A UNE STATUE
12 novembre 1848.
^on, tu n'es pas la grande et sainte République!
Celle que l'homme attend, que l'évangile explique,
Qui se composera de tous les bons instincts
Allumés et vivants, et des mauvais, éteints;
Qui s'enveloppera d'une paix magnifique.
Fera sortir des cœurs un hymne séraphique,
Pénétrera les lois de lumière et de jour,
En ôtera la mort pour y mettre l'amour.
Fera, sur les versants même les plus contraires,
Libres tous les esprits et tous les peuples frères.
Nous réchauffera tous autour du même feu.
Sera sur tous les fronts comme un ciel toujours bleu.
Tl DERNIÈRE GERBE
Et qui, comme si Dieu, dans sa bonté profonde, Rendait visible aux yeux la grande âme du monde, Mettra, vaste et sublime épanouissement.
Toute l'humanité dans son rayonnement.
Tu n'es pas même, non, tu n'es pas la déesse, La déesse terrible, étrange, vengeresse.
Qui tua le vieux monde et créa le nouveau, Broya peuples et rois sous son fatal niveau.
Vainquit l'Europe armée, et qui, dans la fournaise, Après quatrevingt-neuf jeta quatrevingtrtreize. Comme en son moule ardent le fondeur souverain Mêle le plomb à Tor quand il fait de Tairain.
Non, tu n*es pas la grande et sainte République !
fantôme à l'œil louche, à l'attitude oblique,
Tu n'as pas su donner l'honneur à nos drapeaux,
Au peuple le travail, au pays le repos ;
Tu n'as point reconnu le droit des misérables ;
Tu n'as point su toucher à leurs maux vénérables !
Tu pouvais, en suivant un élan immortel,
De l'échafaud brisé te bâtir un autel,
Et tu ne l'as point fait. Tu n'as rien su comprendre
Au peuple qui, pour être heureux, superbe et tendre.
Ne veut qu'un peu de gloire avec un peu de pain.
Tu n'as, comme les rois, qu'un tréteau de sapin.
Fille des courts instants et des heures troublées,
Éclose au dur cerveau des sombres assemblées,