LA COUTELLERIE DE ROUEN VERS LA FIN DU MOYEN AOK
La coutellerie de Rouen eut autrefois une assez grande célébrité (i)- C'est ce qui nous engage à présenter ici quelques documents concernant cette fabrication, aujourd'hui complètement disparue. On y trouvera d'ailleurs des indications assez précises sur la condition des ouvriers dans les derniers temps du moyen âge.
Tout d'abord distinguons les diverses branches de ce métier : les forgeurs de lames, dites allemelles ; les émouleurs; les amancheurs, c'est-à-dire ceux qui appliquaient aux divers objets compris dans la coutellerie (couteaux, épees, etc.), des manches en bois, en corne ou en ivoire. Les damasquineurs ne paraissent avoir été connus que plus tard (2).
Forpeurs cTallemelles ou de lames.
Ricart De la Mare s'oblige à Michel Allain « à lui servir, ju^ques à deux ans de la Notre-Damecn septembre prochain venant, du mestier de couteleric et de tout ce qui audit
(1) M. Pardessus, Lo/v mjritimes, t. (II, Introduction, p. lai.
(2) Henri Broitin, damas ]uinicr à Rouen, paroisse Snint- Pierrc-l'Honoré, 8 mai 1:09 (Tab. de Rouen). Il avait pris comme apprenti, pour quatre ans, un enfant de onze ans, i3 nov. 1554.
mesticr appartient, tant d'ouvrer en la forge comme autrement, et gaanera, pour chascun jour qu'il ouvrera u s. vi d., monnaie courante, et lui trouvera ledit Michel boire, mengier, lit et hostel, excepté pain tant seullement ; et, pour ledit service faire, ledit Michel lui en donna v fleurances de Cambrai, dont etc., et, s'il défia il- Joit de d'aucunes journées d'ouvrage cudit terme, il sera tenu à restorer après ledit terme value à value, etc., et oblige corps et biens, • i 3<">o. (Tab.de Rouen, reg. I, f*24 )
• Jehan Bellct, de Saint- Pierre-l'enouré de Rouen, s oblige à Robert Baillemont ad ce que il servira ledit Robert jusques à vi ans d'ui du mesticr de coutelerie et de tout ce qui audit mesticr appartient, et lui trouvera ledit Robert, lit et hostel, cuisine et potage, tant seulement le terme durant; et si lui sera tenu paier, pour chascun jour que il ouvrera, xvi d. t., monnaie courante aujourd'hui, tant pour son ouvrage que pour caucheurc, vesture et pain. Et, en cas que pir le deffaut dudit Robert, ledit Johan seroit usif {pour oisif) de son dit mesticr faire, ledit Robert lui seroit tenu paier les xvi d. dessus dis aussi comme se il ouvroit; et ne pourra ledit Johan ouvrer aillieurs, ne hors de l'ostcl dudit Robert, le terme durant, se n'est du congic dudit Robert; et, quant au service dessus dit faire et accomplir, etc., il obligea son corps à tenir en prison, se il en deffailloit, » i3oi. \lbiJ., f° 142 )
Johan de Guivry s'oblige à Raoul Le Camus « ad ce que il servira ledit Raoul, jusques à un an de la Saint Johan- Baptiste derr. passée, du mestier de coutelerie et de tout ce qui audit mestier appartient ; et, pour ledit mesticr faire et accomplir, ledit terme durant, ledit Johan ara et gaanera, pour chascunc sepmainc ouvrable que il ouvrera, xiiii s. t., ainsi que, se il avoit en la sepmainc trois fcrL-s, ou que ledit Johan deftausist d'ouvrer trois jours en la sepmaine par son fait, ledit Raoul ne seroit tenu à lut paier, pour lad. sepmainc. que vu s. t. de la dicte mmnoie ;
et, se en la sepmaine avoit mains de m fériés, ledit Raoul ne pourroit riens rabatre audit Johan desdiz xnn s. la sepmaine, » i362. (Ibid., 189, v°.)
