LA TERRE DE L'EAL
Le brouillard blême emplit les champs ; mais la kermesse N'en fait pas moins, après le prêche, après la messe, Tournoyer, jupe au vent, Goton dont le jarret, Par moments entrevu, tient Gros-Pierre en arrêt. Car Grietje est Goton et Pieter est Gros-Pierre. Cette Eve et cet Adam sont partout ; et la terre N'eût point fait et meublé, sans Gros-Pierre et Goton, Éden pour nos aïeux et pour nous Charenton.
On passe dun méandre à l'autre ; et la patache,
Chaque soir, aux poteaux des berges se rattache.
L'aubergiste, bonhomme à l'air vague et chinois,
Croque le voyageur comme un singe une noix ;
Lesage dans Drika saluerait Léonarde.
On boit ; les pots sont grands. La Gueldre goguenarde
Fait ses cruches avec des ventres d'échevin.
De même que la Grèce au sourire divin.
Fait des bras de Phrvné les anses de son vase.
Cependant le bateau glisse, le roseau jase.
Les nids parlent tout bas, l'eau chuchote, on s'endort ;
Et voilà la Hollande.
Ami, ce peuple est fort :
N'en rions pas. C'est vrai qu'il ouvre aux vents d'automne Une plaine sans fin, âprement monotone; Certe, ailleurs, j'en conviens, l'aube a plus de clarté, Et ce ne sont point là de ces champs où l'été.
glorieux, jette à pleines corbeilles s fruits, les blés, les parfums, les abeilles ; uelque ennui sort de cet horizon...
sol qui fut l'abri de la Raison ; des gueux qui brisèrent les princes ; i^ssel, TAmstel, les sept Provinces, sous un ciel de pluie, on accouplât ne et Teau morte avec le pays plat ; ï ne saurait refaire, c'est la flamme petit peuple, a mis une grande âme.
Au point du jour, souvent en sursaut, je me lève.
Éveillé par l'aurore, ou par la fin d'un rêve.
Ou par un doux oiseau qui chante, ou par le vent ;
Et vite je me mets au travail, même avant
Les pauvres ouvriers qui près de moi demeurent.
La nuit s'en va. Parmi les étoiles qui meurent
Souvent ma rêverie errante fait un choix.
Je travaille debout, regardant à la fois
Éclore en moi l'idée et làrhaut l'aube naître.
Je pose l'écritoh'e au bord de la fenêtre
Que voile et qu'assombrit, comme un antre de loups,
Une ample vigne vierge accrochée à cent clous.
Et j'écris au milieu des branches entr'ouvertes.
Essuyant par instants ma plume aux feuilles vertes.
Ce qui rend la vieillesse auguste et vénérable, Ce n'est point la lenteur des pas froids et pesants, La blancheur des cheveux ni le nombre des ans; Non, c'est la bienveillance et l'absence de haine, C'est la douceur qui fait vers )a vertu sereine Monter de toutes parts les bénédictions, C'est cette majesté des bonnes actions Qui dans l'œil du vieillard met une pure flamme. Et que la longue vie ajoute à la grande âme!