix encore , Tous ces germes cachés qui vont ensemble éclore Au soleil d’un matin.