Ricard De la Mare, de la par. Saint-Pierre l'onnouré de Rouen, s'oblige « à servir Robin Baillemont, jusques à deux ans de la Saint-Johan-Baptiste prochain venant, du mestier de coutellerie et de tout ce qui audit mesticr appartient, ainsi que ledit Robert lui trouvera lit et hostel et tous ses despens, excepté de pain ; et si gaagnera, la première année, pour chascun jour, 11 s. vi d. t., et pour ce faire ledit Baille lui en donna 11 frans et demi d'or d'avantage, > 1 363- {Ibid., f° 241.)
GilletCerens s'oblige à Johan Le Jane t à ce qu'il servira ledit Johan jusques à deux ans et demi du mestier de coutelcrie... en accomplissant le service que il devoit faire à Raoul Cerens, son frère, jadis mary de la famedud. Johan, par ainsi que les soufflés et l'enclume de la forge dudit Johan, qui sont audit Gillct, demouront, le terme durant tant seullement, et par ainsi que ledit Johan trouvera audit Gillet boire, mengier et caucheure de souliers et cauches, lit et hostel bien et suffisamment, le terme durant, > 1364. [Ibid., reg. 11, t° 149 v<>.)
Le même abandonne, peu de temps après, son patron, va se fixer à Clermont-en-Beauvoisin, et « laisse a Jean Le Jeune les soufflets et l'enclume qu'il avait portés chex lui, » i365. [Ibid. t f* 240 y.)
Gillet La Vite, de la par. Saint- Maclou de Rouen, s'oblige à Guillaume de Saint-Pierre, coutelier, « a ce que il serv ira ledit Guillaume dudit mestier jusques à un an de la candJeur prochainement venant, et, pour ce Caire, ledit Guillaume lui en donna xv 1. t., un franc d'or pour xx s. la pièchc, etc.. et une pnire de cauches bonnes et suffisantes, desquicux il congnut avoir eu avant les mains soixante soûls t., dont etc., et lui sera tenu ledit Guillaume
à trouver audit Gillet ses despens de boire et de raengier jusques au vespre tant seulement, • 1371. (Ibid., reg. 3, fo 133 v«.)
« Jehan Poulain, forgeur d'allcmclles. de Saint-Patris de Rouen, promet servir et ouvrer dudit mestier mestre Pierre d'Fspinay, du jour de Noël prochain passe jusques à deux ans ensuivans sans soy absenter ne ouvrer à autres pc; sonnes, c'est assavoir pour 11 s. t. pour chascun jour, que ledit Pierre lui paiera chacun jour que il ouvrera, et par deux frans d'avantage, que il en confesse avoir cubs et dont etc., et oultre icellui Poulain, confesse devoir audit Pierre vitt frans d'or et v s. t. pour prest, • 1 38 1 . IfbiJ., reg. 4, f« 3.1
« Jehan Le Cullcrier, s'oblige à Jehan Du Fay a lui faire, chascune sepmaine, ne d'allemelles d'un cent a la garbe jusque au rer de x", xns pour chascun millier, pour 1111 1. x t., et, à chascun millier de xii*. ledit Jaques sera tenu de foire la façon des allemcllcs de 2 garbes d'achier, et ledit Du Fay luy en baudra l'achier etc. . ., à commencher lundi prochain venant, et ainsi ensuivant chascune sepmaine, jusques à tant que lesdiz milliers soient acompli» » 1392. {Ibid , reg. \ f° 1981 11).
