PAR LORD BYRON PEUT-ÊTRB
Nous étions, John Beauclerk et moi, deux jeunes lords. L'église de Harrow, vieux brio-à-brac d'alors, Avait sous son portail un Jupiter de pierre Où les chrétiens faisaient volontiers leur prière. Un jour que nous quittions la classe pour le jeu, John donne un coup de canne à l'idole, et me crie, A moi qui m'indignais, plein de respect du lieu :
— Je ne sais. Je suis pair. Et c'est par seigneurie.
— Oh! fis-je. Et, paù* aussi, je crachai sur le dieu.
Nuit du 5 ou 6 novembre 1862.
L'INFINIMEXÏ PETIT
Tout est le même abime avec les mêmes ondes.
L'infiniment petit contient les mêmes mondes Que rinfmiment grand.
Que vas-tu contempler Le ciel noir quand il plaît aux nuits de Tétoiler, Le groupe constellé, le globe, la planète, Orion, Sirius que grossit ta lunette, L anneau de celui-là, les lunes de ceux-ci?
La fourmi sous sa patte a des sphères aussi ! L'intervalle que font les ailes d*une mouche Contient tout un azur où se lève et se couche Un soleil invisible, éblouissant au loin De profonds univers qui n'ont pas de témoin.
96 DERxMÈRE GERBE
Montez ou descendez ; tout s'ouvre sans rien clore ; On trouve au fond d'un puits un autre puits encore. La limite n'est pas dans la nature ; elle est Dans l'instrument grossier, dans l'organe incomplet ; Votre prunelle est moins un moyen qu'un obstacle ; Tu n'as qu'à grandir l'œil pour grandir le spectacle.
Le petit, c'est l'inmiense. En ta main, ô passant,
Prends la mer bleue ainsi qu'un verre grossissant,
Et, courbé sur la vie, abîme dont la lampe
Est un soleil qui brille ou bien un ver qui rampe,
\ travers l'océan regarde un puceron ;
Tu pâliras ainsi qu'Âmos, Élie, Âaron,
Devant les visions de l'incompréhensible.
Et tu ne sauras pas si cet être impossible,
Formidable, aperçu par toi confusément,
.N'est pas le chaos même, horrible, en mouvement
Dans l'éther qu'il obstrue avec sa forme immonde,
Et si tu vois un monstre ou si tu vois un monde !
Oui, l'aube le matin emplit ton corridor
Des constellations de la poussière d'or ;
La toile d'araignée en ses mailles nocturnes
A des gouffres où vont et viennent des Saturnes ;
Une création passe entre chaque fil ;
Tout homme, le dernier, le moindre, le plus vil,
L'esclave, le forçat de Brest, le juif qui rogne
Un liard, le voleur de grand chemin, l'ivrogne.