PRIVILÈGES SONT INADMISSIBLES
L'Assemblée, continuent les orléanistes, n’a donc rien fait que de juste en leur confirmant les grades qu’ils avaient obtenus à l’étranger et qui ne leur auraient certainement pas été refusés en France.
Voyez-vous cela !
De façon que si M. le duc de Penthièvre avait été décoré, dans son voyage, de l’ordre de l’Eléphant à deux têtes, il aurait également le droit de troquer cet ordre cochinchinoîs contre la Légion d’honneur, en disant : « Sans la loi d’exil, j’aurais été mis à l’ordre du jour en France, au lieu d’être mis à l’ordre du jour de l’armée siamoise ; au bien de l’éléphant, j’aurais eu la Légion d’honneur ; c’est un effet de la loi d’exil : donc, donnez-moi la Légion d’honneur!
Et ainsi de suite, pour tout ce qui lui est arrivé depuis qu’il est sur la terre étrangère. Les princes d’Orléans oublient-ils que leur famille n’est pas la seule qui fut exilée ? et à ce propos ils font payer cher à la France le plaisir qu’on a eu de ne pas voir pendant vingt ans.
Sous leur roi Louis-Philippe, il nous semble que les Napoléon étaient pas mal exilés.
Et quand cette famille est revenue, elle n’a réclamé ni les cinquante millions qu’on pouvait lui devoir depuis 1815, ni les grades, ni toutes les masses de choses qu’ont réclamées les princes d’Orléans.
La France ne doit rien aux familles princières exilées par la politique et elles nont le droit d'exiger aucune réparation et aucun dédommagement .
Avoir pris la couronne de Charles X au mépris de toutes les lois divines et humaines, cela vaut bien, il nous semble, d’amener quelque retard dans la carrière militaire de M. d’Alençon ou de M. de Penthièvre. Et il est monstrueux qu’après l’attentat
de 1830 la famille d'Orléans se montre d’une pareille âpreté contre ce pays qui ne lui doit plus rien , ayant consenti à cette humiliation qui consistait à être gouverné par le fils d'un régicide et d3un meurtrier de son parent .
Argent, honneurs, grades, il leur faut tout, et après l'occupation prussienne, la France est menacée d’être occupée par les d’Orléans, qui trouvent évidemment dans le sang allemand dont leurs veines sont gonflées , la cause naturelle de toutes les réquisitions.
Non, non, le temps n'est plus où l’on peut jouer avec les grades de l’armée, et les placer dans un berceau comme un hochet pour amuser et distraire les jeunes princes ! A la veille du premier de l’An, et à la place de bonbons et de chocolat, on ne donne pas des épaulettes pralinées à M. le duc de Penthièvre et à M. le duc d’Alençon ! Cela coûte trop cher à la discipline et à la hiérarchie militaire.
Du moment où l’on a régularisé la situation tout exceptionnelle de ces officiers d'occasion , pourquoi n’a-t-on pas maintenu Bordone, Cremer, Lissagaray, Perin et les autres généraux de Gambetta ?
C'est la même chose , et l’injustice, quelle qu’en soit la couleur, qu’elle soit blanche ou rouge, qu’elle vienne de droite ou de gauche, est toujours l’injustice.
La famille d'Orléans s’est tuée moralement le jour où elle a refusé d’accepter l’égalité devant l’urne du suffrage universel et l’égalité sous les drapeaux français, méprisant les droits qu’a le peuple dans l’arbitrage de ses destinées et dans la juste récompense qu’il va chercher sur le champ de bataille.
Les orléanistes qui jettent les hauts cris par-
ce qu’on a décousu légalement les galons et les étoiles que leurs princes portaient sur leurs manches, n’ont pas eu un mot de regret — ne fût-ce que pour sauver les apparences — sur la situation faite au Prince Napoléon dépouillé, lui aussi, d’un grade qu’il ne devait qu’à la naissance.