Guillaume Larchier, de Saint- Pierre l'ounouré, se alloua . à Jehan Tycrri, de Saint Patrix, forgeur d'allemelles, pour le servir bien et deuemeni audit mestier jusques à un an accompli commenchant le lundi après Reminiscere, pour 11 s. mi d. t. par jour, tant comme il ouvrera, tous Mmedi* et autres vegilles des festes comptée* pour un jour entier ; et ne lui sera tenu trouver aucune choze, fors outiU et lit à gésir sculîcmcnt, et le sera tenu tenir en besongne tant comme il aura ef pourra recouvrer cuvre; et, qunnt il n'en aura point, il pourra aller ouvrer ailleurs
(1) Mention île Jehan PoulUin, forpeur <fallemcl1ea à coutea-Ji, 1 3«* 5 Tab. lie Rouen, reg. 6. fa 11K
tant que il ait recouvre de l'euvre; et, pour amendement de marchié, ledit Tyerry promist paier audit Larchier, dedens xv jours ensuivant le jour que il aura entré en euvre, xxvn s. v. d., oultre et par dessus le marché, » 1400. (Ibid. ,reg. 9, f° 122.)
Un ouvrier s'alloue à un forgeur ù'allemelles pour un an moyennant 18 d. par jour, 1414. {Ibid., reg. 17, f«> 83 v°.) (1).
Emouleurs.
L'importance de la fabrication de la coutellerie à Rouen et aux environs est attestée par le nombre des moulins ù couteaux qu'on y voit établis au xiv« siècle et au commencement du siècle suivant. Nous en citerons plusieurs, sans prétendre donner une énumération complète.
En premier lieu, le moulin de la Bretèque, qui appartenait à la ville de Rouen, novembre 1406 (Tab.de Rouen, reg. 12, f° 112). A Saint-Paul, près Rouen, moulins à couteaux, 1391, 1396. (Ibid., reg. 3, f° 36 v<>, reg. 7, f° 8 v°). A Saint Pierre-de-Carville, moulin à couteaux sur Robec, appartenant au prieuré de Saint- Paul, qui transige
(1) On distinguait des couteliers les fournisseurs, qui éclaircissaient les lames d'épées. Un fourbisseur prend un ouvrier pour un an, et s'engage à lui fournir boire, manger, feu, lit et hôtel pour 16 francs par an, 1404 (Tab. de Rouen, reg. 1 1, f° 11, vo). — Un autre trouve un ouvrier, vraisemblablement un apprenti, qui se contente de 12 1. t. pour trois ans, 1400 (Ibiâ.y reg. 12, f« 134, v»). Mention de fourbisseurs, 19 janvier 1479, 3o octobre 148^ (HniJ\ de fourbisseurs de harnais, 2 5 janvier 1 5 1 S. flbidj; d'Alexandre Hcudcbert, nommé four* bisseur de l'hôtel-de-villc de Rouen, 19 juin 1674 (Délib. de Rouen). — 10 décembre 148^, « Guillaume Godcau, fourbisseur de harnoys, fist amende d'un se rement par luy actendu et faite par Jehan Ballichon, sur ce que ledit Godeau voulloit que ledit Ballichon luy baillast certain nombre de salades à mourdre i fourbir, ainsy que subject y estoil, jouxte le marchié d'entre cuit . (Bailliage de Rouen).
avec la Ville, le 16 juillet 1405, pour les frais de curage. (Arch. de la ville). A Saint-Ouen-de-Longpaon, moulin à couteaux, avec le mestre fer y le fonds de la terre et les édifices, baille a fieffé pour 32 s. de rente, 1364 (Tab. de Rouen, reg. 2, f° 154 v°); autre moulin à emoudre couteaux, au même lieu, fieffé par Pierre le Boissclicr, pour 32 sous de rente annuelle francs au bailleur et 22 deniers de rente seigneuriale, 1 369. (Ibid., reg. 3, f° 2.) Autre moulin à emoudre couteaux sis à Carville, baille à ferme pour 6 ans, parle prix de 4 1. 10 s. par an; fer du moulin estimé 7 livres; le tournant, 1 1 livres, 1400. {Ibid. y reg. 9, fo 54 v°.) Dans la vallée de Maromme, moulins à couteaux à Notre-Dame-de-Bondeville et au Houlme. L'un d'eux appartenait au sénéchal d'Eu.
