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SUR LA PRESSE

FIN

Ainsi s'éteignait la concuirence , piiisi se concentrait l'influence ; et l'influence concentrée, de même que les rayons du soleil réunis au foyer d'un miroir, devient incendiaire ( De.'^ Journaux à l'occasion du projet de loi , suite, page 18.)

PARIS

A. PIHAN DELAFOREST,

IMPniMP.UR DE M. LE DAUPHIN ET DE LA COUR DE CASSATION,

rue des Noyers, n° ^j.

Le Fanatisme anti-catholique ^ La Politique Royaliste à V égard de la Péninsule; Des Journaux à l'occasion du projet de loi sur la Presse;

Deux suites de ladite brochure»

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On voyait bien comment nos institutions étaient nécessaires. Quand toutes les relations ont été dissoutes , toutes les liabitudes brisées , le gouvernement ne va plus tout seul : le mouvement machinal s'arrête ; il faut recourir à un moteur nouveau. L'opinion et la force s'offrent à cet effet ; l'opinion guide le sceptre ou le sceptre use de la force. Mais la force, à moins qu'elle ne soit investie du prestige , serait bientôt ébranlée par le choc , entraînée par le flot de l'opinion : un cercle vicieux ramène au même point ; il est préférable de partir de ce point même , de gouverner à l'aide de l'opinion. Tel est le but de la Charte.

On ne voyait pas comment nos institutions seraient possibles. Des conditions essentielles sont affectées, sont attachées à toute existence; si elles manquent, l'existence cesse. Ainsi le système constitutionnel a pour principe vital , l'opinion. C'est sous le sceau de l'opinion qu'il est consacré : les Pairs, les Députés ne sont tels, qu'en vertu d'un titre plus ou moins sanctionné par elle. C'est dans le sol de l'opinion qu'il s'enracine ; en se détachant d'elle , en s'isolant , le système est bientôt

(4) privé de toute force. Le droit, le pouvoir, dérivent de l'opinion.

La statistique fait mention des chambres d'Angleterre. Grandes figures d'apparat, les fils qui les font mouvoir sont tenus , sont maniés par l'opinion. En ce pays, les Chambres ne se considèrent elles-mêmes qu'à titre d'organes, quant à l'intérêt général, à titre d'arbitres entre les intérêts privés. Et, pour se rendre organes, il leur faut écouter, entendre l'opinion publique , expression animée de l'intérêt général , dont la presse semblable à un miroir ardent, est appelée à concentrer, à réfléchir les lumières. Pour se porter arbitres, il leur faut consulter, balancer les vœux et les droits exposés au nom des intérêts privés, auxquels l'esprit d'association prête un corps , souffle une voix.

Sous ce dernier rapport , en accueillant une députation des libraires et des journalistes, la commission de la Chambre des Pairs a fait un pas immense dans les voies de la vérité, de la nécessité.

L'individu pris à part n'est qu'un atome ; la société saisie en bloc n'est qu'une formule : entre l'individu et la société, se rencontrent les seules existences palpables, les seules influences appréciables, les agrégations d'intérêts analogues. Au moyen de leur création, il n'existe plus un seul être dont la parole ne soit pesée et la voix comptée, dont l'intérêt et le droit ne soient mis en va-

( 5) leur, érigés en puissance par son alliage , sa fusion avec tous les intérêts homogènes, avec tous les droits identiques. Et c'est justice, c'est sagesse : l'Angleterre en tire toute sa force.

Mais prenez garde : ces atoines d'individus, à l'aide des associations, acquièrent de la consistance , de la prépondérance : ce n'étoit que poussière ; maintenant ce sont des masses qui luttent entre elles , qui triomphent l'une de l'autre , et dans leurs débats, par leurs succès, heurtent et froissent les élémens isolés, ébranlent et troublent l'équilibre général. Ainsi s'établissent les privi lèges trop communs autrefois, les monopoles non moins rares aujourd'hui.

