I)E UNI EUE DÉFAITE
close et les princes, tout comme les états-majors, n’ont plus à compter que sur eux-mêmes si tant est qu’ils soient susceptibles de tenter quoi que ce soit.
Ils ne seront pas suivis.
Pour mon compte, je n’ai jamais été bien ému par les criailleries de ceux qui ont reproché à la République d’avoir retiré leurs grades aux princes et de les avoir exilés. En dépit de toute ma bonne volonté, je n’ai pas pu m’apitoyer sur le sort des d’Orléans, surtout, plus atteints par cette double mesure. Et il eût été préférable pour eux d’avoir été maintenus à l’étranger par les lois d’exil, car on ne pourrait leur reprocher d’être venus, une fois de plus, dans les fourgons prussiens, pour rançonner notre pays. Leur éloignement eût profité à tout le monde.
Les états-majors se plaignent avec persistance de ce que les hommes au pouvoir ne les prient pas, humblement, de les remplacer, et ne leur apportent pas les clefs de l'Elysée sur unplateau d’argent. On espérait avaler le ministère, d’une seule bouchée, au 22 septembre 1889, et l’on ne pouvait s'imaginer qu’il aurait l’audace de se tourner en travers. Cela est si vrai que M. Robert Micholl avait déjà sollicité du prince Victor l’autorisation de devenir ministre du général Boulanger !
Du reste, la Droite facilitait elle-même le ministère. Yoici un exemple bien topique.
Le comité central impérialiste réunissait des documents sur les élections générales, constituait les dossiers. Un jour, on s’aperçoit que quelques dossiers ont disparu. On s’enquiert. On interroge le concierge qui, béatement, répond :
— Je m’ennuyais et, pour passer le temps, j’ai pris et lu vos dossiers.
La chose est assez piquante, n’est-ce pas? Mais elle l’est bien davantage encore. Le concierge était employé au ministère de l’intérieur !
Un autre exemple, bien topique aussi.
Le général Boulanger était à l’hôtel du Louvre où il recevait beaucoup de monde. Des agents stationnaient à la porte de l’hôtel. Le ministère d’alors pensa qu’il était préférable de procéder autrement.
Un jour, M. X... arrive chez le général et lui dit :
— Mon général, les agents qui stationnent devant l’hôtel gênent vos visiteurs ou, tout au moins, peuvent en gêner quelques-uns. Il faut aviser et voilà à quoi j’ai pensé. Je suis très lié avec le secrétaire général de la préfecture de police avec lequel j’ai causé de la chose. Il retirera ses agents et les remplacera par un monsieur attaché spécialement à votre personne. Ce monsieur est un ancien officier, chevalier de la Légion
d’honneur. Il accepte la mission ; chaque malin il viendra vous voir, puis ira faire son rapport. De plus, la préfecture se charge de le payer : elle lui donnera 2,300 francs par mois.
Le général répondit :
— Ma foi, il vaut mieux être surveillé par quelqu’un qu’on connaît.
Et il reçut l'ancien officier qui, pendant quelque temps s’acquitta de ses fonctions sans soulever aucune réclamation. Cela ne pouvait durer. Un visiteur se plaignit au général.
— Vous avez, dit-il, un mouchard qui raconte ce qui se passe et dénonce ceux qui viennent ici ; comme j’ai des ménagements à garder, je ne reviendrai pas tant que votre entourage ne sera pas plus sûr et épuré.
Le général se sépara alors de l’ancien officier, dont le zèle policier avait été trop grand.
La leçon aurait dû servir. U n’en fut rien et l’ancien officier fut chargé, plus tard, de diriger l’élection du 27 janvier. Il ne resta pas non plus étranger à la direction des élections générales.
C’est dire que M. Constans, comme M. Floquet, pouvait savoir tout ce que faisait le comte Dillon qui avait une grande confiance en M. X... et le gardait auprès de lui malgré les plaintes de tous ceux qui savaient les attaches de l’ancien officier avec la préfecture de police.
Et ce M. X... était chargé de parcourir lapro-
vince pour recueillir des renseignements sur les candidats favorables au général !
En politique comme à la guerre, il ne faut jamais mépriser ses adversaires. Il faut, au contraire, leur attribuer une puissance que souvent ils n’ont pas. Victorieux, la gloire est plus grande ; battu, on a diminué par avance les effets de la défaite. Il faut surtout se dire que le ministère attaqué fera son devoir comme on l’eût fait soimême. Cela est humain et, dans les batailles de la vie, celui-là est perdu qui s’abandonne. Le journal officiel nous en fournit un exemple.
On reprochait au gouvernement du maréchal de n’avoir pas fait son devoir au 16 mai. M, de Fourtou répondit à l’un des 363 qui lui adressait ce reproche :
— Si nous avions fait tout notre devoir, vous ne seriez pas ici !
C’est là l’aveu le plus imprudent qu’un homme politique puisse faire et tout commentaire est inutile pour démontrer qu’avec de telles théories, il est préférable de rester tranquille et de ne pas s’embarquer dans des aventures qu’on serait excusable d’avoir entreprises à la condition d’avoir un plan et d’être décidé à aller jusqu’au bout. Au lieu de cela, on s’arrête à moitié chemin, on agite inutilement le pays, on compromet ceux qui croient à la parole du « loyal soldat »
et de ses collaborateurs, et on lâche tout le monde !
C’est là une politique aussi criminelle que décevante.
Les conservateurs ont renouvelé l’expérience en 1889 : elle n’a pas mieux réussi.
Pouvait-elle réussir?