« Jehan le Boissclier, esmouleur de couteaux de Saintlier jouxte Rouen, confesse soy estre aloué à Pierre Du Mousticr, de ladicte paroisse, du jour de Noll prochain, venant jusques à un an, pour le servir bien et deuementet loyalement de son dit mestier, ledit temps durant, par ainsi que il aura, pour chascun jour entier qu'il ouvrera en ladicte besoingne, 11 s. t., et parla somme de xx s. t., que ledit Du Moustier lui en paia, dont etc.; et s'il deffault de paier ledit Boissclier de xv jours, ledit marchié seroit nul, et seroit ledit Du Moustier tenu de paier ledit Jehan de tant qu'il auroit ouvré en lad. besogne ; oblige corps et biens, » 1402. (Ibid., reg. 9, f° 400 v°.)
• Girot Le Candelier, de Saint- Martin- Ju- Vivier, promet d'émoudre, chaque semaine, à un habitant de Rouen, une douzaine d'allemelles à faire couteaux • 1408. (Ibid., reg. i3, f<> 2Ô2.)
Amancheurs.
On désignait sous le nom d'amancheurs (pour emmaneheurs) ceux qui fabriquaient les manches de couteaux. Bien que l'on soit fondé à ranger ces ouvriers dans le
métier de la coutellerie, on voit que les amancheurs formaient une des branches de la ferme de la mercer c. branche assez importante puisque les impositions a en percevoir furent baillées pour 80 1. en 1 365. (Tab. de Rouen, reg. 2, f° 166 )
Un ouvrier de Saint-Gervais, de Rouen, s'alloue pour un an, et s'engage à faire, « chaque semaine, 200 de manches de cornes, moitié rouges et moitié blanche*, le mendre de la longueur de son maître doigt ; » pour chaque cent, il recevra 4 s. t., 1390. [Ibid.^ reg. 5.)
On cite, en 1400, Jacquemart Le Verrier, de la parois* de Saint-Gilles d'Abbevillc, comme < étant du mestier de cacheur de manches de corne. » (Tab. de Rouen, reg. 9. fo i83 v°.)
En 1402, un bourgeois de Rouen achète t de Bernard De la Croix, lanternier, demeurant à Bourges (Bruges), en Flandre, toute la noire corne qui lui viendra et pourra venir d'ici à vi ans, et doit avoir la mendre corne, 3 poui devers le ventre. L'acheteur aura xi< pour millier et poiera pour chaque cent mi gros, et au millier un cent d avantage, qui lait le onze cent, à livrer toutes fois que 1jchetcur ou son certain commandement iront à Bourgs, la blanche corne, chaque cent, ut gros. Le vendeur ne pourra vendre à autre qu'au marchand de Rouen, si ce n'est de la volonté de celui-ci. » ( Tab. de Rouen, reg. «i, i° 335.) Bien qu'il s'agisse ici de corne pour lanternes, il est à croire que c était aussi de Bruges que l'on faisait venir la corne pour les manches de couteaux.
Nous trouvons des amancheurs, employés par les couteliers de Rouen et leur l'ouï nissant des lames emmanchée*, au Mont-aux-Malades et à Saint-Aignan, prés de Rouen. Fcut-étrc étaicni-ils en même temps forgerons de couteaux.
Jehan Grcsknn, du Mont aux-Malades, doit à Guillaume Gaillart f w garbes J'alcmclles de coutiaux, bonnes et
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loialles, et y aura, en chacune garbe, un chent d'alcmelics. c'est assavoir pour 100 s., dont etc. . ., à paier, s i medi prochain venant, une garbe, et enssy ensuivant i'e sepmaine en sepmaine jusques ad ce.... • i3<>4. (Tab. de Rouen, reg. <>, f« 8.)