Pour lors la société n'est plus qu'une vaine formule, dénomination abstraite de telle peuplade constituée en royaume ou en république , et circonscrite par des limites naturelles ou factices , dont il est fait usage pour fixer l'idée sous les rapports géographiques. La société , dans l'acception morale de ce mot, n'existe plus; et la société ne renaîtra , ne revivra qu'autant que le pouvoir s'attachera à reconnaître , à soutenir , à favoriser l'intérêt général, s'occupera de provoquer la formation de l'opinion publique, traduction sensible de cet intérêt.

Ainsi la commission de la Chambre des Pairs a voulu entendre les libraires, les journalistes; mais

(6) elle n'aura appris d'eux que ce qui les concerne , que ce qui les touche. Les journalistes , par exemple , ont méconnu jusqu'à présent que tout monopole est périlleux , étant en butte aux attaques du pouvoir , et n'ayant pour défense aucun droit légitime, aucun intérêt auxiliaire : leur bouche ne se sera ouverte que dans le dessein de s'assurer la paisible jouissance de leur privilège absolu.

D'autre part , les ministres n'auront parlé qu'à l'effet d'obtenir les moyens de saper et détruire cette existence ultra-légale, dont la fausse positiou et les fréquentes aberrations leur prêtent de puissans motifs d'argumentation.

C'est à la commission , c'est à la Chambre des Pairs qu'il appartient de rechercher avec scrupule les caractères de l'intérêt général, qui sont voilés pour ainsi dire sous les prétentions rivales des ministres, des journaux, et que l'opinion publique, si légère, si étourdie, ne peut représenter dans leur vérité.

Dans la cause dont les débats vont s'ouvrir devant un tribunal éminent, et dont le jugement doit avoir tant d'influence sur les destinées de la France, les qualités sont mal posées : ce sont des parties simulées entre lesquelles ont lieu les plai-

(7) doieries; les ministres, les journaux apparaissent à l'audience sous la vaine fornfie de leurs personnes , sous l'accident fortuit de leurs noms.

Or, la justice de même que la politique, ne reconnaissent point telles et telles personnes, n'admettent pas les noms de ceux-ci plutôt que de ceux-là, dans l'être du ministère , du journalisme : c'est un être de nature abstraite , un être catégorique qui forme un genre ; l'espèce ne doit pas être prise pour le genre.

Il faut donc mettre de côté , les ministres et les journaux, existences éphémères, que le sort jette sur la scène et en expulse le lendemain ; il faut même pénétrer plus avant et observer que le ministère, le journalisme, dans l'acception générale de ces mots, ne sont que les agens, les instrumens du gouvernement, de l'opinion , dont trop souvent ils i-avissent le titre et usurpent l'autorité.

Les parties fondées en droit , les parties intéressées, sont le gouvernement, l'opinion publique; et comme un telle cUentelle , Jiccoutumée à payer en honneur plutôt qu'en profit, est peu recherchée , est mal défendue , nul espoir n'est laissé ni à l'un ni à l'autre , si la cour suprême rer fuse de les prendre sous son palronnage.

Est-ce au gouvernement ou à l'opinion que la cour doit porter plus de foi , marquer plus de faveur? le problème est réduit à ces termes simples.

(8) • : Quant à la foi , s'il y a moyen de lui substituer le jugement j faites-en épargne, car vous n'avez devant vous d'un bord et de l'autre, que des prêtenoms , sorte de gens dont les paroles sont souvent trahies par eux-mêmes, toujours reniées par les remplaçans.

Quant à la faveur, il y a deux écueils à éviter: au nom de l'opinion publique , les écrivains qui se présentent en son lieu et place , trop disposés en dépit de leur bonne foi, à confondre les voeux précis de l'intérêt privé avec les vagues besoins de l'intérêt général, exigeront tant de liberté en thèse Jibstraite, tant de privilèges en pratique, qu'il serait grandement à craindre que les accens de l'intérêt général ne fussent méconnus sous le cri de l'intérêt privé.

Au nom du gouvernement, les fonctionnaires qui semblent exprimer sa pensée , n'obtiendront jamais afesez de faveur pour être mis en état de se défendre quelques instans seulement, contre les assauts qu'il leur a plu de provoquer depuis cinq ans, et obtiendront toujours trop de faveur pour le compte de leurs successeurs, qui se comporteront comme eux , qui compromettront de même l'Etat déjà ébranlé : si après que le mépris de l'opinion publique a perdu les uns, son silence forcé laisse les autres sans flambeau qui les guide, sans frein qui les réprime.