Je sais bien qu’ils ne s’arrêtent pas là dans leurs récriminations. Volontiers, ont eût passé condamnation pour les grades, mais l’exil est un thème inépuisable pour leur sensiblerie calculée. Cependant, il n’y a qu’à se souvenir. Le général de Cathelineau s’est souvenu, car voici la vigoureuse apostrophe qu’il décoche au comte de Paris, chef de la famille d’Orléans :
Et c’est vous, comte de Paris dont l’épée n’a servi aucune de ces nobles causes, mais qui avez trouvé plus habile de vous faire soldat de la république américaine, qui avez l’imprudence de soulever de pareils débats !
C’est vous, soldat de cette république d’Anglo-Allemands, qui avez combattu ces Etats du Sud, les anciens colons français qui s’étaient levés contre l’oppression des Yankees, c’est vous qui vous êtes enrôlé poursoutenir la cause anti-française, anti-européenne, qui était l’amoindrissement de cette puissance qui devient de jour en jour plus colossale et qui ruine aujourd’hui par sa concurrence, et notre agriculture et notre industrie. Voilà à quelle cause vous vous êtes dévoué !
Vous combattez sous les ordres d’un général Grant,
banqueroutier, d’un Cluseret, général de la Commune, d’un Bulter, qui faisait fouetter les femmes des villes prises, d’un Ickerman, l’acolyte de Bismarck et de de Moltke sur nos champs de bataille de France et qui les aidait de ses conseils contre nous.
Voilà vos frères d’armes.
Et vous combattiez, qui? Des généraux de sang français, les Beauregard, les Trobriant?
Vous combattiez pour New-York, Philadelphie et Boston contre Louisville, la Nouvelle-Orléans, Vincennes, Saint-Louis, toutes ces villes dont les noms sont encore ceux de la Patrie !
Et c’est vous, soldat américain, au demi-sang allemand, qui osez traiter d’étrangers les fils de LouisXI V î
Etes-vous de ceux-là, monsieur le comte de Paris, vous, le prince muet qui par peur de l’exil, par peur de perdre vos châteaux et vos millions recouvrés dans nos désastres, par peur d’une politique franche et loyale n’avez retrouvé la parole qu’au delà de nos rivages, et qui, par peur , aviez donné la consigne du silence, vous qui, par peur aviez interdit le cri de : Vive le Roi!
Et c’est un roi légitime qui parle de la sorte ? Non, non, vous êtes de cette famille de princes à tout faire où l’on trouve les régents, les conventionnels, les jacobins, les régicides, les usurpateurs !
Fils d’usurpateur, vous mariez vos filles à des usurpateurs 1 Fils de protestants, vous mariez vos filles à des protestants, et vous seriez le fils aîné de l’Eglise ?
C’est dans l’histoire de votre aïeul que je lis le pillage de l’Archevêché, le sac de Saint-Germain-l’Auxerrois, la désaffectation de Sainte-Geneviève pour en faire le Panthéon, l’abattage des croix ! La Commune et la République n’ont suivit que votre exemple.
Le drame nocturne du 26 août 1830 : le legs du
prince de Coudé à ses anciens compagnons d’armes déclaré immoral et venant accroître l’opulent héritage tombé de l’espagnolette de Saint-Leu... Le bannissement (que vous subissez à votre tour et contre lequel vous protestez) n’avait-il pas été infligé à Charles X, à son fils, à la fille de Louis XVI, à la duchesse de Berry, à Henri V ,par votre grand-père auquel le roi, se fiant à ses serments, remettait le dépôt du roi mineur, enle nommant lieutenant généralde royaume, avec mandat de le faire proclamer, et qui, par le parjure le plus scandaleux, violait la loi d’hérédité consacrée par cette Charte au nom de laquelle on faisait cette révolution, et s’emparait de la couronne qu’il avait mission et juré de défendre !
Tout cela c’est l’histoire indéniable de celui que vous qualifiez de Roi honnête homme ! — Un autre « Galantuomo o qui détrousse les rois, ses parents, et l’Eglise !
Ah! cette accumulation de forfaits, depuis le Régent, Philippe-Egalilé, Louis-Philippe et vous-même, n’est-ce pas X Indignité prévue par le Code lui-même qui défend d'hériter de ceux qu’on assassine, qu’on yole, ou qu’on trahit !
Les orléanistes n'ont pas le droit de se plaindre. Us ont fait et feraient encore aux autres ce que la République a fait contre tous les princes, ce qui, en somme, est tout simplement naturel.