« Guillaume De la Vieuville, de la paroisse Saint-Aigncn jouxte Rouen, vend à Guillaume Gaillart, de Saint-Patrix de Rouen, vnii de couteaux emmanchiés, de m s. la douzaine, tels crnime on les l'ait en mestier d'emmencherie' pour le prix de cviu s. t., a paier, chascune scpmaine, cent cousteaux. » i3<>6. [IbiJ., reg. 6, t° 285 v> )
Le même vend au même un millier de couteaux, • bons loyaux et marchands, comme il appartient au mestier de mercherie xini pour xii«*, la xii»* valant m s., à paier chascune sepmaine demy-cent. pour vi 1. x s. t., » 1401.
(Jbid., reg 9, f» ri 3 v°.)
-Jehan Grcslain, de Sjint-Aigncn jouxte Rouen, et Guillaume De la Vieuxville, de lad. paroisse, et Jaquct Le Cuillcrier, du Mo.t-aux-Mal 1 Jcs, vendent ensemble et chacun pour le tout à Guillaume Gaillart, de Saint-Patrix de Rouen, c'est assavoir 2 milliers de couteaux, bons cl sutlisans telz comme il appartient au mestier d'amanchérie, m s pourxii"*; viiii pour xn, pour xnl. t. dontetc , et promectent paier chascune sepmaine un cent, 1401 • \lbid. % reg. <>. 1° ib+ v©.|
Coutelier proprement dit.
i Golin Mellin, de Saint- Laurent de Rouen, s'est aloue à Johan de Fonteney à ouvrer du mestier de coutcleric chez led Fonteney d'uy jusques à la c mdeleur prouchainement venant, et aura ses dépens chez ledit Fonteney, et ouvrera à la tache, et aura, pour chascune xn«< de c >utiau> a doubles viroles taillées et dorées, xviu s.; pour chascune xuoo 4 blanches viroles, xv s.; pour chascune douzaine de
manccs d'argent sans wys, chinquante sous, cl d'autre ouvrage pris à pris, selon ce que il fera ; et se ledit Colin laisse à ouvrer par de fia ut d'avoir ouvrage dudit maigre, ycellui maistre luy en restaurera le damage. S'est le maistre à damage pour ce que ledit Colin ne face son devoir, il le restaurera semblablcment, et, pour ce tenir, ledit Colin oblige biens et corps, 1 38 1 . » (Tab. de Rouen, reg. 4, f° 53.)
Un certain nombre de contrats suffisent à prouver que le temps de l'apprentissage du métier de coutelier était de 6 ans.
« Emmeline, déguerpie de feu Robert Chanterel, et Johan Le Joeune s'obligent, chacun pour le tout, à Johan Le Joeune, coutelier, à ce que Perrinet Chanterel servira ledit Johan jusques à 6 ans du métier de coutellerie. 1 360. » (Tab. de Rouen, reg. 2, f° 266.)
« Perronnelle, jadis femme feu Jehan Coslart, de la paroisse de Doudeauville-Iez-Estrcpaigny, baille Perrinet Costart, son fils, de Pasques derr. passée jusques à vin ans. à Colin Le Seine, coutcllier, demourant à Rouen, pour lui aprendre et moustrer ledit mesticr, sans le treictu-r durement, etc., et lui trouvera boire, mengier, feu, ht, hostel et caucheure bien et deuement selon son estât ; et ladicte sa mère luy trouvera vesteure ; cl promet que son dit fils fera et parfera son dit service sans soy absenter ; et, ou cas qu'il se absenteroit, elle promet a le ramener a ses despens, 1 38 1 . > (Tab. de Rouen, reg. 4, f° 55 v*.i
t Olive, déguerpie de feu Jehan De Corbeul. de Notre- Dame de Ycrnon, promist et s'obliga que Reynaud De Corbeul, son lilz, scr\ira bien et loyalmcnt GuiefTroy Le Licure... jusques à vi ans du mestier de eoutclenc, 1392. » (Tab. de Rouen, reg. 5, f° i3o.)