Ecoutez M. le vicomte de Bonald : « L'intérêt de la nation étant que les ministres soient éclairés, ils ne doivent pas fermer eux-mêmes la seule voie par laquelle l'opinion véritablement générale peut arriver jusqu'à eux... L'Etat si l'on veut, peut être troublé par ce que disent les journaux; mais il peut périr par ce qu'ils ne disent pas. » {'2^ janvier 1817. )

Mais la question doit être envisagée sous une face plus large. Voilà le gouvernement et voilà l'opinion publique : qu'on ne porte foi ni à l'un m à l'autre; qu'on porte faveur à celui d'entre eux qui a fait le plus de bien, le moins de mal.

Fouillez les annales du monde. Sous le rapport de la politique , s'il y a parité de nombre entre les guerres de cabinet et les guerres de nation , il y a contraste pour le résultat; les premières généralement honteuses, les secondes constamment glorieuses, ainsi que cela doit être. Souslepointde vue de l'intérieur, dans l'état de calme , l'opinion ne parlant qu'à demi- voix, le gouvernement est libre dans ses mouvemens, est seul comptable des injustices, des infortunes, des infamies dont l'histoire se lasse à rendre le récit; et dans l'état de trouble, les torts, les forfaits se succèdent, se confondent, se partagent assez également d'un bord et de l'autre , avec cette différence essentielle que le gouvernement a le plus souvent donne

naissance aux haines , donné raison aux révoltes , donné occasion à ses périls, à ses revers.

La Charte existe : est-ce un bien, est-ce un mal? On peut contro verser sur cette thèse pendant une éternité, attendu que chacun voit ce qui est avec la Charte , et que nul ne sait ce qui serait sans la Charte. 11 n'importe , au reste ; c'est un fait accompli, consommé.

Lors de l'invention de la Charte, l'autorité suprême s'aperçut sans doute que les conditions anciennes de son exercice, passées d'habitude, effacées de la mémoire, étaient difficiles à rétablir, impossibles à affermir- et se rappela peut-être que dans les derniers temps, la direction des erremens politiques fat trop souvent envahie par les menées de l'intrigue , trop souvent entraînée au détriment de sa gloire, de sa sécurité.

Ainsi l'autorité fut induite à se désister du pouvoir absolu , à se dessaisir de la force matérielle; fut induite à organiser la puissance morale de l'opinion, à la constituer sous des formes précises et limitées, à faire jouer son mécanisme au grand jour.

Et par suite , l'opinion domine les mouvemens de la société de même que sous la monarchie

l'honneur en réglait l'action. L'opinion concourt à tout : son scrutin légal préside à la formation de la Chambre élective, et participe par ce moyen à la désignation des ministres; son accueil ou son contrôle accompagne la nomination des Pairs, influe plus qu'on ne pense sur la conscience même de leur force.

Déjà ce germe subtil , ce principe pénétrant s'est propagé dans tous les organes de l'ordre social , et se manifeste sur tous les points, à toutes les occasions. La justice et le barreau, les sciences, les lettres et les arls , l'industrie et le commerce, les salons et les cafés, les jeux de la scène, les pompes du décès, en font foi. 11 n'y a pas jusqu'aux ministres qui ne le sentent, puisqu'ils tremblent.

Mais que dire du peuple, de Tarmée? masses énormes , oi^i le mouvement intestin est lent à percer, plus lent à éclater; masses ineptes, dont dispose presque toujours quelque impulsion étrangère. Insensé qui se fierait à leur état apparent d'inertie! En un clin-d'œil, on les voit passer du calme au désordre , de la torpeur à la frénésie.

Les gens viennent alors , et prétendent faire rentrer entre cuir et chair, l'opinion qui sort par tous les pores , prétendent étouffer le germe du mal en coupant la fièvre d'éruption , non sans courir le risque que l'humeur encore bénigne,

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