Est-ce qu’un gouvernement, quel qu'il soit, n’a pas le droit et le devoir de se défendre ? Si le comte de Paris montait sur le trône, il exilerait les princes de la famille Bonaparte ; si le prince Victor occupait la place convoitée par le
comte de Paris, il ne laisserait certainement pas les princes d’Orléans intriguer en France. Je ne saurais reprocher à la République de se défendre contre des princes, qu’ils soient Bonaparte ou d’Orléans, qui se réclament de l’hérédité et aspirent à gouverner. L’état de prétendant vous classe tout de suite, vous met en dehors des antres citoyens, et les prétendants doivent subir les conséquences et les inconvénients delà situation.
Les princes sont-ils de simples citoyens sans plus de prétentions au pouvoir que vous et moi? Qu’on leslaisse tranquilles. Sont-ils au contraire, des prétendants? Comme ils veulent se substituer à ceux qui gouvernent, c’est-à-dire à la République, il est tout simple que la République les traite selon leur rang. Et, il faut l’avouer, elle a été bonne fille !
L’état de prince prétendant est spécial et, à mon avis, un véritable prétendant, un prétendant convaincu de ses droits et de la mission qu’il a à remplir, ne s’appartient pas. Il appartient à son parti. Trois alternatives s’offrent à lui :
Monter sur le trône ;
Etre en prison ou avoir reçu une balle en pleine poitrine pour le conquérir.
Il y a bien une autre alternative : l’exil ! Cellelà, je ne l’admets pas ou seulement momentanée.
Si le prince Louis Bonaparte s’était contenté des douceurs de l’exil, s’il n’avait jamais rien tenté pour rentrer en France, il n’aurait jamais régné.
Le cliché : le pain amer de l'exil , a fait son temps. Les princes mangent bien et du pain de première qualité ; ils ont nombreuse et distinguée compagnie ; ils voyagent agréablement et ne souffrent pas autant que les ouvriers qui chaque jour se lèvent tôt et se couchent tard, ne sachant même pas s’ils gagneront assez pour nourrir leur famille. Combien, parmi eux, changeraient leur situation contre celle des princes consolés, d’avance, de bien vivre à l’étranger?
Pour faire une monarchie, il faut un prétendant, tout comme pour faire un civet il faut un lièvre, à moins de faire un civet de chat. Mais, alors, le civet ne serait pas de droit divin !
Leprétendantqui comprendra son métier et ses devoirs montera-t-il sur le trône ? Je ne sais ; mais ce que je sais bien, c’est que ses partisans seraient plus nombreux, plus confiants, plus résolus et que ses adversaires le redouteraient — ce qui est déjà quelque chose — et auraient pour lui l’estime qu'on a toujours pour un « mâle », car en France ce mot fera toujours prime.
Mais les temps héroïques sont passés et les royalistes eux-mêmes en font le pénible aveu, désespérant de trouver parmi les représentants
de la monarchie celui qui tenterait de la restaurer. Un des plus intelligents, des plus convaincus et des plus honnêtes journalistes catholiques, M. Charles Dupuy, ne dissimule pas ses craintes dans la Gazette de France :
Les tempéraments de héros, dit-il, de martyrs, de sacrifiés deviennent de plus en plus rares, qu’on le sache bien !
On suivra qui marchera, et les forces conservatrices ne relrouveront la cohésion et la confiance que le jour ou, ayant confiance en elles, on les aura réorganisées, non pour les fatiguer dans de stériles manœuvres, mais pour les diriger résolument vers un but.
Dans sa généreuse ardeur, M. Dupuy cherche quimarchera : il chercheralongtemps, et, trouvat-il le chef qu’il appelle de ses vœux, la masse ne suivrait pas. Il en indique lui-même la raison :
Les meilleurs hésitent, ne sachant, s’il leur sera tenu compte de leurs efforts et de leurs sacrifices et même si leur autorité et leur dévouement ne leur seront pas reprochés comme des actes d’indiscipline ou des excès de zèle.
Est-ce que l’expérience n’a pas démontré qu’il était inutile de se sacrifier, de se dévouer, pour des gens qui n’ont qu’un but : exploiter la crédulité des autres?
L’érc des sacrifices et des dévouements est