c Guillaume Brullaut, de S.iint-Aubin-sur-Goillon, soblige à Laurcns Bcuselin, faiseur de couteaulx, ad ce que Jehannin Bruflaut. son fils, servira ledit couicillcr pour
aprendre ledit mestier jusque» à vi ans d'uy. pat si que ledit Laurens lui sera lenu moustrer et aprendre ledit mestier bien et deuement durant ledit terme, i 3^3. » (Tab. de i<ouen, rcg. 5, i n 232 v°.)
•> Guillaume Jehanne, dit Le Boucher, de la paroisse d'Augnevillc (Anneville), baille Jehannin, son fils, à Guillaume Duqucsne, coustcllier, pour vi ans et demi... pour aprendre le mestier, i3w5. » (Tab. de Rouen, rcg. 6,
fo 170.)
Louis Le Clerc, apprenti chez un coutelier pour 9 ans, i3oô (Tab. de Rouen, i3») », rcg. 7, f° 34); apprenti de faiseur de couteaux pour 6 ans, 1397. (Tab. de Rouen, rcg. 8, f° 20 \°).
Les couteaux étaient marqués de la marque ou signe du fabricant.
Ainsi nous voyons Guillcmette, déguerpic Robert de la Chapelle, Perrctte et Tiphainc, ses filles, transporter a Martin de Roquegny, bis de la dite déguerpie, pour 22 s. bd., « tout et tel droit, etc., comme, etc., en ung signe ou marc de demye ileur de lis, en quoy ledit dcfTunt avoit accoustumé de signer les coustcaux et autres ouvrages que il fuisoit. et qui leur appartenoit, selon leurs ordonnances, par le irespas de leur dit feu père, 141 1. » (Tab. de Rouen, rcg. 14, ï" ,<j.)
Il n'est pas rare de voir les couteaux former l'objet d'une rente annuelle. « Paire de couteaux de rente sur une maison de Rouen, 1407. l ab. de Rouen, reg. 12, f> i5.< \ l'ne fleurenec de Cambrai donnée pour avoir un coutel ù pain de rente sur un moulin a couteaux assis à St- Oucn de Longpaon, i 3oi. » ( I ab.de Rouen, reg. 1, n '<>).
Il était alors d'usage de porter le couteau pendu a sa ceinture, comme cela a lieu enworc pour les enfants dans certaines campagne* (1 ).
(1) « Guillaume Bl.irubuMun, sov-disant licutcn.int de Jch.in Je la Tuille, bailli de Rjucn et de Gisor», acumpagne de h
On constate la décadence de la coutellerie de Rouen dès la fin du xv« siècle.
Le vendredi ils étalaient en la halle, avec les merciers, et étaient dès lors en petit nombre, pauvres et indigents (28 mai 1496.)
Le 3 octobre 1 5o2, une sentence du bailli réduit la rente qu'ils devaient payer pour l'usage des halles, de 45 1. à 2 5 1., par ce motif qu'ils n'occupaient plus autant de place qu'autrefois et qu'ils étaient pauvres en général. Plusieurs d'entre eux allaient mendier ou servaient les plâtriers et manouvriers. 1 Le fait de leur marchandise était dès lors notablement diminué. »
Cette décadence ne fit que s'accuser dans le cours du siècle suivant.
