‹ Derniére gerbeChapitre 16 sur 56 · A UNE STATUE · texte numérisé non relu

A UNE STATUE

Tu troublas les palais sans calmer les greniers ;

Tu n'as pas eu pitié des pauvres prisonniers ;

Des sourds t'ont dit : entends ! des boiteux t'ont dit : marche !

La patrie est un temple et tu n'en es point Tarche ;

Car l'éclair d'en haut manque à ton code impuissant,

Car Dieu n'est pas visible où le peuple est absent !

LA VIPERE

Oh ! je t'emporterai si haut dans les nuées, Vipère, que la tourbe où la nuit t'engendi'a, La plaine et le marais^ les cris et les huées, Les voix, les pas, le bruit, tout s'évanouira.

Je briserai tes dents dans ta bouche, ô vipère ! En vain tu te tordras, reptile épouvanté.

En vain tu te tordras, cherchant des yeux la terre. Tu ne verras plus rien qu'une immense clarté ;

Rien que le ciel profond, éternel, immobile.

Que les êtres créés sentent au-dessus d'eux Et qui, dans sa splendeiu* implacable et tranquille, Pèse de toutes parts sur les monstres hideux.

Et ce ne sera pas, pour Toîseau dans la nue, Un médiocre effroi de voir cet être impur, Cette chose difforme au soleil inconnue, Qui, faite pour la fange, expire dans l'azur.

Si ceux qui t'admiraient — car, vipère, on t'admire. Te cherchent au cloaque où tu crois t'abriter. Il sortira de l'ombre une voix pour leur dire : Un aigle a passé là qui vient de l'emporter.

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