Voici, en effet, ce qu'on lit dans les registres de délibérations de l'Hôtel-de-Ville :
« 14 juillet i53t. La coutellerie de Rouen a eu bruit et renom autant et plus que nul ouvrage de ce royaulmc, en sorte que, quant il a esté et est question que lad. marchandise a esté exposée en vente, soit au Lendit, Gibray et autres foyres, l'ouvrage provenant de lad. ville a eu receulte promptement, au devant et myculx que nul autre ouvrage de ce royaulmc, cousteaux, pongnards, san t ;de-dez, courtes dagues et espees ». Quant aux - maistres du mestier de l'ormerie, ne craignent pas de la com-
à 7 sergents, se rend en l'hôtel du prieuré de Saint- Gervais, entre en la chambre de Philippot Apvril, receveur d'icellc priore, le bat, le prend à corps et aux draps, ustc son coustel qui pendoit a sa chainture, » 140a. (F. de Sain t-Ger vais.) — Cette habitude de porter le couteau à la ceinture explique pourquoi cet instrument est employé parfois comme signe de tradition dans les actes. Charte de Simon, fils du comte Raoul, portant restitution de Gisors à l'église de Rouen, 1075 : Hanc etiam redJitionem per cultellum super altare. Il est aussi question de tasses que Ton portait à la ceinture, faites par des tassciiers de Rouen, tiCi. (Tab. de Rouen, reg. i, f« 6a).
raison de leurs ouvrages avec ceux de balle de Forêts d'Auvergne. Le peuvent prouver, que non solum ils fournissent le pays de Normandie de leur mestier, mais aussi la plus grant part de la ville de Paris, partie du pays de France, Picardie, Bretagne, Angleterre et Ecosse. »
En iSjtS, les échevins de Rouen, ayant besoin de couteaux, se virent obligés d'aller en chercher en dehors de leur ville. Le 12 juin 1577, ils fonl marché avec Jacques Pierres, coutelier, demeurant à Evreux, lequel s'engagea à leur faire « 12 douzaines de grands couteaux, 12 paires de petits couteaux à femmes et 12 canivets, le tout bien imanchés de belle yvorc blanche et bien dorei et acoutrez. à raison de 18 I. la douzaine, • 12 juin 1 577. Signé de Pierres (1).
En 1619, une sentence du bailli de Rouen déchargeait absolument les couteliers d'aller étaler à la halle aux merciers. Il est dit, dans cette sentence, qu'ils avaient été plus de 200 maîtres, qu'ils n étaient plus que 10 ou 11, et que les forains fournissaient alors de coutellerie la ville de Rouen (2).
11 y avait encore des moulins à couteaux en 1 53'*», puisqu'on voit les gardes du métier de coutelier faire saisir, comme fausses et mauvaises œuvres, des allemelles d'épecs. destinées au Brésil, et saisies au moulin d'un emoulcur (3j.
(1) Arch. de la ville de Rouen. Journal de la Ville, à la date indiquée.
(a) Ibid. Lia*»:, 14-5. — Cette coutellerie venait en gént'nl d'Auvergne, et s'exportait à l'étranger par le port de Rouen ■ Clou de L-r, manufacture ordinaire des environ» de R«.uc-t>. 60 grosse* de couteaux, manufacture de la ville d'Auvergne, en I'ohé **ance du Roi, - (i septembre Ho 1. ("lab. de Rouen.)
{>) Le* coutelier*, Y s émoulcuis, le» fourbiascurs formaient alor* trois corp» de métier distincts, et av. lient chacun leu:-» garde* particulier». Mai* aux terme» de statuts, qui de\.r.«. t remonter aux premières années du wv siècle, il ct.iit loi*.;' le
Les maîtres couteliers de la ville et faubourgs de Paris prenaient le titre de maîtres fevres-coutcliers, graveurs et doreurs sur fer et acier trempé et non trempe.
Ils avaient des statuts de 1 565, confirmés en 1 5RC et 1608.
Ces statuts servirent de modèle à ceux qu'arrêtèrent, en 1734, et firent approuver, en 1740, les couteliers de Rouen, qui ajoutèrent aussi à leur titre ceux de graveurs, doreurs sur fer et acier trempé* et non trempé.
Aux termes de ces statuts ils pouvaient ouvrer et travailler de 5 heures du matin jusqu'à 9 heures du soir.
Chaque coutelier ne pouvait avoir qu'un apprenti.
L'apprentissage était de 4 années consécutives (1).
Le chef-d'œuvre de l'aspirant se faisait dans a maison d'un des maîtres, et consistait en une paire de ciseaux de comptoir, une paire de ci eaux à tailleur, une paire Je ciseaux courbés, un couteau à double ressort, partout sans clou, incrusté en or, ou argent, un tranchelard de 16 pouces de lame à double coquille et une couronne de trépan à trois dents avec son arbre (2).
Les fils de maître n'étaient tenus de faire que demichef-d'œuvre : il consistait en un couteau, un rasoir et un canif.
Les maîtres du métier pouvaient graver et dorer sur fer
« aux g rJcs du métier Je coutcl er de eulx transporter et aller visiter en Ja ville par tous les ostcls et ouvreur» où 1\ n
ouvrera, et, où ils truuveroicnt faulses et mauv. lises ouvre*.... de Ils rompre et jeter en Seine. » Y<ir sentence du baillia*;: du 14 J.lô'ii.It'j i ;i 'V La Sein-: it.iit .dors le réceptacle de tuuu-s les (iiivr.s \u e iscï> et end. mnées. H n'est donc pas surpren m tjn "« n y lit m-tivë. dans ces derniers temps, des plomb* ot s. L n :s.
(11 V. .Sa\.iry des Hr usl. -r. s Dit tt nn.:i- c uniivrrcl de commt rve.
(2) i'f sept. i'ii;. Fr.!fi v -> is Ou Mimsticr s'intitule couitcljcr et graveur, paeif.se Saint-Nicolas de Rouen (Tab. de Rouen>.
et acier trempé et non trempé ; ils avaient seuls » la faculté de faire et taire fabriquer lames d'épée à 2 mains et autres lames d'épée et dagues de pied et demy, couteaux de chasse, poignards, bayonnettes, pertuisancs, hallebardes, jagais, arseqs, corsets et toutes sortes d instruments et bâtons tranchants et non tranchants pour la défense et utilité de l'homme, forces, forcettes, etc. . ., couteaux à ressort..., couteaux sans clou, incrustés en or et argent; et enjoliveront leurs ouvrages en or et argent de telle manière qu'ils aviseront bien estre, couteaux pour servir le corps humain et toutes sortes de ferrements pour l'utilité des chirurgiens, d'astrologie et de géométrie. •
Ils a\aicnt chacun leur marque qui était inscrite sur un tableau, et nul autre que les maîtres du métier ne pouvait marquer du mot de Rouen une œuvre de coutellerie quelconque. L'cdit de février 1 77S confondit en une seule communauté les couteliers, les armuriers, les arquebu- >icrs et les fourbis^eurs. C'était une pauvre communauté, une de celles qui avaient le plus a soulfrir de la concurrence des marchands forains.
Les couteliers de Rouen avaient leur confrérie sous le titre de la Nativité de la sainte Vierge, en l'église de Saint-Patrice ( 1). Mais, des avant 1750. cette confrérie avait cessé d'exister.
(1) Ouin-L.icruix, Histoire des anciennes corporations d'arts et métiers, ton. '107. — Archives de la Seine-Inférieure, F. des Arts et M«. tiers. — Il est question d'un moulin a couteaux établi sur ta paroisse S 'int-I-iu-cnt, près le j.mlin ilu presbytère, dans le compte de I.i f.ibriquc de cette paroiss-, de 1404-14^3; — - d'un moulin à esmoutdre et fourbir harnois et taillans », appelé le Moulin des Armures, avec deux maisons, un jardin et un i1->t, paroisse do Sunt-Pi-rrc-de-Carvillc, dans un contrat du h août tbÛ2, par lequel ce moulin est fierté par Vincent l'uchot, à Jehan Le Carpenticr, émouleur de la paroisse Saint - GiIlc*-de-Répainvilk\ - Arch. de la Seine- înf. F. de Saint- MacU.u.